INSTITUT DE FRANCE
MUSÉE GONDÉ
CHANTILLY
LE
CABINET DES LIVRES
MANUSCRITS
TOME DEUXIÈME
BELLES-LETTRES
PARIS
LIBRAIRIE PLON
PLON-NOURRIT et C'% IMPRIMEURS-ÉDITEURS
RUE GARANCIÈRE, 8
1900 Tous droits réservés
Exemplaire réservé, imprimé pour
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MEMBRE DE L-INSTITVT
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BELLES-LETTRES
I. — LINGUISTIQUE. RHÉTORIQUE
428
N° 912. Uguccio Pisanus : Liber deiuvationum.
In-4» (0,22 sur 0,17), mar. vert, fil., tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, fin du XIII" siècle, 238 fi"., 2 col. de 40 lignes, initiales rouges et bleues, 24 grandes lettres en miniature, dont la plupart représentent des saints ou des scènes de la vie du Christ.
L'ouvrage est précédé de deux prologues, dont le premier commence par ces mots (f. 1) : « Bealus vir qui non abiit nec a mandatis ejus deviat... ». Le texte commence au f. 2 \° par le mot « Augeo », et finit au f. 257 : « Zoroastrum, minimum sydus. Explicit Ilugucio. Deo gracias. Jacobus do Albona scripsit hune librum anno Domini m ce lxx, die veneris in vigilia Omnium sanctorum, in civilate Senonis ». Le scribe a ajouté ces trois vers :
Scriptorem si quis linguis reprobarit iniquis, Cerberus in baratri flumine mergat atri. Sit scriptor sanus, sit sua sana manus.
Le volume se termine par une table alphabétique qui comprend 876 mots, de « Augeo » à « Zona ».
Ugo ou Uguccione, de Pise, évoque de Eerrare en H90, mourut en 1210 (on l'a souvent confondu avec un autre Uguccione, qui était de Verceil et qui fut évèque de Novare). Avant d'être élevé à l'épiscopat, notre Uguccione n. 1
2 CHANTILLY. — LES xMANUSCRITS.
avait été professeur de décret et de jurisprudence ecclésiastique à Bologne ; il y enseignait en 1178. Parmi ses élèves était le jeune Sinibaldo de Fieschi, qui devait occuper avec tant d'éclat la chaire de saint Pierre : Innocent III resta lami de son maître et lui témoigna toujours la plus grande confiance. Uguccione paraît avoir pris peu de part aux luttes sanglantes qui agitaient alors l'Italie; il resta voué à ses travaux et aux devoirs de son ministère, nusant de sa très réelle influence que pour faire réussir des missions de paix ot de conciliation. Une seule fois, Innocent lil fit appel à son dévouement : lorsqu'après la mort de Piiilippe de Souabe le pape voulut constituer forte- ment le parti guelfe et donna la marche d'Ancone à Azzolino dKste, c'est par le concours d'Uguccione qu'il fit élire ce même Azzolino seigneur perpétuel de Ferrare : « gubernator ot reclor gencralis et perpetuus dominus » (1208). Ce titre pompeux n'empêcha pas le seigneur perpétuel d'être expulsé l'année suivante par son rival Salingucrra, que soutenaient Ecelino, tyran de Vérone, elle parti gibelin. L'arrivée de l'empereur Othon IV, qui venait on Italie pour son couronnement, suspendit les hostilités. Le vainqueur et le vaincu rivali- sèrent d'obséquiosité auprès de lui. Othon ne se prononça pas; mais déjà il inclinait vers le parti hostile au pape, son ancien allié. Il traita Salinguerra avec faveur, et se borna à mettre un podestat impérial à Ferrare. Lui-même passa par cette Aille, et, à la requête de l'évêque, mit au ban de lEmpire, par décret du 24 mars 1210, « omnes hereticos Ferrariie commorantes, Patherenos sive Gazaras, vel quocumque nomine censeantur » (Gnostiques. Manichéens). C'est le dernier acte auquel Uguccione ait pris part; il mourut dans l'année.
Au milieu de ces graves événements, Uguccione avait dû régler une affaire qui lui avait causé beaucoup d'ennuis et d'embarras. Un certain Boni- face, abbé de Nonantola, avait géré les intérêts de sa communauté avec tant de désordre et de prodigalité que les moines, menacés d'une ruine certaine, réclamèrent au pape et à l'empereur (1197). L'évêque de Ferrare fut muni de pleins pouvoirs et chargé do porter remède à cet état de choses : lalibé fut déposé en 1198. Cette mission força Uguccione à de fréquents séjours à Nonantola, et, comme il était fort docte, il passait ses meilleures heures dans la bibhothèque du couvent. Il y étudia, entre autres livres, le Vocabulaire
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latin de Papias, ce qui lui donna l'idée de refaire l'ouvrage, mais en l'aug- mentant et en y ajoutant surtout des indications et des développements sur les étymologies. 11 exécuta son projet immédiatement, comme le témoigne une chronique qui fixe à l'année 1198 la composition de ce « Liber diriva- tionum, non ubique verax, sed ubique perfectus ».
Les manuscrits de ce couvent ne conservèrent pas seuls la trace des tra- vaux d'Lguccione. Son livre, reproduit par la plume de nombreux copistes, se répandit dans toute TEurope, et l'apparition en fut un événement assez important pour être mentionné dans la curieuse chronique qui fut l'essai typographique de Philippe de Lignamine (Chronica suminoruiii Pontificiiiii et Imperatonini, Rom», 1474, f. 88 v"). Voici ce qu'il y en est dit : « Lguccio, natione Pisanus, episcopus Ferrariensis agnoscitur, qui, datus adjutor a Sede apostolica abbati Nonantulano, prodigo et indigno, ex libro Papie. qui iUic est, librum derivationum composuit ». Enfin, au temps de Rabelais, la réputation de notre auteur se soutenait encore, et le joyeux curé de Meudon le met entre les mains des précepteurs de Gargantua.
Uguccione n'était pas indigne d'une estime si durable. 11 savait assez bien le grec, et son vocabulaire, malgré des imperfections, fut consulté avec fruit par ceux qui le suivirent dans cette voie difficile, particulièrement par Du Gange, qui lui consacre un paragraphe de la préface de son Glossaire.
Voici du reste comment notre auteur, dans son second prologue, explique le plan et l'objet de son livre : « Opus hoc igitur, divina favente gracia, com- ponere statuimus, in quo, prœ aliis et post alios, vocahuloruni et significa- cionum distinctiones, dirivacionum origines, ethimologiarum assignaciones, interpretacionum repperientur exposiciones, quarum ignorancia latinitas, naturaliter indiga, quadam doctorum pigricia non modicum cohartatur ». Après quoi il nous dit sa patrie et son nom : « Si quis querat quis hujus operis actor sit, dicendum est quod Deus. Si quis querat quis hujus operis fuerit instrumentum, respondendum quodpatria Pisanus est, nomine Uguccio... ».
Le vocabulaire d'Lguccione n'a pas été imprimé, mais il en existe de nom- breux manuscrits. Gelui-ci a le mérite d'être fort ancien, avec date certaine, très bien conservé et orné de curieuses miniatures.
Hôtel de Condé, 1654.
4 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
429-430
N"' 1562-1563. Alphabet et Lexique élément.xihe latin-fkançais,
2 vol. pet. in-12, mar. rouge, fil., fleurs de lys sur le dos et sur les plats, tr. dor. {rel. «ne). — Joli ms. sur vélin, attribué à Damoiselet. Il se compose de 33 feuillets, qui contiennent lA B G et un choix de mots latins avec leurs équivalents français; le tout très bien exécuté en lettres d'or et d'azur; chaque page est encadrée d'un filet d'or.
Ces deux petits volumes paraissent avoir été faits pour donner les pre- mières notions du latin à un jeune prince do la famille royale do France, peut-être à l'un des fils do Louis XIV.
Bibliothèque Cigongne, n" 344.
431
N° 1133. Lexique italien-auabe.
In-4% demi mar. vert. — Papier, XIX» siècle, 681 pp.
Collection Standish.
432
N° 702. Aiustote : Rhetorica, traduction latine.
Petit in-f° (0,283 sur 0,205), veau marbré, tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XIV' siècle, 44 ff., 35 lignes à la page, grandes marges.
La Bibliothèque nationale possède deux manuscrits de cette traduction (lat. 7694-7695); dans l'un, l'ouvrage est accompagné d'un commentaire de Gilles de Rome; l'autre donne le nom du traducteur, Guillelmus.
Hôtel de Condé, 1673.
433
N" 590. CicÉitoN : La Uiiétoiuque, traduction fran(;aise du XIII' siècle.
In-f" (0,330 sur 0,243), mar. rouge, tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin à grandes marges, fin du xill' siècle, 164 feuillets, 2 col. de 32 lignes, 11 miniatures à
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fonds d'or, grandes lettres ornées, initiales rouges et bleues, rubriques rouges; sur la première page du texte, armes et monogramme d'Antoine de Chourses et de Catherine de Coëtivy.
Mon cher confrère Léopold Delislc ayant bien voulu me communiquer les notes qu'il a prises sur ce manuscrit, notes qui doivent être par lui déve- loppées dans les Notices et extraits des manuscrits (i) et dans le tome XXXIII de V Histoire littéraire de la France, je ne puis mieux faire connaître le livre qu'en les transcrivant ici :
« Dans les recherches auxquelles ont donné lieu les anciennes traductions fran(;aises des auteurs de l'antiquité, il n'a point été question jusqu'ici d'un travail entrepris à la fin du Xlir siècle sur un ouvrage de Cicéron dont la mise en français présentait de grandes difficultés. Il s'agit des deux traités qu'on appelait, au moyen âge, Rhetorica reliis ou prima et Rhelorica nova ou secunda, et dont les véritables titres sont De Inœntioue lihri duo cl Ad Herenniiim libri quatuor. La traduction, dont le seul exemplaire jusqu'à présent connu est conservé à Chantilly, fut exécutée par un certain maître Jean d'Antioche, à la requête d'un chevalier de l'IIùpital de Saint-Jean de Jérusalem, frère Guillaume de Saint-Étienne. Elle fut achevée en 1282 à Saint-Jean-d'Acre.
« L'auteur de la traduction, « Johan d'Antioche que l'en apele de llarens », selon ses propres expressions, est, sans aucun doute, le même que « maystrc Harent d'Anthioche », dont on connaît une traduction des Otia imperialia de Gervais de Tilbury. Quant à Guillaume de Saint-Ktienne, chevalier de l'Hô- pital, nous le coimaissons pour avoir été commandeur de Chypre de 1296 à 1303, et pour avoir composé un recueil de statuts et de documents relatifs à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (2), sur lequel M. Delaville Le Roulx (3) a donné d intéressants détails.
« Maître Jean d'Antioche a fondu les deux rhétoriques de Cicéron en un seul corps d'ouvrage, qu'il a intitulé « Rettorique de Marc Tulles Cyceron», et divisé en six livres, les deux premiers répondant aux deux livres du
(1) Depuis la rédaction de cette notice, M. Léopold Uelisle a publié dans le t. xxxvi de ce recueil une « Notice sur la Rhétorique de Cicéron, traduite par maître Jean d'Antioche, ms. 590 du Musée Coudé ».
(2) Ms. français 6049 de la Bibliothèque nationale.
(3) Bibliothèque de l'Ecole des Charles, 1887, t. xi.viii.
6 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
De Inventione, et les quatre autres aux quatre livres du traité Ad Hereiwium. Il a partagé le tout en 206 chapitres, formant une série unique et numérotés i-ccvi ; les cotes i, ccv et ccvi ont été réservées à trois chapitres étrangers à Tœuvre de Cicéron et qui servent d'annexés à la traduction de la Uhétoritiue.
« Le manuscrit conservé à Chantilly a été exécuté avec le plus grand soin; c'est probablement l'exemplaire original. 11 a été soumis à une revision très attentive peu de temps après qu'il eût été copié. Les résultats de cette revision ont été consignés sur les marges et dans les interlignes avec beau- coup de délicatesse, de façon à ne pas enlever au manuscrit le caractère d'un livre de luxe. On souligna par de petits traits rouges ou par des points pres- que imperceptibles les syllabes, les mots et les phrases qui étaient à supprimer ou à modifier, et les leçons qu'on y substitua furent écrites en caractères dune extrême finesse. Ces modifications portent à peu près exclu- sivement sur la traduction des deux livres du De Inventione.
« Parmi les miniatures, signalons celles qui sont placées en tête des deux premiers livres. F. 13, tableau divisé en deux compartiments (1) et repré- sentant les inconvénients et les avantages de l'éloquence. Dans la partie supé- rieure de la miniature, le peintre a figuré une scène d'émeute : un déma- gogue, l'épée à la main, harangue la foule; les émeutiers ont commencé la démolition d'un édifice. Dans la partie inférieure, un orateur parle avec calme à un groupe de citoyens occupés à la construction d'un édifice. — F. 45 v°, tableau divisé verticalement en deux compartiments : à gauche, un artiste s'apprête à peindre une statue dressée sur une colonne; à droite, des jeunes gens s'exercent à la lutte et à des jeux d'adresse. Le sujet de ces peintures a été fourni par le passage dans lequel Cicéron rapporte comment Zeuxis se prépara à exécuter une image de Jmion réclamée par la ville de Crotone ».
Nous ignorons quel fut le sort du manuscrit depuis le moment où il sortit de rOrient latin jusqu'au jour où il tomba entre les mains d'Antoine de Chourses. iNous le trouvons à l'hôtel de Condé en 1654, avec les autres manuscrits de la collection de Chourses-Coëtivy.
(i) Reproduit à la fin de ce volume.
LINGUISTIQUE. RHETORIQUE.
A
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N" 886. CicÉRON. — « Les Accusations de Marc Tulles Cicero contre C. Verres, citoyen de la ville de Romme, traduictes de latin en François PAR Jehan de Luxembourg ».
In-4° (0,213 sur 0,143), veau marbré, fil., tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XYI" siècle, 82 ff., 22 lignes à la page, initiales en or et couleurs.
Sur le premier feuillet sont peintes les armes de Luxembourg, surmontées de la couronne de baron et accompagnées de la devise Ex unguibiis nosce leones. Au verso de ce feuillet, dizain adressé à « Monsieur le Grant Maistre ». F. 2, épitre dédicatoire : « Monsieur, pour ce que je sçay assez que vous prenez plus de plaisir aux choses antiques et vertueuses et à celles qui ont esté les plus estimées et les myeulx dictes que nulle autre personne que je cognoisse en ce royaulme... » ; signée : « vostre humble et obéyssant allyé. Jehan de Luxembourg ». Puis vient la traduction française des deux « oraisons », dont chacune est précédée d'un « summaire et argument ».
Voici l'un des « célèbres et signalés personnages » qui ont dédié leurs œuvres au connétable Anne de Montmorency, « entre lesquelz Jean de Luxembourg, évesque de Pamiers, abbé d'Yvry et de Saint-Maur, un des plus éloquents seigneurs de son siècle, print la peine de composer sa vie en vers françois » (Duchcsne, Histoire de la maison de Montmorency, p. 421). Il mourut en 1548, à Avignon.
Jean de Luxembourg pouvait se dire « allié » de Montmorency, car son frère Antoine, comte de Brienne, avait épousé en lo3o Marguerite de Savoie, sœur de M"" de Montmorency. 0 est donc après mars 1535 que le manuscrit fut exécuté, et, comme il est dédié au « grand-maître », avant le 10 février 1538, jour où Montmorency reçut Tépée de connétable.
Hôtel de Condé, 1654.
435
N° 966. Matrouillet : Exercices littéraires. In-8°, vélin blanc (anc. rel.). — Papier, XVI" siècle, 107 pp.
8 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Dissertations sur la science, la vertu, la vie bienheureuse, la lune, l'oeil, la mort, le caméléon et le courtisan. Ainsi que nous l'apprend l'épître dédi- catoire, ce volume fut présenté à M. Lescorchevel par J. du Ros, qui avait recueilli ces discours, « il y a environ huit ans, à Condé sur Noire Eau en Normandie », en suivant les leçons d'un « excellent professeur en rhéto- rique », M. Matrouillet. A la garde on lit la signature « Harcourt », d'une écriture du XVI' siècle.
Collection de Condé.
436
N° 1010. « Manuel poétique, contenant en abrégé l'idée de tous les genres de poésie, et la notice de ceux qui y ont excellé dans tous les siècles et chez toutes les nations » .
In-4", papier, XVIII« siècle, 47 ff., cart.
Collection de Condé.
II. — ÉPISTOLAIRES. DIALOGUES. POLYGRAPHES.
437
N" 651. CicERO : Epistol.« ad familiares.
Pet. in-f° (0,270 sur 0,195), veau marbré, aux armes de Bourbon-Condé. — Ms. sur papier, exécuté en Italie au XV» siècle, 205 ff., 31 lignes à la page, caractères romains, initiales ornées, décoration marginale sur la première page. .
F. 1 . « Marci Tullii Ciceronis Epistolarum familiares incipiunt. M. Tul. C. S. dixit P. Lentulo proconsuli : Ego omni officio... ». Absolument conforme à l'édition imprimée en 1467 par Sweynheim et Pannartz. A la fin, deux lignes et une signature ont été effacées et remplacées par Tinscription suivante : « Hune emptu habui, die 29 mensis novembris, anno Domini 1512. Ego Marinus Mareschal ». Suit une autre signature du XVr siècle : « Deschams ». En tête du volume • « Ex dono domini Deschams. Mercier ».
A la suite de l'ouvrage, quatre feuillets restés blancs ont été remplis au XV' siècle par : « Ystoria Tancredi; Leonardus Aretinus ex Boccacio in latinum ». Cet opuscule de Léonard Bruni d'Arezzo a été imprimé au XV" siècle sous ce titre : Epistola de dmbus amantibus Guiscardo et Sigismimda, fdia Tancredi ^jrincipis Salernilani, ex Boccatio.
Hôtel de Condé, 1673.
438
N° 987. Alain Chartieh, Nicolas de Clamanges, etc. — Al.vnus Auriga : DiALOGUs ; Epistola. — Rolandus de Talentis, Nicolaus de Clamengis : II. 2
10 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
EpISTOLtE. BONACURSIUS DE MoNTEM.VGNO : De NoBiLlT.VTE. « LuClANI
DiALOGUS QL'I INSCRIBITl'R CaRON ».
In-4» (0,203 sur 0,140), mar. rouge, fil., tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XV» siècle, HA ff., 32 lignes à la page, initiales ornées.
I (f. 1). [« Alani et S[odalis] Dialogus de causis civilium et intestinorum bellorum que Galli diu inter se habuerunt, et de commendatione alque dulcedine pacis.] — Alanus : Quid te, fldissime, prêter morem tuum contris- tatum... ». — Fin : « S. : Et tu ipse vale, et nos in communi pace valeamus. Amen ».
II (f. 14 v°). « Epistole Alani ». — Notre manuscrit ne donnant pas les intitulés de ces lettres, nous les empruntons au ms. latin 8757 de la Biblio- thèque nationale.
i . (Ad Sigismundum imperatorem epistola de fœdere cum rege Francie ineundo). « Tuum, Serenissime César, etsi facilem animum... ».
2. (Ad eumdem oratio nomine régis Francie). « Turbato dudum regno Israël... ».
3. (Epistola de detestatione belli gallici et suasione ad pacem). « Usquequo dudum invictissimi Galiarum principes... ». Cette lettre est suivie de 40 vers latins sur le même sujet.
4. (Ad quemdam adolescentem epistola hortatoria ad amicitiam). « Etatem tuam prius tencllam... ».
I). Lettre à un prince étranger, fin de juillet 1429. « Illustrissime princeps, nuncius vester Corardus Bituris pridie... ».
6. (Persuasio ad Pragenses in fide déviantes, orata présente Cesare). « Quanquam in fidei causa catholicus... ».
7. (Invectiva in amicum ingratum). « Maluissem tecum beneficiis... ».
8. (In invidum et detractorem invectiva). « Maledicta tua moleste tulis- sem... ».
9. (Oratio ad regem Francie pro libertate ccclesiastica, 1418). « Christia- nissime Rex ac excellentissime princeps... ».
10. (Epistola ad L'niversitatem Parisiensem, post egressum régis Caroli VII acivitate Parisiensi). « Aima mater fecunda... ».
ÉPISTOLAIRES. DIALOGUES. l'OLYGRAPllES. iï
11. Discours au i"oi d'Écossc. « Dum ad me ipsum reversussensus... ». Ces lettres d'Alain Chartier ont toutes été publiées de 1617 (édition d'André Duchesne) à 1876 (élude de D. Delaunay sur Alain Chartier).
III (f. 62j. « Alia epistola a magistro Alano coniposita (de vita euriali).
— Suades sepius et hortaris... ». C'est le célèbre Curial, traduction d'un ouvrage latin composé, non par Alain, mais, suivant toutes les vraisem- blances, par un humaniste italien appelé Ambroise de IMiliis. M. Ferdinand Ileuckenkamp a utilisé le présent manuscrit dans l'édition qu'il a donnée du Curial (Halle, 1899. — Voir la Roiiiania, t. XXVIII, p. 483).
IV (f. 67 v). « Nu ne incipit epistola Rolandi de Talentis ad Karolum sep- timum, Francorum regem, de calamitate urbis Constantinopolitano (1433).
— Dudum, Serenissime Rex, cum tristis et mesta fama de casu magnifiée et preclarissime quondam urbis Constantinopolitane... ».
V (f. 73). « Liber de prosperitate adversitatis, a magistro Nicholao de Cle- mengis compositus. — Cum maxime predicatoris officium sit... ».
VI (f. 8u V"). « Kpistola magistri Nicolay de Clemcngis facla super miseriis nunc lemporis currcntibus et de eorum pacienti tolleracionc. — Quanquam semper hec noslrorum principum ccriamina... ». L'auteur cite une lettre par lui écrite en 1411, et il ajoute : « Mulli, ut cernis, fluxerunt dies ex quo lias ad te dedi. . . » .
Nicolas dcClamanges, théologien, recteur de l'Université de Parisen 1393, trésorier de Langres et archidiacre de Bayeux, mort vers 1434. Ses ouvrages ont été recueilHs par Martin Lydius (Leyde, 1613, in-4").
Les trois pièces précédentes se trouvent aussi dans le ms. latin 8757 de la liibliotlièque nationale.
Vil (f. 93). « De Nobilitatc. — Apud majores nostros sepe de nobilitale dubitalum est... ».
Nous avons rencontré le même opuscule dans le ms. latin 0711 do la Bibliothèque nationale, sous le litre suivant : « Domini Bonacursii de Monte Magno, ad illustrem principem Guidanlonium, Monlisferrati comitem, super nobilitale questio sequitur disputata » . Voici les divisions de l'ouvrage, qui ne sont pas indiquées dans notre manuscrit : 1, « Prologus ». 2, « ïitulus controA'ersie ». 3, < Publii Cornelii Scipionis oratio contra Caium Flumi-
12 CIIANÏILLY. - LES MANUSCRITS.
nium ». 4, « Caii Flamiriii oratio contra Publium Cornelium Scipionem ».
On connaît deux Buonaccorso de Montemagno, tous deux poètes ; le pre- mier vivait au milieu du XIV siècle; ses poésies ont été publiées en 1718. Le second (son neveu) vivait en 1429; c'est probablement le nôtre; de lui on sait peu de cbose, et Tiraboschi se borne à le nommer.
YllI (f. lOG v"j. « Incipit Luciani Dyalogus qui inscribitur Caron ». Tra- duction anonyme, dédiée à un ecclésiastique, et entreprise à la requête de « Séraphins Urbinas, vir utriusque juris interpres, nostri temporis prima- rius ». Ce n'est pas celle de Rynucius (contenue avec une autre copie de celle-ci dans le ms. latin 8729 de la Bibliothèque nationale); le traducteur pourrait être Jean Aurispa, qui mit de grec en latin des dialogues de Lucien.
On lit à la lin la signature « De Chamelet » (Xvr siècle).
Hôtel de Condé, 1673.
439
N° 988. Recueil de lettres italiennes.
Pet. in-4", vélin blanc ancien. — Papier, première moitié du XVI» siècle, 1G7 ff., dont beaucoup de blancs; belle cursive italienne.
Recueil de 91 lettres, la plupart anonymes. Beaucoup ont été publiées dès le xvr siècle; nous en avons reconnu 21 dans les Lcllere volrjari di diversi vobilissiini huomiui (\enhc, Aide, l.')44, in-8"j. Presque toutes les autres sont du cardinal Bembo; aucune n'est suivie de son nom, mais un certain nombre figurent dans les éditions de ses lettres données au XVI' siècle, et des indices sérieux permettent de lui attribuer les autres. Néanmoins quelques lettres n'ont pu être identifiées et sont peut-être inédites.
Outre Bembo, qui tient la plus grande place dans ce recueil, citons les auteurs suivants : Lodovico Canossa, évêque de Bayeux ; Giacomo Bonfadio ; F. P. già Yicenzo Quirino; Francesco délia Torre; Marc' Antonio de Mula; il Frascatoro; Annibale Caro; Gabriel Cesano; Daniel Barbaro; la marquise de Pescara; Domenico SauH.
Hôtel de Condé, -1673.
ÉPISÏOLAIRES. DIALOGUES. POLYGRAPIIES. 13
440
N° 916. [L.\ MoTHE Le Vayer] : « Qiatre Dialogues faits a l'imitation
DES ANCIENS PAU OltASIIS TuBERO ».
In-4°, veau brun (rel. anc). — Papier, XVII" siècle, 427 pp.
P. 1. « Lettre de l'autheur ». — i:5. « Dialogue traitlant de la philosophie sceptique entre PauIoxus et Ephestion ». — 73. « Dialogue intitulé Le Ban- quet sceptique entre Marcellus et Orasius, Diodotus, Divitiacus, Xenomones et Eraste ». — tSÎ). « Dialogue sur le sujet de la vie privée entre Philoponus et Hesychius ». — 182. « Dialogue sur les rares et éminentes quahtez des asnes de ce temps, entre Philonius et Paléologue ».
On sait quOrasius Tubero est le pseudonyme de François de La Mothe Le Vayer. Ces dialogues ayant d'abord été imprimés sous des dates qui sont probablement fausses (1604, Le Vayer n'avait que seize ans, et 1606), il n'est guère possible de savoir si ce manuscrit est antérieur ou postérieur à l'impression. L'ouvrage a été réimprimé en 1671, en 1716, et dans l'édition des œuvres de 1756-1759.
Le titre de notre volume est de la main de Soru, cet avocat au parlement dont nous avons déjà parlé, sorte de commissionnaire en librairie qui four- nissait des livres au Grand Condé et faisait faire pour lui des copies de manus- crits. Celui-ci, dont l'écriture appartient aux premières années du XVIP siècle, a été acheté par Condé vers 1685.
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N" 977. Anguien (Louis-Henry - Auguste de Bourbon, duc d'). Cahiers d'étude.
In-4° de 260 pp., veau brun.
1 (p. 1.). « Recueil de portraits de quelques grands hommes de l'antiquité, tirez de divers auteurs ; traduit de latin en françois par Louis-Henry-Auguste de Bourbon, duc d'Anguien, revu et corrigé par M. l'abbé Mongin, l'an de J. C. 1707 ».
U CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
2 (p. 31). « Oraison de M. Tullius Cicéron contre Lucius Catilina, traduite en frangois..., 1707 ».
3 (p. 53). « Seconde oraison de Marcus Tullius Cicéron contre Cati- lina, 1708 ».
4 (p. 83). « Art poétique d'Horace ».
5 (p. 117). « Lettre 6' du second livre de Caius Plinius à son cher sénateur Avitus, traduite en François..., 1707 ».
6 (p. 121). « Lettre 36' du 9° livre de Caius Plinius à son cher sénateur Fuscus, traduite en françois... 1707 ».
7 (p. 125). « Abrégé de Thistoire de France fait par L. II. A. de Bourbon, duc d'Anguien, 1707 ».
8 (p. 177). « Compendiosa logica ducis Anguiani » (antérieur aux devoirs précédents, l'écriture est plus enfantine).
Nous avons déjà parlé (1) des volumes manuscrits qui ont servi pour l'éducation de Louis-IIcnry-Auguste de Bourbon, duc d'Anguien jusqu'à la mort de son père (1710), puis duc de Bourbon (septième prince do Coudé), premier ministre de Louis XV, mort en 1740. Comme les autres, celui-ci est marqué d'un L.
442
N° 1420. PebhaL'lt (Chables) : Ueciwl de du eus PErrrs oi;vuages en
PBOSE ET EN VEBS POUB LA BlBMOTIIÈyL'E DE VeBSAUJ.ES.
Grand in-4", mar. rouge à comp., fiL, Ir. dor., (leurs de lys, soleils, armes et chiffre de Louis XIV. — Papier, XVH° siècle, 146 ff. chiffrés et 6 non chiff., un frontispice et 30 vignettes à l'encre de Chine.
La première page est occupée par un beau dessin (2), signé : C. Le Brun, et représentant Apollon avec les Muscs; on voit dans le fond la pièce d'eau du Dragon et la façade de Versailles. — F. 2. Titre et cul-de-lampc par Sébastien Le Clerc, auteur des 29 autres dessins. — F. 3. Épltre dédicatoire, adressée à « M. Bontemps, conseiller et premier valet de chambre du Boy, intendant
(1) T. I, pp. 33, 249.
(2) Il est reproduit à la fin de ce volume;
EPISTOLAIRES. DIALOGUES. POLYGRAPHES. 15
du château, parc ut ménagerie de Versailles », terminée par la signature autographe de Perrault, auteur des 25 petits ouvrages en prose et en vers qui remplissent le reste du volume. — Le dernier feuillet, numéroté 140, est occupé par la table.
Ce beau manuscrit avait été exécuté uniquement pour la bibliothèque du château de Versailles; mais, en 1675, Le Laboureur en donna une édition, sans figures (ainsi les dessins de Le Brun et de Sébastien Le Clerc n'ont jamais été gravés). « Le présent que j'ose vous faire aujourd'huy est un larcin que j'ai fait au Roy, disait-il dans sa dédicace au prince de Conti; j'ap- porte à V. A. un livre que j'ai volé à S. M... M. Perrault, qui en est l'auteur, l'avoit comme voué à la bibliothèque de Versailles » .
Collections Coislin (1847), La Bédoyère (1862) et Double (1863).
443
N" 1487. Hénault (le président) : Œuvres diverses.
Pet. in-f°, mar. citron à comp. de mosaïque, doublé de niar. rouge, tr. dor., riche reliure aux armes de la reine Marie Leckzinska. — Papier, XVIII» siècle, 161 (F. réglés.
1 . « Discours qui a remporté le prix d'éloquence par le jugement de l'Aca- démie françoise, en l'année 1707 » (imprimé la même année à Paris, in-4").
2 (f. 11). « Discours qui a remporté le prix d'éloquence donné par Mes- sieurs de l'Académie des Jeux Floraux en l'année 1 709 » .
3 (f. 17). « Que les femmes doivent se convaincre que la constance en amour est une vertu » .
4 (f. 27). « Sur la tragédie et la comédie ».
5 (f. 33). H Copie d'une lettre de la duchesse du Maine au président Hénault, qui s'étoit plaint d'une critique de M. de Saint-Aulaire ». (Œuvres inédites de M. le Président Hénault, Paris, 1806, p. 359).
6 (f. 34). Deux chansons :
Quoique je sois l'amour. ..
Rien ne peut réparer l'absence...
« Ces deux airs faisoient partie d'une feste que M'" de Clermont donna à la Reine ». — Les fï. 35-40 sont blancs.
16 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
7 (f. 41). « La Petite Maison, comédie en trois actes, en prose » (publiée à Paris en 1769, in-8").
8 (f. 73). « Le Jaloux de lui-même, comédie en trois actes » (en prose, publiée à Paris en 1769, in-8°).
9 (f. 103). « Épître de Psyché à l'Amour », 18 quatrains (publiés dans les Œuvres inédites, Paris, 1806, p. 359).
10 (f. 104). « Madrigal .sur l'Kpîtrede Psyché à l'Amour, par M. l'abbé de Chaulieu ». (Œuvres inédiles, p. 30).
11 (f. 105). « Eglogue » de 108 vers. (Œuvres inédites, p. 176).
12 (f. 107). « Sur la sarabande des festes grecques et romaines : a.) « A l'Amour » (9 vers) :
Tircis et moi t'offrons une couronne... 6). « Églogue intitulée Ismeine » (80 vers) :
L'aurore renaissante invitoit la nature... (Œuvres médites, p. 179). c). « Énigme » (9 vers) :
Séparé des mortels, j'habite la cité...
(Œuvres inédites, -p. IQl).
13 (f. 109). « Le Temple d'Astrée, sur l'air des Bergers de Maintenon » ;
Jours innocents de la divine Rhée...
[Œuvres inédites, p. 175).
14 (f. 109 v°). « Parodie d'un air italien » :
Venge-moi d'une ingrate maîtresse...
(Anthologie franroise, Paris, 1765, 11, 1 1 . — Œuvres inédites, p. 271).
15 (f. 109 v°). M A Madame de..., quidisoit qu'elle ne voudroit pas épouser son amant, afin de l'aimer toujours par choix et jamais par devoir » :
Non, tu ne m'aimes pas, inconstante Glicère...
16 (f. 110). « Chanson sur une fanfare de Landrieux » :
Buvons à tasse pleine... (Œuvres inédites, p. 266).
ÉPISTOLAIRES. DIALOGUES. POLYGRAPHES. ^^
17 (f. 110 V"). « A M. L. D. G., qui étoit allé aux eaux de Forges, sur l'air // n'y a qtie sept lieites » :
Quoi I Vous partes sans que rien vous arreste...
(Anthologie françoise, 1705, II, 1. — Œuvres inédites, 1806, p. 259).
18 (f. 111 v°). « M. L. D. L. [l'abbé de Lattaignant] envoyant à Mad' la D. d'il., sur l'air Réceiliez-wm, belle endormie » :
Craignes cette simple amusette .. {Œuvres inédites, p. 261).
19 (f. 112). « Sur l'air L'ordre sévère qui nous enlève » :
La jeune Ilortense... (Œuvres inédiles, p. 265).
20 (f. 112 v°). « On donna une espèce de feste à M"" de Clermont, dans laquelle on fit représenter l'acte de l'opéra des Sens, où l'Amour paroît sans bandeau; après que l'on eut chanté cet acte, on chanta les couplets suivants, sur l'air de Grimaudin; c'est l'Amour qui parle » :
Sans vous seroit-ce un avantage... (Œuvres inédites, p. 262).
« On peut chanter les couplets suivants sur l'air du Confiteor » :
Pourquoi regretter ces beaux jours...
(Anthologie françoise, 1765, II, 3).
21 (f. 1 13 v°). « Chanson de table sur l'air Saches qu'il est Bourbon de Mont-
morenci » :
Que ce jus prétieux...
22 (f. 114). « Vers mis en chant par La Croix » :
Vous éteignes, cruelle, une si tendre ardeur...
(Œuvres inédites, p. 270).
23 (f. 114). « Paroles sur un menuet de M. de Blamont » :
Il n'est rien que l'amour n'égale...
(Œuvres inédites, p. 269).
24 (f. 114 v°). « Second menuet » :
Aimons tous, c'est le bien suprême... u. 3
iS CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
25 (f. 114 V). « Fragment d'un divertissement fait à Belebat sur l'air Je gage boire autant quun Suisse » :
Salut au curé de Courdimanche...
26 (f. 115). « Les Délices de Couperin » :
Tout Cytlière est dans ce beau séjour... (Nouveau recueil de chansons choisies, La Haye, 1726, II, 97).
27 (f. 115 v°). « Sur l'air de Y Inconnu » :
Troubles naissants où je n'ose me plaire...
(Œuvres inédites, p. 270).
28 (f. 115 v°). « A S. A. S. Madame la duchesse du Maine... ». Épître en vers et en prose, publiée dans les Œuvres inédites, 1806, p. 236. Elle com- prend les chansons suivantes :
J'ai couru chez le pauvre abbé...
(Anthologie française, 1765, II, 8).
Réveillés-vous, troupe légère... Cet âne est parent de fort près... Vous dont nous empruntions les vers...
Cette dernière chanson vise Ant. Ferrand, qui avait emprunté aux anciens poètes français les paroles d'un ballet mis en musique par Collin de Blamont.
29 (f. 118). « Sur l'air Si mon amant » :
Il faut, quand on s'aime, une fois...
(Anthologie françoise, 1765, II, 5. — Œuvres inédites, p. 267).
30 (f. 118 v°). « Imitation de l'ode xv du 2* livre d'Horace » :
Ami, le tems s'écoule et son rapide cours...
31 (f. 119 V";. « Imitation de l'ode viii du 2* livre d'Horace » :
Pbilis, si ta beauté soufTroit de tes parjures...
32 (f. 120). « L'Homme inutile. Lettre écrite à M. de V[oltaire], de Plom- bières, le 14 août 1744 » :
Déjà le jour plus grand fait pâlir les flambeaux...
ÉPISTOLAIRES. DIALOGUES. POLYGRAPHES. 19
« Réponse de M. de V[oUaire] » :
D'un pinceau ferme et facile...
(Œuvres de Voltaire, Paris, Didot, 1827, I, 1162).
33 (f. 123). « Lettre de M. de Voltaire à M. le P. H. » [président Hénault] (Cirey, l"sept. 1744) :
0 déesse de la santé...
(Œuvres complètes de Voltaire, 1785, XV, 177).
34 (f. 124). (( Lettre de M. le président Ilénaut à M°" la duchesse de La Vallière, de Chandon » (prose et vers).
35 (f. 124 v"). Pièce de vers qui terminait une lettre écrite le 15 août
1742:
Heureuse terre, agréables ombrages...
(Œuvres inédites, p. 281).
36 (f. 125). « Réflexions » (10 fî. de prose. Œuvres inédites, p. 290).
37 (f. 134 v°). « Dialogue. Ninon, M"" la M... de F... » (6 ff. de prose).
38 (f. 140 v°). « Noël pour Tannée 1730. Un grand prince (le roi de Pologne), s'étant fait le berger d'une illustre princesse (la duchesse du Maine), vient à la crèche avec les bergers » :
Sans attendre les trois Rois...
39 (f. 142 V"). « Noëls de 1724. Ils furent chantés à la suite de plusieurs
noëls où on parloit de la guerre et de la paix, sur l'air Donne à boire à ton
voisin n :
Ne parlons plus de la guerre...
40 (f. 144). « Prière à TAmour » :
Si tu ne veux, dieu d'amour, que j'en meure...
(Œuvres inédites, p. 211).
41 (f. 144 v°). « A M"" la duchesse du Maine » :
Tout répond dans la nature...
(Œuvres inédites, p. 246).
42 (f. 145). Lettre en prose écrite de la ville d'Eu par la duchesse du Maine au président Hénault (Œuvres inédites, p. 272).
20 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
43 (f. 148). « La Toilette de Vénus, cantate » :
Bel astre de la nuit, arreste ton flambeau... Cette cantate a été mise en musique par Desmarets, par Dornel et par M. de Blamont; la musique de ce dernier est gravée. (Œuvres inédites, p. 218).
44 (f. 149 V"). « En envoyant pour étrennes une boëte dans laquelle il y avoit de la corde de pendu » :
Vous vous plaignes des maux que le jeu vous a faits...
{Œuvres inédites, p. 224).
45 (f. 150). « Chanson en rondeau » :
Il ne faut plus aimer, puisqu'Iris est volage...
(Œuvres inédites, p. 269).
46 (f. 150 V"). « Noël sur Pair Chantons, Noiet » :
Eh bien, nous ferons des chansons...
(Œuvres inédites, p. 185).
47 (f. 152). « Cantique spirituel sur ces paroles du pseaume : F dit hominum, etc. ; sur l'air De l'amour que j'ai dans le cœur » :
Beaux jours, vous m'êtes apparus...
Les derniers feuillets sont occupés par la table et par les airs notés des chansons.
Bibliothèque Cigongne, n° 2303.
444
N° 1622. AuMALE (Henri d'Ohléans, duc d') : Discours prononcé à l'Aca- démie française le jour de sa réception, 3 avril 1873.
Pet. in-f", mar. ponceau, tr. dor. — Papier, 24 ff., lettres gothiques; initiales, fleu- rons et ornements en or et camaïeu.
Envoi autographe (7 avril 1874) de M. Berthier, ancien employé, décoré, et caUigraphe, qui a exécuté ce joli manuscrit.
III. — POÉSIE GRECQUE ET LATINE
445
N" 945. IIoMKRE : L'Imade. — « Le pnE\fiER (et le second) livre du prince
DES POÈTES, IIoMKRE, TRADIICT PAR SaLEL ».
In-8° (0,168 sur 0,124), mar. brun, semé de M, de marguerites et de fleurs de lys, tr. dor. (une. rel.). — Vélin, XVI« siècle, 2 ft". liminaires et 61 chiffrés.
Le manuscrit commence au verso du second feuillet non chifîré par une
dédicace à François I", en huit vers. Une autre dédicace en 13 vers, adressée
au roi, précède le second livre : elles n'ont pas été imprimées. Par contre,
notre volume ne contient pas la longue épître de Salel au roi qui se trouve
en tête des nombreuses éditions de sa traduction. Voici ces deux petites
pièces :
AU noY
L'antiquité a mis en si hault pris
Ce grec autheur, que par gloire notable
L'a surnommé père des bons esprits.
En poésie utille et délectable.
Il a esté divin et admirable,
Parfait en tout, n'ayant faulte de rien
Fors d'un grand roy, à vous, Sire, semblable,
Pour le nourrir et luy faire du bien.
AU ROY
Par Eudamus furent jadis forgez Certains anneaux de vertu merveilleuse Qui guérissoient les espritz affligez Du coup mortel de langue périlleuse.
22 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
0 que seroit la poésie heureuse Au temps présent si elle estoit garnye D'un tel anneau contre la calumnyel
Quant est à moy, Vostre Magesté haulte, Roy très puissant, répare ceste faulte, Et n'ay besoing d'aucun anneau pour garde.
Car la faveur monstrée au premier livre Fera tousjours Homère en France vivre, Rendant heureux Salel, quoy qui luy tarde.
Salel était né en Quercy; il avait entrepris cette traduction par ordre du roi, qui le récompensa par un titre de valet de chaml)re et l'abbaye do Saint-Chéron. Sa traduction n'alla pas au delà des onze premiers livres et fut imprimée ainsi en 1545 par Sertenas à Paris, avec de très belles figures; j'ai un exemplaire de cette édition à la reliure de Catherine de Médicis. L'œuvre commencée par Salel fut menée à fin par Amadis Jamyn; j'ai un exemplaire de l'édition de 1580 chargé de corrections de la main de ce dernier.
Il est probable qu'aussitôt après avoir achevé la traduction des deux pre- miers livres, Salel voulut soumettre son œuvre à l'un des juges les plus éclairés, à l'un des protecteurs les plus puissants (|u'il pût rencontrer à la cour. Ce charmant petit volume fut sans doute offert par lui à la sœur de son maître, à Marguerite d'Angoulème. La recherche seule de l'exécution ferait supposer que ce livre était destiné à un grand personnage : les chif- fres et les emblèmes dont les plats sont chargés confirment notre suppo- sition.
Hôtel de Condé, 1673.
446
N° 1631. Homère : « Le second livre de l'Iliade du prince des poètes, Homère, traduict par Salel ».
In-8" (0,170 sur 0,120), mar. brun semé de F et de fleurs de lys, comp. et tr. dor. {anc. rel.). — Vélin, XVl- siècle, 28 K. réglés.
Exemplaire de dédicace relié pour François I". — A la garde, signature
POÉSIE GRECQUE ET LATINE. 23
de « Magdalene Levyngstoun » , une des filles d'honneur écossaises de Marie Stuart. Vente Ganay^ mai 1881.
447
N" 1625. Homère : « Le cinquiesme (et le sixiesme) livre de l'Iliade d'Ho- mère, TRADIICT par SaLEL ».
In-S" (0,166 sur 0,121), mar. vert olive semé de F d'argent, de fleurs de lys d'or, comp., fil. et tr. dor. (une. rel). — Vélin, XVI" siècle, 81 fl". réglés.
Exemplaire de dédicace relié pour François I". — Salel était fidèle à son scribe. Nous retrouvons ici l'écriture fine et nette que nous avons remar- quée dans l'exemplaire des deux premiers livres offert peut-être quelques mois plus tôt à Marguerite, et dans l'exemplaire du second livre offert au roi.
Vente Firmin-Didot, juin 1878.
448
N° 1179. HoR.\CE : « Traduction des quatre livres des Odes d'Horace, PAR Louis- Auguste de Bourbon » (duc du Maine).
In-4", mar. vert, fil., dos fleurdelysé, tr. dor., aux armes du duc du Maine, avec les drapeaux de colonel-général; fermoirs à 1' L. — Papier, XVII» siècle, 93 fl". écrits, le reste du volume blanc. Très soigné.
Manuscrit de famille, de la bibliothèque de Neuilly ; donné par ma mère le 16 janvier 1855.
449
N° 736. Horace : Traduction des Odes, suivie de celle du Livre des Epodes, et de quelques fragments des Métamorphoses d'Ovide mis en prose latine (la traduction française de ces fragments ayant sans doute été donnée en thème). Suit une traduction française de la première épître d'Horace.
In-4», veau brun, dos orné {anc. rel.). — Papier, début du XVm« siècle, 362 fl"., écri- ture d'enfant.
24 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Marqué d'un L (éducation de Louis- Henry- Auguste de Bourbon, duc d'Anguien, puis duc de Bourbon, né en 1692, mort en 1740).
450
N° 1619. Ovide : « Le tiioysiesme livke de la Métamorphose, thaduict
DE LATIN EN RYTHME FR.^NÇOYSE PAR F. HaBERT ET PAR LUY PRÉSENTÉ A HeNRY
de Valloys, Roy de France » (Henri II).
In-S" (0,140 sur 0,095j, reliure originale en veau brun à comp., fil. et tr. dor. — Papier, milieu du XV1« siècle, 38 ff.
Cette traduction du troisième livre des Métamorphoses est précédée d'une épître au roi :
C'est à ce coup que mes vers trop se deullent
J'ay achevé le Caton pour l'enfance
De ton cher fils, attendant ses ans meurs,
En publiant l'œuvre par imprimeurs
Si te supply, Roy très puissant Henry, Sur ton petit poète de Berry
Getter les yeulx
Qui t'ose encore promettre cette chose
Qu'il traduira le grand Métamorphose,
Dont feu Marot, passant beaucoup de plumes.
Deux livres feit entre quinze voulûmes.
En reste encore treze, dont la façon
Te donnera un tour par moy leçon.
Dont cependant un, escript de ma main.
Se vient offrir à ton visage humain.
Mais sans ta main libérale et ta grâce
Je suis au pied du mur, plus froid que glace...
Puis vient un « dizain du trespas du roy François », suivi du « ili* livre de la Métamorphose d'Ovide ».
(Jlette dédicace nous j)ermet de dater notre manuscrit vers 1530. Les quatre livres de Caton, traduits en rilliine française par Fr. Hubert, avaient été imprimés par Etienne Groulleau en 1348. D'autre part, c'est en 1336 que Macé Bon-
PQjËSIE GRECQUE ET LATINE. 25
homme, de Lyon, imprima Lex trois premiers livres de la Métamorphose cVOcide, traduiclz en vers françois, le premier et le second par Clément Marot, le tiers par Barthélémy Anean. Au moment où François Habert écrit sa dédicace, il ne connaît que la traduction des deux premiers livres par Marot et se propose de la continuer. Après la publication de Macé Bonhomme, le pauvre « Banni de liesse », sans doute un peu déconcerté d'abord, se remit à l'œuvre et reprit les deux premiers livres. Sa traduction fut publiée l'année suivante (1557, Paris, Etienne Groulleau); Marnef l'a réimprimée plusieurs fois de 1573 à 1587. Nous décrirons plus loin les Paraphrases chrétiennes de François Habert.
451
N° 981. Ovide : Traduction française de fragments des Métamorphoses.
10-4% veau brun, dos orné («ne. rel.). — Papier, début du XVin« siècle, 278 iï.. écri- ture d'enfant.
Ms. mai'qué L (éducation de Louis-Henry-Auguste de Bourbon).
452
N° 975. Fables d'Ésope et autres, mises en prose latine (thèmes).
In-4°, veau fauve, dos orné (anc. rel.). — Papier, début du XVIII» siècle, 259 ff., écri- ture d'enfant.
Marqué L (éducation de Louis-Hcnry-Auguste de Bourbon).
543
N° 980. Fables latines mises en prose latine. Fables latines et françaises mises en prose française (thèmes et versions).
ln-4°, veau marbré, dos orné {anc. rel.). — Papier, début du XVIII" siècle, 300 ff., écriture denfant; la partie en français est d'une main virile (un copiste).
Marqué L (éducation de Louis-Henry-Auguste de Bourbon).
n. 4
26 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
454
N° 997. Sedulius : Carmen paschale.
111-4» (0,193 sur 0,134), mar. vert. tr. dor., armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XV' siècle, 37 feuillets, 25 lignes à la page. Les armes et le monogramme d'Antoine de Chourses et de Catherine de Coctivy ont été ajoutés dans la première initiale.
Premier vers :
Paschales quicumque dapes conviva requiris
Dernier vers :
Sufficeret : densos per tanta volumina libros. « Explicit Sedulius. 1825 versus coniinenlur in presenti voluniino ». Hôtel de Gondé, 1654.
455
N° 1435. Albizio (Aihelio) : Poemata latina.
In-4" (0,235 sur 0,163). velours rouge. — Vélin, XVI' siècle, 14 fl". écrits en lettres d'or sur fond pourpré.
Ces petits poèmes, d'un rythme varié, sont l'œuvre d'un Milanais dévoué aux conquérants français et surtout avide de plaire au vice-roi, Odet de Foix, seigneur de Lautrcc. Le volume couunence par une épître en jn-ose (de deux pages) adressée à l'évèque de Tarbes, Menaud de Martres de Sainte-Colombe, assesseur du vice-roi, « qui illustrissimo proregi Odeto... ita placeas ut, cum tu plura sine eo, ipse sine te niliil agat, sepissimeque sub diligenti<c pruden- tiœque tuae fidc conquiescat ». Au verso du second feuillet commence le pre- mier poème, dédié à Lautrcc. Le second poème, sans titre, occupe les ff. 9-1 1 . Dans le troisième (ff. 12-14), l'auteur s'adresse au peuple de Milan, « ut arma deponat » .
Lautrec, nommé maréchal en 1515, lors de la coniiuête du Milanais, fut battu à la Bicoque en 1521, et cette défaite nous lit perdre le duché. C'est entre ces deux dates qu'il faut placer l'exécution de ce joli volume, offert à l'évèque de Tarbes.
POÉSIE GRECQUE ET LATINE. 27
Aurelio Albuzio , jurisconsulte et poète milanais , a laissé plusieurs ouvrages : 1° Carmen de antiqua Mediolanenshm Victoria apud Parabiagnm (Milan, 1494, in-4°). 2" Heroidiim epistolanim libri IV (Milan, 1542, in-4'>). 'i° Christiamirum institutionum libri III (Milan, 1540, in-4°). Notre manuscrit paraît inédit.
Le dernier feuillet du volume porte la mention suivante : « Ex bibliotheca Francisci Graverol, Nemausensis, 1690. Donum domini Gasparis de Cal- vière, toparcliœ S. Cosmœ, Boissières et Reculan ». Gaspard de Calvière, s' de Saint-Cosme, président du consistoire de Nîmes, abjura en 1685 et devint l'adversaire passionné de ses anciens coreligionnaires, par lesquels il fut assassiné le 13 août 1702. Jeté au cachot, son ami François Graverol signa l'abjuration pour recouvrer sa liberté ; rentré à Nîmes, il se conlina au milieu de ses livres et vécut dans la retraite. Jurisconsulte éminent, poète et archéologue, François Graverol a laissé une quinzaine d'ouvrages estimés. 11 fut un des fondateurs de l'Académie de Nîmes; né dans cette ville en 1636, il y mourut le 18 septembre 1694.
Au dix-huitième siècle, ce manuscrit appartint à l'héritier converti d'une autre célèbre famille de protestants, Charles de Baschi, marquis d'Aubais, né à Beauvoisin (Gard) en 1686, mort à Aubais en 1777; auteur du curieux recueil de Pièces fugitives pour servir ci l'histoire de France (1759, 3 vol. in-4'').
Dulau, Londres, 1863.
456
N° 1539. Ckhhuti (Antonio) : « Ad Paulum IV pontificem optimum,
MAXIMUM, AnTONII CeRRUTI LiBER ».
In-S» (0,173 sur 0.113), inar. rouge, riclies dorures, reliure italienne originale, à la Grolier, armes de Paul IV sur les plats. — Vélin, XVl' siècle, 30 ff. chiffrés, 1 f. de titre et 2 d'index non cliiffrés; 1 f. blanc à la fin. Titre et intitulés en lettres d'or; initiales ornées en or et couleurs; belle écriture. Exemplaire de présentation au pape Paul IV, dont les armes sont reproduites plusieurs fois dans les enluminures.
Recueil de poésies latines sur les faits et les espérances du pontificat de
28 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Paul IV (Jean-Pierre Caraffa, 1555-1539), avec épUre dédicatoire. Très joli livre.
Vente Gage, Londres, juin 1867.
457
N" 542. AuBEiiY (Jean-Henui) : « Ludovici XIII JrsTi, Fr.^ncorim et Navarkenoulm Reuis Chkistianissimi , Victoria ad Ollon.eas Arenas. Auc- tore Joanne Ilenrico Auberio Borbonio, e Societate Jesu ».
In-f°, vélin blanc. — Papier, XVII» siècle, 24 fl., précédés d'un feuillet de titre.
Poème latin sur la victoire des Sables dOlonne (16 avril 1622), précédé de deux épitres dédicatoircs on latin, l'une au roi Louis Xlil, et l'autre à Henri II, prince de Condé.
J'ai, de ce même Aubery, un poème latin sur le voyage du prince de Condé en Languedoc et Gascogne (Paris, Cramoisy, 1629).
Hôtel de Condé, 1673.
458
N° 378. « Ilix'sthissimo et invictissimo regii s.vnguinis princii'i Henhioo Bor- bonio Musahum Divionensium Panthéon votivim ».
In-f", veau brun aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XVII* siècle, 18 IT.
18 figures coloriées, avec une légende en vers latins au bas de chacune d'elles. Chaque figure représente un dieu de la fable offrant ses attributs au prince de Condé. Chaque légende est signée d'un nom différent. Les jeunes gens des premières familles de Dijon, ou peut-être les principaux élèves du collège des Jésuites, s'étaient sans doute réunis pour offrir cet hommage au gouverneur à son arrivée dans la province. Parmi les noms connus dans l'histoire ou qui reviennent souvent dans nos recueils relatifs à la Bourgogne, je remarque : Roger Brûlart, Bretagne, de Montholon, Claude Comeau, Jean-Jacques Belin, de Thésut, de Margucnat, etc.
Collection de Condé.
POÉSIE GRECQUE ET LATINE. 29
459
N° 393. « Palatium glori^ celsissimi principis Henrici Borbonh Cond.ei ».
Gr. in-f°, mar. bleu semé de fleurs de lys, aux armes de Bourbon-Gondé. — Ms. du XVII» siècle, 70 ff., texte sur papier, 11 vignettes en couleur, de style et d'exécution médiocres, sur des feuillets de parchemin.
Série de pièces latines en vers et en prose, présentées sous la forme d'une vision de Louis de Bourbon, et précédées d'une lettre latine du même à son père, Henri II de Bourbon, prince de Condé.
Voilà sans doute un hommage du Grand Condé à son père, dont l'image est mêlée à presque toutes les vignettes sous les formes les plus diverses, et dont le nom reparaît à toutes les pages, flanqué d'hyperboliques épithètes. Les hauts faits de ce prince sont un peu amplifiés, et ses vertus vues avec la loupe; mais c'est un fds qui parle. Rien n'indique l'époque précise où fut écrit et présenté ce volume ; mais il date certainement de la première jeu- nesse du duc d'Anguien. « .Etatulam meam (dit-il dans sa dédicace), quœso, intuere, quae, ut tenera est, ac primi vixdum tyrocinii capax, etsi tuo ex immenso splendore parum, suo tamenpro modulo infinitum prope quiddam, hausit ». Il est facile de reconnaître en plusieurs endroits la main encoi'e incertaine du jeune héros, et ses essais dans l'art de la calligraphie, où il est permis de dire en passant qu'il n'excella jamais. J'y retrouve aussi, mêlée à plusieurs autres, l'écriture du père Pelletier, son précepteur, qui eut sans doute plus de part que l'élève à la composition de l'ouvrage. Cependant il n'y travailla pas seul; je ne m'arrête pas à la diversité des écritures, mais il y a dans tout le volume tant d'emprunts à l'antiquité et même à la fable, une si grande abondance de figures de rhétorique, une telle variété dans les rythmes, depuis Ihexamètre jusqu'à l'ode « tricolos tetrastrophos », le tout mêlé à une si profonde horreur de l'hérésie, qu'on peut attribuer l'œuvre au corps enseignant de Bourges.
Entre autres pièces destinées à célébrer la campagne contre les huguenots en Languedoc, citons ce fragment en style lapidaire non moins médiocre que les exploits du prince :
30 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Impunitalis asylum, Realniontium clausit. Perfidiœ praesidium, Calnœam evertit. Rebellionis propugnaciilum, Mazametum expugnavit. Seditionis arcem, Brassacum diruit. Vesaniœ sedem, Castronovum fregit. Scelerum sentinam. Santamantium exausit. Nequitiœ domicilium. Sanseverianum comminuit. Aram impietatis, Apameam destruxit.
Denique Novum Augiae stabulum Gotticam Franciam Novus Hercules christianus
Expurgavit.
Collection de Condé.
460
N° 948. IIéhembeut : « Phinceps Cond^us thiumphans, authore M. Carolo Herembert, domino du Pastis, apud Argenlennenses in Normania causarum patrono ».
In-4°, relié en satin blanc, avec les armes de Condé brodées sur les plats, tr. dor. — Papier, XVll" siècle, 107 ff.
Exemplaire de présentation. P. 1, titre; p. 3, portrait du Grand Condé (jeune) gravé par Moncornet; — 5 à 9, épltre dédicaloire au Grand Condé, en français; — 10-11, « Epigramma acrostichon Ludovico Borbonio », avec commentaire en français. Le j)oèmc occupe le reste du volume : c'est la gloire du Grand Condé et de sa maison célébrée en bexamèlres. Le texte est écrit au recto de chaque feuillet, dont le verso est occupé ]»ar un très curieux commentaire en français. L'ouvrage doit être de la lin de 1049.
La dédicace est signée « Du Pastis Herembert, docteur aux loix et histo- riographe, natif de la ville d'Argentan en Normandie ». L'auteur parle de son père, « Jacques Herembert, s' de La Rivière, lieutenant civil et criminel pour le Roi aux vicomtes d'IIyesmes et Argentan, depuis exempt des gardes de Sa Majesté, et mort portant les armes à son service, de retour du quartier qu'il cstoit obligé rendre près de la personne de Henry de Bourbon, prince do
POESIE GRECQUE ET LATINE. 31
Condé, vostre très honoré père, à cause de sa charge de contrôleur dans sa maison ».
Hôtel de Condé. 1654.
461
N" 485. Keuchein (Robeut) : « Bellum G.\LLO-BELGicr.M, sive rerum a rege Galliarum christianissimo Ludovico XIV in Belgis, vicinisque Germanise regionibus, ut et oceano Britannico, anno m dclxxh gestarum, Liber panegy- ricus. Exhibente Roberto Keuchenio, Jurisconsulto Arnhemiense... Canebam Arnliemi Gch-orum, anno mdclxxui, in Febr. ».
In-f", vélin blanc^ fil., tr. dor., fleurons (anc. rel.). — Papier, XVII» siècle, 27 fT. ; litres et épître dédicatoire, 3 IT.
Hôtel de Condé, 1673.
462
N" 1728. MoNTiNiis Ablonius (Mauritius L.) : « Celsissimoru.m et Sere-
NISSI.MORU.M REGI^ FrANCI.K FAMILLE BoRBONIORU.M GoND.fiORUM PRINCIPUM
Elool\ » .
In-4", cart., dos chagrin vert. — Papier, XVII» siècle, 7 fî. et I blanc.
A la fin : « Serenissimis Principibus, dominis suis colendissimis, obtulit et consecravit, Gelsitudinum Serenissimarum cullor devotissimus, huniilMmus, obsequcnlissiinu.sque servulus, Mauritius L. Montinius Ablonius, anno aetatis 80 et christ, serîe 1676, mense marlio». Le nom pourrait se traduire : Maurice L. de Monligny, d'Ablon.
Collection de Condé.
463
N° 749. Lorraine (Gabriel-Alexis de) ; « In reditum Serenissimi prin- cipis Ducis Borbonii Ecloga. Gabriel-Alexius de Lorraine de Beauvernois, humanista. Anno R. S. 1682 ».
Pet. in-f", mar. rouge, fil., petits fers, tr. dor. {rel. anc), armes d'Orléans ajoutées, — Papier, XVll« siècle. 10 If.
32 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Gabriel- Alexis de Lorraine, originaire de Bcauvernois (Saône-et-Loire), hiimanista (élève de seconde), dédia ce manuscrit à Louis III, duc de Bourbon, son condisciple à Louis-le-Grand, à l'occasion de la rentrée des classes (octobre 1681).
Collection de Condé.
464
N° 1735. « Seremssimi principis ducis Borbonu Ncptia: ».
In-4". cart., dos de mar. rouge. — Papier, XVII" siècle. 8 fT. (le dernier blanc).
Épithalame composé pour le mariage de Louis III, duc de Bourbon, petit- fds du Grand Condé, avec M"' de Nantes, légitimée de France, fille de Louis XIV et de M°" de Monlespan (24 juillet 1685).
Colleclion de Condé.
465
N* 1921. Simon (Pikrre) : « Delphinis Musahum alu.mnus sive pathonus,
CARMEN. CaNEBAT PeTRUS SiMON ».
In-4% papier, fin du XVII» siècle, 17 IT., cart.
Poème de 260 vers; il y est fait allusion aux Condé.
Collection de Condé.
466
N° 1113. Santeul (Jean de) : « Salpetria, nympha Canhliaca ».
Pet. in-f", mar. rouge doublé de tabis bleu, riches dorures, fil., tr. dor. Les em- blèmes semés sur_les plats appartiennent à la duchesse du Maine, ainsi que la devise : « Tout subit ma loi •. — Papier, 1696, 12 ff., écriture soignée, fleurons en couleurs, lettres romaines avec ornements en miniature, titres en lettres d'or.
Exemplaire de présentation à la duchesse du Maine, composé des pièces suivantes :
1° « Salpetria, nympha Cantiliaca » [par Santeul]. — 2° « Salpetria,
POÉSIE GRECQUE ET LATINE. 33
nymphe de Chantilly », traduction en prose des vers latins [par le duc du Maine]. — 3° « A l'auteur des vers latins, sur la traduction en prose fran- çaise, quatrain : Que ton destin est glorieux ». — 4" « Salpetria, ou la nymphe de Chantilly, autre traduction des vers latins » [en vers français, par Antoine Danchet]. — 5" « Lettre de l'auteur de la traduction en vers à M. de Santeul de S. V. (Saint-Victor) ». — 6» « Serenissimo principi Ludovico Augusto Borbonio (duc du Maine), quod latina carmina gallica interpretatione illustraverit, gratulatur Santolius V. (Victorinus ; 83 vers latins) ». — 7° « Lettre de M. le duc du Maine à M. de Santeul de Saint- Victor. A Versailles, ce 19 décembre 1696 ».
Les pièces n" 1, 2, 4, 6 ont été réunies et publiées en 1696. La 7' a été insérée par Dinouart dans les Santoliana (Paris, 1764, p. 231).
En tête du volume a été collé un feuillet de vélin sur lequel on Ht six vers, fort bien calligraphiés en bleu et or :
Ma bonne volonté surpasse mon pouvoir. Princesse
Cette petite pièce, signée « M. 11. de Choiseul », est surmontée d'un cœur enflammé, où se trouve, écrit en or, le mot « Ludovise » ; c'est le nom que portait la duchesse du Maine à la cour de Sceaux.
Ce beau volume a appartenu à John Symmons, écuyer, de Paddington près Londres; il aura sans doute été racheté en Angleterre par le dernier prince de Condé, car il m'est venu de la bibliothèque de Chantilly.
467
N° 1787. « De Rksuhrectione Ciuusti, carmen hekoicum ». In-f», papier, XVII« siècle, 10 pages, carton. Collection de Condé.
468
N° 1332. CoRBiN (Louis) : « .-Eternit.vti Borbonlî: .\ugust.e, heroice et
COND/E^ ».
u. r.
34 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
In-4», mar. rouge, fil., pet. fers, tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé {anc. rel.). — Papier, 1698, G2 pages chiffrées, figures dessinées à l'encre de Chine.
Sonnets, anagrammes, pièces de vers ou de prose, en latin, en français, accompagnés de nombreux dessins (médailles antiques, encadrements, armoiries, etc.), précédés d'avertissements et d'une épître dédicatoire, le tout à l'honneur de Henry-Jules, prince de Condé, et d'Anne de Bavière, sa femme, et à l'occasion du baptême de leurs petits-enfants dans la chapelle de Versailles, le 1" décembre 1698. L'auteur, Louis Corbin, était curé de Rieux-sur-Oise.
Acheté à Paris en 1857.
469
N° 1521. PoLiGNAC (Meixhior de) : L'Anti- Lucrèce; traduction du pre- mier livre en prose française [par le duc du Maine] .
In-f% mar. bleu, doublé de mar. citron, riches dorures, tr. dor., aux armes de la duchesse du Maine. — Papier, commencement du XVIli' siècle, 93 pages, réglé, superbe écriture.
La traduction est précédée d'une longue épltre à la duchesse du Maine, signée « Le Ressussité », qui n'est autre que le duc du Maine. « L'abbé de PoUgnac, dit un des continuateurs de Moréri, avait traduit verbalement le poème pour M"" la duchesse du Maine. M. le duc du Maine fit plus; il mit par écrit une traduction de tout le premier livre, et l'offrit à cette prin- cesse par une grande et belle épltre dédicatoire » . C'est à notre manuscrit que Moréri fait allusion, et son récit est confirmé par la dédicace elle-même : « Je me suis fait un plaisir, dit le duc du Maine, d'employer quelques heures de mon loisir à vous rendre ces belles choses familières et à mettre en nostre langue ce premier livre, dont la magnificence et la force des termes doivent vous astre échapées dans la lecture que l'auteur niesme a eu l'hon- neur de vous en faire. Comme après vous avoir prononcé une période latine, il vous la répétoit en françois, il n'a pu vous donner qu'une imparfaite idée de l'excellence de son ouvrage... ».
Bibliothèque du Palais-Royal (succession de la Reine).
IV. — POÉSIE FRANÇAISE
470
N° 703. ASPREMONT.
Pet. in-f" (0,302 sur 0,205), veau fauve. — Vélin, XIII» siècle, 68 lï., 2col.de 46 lignes, initiales rouges et bleues, notes en italien ajoutées au bas des pages.
Les Sarrazins chassés trilalie! Tel est le sujet de cette chanson de geste, une des premières du cycle de Charlemagne, écrite probablement au com- mencement du XII' siècle et restée inédite. On y voit figurer les compagnons du grand empereur, Naime, Turpin, Girard, enfin le jeune Roland, qui, pour entrer dans la carrière, tue le mécréant Eaumont et lui arrache Durandal, la plus glorieuse des épées. La bataille d'Aspromonte est le grand événement de cette lutte; elle a donné son nom au poème. Aspromonte, au bout do la Calabre, est plus connu de nos jours par l'engagement où Garibaldi fut blessé.
Dans une belle étude consacrée à celte œuvre épique (Histoire littéraire de la France, t. XXVII, pp. 300-318), M. Paulin Paris signale cinq copies anciennes, trois conservées à la Bibhothèque nationale, deux à Venise, bibliothèque de Saint-Marc (1). Dans les manuscrits de Paris, Charlemagne apparaît dès le début : entouré de ses barons, il donne audience à Balain, envoyé du roi sarrazin Agolant; au nom de son maître, l'ambassadeur ré- clame « l'hommage » du roi Charles. Avec les manuscrits d'Itahe, l'action commence beaucoup plus tôt; un long poème, véritable roman d'Agolant,
(1) Il y en a d'autres. M. P. Meyer en a connu seize, dont notre manuscrit. (Romania, t. xi.x, p. 203.)
36 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
est consacré aux gestes des Sarrazins, que l'auteur amène d'Afrique en Italie, où ils prennent Reggio et bâtissent Aspromonte. Notre manuscrit, que M. Paulin Paris n'a pas connu, donne une troisième version; le début est aussi consacré aux faits des Sarrazins, mais racontés avec beaucoup moins de développements; et ce récit préliminaire, qui n'occupe que dix colonnes, se présente ici comme l'introduction naturelle du roman d'Asprcmont :
Oez, segnur, ço ce dist le romani Ço vint d'Africha li fort rois Agolam, Apres lui maint rois et maint çatani, Tant rices princes, tant filz de caltelam.
Agolant décide en conseil l'envoi d'un espion en France. Sobrin est dési- gné; il part, arrive à la cour de Cliarlemagne et y passe un an. Cependant Agolant s'embarque avec son armée, aborde à Rise (Reggio) et fait construire la tour d'Aspremont, dont il donne la garde à son lils Eaumont, récemment armé cbevalier. Sobrin est de retour et sera remplacé par un envoyé officiel, le « barberin Balant » ou Balain :
A Gliarlemaines, qui lu liiz de IMpin, Vos li direz altament en latin Que il ne viegne encontre Saracin.
Laissant Balain partir avec son message, l'auteur nous introduit brusque- ment à la cour de Cliarlemagne :
Or devons a Karles renparier. Il fu asis for son palais plenier.
La fu dux Naime
Plet vos oïr bone cançon vailant De Karlemaine li fort rois puisant...
L'action commence alors et se déroule selon le texte des manuscrits de Paris : la réception de l'envoyé d'Agolant, la prise d'armes, rexi)édition, la bataille d'Aspremont, la mort d'Agolant etd'Eaumont, l'expulsion des Sarra- zins d'Italie, etc. La dernière strophe commence ainsi :
Chanté vos ai d'Agolant et d'Elraom, Et du rois Karle a la fiere façom, Et de Gérait le fil al duc Boisom,
POÉSIE FRANÇAISE. 37
Délia bataille qui fu en Aspremom
Esplicit liber romano (sic) Aspremontis.
Une marge assez large a été ménagée au bas des pages pour recevoir des tableaux dont le sujet est indiqué par une note en italien, d'une écriture très fine. Ces enluminures n'ont pas été exécutées, et, sur l'emplacement qui leur était réservé, on a transcrit en grosses lettres rouges, souvent d'une façon incorrecte, les mentions écrites en italien au bas de chaque page.
Le scribe a donné son nom après l'explicit : « Per me Joliannem Jacobi ». Puis viennent deux strophes italiennes (9 et 13 vers), d'une écriture un peu postérieure, intitulées : « Dominus Guilielmus Porcelati provicialis (?) », et « Dominus Ursus de Ursinis de Roma » ; la mention de cet Orsini confirme l'origine italienne de notre manuscrit.
Vente Solar, février 1861.
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N° 618. Amu.e et Amis, chanson de geste du Xlir siècle.
Pet. in-f° (0,297 sur 0,215), peau verte, dos rouge (anc. rel.). — Papier, avec quel- ques feuillets de vélin, xv« siècle, 190 ff.
Seigneurs, or faicles paix, serrés bonne chançon. Que Nostre Seigneur Dieu, qui souffrit passion, Vous octroict bonne fin et de luy vray pardon. Histoire vous diray ou il n'a si veoir non. En la ville de Blaves en escript le trouvon. Droit par dedans l'église saint Gerart le baron. C'est dAmile et d'Amis, qui furent compaignon Des plus loyaulx du monde; mentir ne vous puet on.
Cette chanson est le développement poétique d'une légende latine de l'épo- que carolingienne, « Vita bcatorum Amehi et Amici ». Elle contient, outre l'histoire d'Amile et Amis, celle de Girart de Blaves, fils d'Amis. Écourtée et mise en prose, elle a été publiée par Vérard et Alain Lotrian. Jourdain de Blaves ou Blaye, fils de Girart, a fait aussi l'objet d'une chanson du XIIP siècle qui n'est pas dans ce manuscrit; elle a été traduite en prose et imprimée par Michel Lenoir.
38 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
« Cette belle et curieuse chanson, dit M. Paulin Paris à propos d'Amile et Amis, comprend, dans une leçon du XIIP siècle qui n'offre pas de lacunes, environ 3400 vers. Plusieurs remaniements postérieurs, dus à de mauvais rimeurs du XIV et du XV" siècle, l'ont délayée en 6000 et même en 10000 vers ». Notre version en contient environ 13000.
L'inventaire de la librairie du duc de Bourbon, en 1523, mentionne, sous le n° 259, « Le livre appelle Milles et Amys, en papier, à la main »; c'est notre volume, qui fut porté de Moulins à l'hôtel de Condé en 1661.
La garde de ce manuscrit est faite d'un acte notarié sur vélin, de l'année 1438.
472
N° 626. I. Romans en vers du cycle de la Table Ronde. II. La Queste DU Saint Graal, en prose [Robert et Hélis 'de Boron]. 111. Roman de Renart (plusieurs branches).
Pet. in-f° (0,30 sur 0,21), veau marbré^ aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, com- mencement du XIH' siècle, 260 (T., 3 coL de 156 vers par page, 2 col. pour la prose, initiales rouges et bleues.
I. M. Gaston Paris a consacré aux romans en vers du cycle de la Table Ronde une importante étude insérée dans le tome XXX de V Histoire littéraire de la France; il a reconnu dans notre manuscrit les neuf romans suivants :
1° Bigorner, par Jean, roman inédit dont notre volume contient la seule copie connue; 17471 vers, 55 ff., incomplet : la fin a disparu avec deux feuillets arrachés après le 55*.
Jehans, qui en maint bien s'afaite Et pluisor bêle rime a faite, Nos a un romane comenchié, Assés briement la romanchié, Des aventures de Bretaigne
Et si vos voel dire et conter
Les mervelles de Rigomer,
Dont cis romane muet et comence.
POÉSIE FRANÇAISE. 39
Derniers vers :
Donc li ruissaus estoit plus clers Que ne soit cristaus esmerés, Li rois a coisi le ruissel.
2° Le Cimetière périlleux, poème anonyme de 6206 vers, dont on ne connaît que trois copies, deux conservées dans les mss. fr. 1433 et 2168 de la Bibliothèque nationale, et celle-ci (ff. 57 à 77 v°).
CI coMENCE LI ATREs [cimetière] perilleus. Ma dame me comande et prie Que d'une aventure li die Qui avint au bon chevalier.
Derniers vers :
Si fine ci nostre romans. Et Dius nos doist vivre c ans A grant joie et a grand honor, Et si nos doist joie et bandor. Explicit li Atres perillous.
Publié en 1868 dans un recueil allemand, VArchivfiir Kuride der neueren Sprachen. 3" Erec, par Chrétien de Troyes, poème de 6552 vers (ff. 78 à 99 v°).
d'erec
Li vilans dist en son respit
Que tel cose a on despit
Que mult vaut mius que on ne quide
Derniers vers
Por ce dist Grestiens de Troies...
Ci volons no roumanc finer Et ci doit finer par raison. Dius nos doist sa beneiçon.
Publié par M. W. Fcerster dans sa belle édition des œuvres de Chrétien de Troyes (Halle, 1890); M. Fœrster a étudié notre manuscrit.
4° Fergns ou le Chevalier au bel escu, par Guillaume le Clerc, poème de 6428 vers(ff. lOOà 122r).
40 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
DE FERGUS
Ce fu a feste saint Jahan Que li rois a Karadingan Ot cort tenue
Derniers vers :
Guiliaumes li Clers trait a fin De sa matere et de sa trove
Ici est li fins del roumans Grans joie viegne as escoutans Et a celui qui l'a escrit, Car au faire s'entente mist; Colin li Fruitiers a a non. Jésus li face vrai pardon De ses peciés; mestiers li est, Car certes mult pcchieres est.
Cette fin nous donne le nom du scribe auquel nous devons notre manus- crit : Colin le Fruitier. Publié en 1841, à Edimbourg, pour VAbbotsford Club, par M. Francisque Michel, d'après le ms. fr. 1553 de la Bibliothèque natio- nale, seul connu alors; depuis, M. Ernest Martin en a donné une édition (Halle, 1872) daprès la version de notre manuscrit, plus ancienne et meil- leure.
5° Gauvain et Huinbant, poème anonyme, dont nous avons ici la seule copie connue, malheureusement incomplète en 3276 vers (IT. 112 à 133 v°), car la fin a disparu avec un ou plusieurs feuillets. Le titre est « De Gunbaut » ; mais dans le cours du récit ce personnage est nommé « Ilumbaut » ; ce n'est d'ailleurs pas lui, mais Gauvain, qui est le héros principal. Inédit.
DE GUNBAUT
De bien dire nus ne se paine,
Derniers vers
Car en bien dire gist grans paine...
Mult volontiers ce dist Gorvains Adonc n'i ot ne plus ne mains. Li rois est as barons (i) asis, Aveuc lui li barons de pris.
(1) Le scribe a écrit as barons, qui n'a pas de sens; c'est un lapsus calami; lire as lubies.
POÉSIE FRANÇAISE. 41
Des mes ne vos ferai pas fable, Mais ains qu'il lievent de la table...
6° Guingîainou le Bel Inconnu, par Renaud de Beaujeu, poème de 5958 vers (ff. 134 à 153 bis). Seule copie connue de ce roman, un des plus agréables à lire de tout le cycle breton. M. Hippeau, que j'avais autorisé à en prendre copie en Angleterre, Va publié en 1860 : édition fort critiquée.
Derniers vers
DEL BIAU DESCOUNEUS
Celé qui m'a en sa baillie...
Ci faut li roumans et define. Bêle vers cui mes cuers s'acline, Renais de Biauju moût vous prie Por Diu que ne l'obliés mie
Ert sur Guinglain ceste vengeance, Que jamais jor n'en parlerai Tant que le bel sanblant avrai.
7° La Vengeance de Raguidel, par le trouvère Raoul, poème de 5882 vers ; seule copie connue (ff. 154 à 173 v°). Intitulé « Des aniaus », à cause d'un trait de l'épisode principal; mais le poète donne à la fin le véritable titre. Publié par M. Hippeau, en 1862, sous le titre incorrect de Messire Gaiivain.
DBS ANIAUS
Ce fu au tans noviel d'esté Oue li rois Artus ot esté Tôt le carême a Rouvelent, Et vint a grant plenté de gens A Pasques por sa cort tenir
A Carlion
Fin: Explicit li Vengance del Raguidel.
8" Ivain ou le Chevalier au lion, par Chrétien de Troyes, poème de 6232 vers
(ff. 174 à 195 V).
Artus, li boins rois de Bretaigne, La qui proeeche nos ansaigne Que nos soions preu et courtois, Tint cort si riche come rois... II. 6
42 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Derniers vers :
Del chevalier au lion fine Crestiens son romant, et ensi Conques plus parler n'en oï, Ne ja plus n'en orés parler, S'en ni velt mençonne aconter.
Publié deux fois par M. Holland (Hanovre et Paris, 1861 et 1880), et enfin par M. VV. l^œrster (Halle, 1887).
9^ Lancelot ou la Charrette, par Chrétien de Troyes, terminé par Godefroi de Lagni. Nous n'avons ici que 5790 vers de ce poème (ff. 196 à 213 v°); le scribe s'est arrêté brusquement au milieu d'une page et n'a pas transcrit les 1121 derniers vers.
A un jor d'une Ascension, Fu venus devers Carlion Li rois Artus, et tenue ot Cort mult rice a Chamalot. ..
Derniers vers :
Tant qu'ele vit le chevalier, Se li va tantost consillier Qu'encor avoar le face.
Publié par M. Tarbé en 1849, puis par M. Jonckbloet, et enfin par M. Fœrsler.
II. La Queste du Saint Ghaal, traduit du latin en prose française par Robert et Hélis de Boron. Version ancienne, fragment (ff. 214 à 243 v°).
« Ci commence li estores del saintisme vaissiel que on apielle le Graal, uquel li presieus sans au Sauvcor fu receus au jor que il fu crucefiiés por le pule rachater d'infer. Yoseps le mit on ramembranche por la mension de la vois d'un angle por clic que la vérités fu seue par son escrit et par son tesmoignagc... Li baus livres del Graal commence el non del Père et del Fil et del saint E.spir... Yoseps nos raconte ccste cstore por le lingnage d'un bon chevalier ki fu après le cruccfiemcnt Nostre Signor... L'auctorités de l'Escriture nos dist que après le cruccficment Nostre Signor... ».
La Qmsle du Saint Graal forme la seconde partie (chiffrée 123 à 231) de
POÉSIE FRANÇAISE. 43
l'édition donnée à Paris en 1516 par Jehan Petit, Galiot du Pré et Michel Le Noir. Notre manuscrit correspond au texte des fï. 123 à 168, soit 33 cha- pitres sur 96. Il s'arrête au milieu du 34" chapiti-e, ainsi intitulé dans l'im- primé : « Comment la demoiselle s'en retourna chieulx sa mère, et du che- vallier qu'elle trouva, et du sercueil de Josepli d'Arimathie, lequel se ouvrit tout seul ». Il est regrettable que le scribe n'ait pas transcrit tout l'ouvrage, car cette ancienne version présente un meilleur texte que l'édition donnée par Ch. Potvin (Perceval le Gallois ou le Conte du Graal, Mons, 1866).
III. Les 17 derniers feuillets (244 à 260) sont occupés par plusieurs bran- ches du Roman de Renaît. Après ce simple titre, « De renart », en lettres rouges et bleues, notre texte commence par 22 vers qui sont aussi les pre- miers de l'édition donnée par Méon (1826). Puis viennent neuf branches, que nous désignerons par les titres qu'elles portent dans l'édition Méon :
1. « Si comme Renart prist Chantecler le coc », 388 vers (Méon. I, 49).
2. « C'est le disputement de la Mésange avec Renart », 682 vers (Méon, I, 66).
3. « C'est de Tybert le chat et des deux prestres », 154 vers (Méon, I, 95).
4. « De Renart si comme il conchia le Corbel de fromage », 158 vers (Méon, I, 267).
5. « C'est la branche de Renart et d'Ysengrin com il issirent de la mer », 390 vers (Méon, I, 13).
6. « Si comme Ysengrin s'alla plaindre de Renart a la cort le Roi », 1 170 vers (Méon, 1, 308).
7. « C'est la bataille de Renart et d'Ysengrin », 1502 vers (Méon, II, 145). Les six premières branches se suivent sans titres ni séparations; celle-ci est précédée d'un intervalle, commence par une grande initiale et se termine par ces mots : « Explicit li branche de le bataille de R. et de Y. ».
8. « Si comme Renart volt mangier son confessor », 667 vers (Méon, III, 291). Aussi précédée d'un intervalle et d'une grande initiale; terminée i3ar : « Explicit li confessions R. ».
9. « Si comme Renart fit avaler Ysengrin dedans le puits », 150 vers (Méon, I, 240). Précédée d'un intervalle et d'une grande initiale ; inter- rompue après le vers 661 1 de l'édition Méon.
44
CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Nombreuses variantes avec le texte imprimé.
Ce volume, bien que fatigué et mutilé en plusieurs endroits, n'en est pas moins, au dire de tous les hommes compétents qui Font étudié, un des plus précieux de ma collection. Il était à l'hôtel de Condé en 1654.
473
N° 678. « Le Livbe de Regnart ».
Pet. in-f" (0,290 sur 0,205), veau brun à mes armes et chillre, tr. dor. (L'ancienne reliure en bois a dû être remplacée; un des plats fleurdelysés et semés d'il couronnés a été conservé à la contregarde.) — Papier, XV« siècle, 107 (T. écrits, 26 lignes à la page.
Cy commence le Livre du Renard,
D'ensuivre ses faicts Dieu nous gard,
Contenant la vie des moynes.
Ces mots sont d'une écriture postérieure à celle du texte, où le mot Renard est toujours écrit Regnart.
Traduction en prose, par Jean Tenessax, du roman en vers de Jacque- mars Giélée, Rcnori le Nouvel; divisée, comme l'ouvrage original, en deux livres de 24 et 50 chapitres, dont la plupart sont suivis d'une moralité sous le nom d'exemple. Philippe Le Noir lu imprimée sous ce titre : Le Livre de maislre Regnard et de dame Hersant sa femme, livre plaisant et facétieux (Paris, in-4°, s. d.). Notre manuscrit ne contient pas le prologue avec le nom du tra- ducteur et débute par ces mots : « Ainsi que vint a ma vision, je viz le lyon, roy de toutes les bestes... ». Fin : « ... duquel nous veille garder, ensemble la trinité, le Père, le Filz et le Saincl Ksporit. Amen. Jhesus.
Finist le livre de Regnart. D'ensuivre ses faiz Dieu nous gart ».
Sur le feuillet de garde, une signature du XV' siècle : « Catherine de Baugy ».
Hôtel de Condé, 1673.
474
N° 1330. I. M.vuiE DE Fn.xNCE : Ysopet ou fables. — II. André de
POÉSIE FRANÇAISE. 45
HuY : Moralités. — III. Le Reclus de Moliens : Miserere, Roman de CHARITÉ. — IV. IIélinand : Vers sur la mort.
In-f" (0,297 sur 0,210), mar. brun à fermoirs. — Vélin, Xin« siècle, 103 ff., 2 col. de 39 lignes, rubriques et initiales rouges.
M. Paulin Paris a publié dans le Bulletin du Bibliophile (1857, pp. 167-178), une savante et complète notice sur ce manuscrit.
I. Marie de France : Ysopet (tel est le nom qu'elle donnait à ses fables;; ff. 1 à 28 v° :
Cil qui sevent de letreure Devroient bien mètre lor cure Es bons livres et es escriz Et es examples et es diz Que li philosophe troverent.
Suivent les 76 fables, où l'on trouve bien des sujets développés plus tard par La Fontaine. Le texte est ici plus pur et plus correct que celui dont Roquefort s'est servi pour l'édition imprimée; les bonnes variantes se ren- contrent pour ainsi dire à chaque vers.
Au finemant de cest escrit Qu'en romant ai traitié et dit, Me nommerai par remambrance. Marie ai nom, si sui de France.
Esopet apelons cest livre Qu'on translata et fit escrivre; De grec en latin le torna; Uns clers anglois qui mult l'ama Le translata puis en englois, Et je l'ai rimey en françois.
Explicit Ysopet en françois. Cil qui l'a rescrit soit benoiz De Deu et de sa douce mère, Gui autre famé ne compère.
Marie, dite de France, n'est connue que par ses poésies; de sa vie, on ne sait rien ; d'aucuns disent qu'elle naquit à Compiègne ; elle désigne elle-même
46 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
sa patrie, l'Ile-de-France; elle écrivait au milieu du XIIP siècle. Ses lais et ses fables ont été publiés en 1820 par B. de Roquefort (2 vol. in-8°).
II. André de IIuy : Dits et moralités des philosophes (ff. 29 à 50 v").
« Cest livre fit maistre Andreys de lluy, selonc les auctoritez des anciains philosophes qui sont ci après nommez.
Cil qui en soi ai tant de sens Qui seit les poinz et les assens De dire et de biaus moz trover
Je Andreis, qui fu nez de IIuy. Tôt sans niançonge et sans ennui Vos vueil remantevoir par rime De ce que distrent cil meisine...
Ici coinmance a parler Tulles sur les quatre poinz d'amistié ». — Le poète commente les dits de quelques philosophes : Aristote, Platon, Sénèque, Dio- gène, Salomon, Térence, Horace, Socrate, Caton, Lucain, Salluste, Virgile, Ovide, Boèce, etc. — Fin :
De cest livre ne doit joïr Nuns hons se il ha por oïr Soulemant et por escouter; Ainz vos puis dire sans douter Que il doit son cuer esvoiilier.
Il est possible qu'il manque ensuite un feuillet, avec lu fin et l'explicit du poème.
La Bibliothèque nationale conserve un manuscrit intitulé « Livres exlraiz de philosophie et de moralité » , où l'auteur se nomme Alars de Cambrai :
Je Alars. qui sui de Cambrai, Qui de maint bel mot le nombrai, Vous vueil ramantevoir en rime De ce que dirent il meisme.
Bien que les deux textes diffèrent essentiellement, la présence simultanée de certains vers, litres ou pensées, permet do croire à quoique plagiat. Selon M. P. Paris, l'auteur original serait André de IIuy, et Alars de Cambrai le plagiaire. Le poème de ce dernier, d'ailleurs beaucoup plus complet, doit être postérieur à l'oeuvre d'André de Huy.
POÉSIE FRANÇAISE. -47
III. Le Reclus de Moliens : 1° Le Miserere (ff. 51 à 80 r°) :
Miserere mei, Deus,
Car longement me sui teûs
Que je défisse avoir bien dit
Fin : Fai nos avoir oil sans ombraige, Face et face, non par ymaige, Ton fil veoir en maystei. Amen. Explicit Miserere mei Deus.
2° Le Roman de Ch.\rité (ff. 80 r° h 98 r°) :
Dire me plait et bien doit plaire Ce dont l'on prant bon examplaire
Fin : Or vacille li vras rois des ciex Estre merciaubles et piex Vers moi, qu'on apele Reclus
De Moilien
Vos qui ces vers aurez leiis Priez por moi, car s'enlendus Les avez, mult en vaudrez miex. Explicit li llomanz de charitei.
Ces deux poèmes du Reclus de Moliens ont été publiés en 1883 par M. A. G. van Ilamel, qui a étudié notre manuscrit. Après une savante dis- cussion, ce critique admet « qu'un des moines de l'abbaye de Saint-Fuscien- au-Bois, du nom de Barthélemi, se fit enfermer dans une rccluserie attachée à l'église de Sainte-Marie de MoUiens-le-Vidame, et que dans sa retraite il composa, entre 11 80 et 1 190, un poème qui reçut de lui-même ou des lec- teurs le titre de Roman de charité, et, quatre ou cinq ans plus tard, un second poème qui devint bientôt très célèbre sous le titre de Miserere, premier mot du premier vers ». MoUiens-le-Vidame fait aujourd'hui partie de l'arrondis- sement d'Amiens.
IV. [Hélinand] : Les Vers de la mort (ff. 98 v° à 103 v°) :
Mort qui m'as mis muer an mue En tel estuve dont li cors sue... Fin : Cest siècles est comme un enfers.
48 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
A celui qui fait ce qu'il doit, Qui le mal prent et le bien voit, Cil torne la chose a envers. Explicit les Vers de la mort.
Ce petit poème a été publié trois fois, par Loisel, par Méon et par Buchon, sous le nom de Thibaut de Marlj . M. P. Meyer [Romania, t. 11, pp. 364-307) l'a restitué à son véritable auteur, llélinand, moine de labbaye de Froid- mont au diocèse de Beauvais. Poète et chroniqueur, llélinand est mentionné dans le Spéculum hisloriak de Vincent de Beauvais, à l'année 1208.
Notre manuscrit se prolongeait au delà de ce qui nous reste, car, à la seconde colonne de la dernière page, commence un poème moral en l'hon- neur de la vertu d'attrempance, modération ou mesure; or, nous n'en avons que les 28 premiers vers :
Qui vuet Deu et le siècle avoir, Mali son sent et son savoir, Son tens, sa vie, sa saison
Une genz sont qui par usaige Sont por autrui et preu et saige, Et por lor sont et nice et fol, Si lor dira babin babol.
C'est le dernier vers ; la suite nous aurait sans doute donné l'explication de ce babin babol.
Laissons, pour finir, la parole à M. P. Paris : « D'après les vers qu'on vient de lire, d'après la forme et le caractère de l'écriture, il est permis de conjec- turer avec assez de sûreté que le volume fut exécuté au XIIP siècle dans l'ancien comté de Bourgogne, aujourd'hui Franche-Comté. Le copiste était exact et consciencieux plutôt que doué de l'avantage d'une belle main. On peut, grâce à son travail, faire une excellente étude du dialecte français usité du côté de Besançon et de l'abbaye de Luxeuil ».
Techener, mai 1857.
475
N° 1578. Recueil de contes dévots, miracles, fabliaux, etc.
POESIE FRANÇAISE. 49
In-4° (0,23 sur 0,18), ais de bois recouverts de mar. brun. — Vélin, XIII« et XIV siè- cles, 223 ff., 2 col. de 31 lignes, rubriques rouges.
81 pièces donnant environ trente-cinq mille vers, la plupart anonymes. Les seuls auteurs nommés sont Eustache d'Amiens, Rutebeuf, Trubert et Jean Durpain. Gautier de Coincy, qui n'est pas nommé une seule fois, tient une grande place dans le volume, car le ou les compilateurs ont feit de nom- breux emprunts à ses Miracles de la Vierge, ainsi qu'à un autre livre célèbre au moyen âge, les Vies des anciens Pères, ouvrage anonyme en deux parties (1). Les pièces empruntées à ces deux ouvrages ont été insérées sans ordre dans notre manuscrit, qui se compose de : 42 contes ou miracles tirés des Vies des Pères, 20 des Miracles de la Vierge de Gautier de Coincy, 6 fabliaux propre- ment dits, 4 morceaux en prose latine et 9 pièces diverses en vers. Les pièces 1 à 7, 9 à 34, Ijo à 63 appartiennent aux Vies des Pères; les pièces 33 à 48, 34, 63 à 68, 70 et 71 sont tirées de l'ouvrage de Gautier de Coincy. M. Gaston Raynaud a décrit ce recueil dans la Romania (t. XXIV, pp. 446-431); il indique les pièces qui ont été publiées ; 28 sont inédites.
1. « Incipit vita prima de duobus quorum unus incidit in fornicationem » (f. 1) :
Aide Diex rois Jhesu Cris Pères, Fix et Sains Esperis...
2. « De la dammoiselle qui mist sus a l'ermite qui Tavoit engrosie » (f. 3) :
Diex qui les repolailles voit
Et qui les cuers des gens connoit...
3. « D'un hermite c'une foie femme vot engingnier » (f. 6j :
Qui talent a de bien aprendre Les oreilles et cuer doit tendre...
4. « D'un hermite qui pria a Nostre Signeur qui li montrast son pareil a monde » (f. 9 v") :
Quant Damme Diex le monde fist En toutes ces choses asist...
3. « D'un hermite qui se mist en prison pour i autre home » (f. 13) :
(1) La Vie des anciens Pères, par M. E. Schwan. {Romania, t. -Xill, pp. 233-203.)
II. 7
50 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Diex qui ces biens nous abandonne Et qui la science nous donne...
6. « D'un hermite avec cui une sienne nièce se rendi » (f. 16) :
Bien trueve qui en bien se lient Et cii qui en mal se maintient...
7. « D'un hermite cui li dyables fit choir en pechié » (f. 20 v°) :
Vies pechiés fait nouvelle honte Si com li proverbes raconte...
8. « D'un hermite qui se gloirefioit en ces bonnes euvres, a cui Diex démontra c'uns jongleres estoit ces parcns » (f. 23 v°j :
In Vitis patrum, un haut livre, Oui les bons essanple nous livre...
On ne connaît qu'une autre copie de cette pièce ; elle se trouve dans le ms. 3518 de la bibliothèque de l'Arsenal, sous ce titre : « De l'hermite qui se désespéra por ce qu'il devoit avoir le jongleur a compaignon » .
Ici se termine un premier manuscrit. Puis vient une nouvelle série de contes dévots, d'une écriture du XIV* siècle.
9. « Dou pellit juis qui se commenia avec les cretiens » (f. 28) :
Qui verges espargne, si het Son enfant et si ne le set...
10. « De l'ermite qui vit issir le blanc coulon hors de sa bouche » (f. 30 v°) :
De franchise cil se demest Qui en servitute ne mest...
1 1 . « C'est dou bourjois qui ne vot renoier Nostre Dame » (f. 34 v°) :
Folie faire a esciant
Cil qui s'afole a grant talent...
12. « Dou larron qui vint a penitance » (f. 38 v") :
Qui de ioins garde de près got, Qui bien se hourde et bien se clôt...
13. « De celui qui laisa s'aumone pour sa femme » (f. 41 v") :
Si comme li fus sous l'escorce Se tient en vertu et en force...
14. « Du chevalier qui ne se voloit confesser » (f. 43) :
POÉSIE FRANÇAISE. 51
Voirs est que chascuns cuers se preve Selonc le popir qu'on lui euvre...
15. « Comment Nostre Sires délivra l'abeesse que ces nonnains acuserent »
(f. 45 y) :
Si comme li solaus aeuvre
La rose et le boulon desqueuvre...
16. « Du prestre qui perdi l'oiste seur son autel par son pechié » (f. 49) :
Tant grale chievre que mal gist Qui Dieu laise pour son delist...
17. « De celé cui ses pères ala en paradis et sa mère en enfer » (f. 51 v°) :
Froumages fres et pierre dure Ne sont mie d'une nature...
18. M De Termite qui copa sa langue » (f. 55) :
Autresi comme la quintainne Resoit et les cops et la painne...
10. « D'un moine qui vist le dyable qui emportoit un chastel de ses
jambes » (f. 58) :
Qui a n signeurs veut servir L'un en convient a merservir...
20. « De l'ermite qui fit desfoir le Sarrasin qui ne voloit mie resuciter et
puis morir et alat en paradis » (f. 61 v°) :
L'Escripture nous dist pour voir Que bien doit son louier avoir...
21. « Du Gouliart qui devint moinnes pour rober l'abeïe » (f. 63 v) :
El tans que Salemons vivoit Qui en soi tous les sens avoit.
22. « Des un ermites qui eurent envie l'un seur l'autre » (f. 66) :
Cil qui Dieu crient, rien ne li faut, Et s'il l'aimme bien, tant li vaut...
23. « Du chapelain qui acusa la roine de sa confession » (f. 68 v) :
Qui sens et raison a ensanle, Et il n'en euvre, si resenble...
24. « Du moinne qui racheta le chevalier et son fil de l'uzerier » (f. 73 v"j :
32 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Mult est cis povres cui Diex het Et endormis qui Diex ne creit..»
25. « De l'uzerier qui se repenti et fut mengiés de tarentes » (f. 76 v°) :
Qui n'a c'un euil souvent le tert, Car il set bien se selui pert...
26. « De la nonnain qui menja le cholet » (f. 79) :
Mauvais est qui ne guerredonne Et ne désert ce qu'on li donne...
27. « C'est que li ami terriens ne valent rien » (f. 80 y°) :
Tant as tant vaus, et je tant taing Et signeur et ami te clain...
28. « C'est de la bourjoise qui ot un cnfent de son fil, que li dyables acusa
a l'empereur » (f. 83 v°) :
Bien est gardez ce que Diex garde, Et qui se mest hors de sa garde...
29. « Du crucefi qui sainna quand li juis le feri en costé » (f. 86 v°) :
Des bons ist li biens par droiture Et li sers cuers a sa nature...
30. « Dou diable qui se mit en prison pour le soucretain » (f. 88 v°) :
Dessous Belleem en un pré Venez avant, vous qui amez...
31. « De l'enfent qui estoit pendus, que Nostre Dame délivra » (f. 91) :
Sa en ariere a Rome avint
Q'uns povres bons sa femme tint...
32. « De la dame qui disoit cures de Nostre Dame et vigiles de mors »
(f. 93 v°) :
Jadis uns chevaliers estoit Qui bêle femme et jone avoit...
33. « De l'ermite qui s'acompaingna a l'engle » (f. 27) :
En (sic) saint père en Egypte avoit; En ermitage mis estoit...
34. « De l'ermite qui sala son pain » (f. ICI) :
Aussi con li aubre verdissent, Gest leur fueilles et florissent...
POÉSIE FRANÇAISE. 53
35. « Du cler qui saluoit volontiers Nostre Dame et fu ocis » (f. 103 v°) :
A Chartres fu, ce truis, un clers Orguilleus, nobles et despers...
36. « Du moine qui souvent s'enyvroit » (f. 104) :
Un moine fu d'une abeïe Qui madame sainte Marie...
37. « Du clerc qui fu enragiés, que Nostre [Dame] délivra » (f. 105 v°) :
Pour plusieurs gens plus enflember A Nostre Dame miex amer...
38. « De la povre femme et de l'uzerier qui moururent en i jour »
(f. 106 v°) :
Tout li miracle Nostre Dame
Sont mult piteus et dous por m'ame...
39. « Dou clerc qui mist son ennel en doit de l'ymage » (f. 110) :
Par devant une vies eglyse Un ymage orent laiens mise...
40. « De l'enfent qui fu dompnez au dyable » (f. 111 v°) :
En escrit truis qui fu un bons De grant afaire et de grant non...
41 . « Du moinne qui fist sa priiere seurles v lettres de Maria » (f. 114 v°) :
Un brief miracle mult ydoine
Conter vous veil d'un simple moinne...
42. « Du moinne qui fu mors sans confession, que saint Pierres délivra » (f. 115) :
Si con li livres nous tesmoingne, A Saint Pierre devent Gouloingne...
43. « Du chevalier qui haoit Dieu et amoit sa mère » (f. 116 v°) :
A ceus qui amment doucement La mère au haut roi qui ne ment...
44. « Du preudome qui dust aler a Saint Jaque, etli diables s'aparut a lui »
(f. 118 v°) :
Un bel miracle vous veil dire Qu'en son tempoire fist escrire...
54 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
45. « D'un larron qui fu ii jours as fourches sans niorir » (f. 119 v°) :
Ci après vous veil mestre en brief Un biau miracle court et brief...
46. « De la dame qui fortrait le baron a sa visine » (f. 120 v°) :
Je truis que ii dames estoient Qui durement s'entrehaoient...
47. « Dou vilain qui haoit son prestre et fu escommeniés, et li prestres
morut » (f. 121 v°) :
En escrit truis que fu uns prestres Cui vie iert sainte et sains ces estres...
48. « Du preudommc cui dyables cuida engignier » (f. 127) :
Puisqu'oiseuse est la mors a l'ame, En aucun dist de Nostre Dame...
40. « Du prestre luxuricus qui chascun jour chantoil » (f. 129) :
En escrit truis qu'il ost vers Sens Un prevoire si hors du sens...
50. M Ave Domine Jesu Christe... » (prière en latin, f.l30).
51. « Nota cornant Ion se doit gouverner quand le prestre dit la messe » (en prose, f. 130j.
52. Prière en fran(;ais, en prose : « Biaus sire Diex tous puissans... » (f. 131 V").
53. Prières en latin : « Ave, sanctissima et beatissimaChristi caro... ». — « Domine Deus omnipolens, ne me perire patiaris... » (f. 132).
54. Il Du moinne qui fu batus en chapitre por ce qu'il n'i dist mot » (f. 132) :
Il fu ce truis une abeïe De madame sainte Marie...
55. « De la damoisele qui ost non Thays, qui se convertit » (f. 133 v°) :
Il n'est pas hors quanque reluit, Li aubres qui ne porte fruit...
56. « De l'ermite qui disoit Miserere tui Deus » (f. 137 v") :
Qui a oreilles pour oïr Oïr doit ce dont doit joïr...
POÉSIE FRANÇAISE. 55
57. « Du roi qui vost faire ardoir le fil son seneschal » (f. 140 v°) :
Vilains est qui fait a autrui
Ce qu'il ne veut c'on face a lui...
58. « Des ni clercs qui se rendirent en divers lieus » (f. 147) :
Si comme la terre brehaingne
Par pluie ou par humeur empraingne...
59. « De Termite qui converti le pécheur murdrier, qui [fu] saus, et il fu denipnés » (f. 154 v°):
Pierre volage ne keut mouse, Qui de mal faire miex se trouse...
60. « De la soucretaine qui laissa s'abaïe, et Nostre Dame fu pour lui » (f. 157) :
Assez vaut miex amis en voie Que ne fait argens en couroie...
61 . « De celui qui donna tout a son fil » (f. 161) :
Diex, de qui toute bontez ist, Et par l'évangile nous dist...
62. « Du clerc qui tousjours disoit Ave Maria » (f. 163 v°) :
Encores ne me puis je taire De ces courtoisies retraire...
63. « De la bourgoise qui avoit seur sa coe un dyable » (f. 165) :
Cis qui le leu veut resembler La pel deu leu doit afubler...
64. « De Tempereis de Rome qui ces serouges ama » (f. 167) :
Uns sages dist et fait savoir Li sages livres de savoir...
Cette pièce ne parait pas terminée; il ne manque cependant aucun feuillet- voici les deux derniers vers :
Li très dous dix ne voloit mie Que violée feut sa mie...
Ici reprend une troisième partie, d'une belle écriture du XIIP siècle semblable à celle du commencement du manuscrit.
56 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
65. « D'un bourjois qui emprunta deniers seur la majeté Nostre Signeur
et seur la majeté Nostre Dame » (f. 175) :
Tant truis escrit foi que doi m'ame Des dous miracle Nostre Dame...
66. « De n frères qui ierent manent a Romnie, Pierres et Estesnes »
(f. 179 V») :
Qui bon miracle veut traitier Mult li convient a recerchier...
67. « D'un homme lai qui fu sauvés » (f. 183 v") :
Conter vous veil sans nul délai Le miracle d'un homme lai...
68. « D'un jongleur a cui Nostre Dame envoia son sierge » (f. 188) :
La douce mère au creatour A l'église a Rochemadour...
69. « D'un ménestrel qui servoit Nostre Dame de son propre mestier » (f. 190) :
Es vies des ensiens Pères,
La ou sont les bonnes materes...
70. « D'un enfant clerc qui chantoit un rcspons de Nostre Dame, Gaude
Maria « (f. 196 v") :
Sainte Escripture nous tesmoingne C'on doit seur toute autre besoingne ..
71. « D'un vilain bouvier (nommé Buisars) qui ne creoit mie les miracles dou soler Nostre Dame de Soisons » (f. 202 v") :
Ici après veil resciter
Un miracle dou saint soller...
Après cette pièce on lit un explicit, et le manuscrit était terminé par une page blanche (f. 205 v°). Un autre manuscrit commence au recto du 206* feuillet, sur des cahiers indépendants des précédents; il contient les pièces suivantes (même écriture, Xlir siècle) :
72. « Li fabliaus qui devise les outiex de l'ostel » (f. 206) :
Ghascuns pense de son afaire, Pour ce me veil un poi retraire...
POÉSIE FRANÇAISE. 57
Publié par M. Gaston Raynaud dans la Romania (t. XXVII, p. 49).
73. « De l'enfent do noif » (f. 208) :
Jadis esloit uns marcheans Qui n'estoit mie mescheans...
74. « D'une femme qui fist entandant a son baron qu'il estoit mors »
(f . 209) :
Se fabiaus puet veritez estre,
Dont avilit il ce dist, mes mestre...
75. « D'un bouchier d'Abbevile », par Eustache d'Amiens (f. 210) :
Signeur, oés une merveille, Onques n'oïles sa pareille...
70. « De la dame qui fist m tours entour le montier », par Rutebeuf
(f. 217v°):
Qui femme vaudroit décevoir,
Je li fas bien apersevoir. ..
77. « La fiance que on doit avoir en femme » (ou « l'Évangile aux
femmes ») (f. 216) :
Quiconques veut mener pure et sainteme vie Femmes aint et les croie et de tout si afic
Ces vers Jehan Durpain, l moinnes de Vaucelles, A fait moût soutieument; les rimes en sont belles; Priiés pour li. béguines vielles et jovencelles. Par vous sera portée s'ame entre n foiselles.
Cette pièce est refusée à Jean Durpain par quelques romanistes; jusqu'à ce que la preuve soit faite, nous accepterons l'attribution donnée par notre manuscrit.
78. « Le fablel dou pet au vilain qui fu portés en enfer », par Rutebeuf
(f. 216 V») :
En paradis l'esperitable
Ont grant part la gent charitable...
79. « Dou vilain qui randi le bufet », par Trubert (f. 217) :
Trubers en ces fablel fablie Qui de bien dire ne s'oublie...
80. « Dou cheval que li marchans vendi » (f. 219 v", inachevé) :
II. 8
58 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
J'ai un cheval que je veil vendre Pour avoir argent a despendre...
Publié par M. Gaston Raynaud dan.s la Romania (t. XXIV, p. 446). Le manuscrit se terminait ici. Au XIV siècle, sur des feuillets restés blancs, on a transcrit la pièce suivante :
81. « La Vie sainte Katherine » (f. 220) :
Nous trouvommes es vies escris C'uns empereres fu jadis...
Interrompu après le vers 726; la place a manqué pour transcrire tout le poème.
Formé d'abord au Xlir siècle, ce recueil sera passé plus tard entre les mains d'un ménestrel qui aura voulu y joindre un certain nombre de pièces nouvelles. Le manuscrit, dont l'étendue était ainsi plus que doublée, dut être relié à nouveau. L'ordre primitif ne fut pas exactement conservé; les additions du XIV siècle vinrent occuper le milieu du volume, tandis que la partie la plus ancienne fut placée au commencement et à la fin; les feuillets blancs du dernier cahier furent ensuite utilisés pour la transcription de la « Vie de sainte Catherine » ; au cours de cette pièce, le scribe s'arrêta, faute de vélin pour finir.
Ce précieux volume a été collationné avec soin; aucun feuillet n'en a été détaché; les cahiers sont tous au grand complet; en un mot, le volume est tel qu'il a été recueilli et mis en nouvel ordre au XIV" siècle. Il a appartenu au jongleur « Henri », qui, avec un couteau, avait gravé son nom à l'intérieur d'un des ais de bois, aujourd'hui recouvert par le maroquin.
Boone (Londres), septembre 1869. Le volume avait été acheté en mars de la même année à la vente Luzarche, dans laquelle le libraire Claudin l'avait intercalé.
476
N° 644. I. [Gautikr de Metz] : L'Image du monde. — II. « Le Livbe qui
NOS ENSEIGNE COMENT l'oN SK PEUT MAINTENU» SAIN EN CIIASCUN AAGE , ET COMENT l'on peut CONOISTRE LA NATURE ET LA CONPLEXION DE CHASCUN HOME ».
— III. [Robert et Hélis de Boron] : Le Saint Graal. — IV. Gautier
POÉSIE FRANÇAISE. 59
Map : La Queste du Saint Graal. — V. Gautier Map : La Mort du roi Arthur.
Pet. in-f° (0,285 sur 0,200), veau marbré, aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, Xlll' siècle, 222 ff., 2 col. de 34 et 35 lignes, rubriques rouges, lettres en couleurs.
L LI.MAOE DU MONDE (ff. 1 à 58 r°). « El livre de clergie on romans, qui est apellés Flmage del monde, contient lx cliapistres et xxviii figures, sans coy livres ne puet estre legierement entendus, qui est devises par m par- ties... ». Suit la table des chapitres des trois livres, en prose. — « Si faut li prologues » (29 vers) :
Qui bien viaut entendre cest livre Et savoir cornent il doit vivre Et aprendre celle clergie...
« Ci comence l'Image del monde. La puissance Dieu. De la première partie, i cliapitle » :
Quant Dieu list le monde premiers, II ne li estoit pas mestiers...
La date de l'ouvrage nous est donnée par ces quatre vers (livre m,
chap. xvii) :
Con premièrement fu parfais Cist livres a l'Aparicion En l'an de l'Incarnation M et n c XLV ans.
Fin, f. 54 V
En qui toutes bontés abonde.
Ci fenist l'Ymage del monde.
A Dieu comence, a Dieu prent fin.
Qui ses biens nous doint a la fin. Amen.
En l'an de l'Incarnation
As roys a l'Aparicion
M et II c XLV ans, Fu parfais primes cist romans. Vos qui avés oï l'escrit Del fils Dame Dieu, Jhesu Crist. Et puis del monde que Dieu forma, Li mondes un autre forme a.
60 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Que par cestui poés aprendre, Se del siècle volés entendre Quel chose est et cornent ce est, Et cornent va et cornent est. Jaquemin d'Acre l'escrist A la Chandelor de Nostre Dame Crist. Que Dieu le mete en paradis, Lui et nos et tos nos amis. Amen. Explicit liber Mapamondi.
Escrit fu en l'an de l'incarnation Nostre Seignor Jhesu Crist m et ii c et lxx, g meis de jenvier.
Première rédaction de l'Image du monde, faite par Gautier de Metz en 1245. Nous décrirons plus loin un manuscrit de la seconde rédaction, faite en 1247. Ce poème mystique, philosophique et cosmographique a été aussi appelé Livre de clergie et Mappemonde; mais il a gardé le nom que lui donne l'auteur en tète de l'ouvrage : « Ci commence V Image del monde ». Cette encyclopédie du Xlir siècle traite des sujets les plus divers : la puissance de Dieu, le paradis, l'enfer, cosmographie, géographie, clergie, les sept arts, astronomie, météorologie, histoii'e naturelle, etc.
Le titre d'Image du monde n'appartient pas au seul poème de Gautier de Metz; Honoré dAutun l'avait donné à un traité latin par lui composé au Xir siècle; un illustre contemporain de notre auteur, Vincent de Beauvais, vise, au commencement de son Spéculum majm, une Imago mimdi de sa façon. D'autre part, un ouvrage du poète Pierre est intitulé la Mappemonde.
Notre manuscrit nous donne une précieuse indication, le nom du scribe et la date de la copie : Jacquemin d'Acre, 1270.
M. Victor Leclerc (Histoire littéraire de la France, XXIII, 294) a consacré à l'Image du monde une bonne notice, complétée et rectifiée par M. P. Meyer (Romania, t. XXI, p. 481). Enfin le poème lui-même a été publié à L'psal par M. Cari Faut.
II. « Le Livre qui nos enseigne comem l'on se pelt MAiNrENUt sain en
CHASCUN AAGE, ET COMENT l'oN PEUT CONOISTRE LA NATURE ET LA CONPLEXION
DE CHASCUN HO.ME » (ff. 55 r° à 58 r°).
Court et singulier traité dont voici les alinéas : « Il i a xxxii jors en
POÉSIE FRANÇAISE. 61
l'an que home se doit garder, car il son perillos ». — « Ce est le conte de Tabe ce combien monte chascune letre ». — « Si orés que dist sains Climens, apostles de Rome : A tos les fis de Jhesu Crist, salus. Je treuvc el livres des chenoines... ». — « Si orrés por coi l'on doit plus jeûner les ven- dredis ». — « Le fust qui a non aufric si est bon por cntoschc... ». — « Et puis lises se brief desur Tome qui aura le mal. Anglo, non abglu, non ablu. », etc. — « In nominc P. et F. et S. sancti, amen. + debague + de guttam + gereon » , etc. — « In manus tuas. Domine, commendo spiritum. . . » . « Por ce que doné nos avons enseignement es n parties que dit vos avons devant, coment vos devés conoistre les mi conplixions, si come la sanguine, la flaumatique, lacolorique, la mélancolique, etc. ». — Ce traité des com- plexions de l'homme occupe la plus grande partie du petit opuscule. On le trouve dans le ms. 2872 de la bibliothèque de l'Arsenal, sous cette rubrique : « Ci commence la quarte partie du livre qui aprcnta cognoistre les conditions de chacun » ; ce manuscrit a pour titre général : « Livre de la dicte universal selon Ysaac et les autres acteurs de médecine, avec plusieurs autres traictiés des autres secrés des philosophes et poètes » (Aldobrandini de Florence, etc.).
III. Le Saint Okaai., traduit du latin en prose française par Robert et llélis (le Boron (ff. 59 à 131 r°), fragment.
« Cil qui se tient et juge au plus petit de tos les autres petis et au plus pecheor de tos les autres pecheors, mande salus el comencement de ceste estoire... ». Fragment du texte édité en 1516 par Jehan Petit, Gahot du Pré et Michel Le Noir, correspondant aux 60 premiers feuillets de l'imprimé, première partie, qui en comprend 116. Nous avons décrit plus haut (1) un fragment de la Qiicste du Saint Graal, seconde partie de l'édition de 1516.
IV. La Queste du Saint Graal, traduit du latin en prose française par Gautier Map (ff. 213 à 215 v°).
« La veille de la Pentecoste, quant li conpaignon de la Table furent venu a Caamalot et il orent oy le servise... ». — Fin : «... Il fit venir devant lui les clers qui les aventures metoient en escrit. Et quant il furent venus, li
(1) P. 42.
62 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
roy comanda qu'il meissent en escrit les aventures que Boort avoit contées... Et ce livre ou elles furent mises est a Salaberes (Salisbury), mult bien gardé ou trezor de laiens, dont maistre Gautier Map le translata por son livre faire de latin en romans. Si ce taist a tant que plus n'en dit a ceste fois des aven- tures to Saint Graal. Ici faut les aventures do Saint Graal, que Galaad le fis Lancelot acheva, et ot en sa conpaignie Parceval le Galois et Boort de Gaules ».
Publié intégralement en 1864 pour le Roxburghe Cltib par M. Frederick Furnivall.
V. La Mort du roi Arthur, par Gautier Map (fragment, ff. 216 à 222).
« Apres ce que maistre Gautier Map ot portraites les aventures do Saint Graal assés souffisaument, si com il li sembloit, si fu avis au roi Henri son signor que ce que il avoit fait ne devoit pas soffire se il ne ramantevoit les fais de cels dont il avoit avant fait mencion..., et por ce recomença il ceste derraine estoire. Et quant il ot mis ensemble, si l'apela la Mort le roy Artus... ».
Nous décrirons plus loin (section des romans) un manuscrit complet de la Mort du roi Arthur, aux dix premiers feuillets duquel correspond ce fragment.
Moulins, 1523; porté à l'hôtel de Condé en 1661.
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N° 1469. [Gautier de Metz] : L'Image du monde.
In-4'' (0,190 sur 0,130), velours rouge. — Vélin, fin du XU^ siècle, 153 ff., 20 lignes à la page, rubriques et initiales rouges, petite miniature.
« Ce est l'Image du monde. Ce est le livre de clergie en romanz, qui est apelez l'Ymage du monde, par tout a lv chapistres et xxviii figures ; sanz ce ne puet estre li fivres legierement entenduz. Si est devisé en m parties ». Suit la table des matières des trois parties, en prose, puis le prologue en 28 vers :
Qui bien veut entendre ce livre Et savoir coument il doit vivre...
POÉSIE FRANÇAISE. 63
Texte :
Pourquoi Dieus flst le monde. Quand Diex fist le monde premier Ne li esloit mestier mie (sic)... Fin : Ici fenist la Mapamonde.
A Dieu coumence, a Dieu prent fin, Qui ses biens nous doint en la fin. En l'an de l'Incarnation, Au jour de l'Aparition, M deux cens xlv ans, Fu primes escrit ce romans. Vous qui avez oï l'escrist Du filz Dame Dieu. Jhesu Crist, Et puis du monde que Dex forma, Le monde une autre forme a, Que par celui poon aprendre, Qui de ce siècle veut antandre Que ce fu et coument il est, Et touz jours et touz jors est. Explicit la Mapamonde.
Copie incorrecte de la première rédaction de Gautier de Metz ; la table des chapitres est reproduite exactement, mais le texte n'y répond pas toujours : les divisions ne sont pas indiquées. Enfin nous constatons des lacunes, dont voici les plus importantes : Première partie ; outre 30 vers qui manquent vers le milieu du chapitre vui, le scribe a omis les 105 derniers, et les 8 premiers du chapitre ix, qui se confond ainsi avec le précédent. Troisième partie, cliap. XI, « des merveilles de Virgile » : le scribe n'a transcrit que les 42 pre- miers vers ; il a omis le reste, ainsi que les chap. xii à xvn et les premiers vers du xvni".
Bibliothèque Cigongne, n" 541.
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N° 1444. [Gautier de Metz] : L'Image du monde.
Pet. in-f- (0,255 sur 0,165), mar. bleu jans., tr. dor. (Dum). — Vélin, XIII* siècle, 44 ff., 2 col. de 34 lignes, rubriques rouges, 19 initiales renfermant des miniatures à fonds d'or et accompagnées de rinceaux, lettres ornées.
64 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Qui velt entendre a chest comans, Si puet aprendre en chest roumans Des oevres Diex et de clergie, Que pour laie gent comenchie... Chist livres qui descrit le monde, Qui a non l'Ymage du monde, Deus parties de livres tient...
Suit la table des chapitres du premier livre; table et prologue com- prennent 92 vers. « Ch'est li premiers chapistres. De la digneté Diex » :
Quant Dex fist le monde premiers.
Il ne l'en estoit nul mestiers... F. 44 r : Si com Tholomés li bons roys
L'enquist et prouva maintes fois
Chi fenist li premiers livres. F. 45 : Qui or veult oïr et entendre
Dont il se porra esjoïr,
Si lise ouait entendement
Tout che livre ordeneement.
Second livre. Prologue et table des chapitres, en 180 vers. « Ch'est li pre- miers chapistres, comment Diex fourma le monde » :
Diex forma tout reont le monde Comme une pelote reonde... Fin : Car Diex l'en rendra si haut don
Que tos biens ara abandon Et la joie de paradis Que Diex nous otroit a tos dis. En cui toute pitiés habunde. Chi fenist l'Ymage du monde. A Diu comence, a Dieu prent fin, Qui tous nos prengne a bonne fin. Amen. Amen. Chi fenist li livres de l'Ymage du monde.
Seconde rédaction de r/mflje du monde, faite en 1247. L'ouvrage est ici divisé en deux parties au lieu de trois; chacune est précédée d'un prologue et d'une table des chapitres en vers. En remaniant le plan du poème, Gautier de Metz a introduit dans le texte de nombreux développements, relatifs à Charlemagne, saint Paul, les bêtes, etc., etc. L'addition la plus importante est
POÉSIE FRANÇAISE. 65
celle de la Légende de saint Brendan, qui comprend plus de 1300 vers (publiée en 1836 par Jubinal). L'auteur a tenu à donner la date de ces remaniements (1247), répétée çà et là; il suffit de citer celle qui suit la légende de saint Brendan :
A S. Ernoul, une abeïe De moines noirs qu'est establie Droit devant Mes en Loorraine, Trouvai l'istoire mult entaine. De latin le mis en roumans Pour faire entendre as laies gens; En IX jors de mars l'ot parfait M. ce ans xLvi! [1247].
Ailleurs le copiste, transposant le chiffre x par inadvertance, a écrit lxvu au lieu de xlvii.
Ces trois manuscrits d'un des ouvrages les plus importants qu'ait produits le moyen âge forment un ensemble intéressant ; non seulement on peut suivre les remaniements, les changements de rédaction introduits par l'auteur, mais on y peut relever encore des variantes d'une autre origine. Écrits sans doute à des époques assez rapprochées, mais par des scribes qui vivaient dans diverses parties de la France, ils diffèrent parla forme encore plus que par le fond ; dans aucun des trois la langue n'est la même.
Techener, 1865.
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N'OIl. GUILLAUME DE LoHRlS ET JeAN DE MeI'N : Le RoAJAN DE LA lloSE.
In-4° (0,225 sur 0,167), veau marbré, aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, fin du XIII' siècle, 18.} IT., 2 col. de 30 lignes, miniature à la première page, initiales rouges et bleues, emplacements réservés pour des miniatures non exécutées. Le titre et les rubriques sont écrits sur les marges.
« Ci commance li roumans de Rose.
Maintes gens dient que. en soinges N'a se faubles non et mençoinges. Mais l'en puettiex soinges soingier... » II. 9
66 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Après ce prologue (20 vers), le texte commence avec la rubrique .suivante, « Maistre... de Lorriz qui en dormant vist cest songe » :
Au vintime an de mon aige
Ou tans qu'amours prent le paige...
Ce curieux et beau manuscrit, qui doit présenter une des plus anciennes versions du Roman de la Rose, contient des variantes et des additions, parfois tracées sur des fragments de vélin interfoliés. Ces variantes et les rubriques placées dans les marges sont de la même écriture que le texte; notons la suivante (f. 90) : « Cy finist Guillaumes Tybullus et commance maistres Jehans de Meun ». — F. 96 : « Ci faut li Pi'ivileges des frères, qui est a la fin dou livre escris » . Le Roman de la Rose se termine au recto du f. 185, 1" colonne :
Ainsi oï la rose vermeille; A tant fu jours et je m'esveille. Explicit.
Les trois dernières colonnes sont occupées par « li Privilèges des frères menuz » :
Si fais cheoir dedans mes pièges...
98 vers, dont voici le dernier :
Tant sui fort privilégiés.
On lit au bas du premier feuillet : « Antonio Papilioni donavit Nicolaus frater, canonicus Turonensis. Turone, cal. mart. an. Do. m d xix ». Papillon a écrit quelques notes sur les margesdu volume, celle-ci par exemple (f. 35v") : « impressi libri habent :
Cy endroit trespassa Guillaume
De Lorris, et n'en flst plus pseaulme;
Mais après plus de quarente ans
Parfist ce Chopinel romans,
Qui a bien faire s'efforça
Et cy son œuvre commença. >•
Enfin le même Papillon a transcrit sur le feuillet de garde une pièce de 66 vers, la Ballade des vins :
POÉSIE FRANÇAISE. 67
Pour bien juger de ces bons vins françoys,
Orléans est bon
Refrain : Beaulne a le bruyt sur tous par excellence.
Cette pièce se trouve aussi dans le ms. fr. 1721 de la Bibliothèque natio- nale, sous le titre suivant : « Blason des vins, par Pierre d'Anthe ». Elle a été imprimée avec les deux autres Blasons de Pierre d'Anthe : Les trois Blazons composez par Monseigneur Pierre Danche (sic), esciiyer. Poitiers, à l'enseigne du Pélican, s. d. (vers 1520), petit in-8° de 6 ff., gothique, très rare; j'en pos- sède un exemplaire.
Antoine Papillon était bibliophile ; on trouve son nom dans un livre im- primé sur véHn de la Bibliothèque nationale, avec la date de 1517.
Hôtel de Gondé, 1673.
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N° 686. Le Roman de la Rose.
In-f» (0,287 sur 0,185), mar. vert, fil., tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, fin du XUI- ou commencement du XIV siècle, 148 ff., 2 col. de 38 lignes, initiales rouges et bleues, pas de rubriques, annotations marginales; deux miniatures et deux ébauches aux premières pages; les autres n'ont pas été faites. Les armes et le mono- gramme d"Antoine de Chourses et de Catherine de Coëtivy ont été ajoutés sur la pre- mière page.
C'est ci le romanz de la Rose,
Ou l'art d'amors est tote enclose.
Meintes gens cuident que en songes
N'eit se fables non et mençonges...
El vintiesme an de mon aage,
El tens qu'aniors prent le paage...
Le « Privilège des frères Mineurs » est transcrit sur un feuillet inséré postérieurement par le même scribe ; pour lui faire place, un feuillet a été enlevé et trois colonnes rayées.
Au passage relatif à Robert dArtois, un poète du XIV siècle a marqué un renvoi après le vers
Ains devint bons devant ses jors et a écrit sur la marge les quatre vers suivants :
'fHUi hh'U momt «««# MJMfffMM A Coinirny, o lu fUtur 4$ fnuê /Mt t',U*iiHUMr* lUfui fa pam êmt%f y^n i'itn H, m', H âm%,
ii'ttttt (MM HoUt'ii tt, iui' k Itt imUiilU' lU' iUniHrui m i'Mii, um'in UoUftril", M'i't» lUi mUii l,ottin, Ut(', k k tmUHUt lUt MninummU m i OU),
Vin ', A l««t f« joc «l J# »\'¥Msvi\\Sn, V,%\tS\vM \n rtmtmi tU i» lUnm,
N* (UH, \,¥, Roman m \,h \\m¥..
I»» r» (O.K74 »(/»- O.IXft;. tmr. ynri, ir. dor. (une. ni,). — sm», %\S' »iècl«, Hl VI., t col, ilii 40 IIk'm»!. it«l«rii|ii«<i r(/iiK««« gCiirKM» I*!!»**** uvnh',*, iriilinli'H roiigcn et bleue», \\<mtn\\.\m {«'««iii/il» à miicaaiix, liiMr«»»«nt«N minlMluco» A rond» d'or (1^
(!l ««t In roiirrinn* dt It IU)»«,
Ou l'art (l'diiti/ur'N «il touU» «ncloi«,
MuliitAi Mnri» lilont i|ut «n «urig*»
N'h tr CéI.I, non et iiicnNOIl^MK,,,
On un iiii <l< mou /iMgd,
Ou (loltit (jii'iiiii(;iirii |>r'««iit II) p/iittgi<,,,
!/(• ii(«nii(M' v«rM
A iHtii fil jour «t )<i m'A«v«lll«
(•hI «iiIvI (Im rA|»ll(ixii(t (II* viiiKl-(|ii»lr'M ver». i|iii uVhI |(uh l'utuvro do Jmii de Moiiii («l (|iti a a*' iijoiili' un XIV mIA(!|i* ;
Klinil» i|iii>J« fiiy «Hvelllid
i)ii MiMiMn i|iil m'n trAVdIIIU,,,
KhI llrin di iMii'H varlll
l'ixitllrll Im roinnn» ilo In Itowa,
(lu l'iti'l iriiiiiiHirM nul iiiiilii iinclona,
Niihu'ii rll, Nlcimiinn Hninliln,
ijiiiiiil lilc, ni Imm', JonKrimil niintimlilfl,
(Il l.it |ii'tiiiil(yi't. itnMM KHi i'«|M'oilull« * In llh ii«< i<i vnliiiiio,
POÉSJK FBANÇArSB, 69
On lit <!ri«uil« : « C« livr« du Komant d« la Rose e»l à Jehan du Mas, sei- gneur de I/lsIe I», Comme tous les manuscrits (Je Jean du Mas entrés au XVI' siAcle dans le (;at)inet des livres de Chantilly, celui-ci porte à la garile les amies de Monlinoreney, avec le collier de Saint-Michel, le hàton de mari'chal et la devis»; In munéiliti (uin HupmjM'rarJ. On le retrouve à l'hùlfd deCondéen USU.
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N'ÔÔJi, hv. HoMAN UY. i,A KosK, — Lk Tkstamknt dk Jkan m Mkl'!».
In-f' (0,275 «ur 0,200), veau marbré, tr. dor., aux arme» de Bourbun-Condé. — Vélin, XIV' Mîècle, 173 Ht., i col. de 40 ligne», initiale» en or et couleur», nombreuse» et bonnes minintures A fond» dorés ou quadrillé», décoration paginale, rinceaux, gro- tesque», etc.
(Je est li roman» de la Rote,
Ou l'art d'amours est toute enclose.
Mainte» gens dient que en songes
N'a se fables non et mençonges...
Au vintieme an de mon aage,
Au point qu'amour» prent lepaage...
MAme épilogue que dans h; manuscrit précédent, moins les deux derniers
vers :
Est fine et pure vérité.
Rxplicil le romntiH Ai: la ilo»e,
Ou rtirt lïumowrn ««1 toute cncloxft.
Apn^i lin feuillet hlane. commence \i; TchIuiih'hI de Jmii de Memi, mAme
é<!nliir<', mAinc dé(orali(»ii, 11'. 147 iï \T,\, «ihilfrés l'i l'origine i i xxvii; pour
garder la diH|iosili(iti nur deux colonnes, W serihe a coupé en deux les vers
alexandrins :
Li i'ere» et li V'iVi \ Et li Sain» Ksperis l'n Dieu en trois perMonne» | Aouré» et chiéri»,.. Fin : Ou »aint livre de vie | (jue il mei»me» escript Amen. Kxplieil le Testament | Me»tre Jehan de Meun.
Puis vient la table des chapitres du Tmlumenl, ajoutée au XV' siéchs
70 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Ce manuscrit, un peu postérieur au précédent, est plus richement orné ; les miniatures sont d'une exécution bien supérieure; le tableau initial du Testament, qui représente la Trinité, est du style le plus noble.
Hôtel de Condé, 1634.
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N° 1480. Le Roman de la Rose.
In-f° (0,290 sur 0,205), mar. citron, fil., tr. dor. (anc. »e/.).— Vélin, XIV siècle, 138 ff., 2 col. de 36 lignes, rubriques rouges, initiales en or et couleurs, 78 belles miniatures à fonds dorés ou quadrillés, bordures ornées, décoration paginale avec rinceaux, gro- tesques, etc.
Ci commence li romans de la Rose. Ou Tart d'amour est toute enclose. Maintes genz dient que en songes N'a se fables non et mensonges... Au vintieme an de mon aage Au point qu'amors prent le paage... Fin : Ainsi oï la rose vermeille,
A tant fu jours et je m'esveille. Cy faut li romans de la Rose Ou l'art d'amours est toute enclose. Explicit expliceat, ludere scriptor eat.
L'épilogue de vingt-quatre vers que nous avons mentionné plus haut ne se trouve donc pas ici; d'ailleurs ces cinq manuscrits du Roman de la Rose présentent d'intéressantes variantes.
On voit sur le premier feuillet quatre écussons qui font partie de la déco- ration originale : 1° bandé d'or et d'azur de 6 pièces, brisé d'un franc quar- tier d'argent, à la bordure de gueules; armes de Montagu, famille issue des anciens ducs de Bourgogne, éteinte en 1347. 2" Losange d'or et de gueules, à la bordure d'azur; ces armes ont été portées par plusieurs familles, entre autres par l'illustre maison de Craon. 3° et 4° D'or à 5 cotices d'azur; ces armes ont été portées par les Berton des Balbes de Grillon ; mais il faut sans doute chercher ici une autre famille.
Bibliothèques Mac Carthy (n° 2823) et Gigongne (327).
POÉSIE FRANÇAISE. 71
484
N° 744. Le Roman de la Rose, version en prose, anonyme.
Pet. in-f° (0,265 sur 0,200), veau marbré, aux armes de Bourbon-Condé. — Papier, XV siècle, 173 iï., rubriques rouges, initiales rouges et bleues.
« Cy est le commencement du romant de la Rose, ou tout Tart d'amours est enclos, commencé par Guillaume de Loris, et xl ans et plus après sa mort fut parfait et acomply par maistre Jehan de Meun, ainsi qu'il enssuit. — jMaintes gens dient et racontent que en songes et en advisions qui par nuytz en dormant se font... ». — Fin : « ... je commence a m'esveiller tout estonné et pensif du songe que j'avoie songié. Et valeat in Domino. A tous vraiz amours salut. Hoc est totum, da michi potum ». Cette traduction n'est pas celle de Molinet; elle est antérieure.
Moulins, 1523; porté à l'hôtel de Condé en 1661.
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N° 570. I. BoKCE : Consolation de la philosophie, traduction anonyme en vers français. — 11. [Guillaume de Machaut] : Le Confort d'ami. — 111. « Le Codicille maistre Jehan de Meun » [Roman de la Trinité, de Je.an Chapuis]. — IV. Jean de Meun : Le Testament.
In-f° (0,328 sur 0,25.5), mar. vert. tr. dor.. aux. armes de Bourbon-Condé. — Vélin, fin du XIV' siècle, 128 ff.. 2 col. de 40 lignes, grandes lettres en or et couleurs et ornemen- tation paginale au commencement de chaque ouvrage; initiales ornées.
I. BoECE : Consolation de la philosophie (ff. 1 à 71 r") :
Celui qui bien bat les buissons Est digne d'avoir les moissons...
Nous avons décrit plus haut (1) un texte moins correct et moins ancien de cette traduction anonyme, faite prohablement en 1364 et dont voici les derniers vers :
(1) T. I, p. 228.
72 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Celui qu'en vraye obbeissance Tout bien scet, ayme et croit.
II. Le Confort d'ami (ff. 71 v" à 96 r°).
Amy, a toy donner confort Ay maintefoiz pensé moult fort... Sire, se je t'appelle amy, N'en aies pieur, cuer amy, Car bien sçay que tu es mes sires... Fin : Mais qui vorra savoir sanz faille
Noz deux noms sanz controuvaille, Vez ci comment on lez saira : Quant Madame chevauchera. Elle yra disner a Glurvost, Droit en la maison le prevost. C'est une villete en l'empire Qui n'est gueres du Bourget pire. La trouveras qui te dira Mon nom, ou ja n'en mentira, Et pour qui j'ay fait cest traictié Que j'ay mis en rime et traictié. Va y, qu'il y fait bon et chaut. Explicit le Confort d'amy.
Suivent vingt-cinq vers rimant en my :
i. Qui esveilla le cuer de my 25. Pour qui maint souppir ay vomy. Explicit.
Inutile de se livrer au jeu de lettres indiqué par ces vers, car l'auteur et le destinataire du poème sont connus. C'est à Charles le Mauvais, roi de Navarre, que Guillaume de Machaut adressa le Confort d\imi pour le con- soler dans sa prison : Charles avait été arrêté sur l'ordre du roi Jean, le 5 avril 1336, en raison de ses pratiques avec les Anglais; enfermé d'abord au Chàtelet de Paris, puis au château d'Arleux en Artois, il recouvra sa liberté au mois de novembre 1357. Le poème fut écrit avant cette dernière date et après le mois de septembre 1356; en effet Guillaume de Machaut féli- cite Charles le Mauvais de ne s'être pas trouvé à la bataille de Poitiers, où
POÉSIE FRANÇAISE. 78
il aurait dû courir une de ces trois alternatives : être tué, se déshonorer en fuyant, être pris et emmené en Angleterre :
Car les gens d'armes a grans routes
S'en alerent
La fu prins le bon roy de France, Qui ot tel cuer et tel confiance... Mais seul ne povoit pas souffire Pour tout le monde desconfire... Car tu feusses deshonnourez Si tu ne feusses demourez... Et s'il avenist que prins feusses, Certes jamais joye n'eusses... Ou tu feusses en Angleterre En prison
Notre poète avait eu des patrons plus recommandables que Charles le Mauvais. Né vers 1300, fils d'un chambellan de Philippe le Bel, il s'attacha comme secrétaire à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et le suiAit par- tout pendant trente ans, ami et conseiller bien plus que serviteur. Jean solli- cita souvent le pape « pro clerico, eleemosynario et familiari suo domestico », et il obtint de bonnes prébendes pour ce fidèle compagnon. C'est toujours avec émotion et tendresse que Guillaume parle de ce « bon roi de Behaigne », Jean l'aveugle, glorieusement tué dans nos rangs à la bataille de Crécy. Après la mort de ce héros, sa fille, la duchesse de Normandie, recueilht le poète, et, quand Jean le Bon monta sur le trône, Machaut reçut une charge de secrétaire du roi. Il s'attacha ensuite à Charles le Mauvais, pour lequel il écrivit le Jugeiiieni du roi de Navarre et le Confort d'ami. En 1363, il composa le curieux Livre du Voir-dit. Sa dernière œuvre (vers 1370) est la Prise d'Alexandrie, poème d'environ neuf mille vers, consacré à l'histoire du roi Pierre I" de Lusignan. Il mourut en 1377, pleuré par son fidèle disciple Eustache Deschamps.
Longtemps oubliées, les œuAres de Guillaume de Machaut ont été analy- sées au siècle dernier par l'abbé Lebeuf et le comte de Caylus (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XX, 1753). La partie musicale a été étudiée par B. de Laborde et l'abbé Roussier (1780), par MM. Fétis (1862) et Travers n. 10
74 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
(1882). A part les extraits donnés par M. Tarbé(l), deux poèmes seulement, les plus considérables il est vrai, ont été jusqu'à présent publiés : le Livre du Voir-dit, en 1875, par M. Paulin Paris pour la Société des Bibliophiles françois, — la Prise d'Alexandrie, en 1877, par M. de Mas-Latrie.
III. « Le CoDicn.LE maistre Jehan de Meun » [Rcman de la Tuinité, de Jean Chapuis] (ff. 97 r° à 107 r°) :
Glorieuse Trinité, Une essence en vraie unité En trois singulières personnes...
Fin : « E.Kplicit le Codicille maistre Jehan de Meun ».
Ce poème, 73 douzains de morale religieuse, intitulé tantôt le Trésor ou le Codicille de Jean de Meun, tantôt les Sept articles de la Foi, a toujours été attri- bué à Clopinel par les scribes; cette erreur, reproduite par les éditions im- primées, est d'autant moins explicable que le véritable auteur a pris soin de se faire connaître dans un mauvais jeu de mots à la fin du poème :
Car je croy vraiement que puis Que mon cuer ne puet de ton puis Sacher ce qu'il en vouldroit traire, Que lez copiaux et lez chapuis Prendras en gré que j'en chappuis, Car ce le plaist qu'on en puet faire.
C'est M. Paulin Paris qui a restitué ce poème à Jean Chapuis (Histoire lit- téraire de la France, t. XXVIII, p. 428, notice sur Jean de Meun).
IV. Le Testament de Jean de Meun (fT. 107 r" à 128 v") :
Li Pères et li Filz et li Sains Esperis
Un Dieu en trois personnes aorez et chéris.
Les hexamètres placés en regard des dernières lignes du poème précédent
sont écrits chacun en une ligne, mordant sur la marge. A partir de la page
suivante, le scribe a coupé les vers en deux, afin de garder la disposition en
deux colonnes avec des marges suffisantes. Fin :
Et lui prie humblement Que nous soions escript
(1) Les Œuvret de Guillaume de Machaut, Keiais et Paris, 1849, in-8»,
POÉSIE FRANÇAISE. 75
Au saint livre de vie Que il mesmes escript. Explicit.
Ce précieux manuscrit ne porte aucune mention trorigine. On le trouve à l'hôtel de Condé en 1654.
486
N" 1479. « Le ïhksor de Jehan de Meun » [Roman de i.a ïuinité, de Jean Chapuis].
Pet. in-f» (0,245 sur 0,160), mar. rouge, fil., tr. dor. (anc. rel.). — Vélin, XV' siècle, 36 ff. réglés, 24 lig. à la page, rubriques rouges, initiales en or et couleurs, ornements.
« Cy commance le livre appelle le Trésor, fait et composé par maistre Jehan de Meun » :
Glorieuse Trinité, Une essence en vraye unité, En trois singulières personnes...
Autre copie du poème de Jean Chapuis indûment attribué à Jean de Meun.
Bibliothèque Cigongne.
487
N° 757. Gages de La Buigne : Les Déduits de la chasse, traité de vénerie et de fauconnerie, en vers.
In-4'' (0,253 sur 0,185), veau marbré, aux armes de Bourbon-Condé. — Papier, XIV siècle, 185 ff. Le relieur du XVIH* siècle a transposé un cahier; les feuillets 88-95 doivent être placés entre 39 et 40.
F. 1. « Gace de La Buigne, jadis premier chapellain de très excellent le roy Jehan de France, que Dieux assoille, commença ce roman des Déduis a Heldefort en Engleterre Fan mil gcg i.ix, du commandement dudit seigneur, affm que messire Philippe, son quart fdz et duc de Bourgoignc, qui adonc- ques estoit josne, apreist des déduis pour fuyr le pechée d'oiseuse, et qu'il
76 CHANTILLY. — LES MANUSGHIïS.
en fiist mieux enseignié en meurs et vertus, et depuis ledit Gace le parlist à
Paris » :
Ycy commence le Romans des Déduis. '
Entens cy, tu qui veulz savoir Des faucons et les veulz avoir... Fin: Gaces a faitceste besoigne
Four Phelippe, duc de Bourgoigne... Que Dieu li pardoint ses defaux, Car moult ama chiens et oiseaulx.
Ce livre est au duc de Berry et d'Auvergne, conte de Poitou et d'Auvergne. Jehan (i).
Imprimé plus ou moins inexactement, d'abord pour Vérard à la suite du traité de Phébus, puis par Trepperel (s. d.), par Michel Lcnoir (1520), et par d'autres encore. Analysé par La Curne de Sainte-Palaye, Mémoires sur rancienne chevalerie, t. III, Paris, 1781.
Gaces de La Buigne, ou de La Bigne, était né dans le diocèse de Bayeux vers 1328. Entré dans les ordres sous le patronage du cardinal de Prénestre, il fut attaché à la personne du roi Philippe VI et devint son « maistre chapelain ». 11 suivit le roi Jean dans sa captivité en Angleterre et fut alors chargé par ce prince d'enseigner au jeune Philippe de France, non pas la théologie ou les belles-lettres, mais la fauconnerie. En effet, Gaces était passionné pour cet art et parait y avoir excellé. A l'instruction pra- tique qu'il donnait à son royal élève, il voulut joindre un code de pré- ceptes et ne trouva rien de mieux que de le mettre en vers. Son poème est un traité complet de vénerie et de fauconnerie, sous la forme d'un débat entre les déduits de chiens et d'oiseaux; l'arrêt, rendu par le roi en son conseil, formulé et prononcé par la Raison, renvoie, comme on peut croire, les parties dos à dos. L'auteur vient de nous dire dans son préambule à quelle époque il commença son poème; il y travaillait encore en 1370. La date de sa mort n'est pas connue.
Quelle que fût sa prédilection pour les faucons, Gaces avait, dans son poème, assigné une belle place aux chiens courants; nulle part nous n'avons
(1) Celle signature et les deux vers précédents sont reproduits à la fin de ce volume.
POESIE FRANÇAISE. 77
lu une description plus vive de la chasse du cerf. On trouvera ce morceau, avec d'autres détails sur le livre et sur Fauteur, dans notre Essai inséré au tome II des Philobiblon Socie(y\s Miscellaiiies, et depuis tiré à part : Notes et documents relatifs au roi Jean, etc.
Le soin que le duc de Berry a pris de constater son droit de propriété sur ce volume d'aspect assez laid, nous permet de supposer que nous avons sous les yeux l'autographe de Tauteur : cursive assez lâchée, ratures, renvois, feuillets changés, etc. Nous avons là un texte complet et correct qui ne reparaît plus ailleurs. Si ce n'est pas l'original autographe, c'est assurément une des premières copies, rapidement faites et contemporaines de la composition.
Notre manuscrit figure sur l'inventaire du duc de Berry dressé en 1402 : « Un livre escript en papier, appelé le roman des Desduiz (donné à Jehan d'Ortegue) », valet de chambre du duc. Il fut probablement rendu à la duchesse de Bourbon, puisque nous le retrouvons plus tard à iMouUns. On sait que Marie de France (1) avait hérité de la passion de son père pour les livres. Le livre des Déduits vint à Paris en 1661 avec ce qui restait de la belle collection bourbonnaise; il figure dans l'inventaire des manuscrits de l'hôtel de Condé dressé en 1673, sous le titre même que le relieur du XVIII' siècle inscrivit au dos du volume, Romant des Ducs (pour Déduitsj.
Sous une apparence peu séduisante, ce volume, spécimen presque unique, est d'une valeur exceptionnelle.
488
N° 683. Gages de La Bligne : Les Déduits de la chasse.
Fet. in-f° (0,292 sur 0,232j, veau marbré, tr. dor., aux armes de Bourbon-Gondé. — Vélin, fin du XIV« siècle, 116 ff., 2 col. de 26 lignes, initiales rouges et bleues. Au pre- mier feuillet, vignette en camaïeu représentant l'auteur, un faucon sur le poing, son livre auprès de lui, instruisant un homme à genoux. Signature à la contregarde : « Janot Bastart >.
Hôtel de Condé, 1634.
(1) Elle avait épousé en 1400 Jean I", duc de Bourbon.
78 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
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N" 1412. Jean Le Fèvre : Le Livre de Leesce.
Pet. in-f» (0,272 sur 0,488), reL en bois couv. de mar. brun, fers à froid; copie exacte de l'ancienne reliure (Bedford). — Vélin, XV« siècle, 65 ff., 30 lignes à la page, une miniature, initiales ornées.
Un clerc, né à Boulogne-sur-Mer vers 1260 (mort vers 1320), Matheolus, Mathiolet, ayant épousé une veuve, perdit ainsi son droit de clergie, qu'il aurait conservé en épousant une vierge. Selon la langue canonique du moyen âge, il était bigame, et le surnom lui resta. Son mariage ne fut pas heureux, et sa femme n'ayant pas su lui faire oublier qu'il avait perdu à cause d'elle son rang privilégié de clerc, il exprima ses regrets en vers latins fort amers, oîi il déversait son fiel sur tout le sexe faible : Liber inforlimii, — Lumentatio. Quelques années plus tard, un certain Jean Le Fèvre, né à Ressons, aujour- d'hui chef-lieu de canton dans l'Oise, mit en vers français cette grossière satire contre les femmes; c'est le Livre de Matheolus,
Mais lui aussi, Le Fèvre, était marié. Sa femme le ramena-t-elle à des idées plus justes ou plus indulgentes ? Il se tait sur les motifs de sa conver- sion ; seulement la miniature que nous avons sous les yeux le représente à genoux, demandant pardon aux dames, et, dans son Livre de Leesce, il écrit un Rebours de Matheolus :
Mes dames, je requier mercy; A vous me vueilh excuser cy De ce que, sens vostre licence, J'ay parlé de la grant distance Et des tormens de mariage. Se j'ay mesdit par mon oultrage, Je puis bien dire sens flater Que je n'ay fait que translater Ce que j'ay en latin trouvé; Assez pourra estre prouvé Ou livre de Matheolule.
Le véritable titre de l'ouvrage est indiqué plus loin :
POÉSIE FRANÇAISE. 79
Et s'aucun requiert de ce livre Comment intytulés sera, Je dy que l'on l'appellera Par droit nom Livre de Leesce.
L'auteur donne son nom dans les vers suivants :
Mercy, mercy au povre Fèvre Qui a plus grant soif a la lèvre Que n'ot le riche homme en enfer, Car il ne scet ouvrer en fer, Mais en peaux est toute sa cure ; Pour vous a fait ceste escripture.
Derniers vers :
A tant fineray mon propos
Jusqu'à tant que plus saige viengne
Que ceste matière soustiengne;
Si croy je que jamais flnée
Ne sera, ne déterminée;
Car vénal est l'amour du monde
Et avarice est trop profonde.
Plus en diray a l'autre foys; A Dieu vous commant; je m'en voys. Amen. Explicit Liber Jocunditatis. Laus Christo.
L'honnête rétractation de Le Fèvre ne détruisit pas Teffet produit par sa première publication : ni la riposte de Christine de Pisan dans la Cité des dames, ni les attaques de Martin Le Franc ne purent arrêter le succès et la renommée du Livre de Matheohis. C'est sous les titres de Rebours de Matheo- liis, Résolu en amour, Résolu en mariage, que notre poème a été imprimé ; mais les éditeurs qui se sont succédé l'ont tellement défiguré que le Livre de Leesce peut réellement passer pour inédit. De nos jours, M. Ed. Tricotel a donné une édition du Livre de Matheohis (Bruxelles, 1864). Le poème latin a été retrouvé à Utrechtpar M. van Hamel, qui l'a publié en y joignant la traduction de Le Fèvre (Paris, 1892); un second volume donnera le Livre de Leesce.
Jean Le Fèvre est aussi l'auteur du Respit de la mort, poème qu'il écrivit en 1376, après avoir échappé à une grave maladie.
80 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
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N" 463. Chronique de Bertrand du Guesclin (en prose). Roman d'Ogier LE Danois (en vers).
In-f° (0,368 sur 0,283), mar. vert, tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin. XV siècle, 4 ff. non chiffrés et 212 ff. chiffrés, 2 coL de 44 lignes, rubriques rouges, initiales rouges et bleues, 2 grandes et 23 petites miniatures. Les feuillets non chiffrés sont occupés par la table des chapitres du livre de Bertrand et par la table des « his- toires » du roman d'Ogier.
F. 1. « Cy commance le livre hystorial des faiz de feux messire Bertran du Guesclin, jadis connestable de France. Premièrement le prologue : En ma pensée souventes foiz me délite en oïr, lire et raconter les hystoires et les faiz des ancians... ». — Fin, f. 62 r° : « ... de vie a trespassement ala le bon roy Charles, qui tant fut saige, ou moys de septembre ensuivant après son bon connestable, en l'an mil ccc mi" [1380] ans de la résurrection Nostre Seigneur Jhesu Crist, qui les âmes d'eulx vueille recepvoir en sa benoiste gloire. Amen ».
F. 63 r° : « Cy s'ensuivent les fais et histoires du noble et puissant Ogier do Dennemarche, selon ce qu'ilz ont esté trouvez en la Hbrarie de Saint-Denis en France. Comment et la cause pourquoy il maintint longtemps la guerre contre Charlemainne » :
Signeurs, oyez chanson dont li vers sont plaisant, Véritable et bien faicte. du gracieux roumant...
Ouvrage anonyme, qui reproduit les versions de Raimhert de Paris et dAdenet, versifiées à nouveau en vers alexandrins au XIV' siècle. L'auteur y a ajouté le supplément merveilleux emprunté aux chroniques liégoises.
F. 144 : « Cy fment les fais d'Ogier fais en sa jeunesce, et s'ensuivent les fais qu'il fist depuis en sa vieillesce » :
Seigneurs, or faites paix, franche gent honnorée, Or commence cbançon de bien enluminée, Des vieillesces Ogier et de Morgue la fée. Et comment le Danois passa la mer salée...
POÉSIE FRANÇAISE. 81
Cet important suppléineiit occupe 138 pages à 2 col. de 43 vers, soit environ 11800 vers. Il se termine par la description du tombeau d'Ogier à Saint- Faron de Meaux. Fin, f. 212 :
Cy fault d'Ogier la rime, qui a tous plaire doit. Cy fine le romant du roy Charlemaine et dOgier le Danois.
Outre notre manuscrit, qui n'a pas encore été signalé, on ne connaît jus- qu'à présent que deux copies de cette version : bibliothèque de l'Arsenal, ms. 2985, fin du XIV' siècle, et Musée britannique à Londres, ms. lo E VI, magnifique volume offert par Talbot à la reine et contenant plusieurs romans (XV siècle). M. Barrois a connu le ms. de l'Arsenal et en a donné deux extraits dans sa préface d'Ogier de Daiiemarche ; il conjecture que cette version est postérieure de 50 ans à celle d'Adenet, et de 150 ans à celle de Raimbert de Paris, quïl publie. Rédigé d'abord en vers, le roman d'Ogier fut bientôt mis en prose et souvent publié sous cette forme depuis la fin du XV" siècle; le texte en vers est inédit.
Quant au livre de Bertrand du Guesclin, il a été imprimé avant le XVI* siè- cle (s.l. n. d., in-f%goth.), probablement à Lyon. De nos jours, M. Francisque Michel en a donné une édition : Chronique de Du Guesclin, Paris, imp. de Béthune, 1830, in-12.
Sur le feuillet blanc qui termine le volume, on lit l'inscription suivante,
d'une écriture du XV siècle : « Antoine du Cartier, seigneur de Mandevillc,
capitene de Milanc » . Mais le manuscrit porte une mention plus illustre : au
milieu de la décoration qui orne la première page de chaque ouvrage, on voit
les armes de Pierre d'Amboise, s' de Chaumont, ambassadeur à Rome en
1462, mort en 1473. Cet écusson se retrouve, accolé à celui d'Anne de Bueil,
femme de Pierre d'Amboise, sur un volume des « Faiz de Jules César et de
Pompée, composez de Saluste, deLucan et de Suétoine », que nous décrirons
dans le troisième volume de ce catalogue ; les deux manuscrits sont frères; ils
ont été exécutés en même temps, écrits par le même scribe, décorés par le
même enlumineur, dont l'œuvre mérite de fixer l'attention. L'artiste procède
par teintes plates, produit d'un petit nombre de couleurs, d'un éclat et d'une
solidité remarquables, appliquées avec soin entre des traits très fins et très purs, n. Il
82 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Les fonds sont tantôt quadrillés et tantôt d'un bleu sombre ; l'ellet général est saisissant. La plus intéressante de ces miniatures est la première de Du Gues- clin, consacrée à la turbulente adolescence du futur connétable. 11 y est repré- senté plusieurs fois, maniant son « penba » , rossant les gamins du parti d'An- gleterre, puis se redressant pour porter haut « l'aigle de sable en champ d'ar- gent » ! Les autres sont des combats d'archers, charges de cavalerie, « batailles » de gens d'armes à pied et croisant leurs lances. L'artiste n'a pas varié les cos- tumes en illustrant le roman d'Ogier; c'est le côté faible de son œuvre. Ce poème commence avec une grande et belle miniature : deux armées déployées. Les autres tableaux, au nombre, de 17, représentent des combats singuhers, poursuites, navigations, etc. Les mêmes qualités se retrouvent dans les douze tableaux qui accompagnent les « Faiz de César et Pompée » , avec une part plus large donnée à l'architecture, aux vues de villes, etc.
Hôtel de Condé, 1654.
491
N° 1680. « Le Livre des cent Ballades, contenant des conseils à un chevaher pour aimer loialement, elles responses aux ballades »,
In-4» (0,263 sur 0,19a), veau marbré, dorures, aux armes de la Palatine Charlotte- Elisabeth, duchesse d'Orléans. — Vélin, fin du XIV ou commencement du xv« siècle, 69 il'., 23 lignes, initiales et bordures ornées, lettrines en couleurs, 12 miniatures très fines. Les armes du roi René ont été ajoutées dans la bordure du premier feuillet.
Notre manuscrit, comme les quatre autres connus, ne porte pas de titre. Le titre ci-dessus est celui sous lequel le poème est désigné dans le Livre des faits du muréchal Boiiciquaut.
Poème composé en 1388-1389 par Jean Le Sénéchal, chevalier, cham- bellan du roi Charles VI, capitaine de Vire, sénéchal d'Eu, pendant son voyage en Orient et en Egypte, en compagnie de son ami le maréchal Bouciquaut.
La première miniature nous montre la rencontre d'un vieux chevalier (Ancian) et d'un jeune bacheher (Enamorat). Le premier explique au second, dans les 50 premières ballades, les règles de loyauté et d'amour. Dans la
POÉSIE FRANÇAISE. 83
seconde miniature (f. 11), Enamorat et Ancian continuent leur conversation. Dans la troisième, Enamorat -est en face d'une jeune dame qui répond au nom peu gracieux de Maquerelle ; elle lui donne des conseils d'amour léger, d'amour volage, bien différents des austères leçons que vient d'émettre le vieux chevalier. Qui a raison? Les jeunes gens soumettent le dif- férend au comte d'Eu (Philippe d'Artois, mort en 1397), au sire de Crésecques (Jean, maréchal de Hongrie), et au maréchal Bouciquaut (Jean Le Maingre, compagnon de l'auteur de ce poème, pris à Nicopolis, pris à Azincourt, mort en 1421). Ces personnages se joignent au bachelier et lui servent de parrains pour commencer une enquête. Les chevaliers renommés en amour et en guerre sont priés de donner leur avis en une ballade. Nous avons les réponses de treize princes ou seigneurs ; voici leurs noms :
Regnaud de Trie (amiral en 1397, mort en 1406). — Jean de Chambrillac (chevalier, conseiller et chambellan du roi, sénéchal du Périgord en 1400). — Louis de France, duc d'Orléans (second fils de Charles V). — Lyonnet de Coesmes. — Jean de France, duc de Berry (frère de Charles V). — Jaquet d'Orléans. — Guillaume de Tignonville (chevalier, conseiller et chambellan de Charles VI, traducteur du Livre des Philosophes). — Jean de Mailly (che- valier, seigneur d'Auvilliers et de Catheu). — Charles, baron d'ivry (che- valier, conseiller et chambellan de Charles VL). — François d'Auberchicourt (chevalier, chamliellan du duc de Bourbon). — Gui de La Trémoille (cheva- lier, pris à Nicopohs le 16 septembre 1396 et mort en 1398). — Renaud de Bucy. — Raoul, bâtard de Coucy.
Leurs noms sont écrits en marge, à côté des miniatures qui les représentent, d'une autre écriture que celle du livre. C'est la même main contemporaine qui a tracé les noms d'Ancian, d'Enamorat et de Maquerelle à côté des trois premières peintures ; nous ne savons où l'enlumineur a pris ces derniers noms, qui ne se trouvent pas dans le texte et ne se rencontrent que dans notre manuscrit.
Ce beau livre, après avoir appartenu au roi René, a malheureusement soulTert avant d'être relié pour la Palatine, duchesse d'Orléans. Acheté à la vente des manuscrits Hamilton (Londres, 23 mai 1889) parle hbraire Trii^ bner de Strasbourg, le volume me fut cédé par ce dernier en juillet 1890.
84 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Le marquis de Queux de Saint-IIilaire a publié le Livre des cent Ballades (Paris, 1868); il n'a pas connu notre manuscrit, terminé par la ballade du bâtard de Coucy, que M. de Queux n'avait pas trouvée et qu'il a publiée plus tard en un Supplément (1874).
Entre les ff. 3 et 4, il manque 2 fT. qui contenaient les ballades 5, 7 et 8, moins 10 vers. — Entre 8 et 9, manquent 4 fî. contenant la 16* ballade (moins les quatre premiers vers), la 17% la 18% la 19% la 20% la 21' et les 3 premiers vers de la 22'. — Entre 17 et 18, manque un feuillet contenant la fin de la 35" ballade et une partie de la 36% — Entre 28 et 29, manque un feuillet contenant la fin de la 52' ballade et une partie de la 53% — Entre 64 et 65, manque un feuillet contenant les 2 miniatures qui représentaient Ti- gnonville et le duc de Berry, la ballade de ïignonville et les 3 premiers vers de celle du duc de Berry. — Entre 67 et 68, manque un feuillet contenant la miniature et la ballade de Monseigneur de La Trémoille, ainsi que la miniature de Bucy.
492-493
N°' 1667-1668. Christine de Pisan : Œuvres poétiques.
2 vol. in-4» (0,290 sur 0,242), mar. rouge à riches comp., tr. dor. (Belz-Niédrée). — Vélin, commencement du XV siècle, 429 ff., 2 col. de 32 lignes, initiales rouges et bleues, rubriques rouges, 25 « histoires » en camaïeu.
F. 1 v°. « Cy commencent les rebriches de la table de ce présent volume, fait et compilé par Christine de Pizan, demoiselle, commencié lan de grâce mil ccc iiH"" XIX, eschevé et escrit en l'an mil quatre cens et deux, la veille de la nativité saint Jehan Baptiste ». — F. 2. « Cent bonnes balades ». — 1" enluminure : Christine à son pupitre; esquisse à fond rouge. — F. 23. « Virelays plusieurs ». — F. 26 v°. « Balade rétrograde qui se dit a droit et a rebours ». — « Balades a rimes reprises ». — F. 27 r% « Balade a responses » . — « Autres plusieurs balades de divers propoz ». — F. 35 r°. « Complainte amoureuse ». —F. 37 r°. « Lay de [ce] iaii vers leonimes ». — F. 39 r°. « Autre lay ». — F. 41 r% « Rondeaulx ». — F. 47 v% « Jeux a vendre ».
F. 51 V". « Cy commence le Débat des deux amans ». Esquisse de minia-
POÉSIE FRANÇAISE. 85
ture : présentation du livre au duc d'Orléans, dont les armes se voient sur le dais. Seconde enluminure.
F. 67 v°. « Cy commence TEpiltre au dieu d'amours » (réfutation du Roman de la Rose). — F. 74 r°. « Le Dit de la Rose » (même sujetj.
F. 79 v°. « Cy commence le Dit des trois jugemens ». Troisième enlumi- nure. Le sénéchal de Hainaut est pris pour juge de trois cas d'amour.
F. 92 r°. « Cy commence le Dit de Poissy ». Christine et la cavalcade se rendent à l'abbaye de Poissy; quatrième enluminure, un peu plus poussée; fond rouge, figures au trait.
F. 108 v°. Prologue. Cinquième enluminure (camaïeu). — F. 109 r\ « Cy commence l'Epiltre Othea la déesse, qu'elle envoya a Hector de Troye quant il estoit en Taage de quinze ans ». Sixième enluminure (camaïeu). — Ff. 110 v", lU r% 112 r° et v°, septième, huitième, neuvième et dixième enluminures.
F. 148 v°. « Les Epiltres du débat sur le Rommant de la Rose ».
F. 156 V". « Les notables [diz] moraulz de Christine de Pizan a son fdz ». — Onzième enluminure : Christine et son fils, le chroniqueur Castel.
F. 161 r*. « Oroisona Nostre Dame ». Douzième enluminure.
F. 163 r°. « Cy commencent les Quinze joyes de Nostre Dame rimées ». — Verso, treizième enluminure.
Les pièces qui précèdent sont seules énoncées sur la table placée en tête du volume. Celles qui suivent, écrites de la même main, formaient probablement un second volume dont le premier feuillet aura disparu ; d'ailleurs le « Dit de la pastoure » a été composé en mai 1403, et le scribe a eu soin de nous informer que les pièces qui précèdent ont été écrites en 1402.
F. 164 r°. [« Oroison Nostre Seigneur »] :
Sire Jhesus, mon oroison entens...
F. 166 r°. [« Le Dit de la pastoure »]. Quatorzième enluminure. — Fin du premier volume actuel, f. 182; le f. 183 est blanc.
F. 184 r° (2" volume). [« Chemin de longue estude »]. Quinzième enlu- minure. Ff. 187, 190, 199, seizième, dix-septième et dix-huitième enlu- minures. — F. 231 v°. « Ci fine le livre du Chemin de long estude ».
86 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
F. 232. Prologue de « la Mutacion de fortune ». Dix-neuvième enluminure. — F. 243 v°. « Ci fenist le premier livre appelé la Transmutacion de for- tune ». — F. 244 r°. « Rubriches du second livre ». — F. 244 v". « Seconde partie de la Mutacion de fortune ». Vingtième enluminure. — F. 248 v°. « La forme et la manière de fortune ». Vingt-unième enluminure. — F. 267 v°. « Tierce partie du livre de la Mutacion de fortune » . Vingt-deuxième enlu- minure. — F. 290 v°. « IIII" partie du livre de la Mutacion de fortune ». Vingt-troisième enluminure. — 308 r°. « V partie du livre de la Mutacion de fortune ». Vingt-quatrième enluminure, meilleur dessin, trait plus arrêté, bon camaïeu. — F. 346 v°. « vr partie du livre de la Mutacion de fortune ». Vingt-cinquième enluminure, bon camaïeu. — F. 385 r". « VII' et derreniere partie du livre de la Mutacion de fortune ». — F. 424 r°. « Cy après com- mence a parler d'autres hystoires plus nouvelles qui avindrent environ l'aage et le temps de celle qui compila ce livre ». — F. 427 r°. « Explicit la VII' et derreniere partie du livre de la Mutacion de la fortune ».
A la suite de ce poème, qui peut-être, à l'origine, formait un volume séparé, une autre main, qui semble contemporaine, a transcrit plus rapide- ment une « Epistre que Christine de Pizan, qui fist ce livre, envoia a Madame Ysabel, royne de France, a Melcun, ou avecques elle estoit Mons' d'Orléans... », 9 octobre 1405, 5 pp., prose.
Très beau et important manuscrit. Recueil complet, le seul qui ne soit pas conservé dans un dépôt public (1).
Quelle charmante figure que cette Christine, la noble Vénitienne trans- plantée en France ! Au temps le plus sombre de notre histoire, au milieu de notre ruine, de nos défaites, elle s'attache à sa nouvelle patrie si malheu- reuse, si déchirée, sans que rien puisse l'en séparer, ni le spectacle de nos misères, ni ses propres souffrances, ni les offres brillantes du vainqueur !
Quelle fécondité ! quel savoir ! et aussi quelle souplesse ! Comme elle se retourne pour défendre son sexe, soutenir le bon combat contre Jean de Meun et réfuter la thèse développée dans le Roman de la Rose !
Morgand, novembre 1887.
(1) M. M. Roy a étudié notre manuscrit et le cite dans son édition des Œuvres poéliques de Christine de Pisan (Société des Anciens textes français).
POÉSIE FRANÇAISE. 87
494
N° 567. Christine de Pisan : Le Livre de la Mutation de fortune.
In-f° (0,333 sur 0.258j, mar. bleu, tr. dor.. aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, commencement du XV" siècle, 177 fl'., 2 col. de 36 lignes, rubriques rouges, cinq minia- tures, initiales, fleurons, décoration soignée, texte correct.
« Ci commence la table des rebriches de ce présent volume, appelle le livre de la Mutacion de fortune, fait et accompli le xviii' jour de novembre l'an de grâce mil cccc et m. Et est devisé le dit livre en vil parties. . . — Ci commence le livre de la Mutacion de fortune » :
Comment sera ce possible
A moy, simple et pou sensible,
De proprement exprimer...
Et ce dittié vueil que se nomme,
Quant l'ystoire sera commune,
La Transmutacion fortune.
Au 1" feuillet, l'enlumineur nous montre dame Christine à son pupitre. Le portrait, assez effacé, est bien dans le style italo-français des peintures qui ornent plusieurs des manuscrits du duc de Berry. Les cinq autres vignettes sont plutôt des aquarelles que des miniatures, bien composées, brillantes, mais lâchées et ressemblant à des esquisses.
La seconde enluminure, haute en couleur, représente le « chastel », § I de la seconde partie. — Au § VI, « la figure de la fortune », troisième enluminure. — Troisième partie et quatrième enluminure, « le plus haut siège » . — Quatrième partie et cinquième enluminure, « la salle du chastel » . — La fin de la quatrième partie, « l'histoire des Juifs », est en prose. — La sixième et dernière enluminure orne le début de la cinquième partie. On y voit des guerriers combattant et chevauchant autour d'une forteresse sur- montée d'une haute tour, toute garnie de soldats et de femmes. — Rubri- ques et texte de la sixième partie sans enluminure : Troyens et Amazones.
Dans la septième, après avoir parlé de Rome et d'Alexandre, l'autour quitte l'antiquité pour revenir au temps présent, fait défiler le roi Jean, Charles V, Charles VI, le duc d'Orléans, etc., raconte « d'autres hystoires qui
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avindrent environ son aage » (ch. 54), puis « ce qu'elle vit a venir » (ch. 55).
Elle parle ensuite d'Angleterre, et arrive enfin à la conclusion (ch. 57) ; les
derniers chapitres, pleins d'intérêt, terminent brillamment le plus important
ouvrage de Christine. Ici doit manquer un feuillet, qui contenait le dernier
vers.
Et vie astrite et solitaire,
l'explicit qui termine le manuscrit précédent (1), peut-ôtre une signature ou quoique renseignement sur le premier possesseur de ce beau volume, que nous trouvons à l'hôtel de Condé en 1654.
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N° 942. Christine de Pisan : Épitre dOthea a Hector.
Pet. in-4° (0,185 sur 0,132), mar. vert, tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, XV' siècle, 116 ff., rubriques rouges et bleues, initiales ornées, une miniature.
« Cy commence l'EpistreOthea la Déesse qu'elle envoya a Hector de Troye quand il estoit en l'aage de quinze ans, laquelle epistre translata ung souve- rain clerc de grec en latin; la dessus dicte epistre Christine de Pizan la translata de latin en françois en telle rime, gloze et allégorique comme il s'ensuit » .
Dans les ornements de la première page a été ajouté l'écu en losange de Catherine de Coëtivy, avec le monogramme A K ; le manuscrit se retrouve à l'hôtel de Condé en 1654 avec la petite collection de Chourses-Coëtivy.
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N° 729. Christine de Pisan : Épitre d'Othea a Hector.
Pel. in-f" (0;278 sur 0,203), veau brun, aux armes de Bourbon-Condé. — Papier, xv« siècle. 92 lî.. emplacements réservés pour des miniatures, pas de titre; le manuscrit ne contient pas la dédicace au duc d'Orléans.
On lit dans l'inventaire de la hbrairie du duc de Bourbon à Moulins, 1523 :
(1) Par contre, le ms. t668 ne contient pas les rubriques du premier livre, que nous trou- vons ici en tète du poème.
POESIE FRANÇAISE. 89
« 270 et 271, lesEspitres Othea, en papier, à la main ». On se rappelle que le résidu de la belle librairie bourbonnienne fut transporté à l'hôtel de Condé en 1661. Mais dans ce même hôtel se trouvait déjà en 1654 le manuscrit suivant : « Otea, autrement interprété de la sagesse des femmes, folio, manuscript sur papier ». C'est un de ces trois manuscrits qui est aujourd'hui conservé à Chantilly.
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N° 1576. 1. Le Songe amoureux. — II. La Voie de pauvbeté et de
RICHESSE, [par JeAN BrUYANT]. III. L'HlSTOlRE d'ApOI.I.ONIUS DE TvU.
In-8« (0,145 sur 0,106), mar. rouge à comp.. Ir. dor. {Niédrée). — Vélin. XV siècle, 142 ff.. 18 lignes à la page.
I. Le Songe amoureux (ff. 1 à 11 r") :
Ou moys de may dernièrement
Mil ccc entièrement Avec soixante et trente six. Auprès d'un bouschet bien assis...
Le poème a donc été composé en 1396. — Fin :
Le jour que m'avint ceste merveille Fu de Panthecouste la veille, En l'an qui est au premier dit Et ou doulx mois dessus escript. Explicit le Songe amoureulx.
II. La Voie de pauvreté et de richesse (ff. 12 à 84 r°) :
On dit souvent en reprochier Un proverbe que j'ay moult chier... Fin : Je vueil si mon livre a fin traire, Appelé la Voye ou l'Adresce De pouvreté et de richesce. Explicit.
Lutte entre les vices, emblèmes de pauvreté, et les vertus, emblèmes de richesse. Poème de 2600 vers, composé en 1342 par Jean Bruyant, notaire u. d2
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au Châtelet de Paris; publié en 1846, à la suite du Ménagier de Paris, pour la Société des Bibliophiles françois.
III. Histoire d'Apollonius de Tyr, en prose (f. 84 v° à la fin) : « Ung roy fu jadis, appelle Anthiochus, duquel la cipté d'Anthioche fu ainsi nommée... ». Fin : « 11 (Apollonius) mist en escript toutes les adventures de ly et dez siens, et en fit II volumes, dont il mist l'un ou temple de Diane a Ephese et laissa l'autre en sa librairie. Explicit l'Istoirc de Apollonius, roy des royaulmes dessus diz ».
Roman grec du IV siècle, traduit en latin au V ou au VI", inséré dans les Gesta Romanoriim, publié en latin avant la fin du XV siècle et traduit dans plusieurs langues. La première édition fran(;aise a été imprimée à Genève par Louis Garbin vers 1485; on n'en connaît qu'un seul exemplaire, qui, de la bibliothèque du comte de Toulouse, passa dans celle de mon père, fut acquis (1853 fr.) en 1852 par M. Yéméniz, à la vente duquel (1807) il attei- gnit le prix de 3950 fr. Ce roman forme le chapitre 125 du Violier des histoires romaines, ancienne traduction fran(;aisc des Gesta Romanorum, édition donnée par G. Brunet en 1858.
Bibliothèque Cigongne, n» 715.
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N° 1569. Chasteaulens. « L'n Songe fait de George de Chasteaulens ».
In-4» (0,221 sur 0,447), peau de truie, fermoirs, tr. dor. {Bauzonnet-Traidz). — Vélin, xv siècle, 42 (T., neuf miniatures à fond quadrillé, initiales, bordures en or et couleurs, rubriques rouges.
Le titre, écrit au XV' siècle sur un morceau de vélin, adhérait au velours tanné de la reliure originale ; il a été fixé sur le premier plat de la nouvelle reliure, dans un petit encadrement recouvert de talc. Le baron Kervyn de Lettenhovc, dans son édition des œuvres de Georges Chastelain, cite, à propos de la Fiction, un article de l'inventaire de la reine de Hongrie (1) au château de Turnchout : « Un Songe fait de Georges Chastelain » ; c'est bien
(1) Marie d'Autrichft, sœur de Charles-Quint, gouvernante des Pa^s-Bas.
POÉSIE FRANÇAISE. 94
l'ouvrage et peut-être l'exemplaire que nous décrivons, le seul connu. Si M. de Lettenhove l'avait eu sous les yeux, il n'aurait pas accepté la transformation de Chastt?aulens en Chastelain, car il n'y a aucun rapport entre la Fiction et le Songe. « Chasteaulens » rimant avec « excellens » dans le quatrain final, on pourrait à la rigueur expliquer la transformation par les besoins de la rime ; mais il n'en est pas ainsi pour le titre : « Un Songe fait de George de Chasteaulens ». D'autre part, l'orthographe du nom de l'Aven- tureux n'a jamais varié; tous les documents disent Chastelain ou Le Chaste- lain, sans particule. Donc Georges Chastelain et Georges de Chasteaulens sont bien deux personnages distincts, à peu près contemporains et proba- blement du même pays. Ajoutons que Chasteaulens est parfaitement inconnu et que nous devons avoir ici l'unique exemplaire de son œuvre poétique.
Le Songe est précédé d'une sorte de complainte d'amour qui occupe les neuf premiers feuillets :
Aucunes gens que ignorance conduit Dient qu'amours n'est que joie et déduit; Mais se au vif en estoient bien duit Et au cuer point...
Cette pièce comprend cent-trois quatrains, composés chacun de trois vers monorimes de dix pieds et d'un vers de quatre pieds dont la dernière syllabe donne la rime du quatrain suivant.
Après un prologue en onze quatrains, la première miniature nous montre « comment Dure Destresce vient tordant les mains et plourant s'appoier sur Dur Penser et le contraint de bailler une complainte a sa dame ». Dur Penser se soumet; dans la seconde miniature, on le voit, un genou en terre, présenter la complainte :
0 excellent dame de grant science, A qui on doit honneur et révérence, Plus que mille cuers en leur conférence. Pourront sommer...
La complainte terminée, l'auteur prend la parole; parmi beaucoup de fatras, il fait allusion aux amours d'Achille, de Roland, de Lancelot, de la dame de Fayel, qui dut manger le cœur de son amant, etc. Cette longue
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tirade se termine par le monologue d'une dame dont le cœur est épris, et nous touchons enfin au « Songe ». « Cy parle l'acteur et devise comme lui, estant endormi, par manière de vision, vit venir Honneur devers la dame, qui la reprist de plusieurs choses... ». Après force quatrains et huitains, Honneur conseille à la dame d'appeler Douceur et Courtoisie. Celles-ci accourent, écoutent favorablement la dame, et chargent Espoir de porter « unes lettres devers l'amant pour le conforter » :
Espoir présent, Va vistenient Donner cuer et confortement...
Le messager s'acquitte rapidement de sa mission et remet la lettre à l'amant, dont la joie éclate en une ballade. L'acteur s'éveille, rédige le songe dont l'empreinte est encore fraîche dans sa mémoire, et requiert l'indul- gence des dames.
Car ce qu'il fait est en l'onneur des belles. A la requeste et merveilleuse instance D'un qui reluist en tous biens excellens, Petitement, selon sa cognoissance. Ce livre a fait Georges de Chasteaulens.
Ce personnage « qui reluit en tous biens excellens » est sans doute un duc do Bourgogne, Philippe le Bon ou Charles le Téméraire. Le poème dut avoir peu de succès, puisqu'on n'en connaît que cette seule copie ; tout le mérite consiste d'ailleurs dans la versification, qui est très variée ; l'auteur passe d'un rythme à l'autre avec assez d'à-propos.
Vente Pichon, avril 1869.
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N° 1404. I. Le Vehger d'amour. — H. Le Débat de la dame et de l'êcuyer, [par Henri Baude^. — HI. Le Passe-temps de Miciiault-Taillevent. — IV. Le Temps perdu de Pierre Chastelain en réponse au Passe-temps de Michault.
Pet. in-i" (0,148 sur 0,108), velours vert, tr. dor. — Vélin, XV siècle, 60 ff., 4 minia- tures; les titres, rubriques et initiales n'ont pas été exécutés.
POÉSIE FRANÇAISE. 93
I. Le Verger d'amour (ff. 1 à 11 r°) :
Au renouvel du printemps gracieux Qu'erbes et fleurs fait hors terre saillir Et les doulx chans d'oisillons en maints lieux... Fia : Soie loing de ma dame ou soie près, Seule héritière par exprès La fais de mon cuer a jamais. Explicit.
Le Verger d'amour a été publié d'après un manuscrit sans titre, probable- ment le nôtre, par M. de Montaiglon dans son Recueil de poésies françoises, IX, 281-293.
IL Le Débat de la dame et de l'écuyeu (ff. 13 à 27 r°) :
Cy soit retrait en l'ombre d'un tapis,
Car homme suis qui ne quiers jeulx n'esbas...
J'entrescoutay les amoureulx debas
D'un escuier et de sa belle dame...
Soixante-sept huitains. Fin :
Priés pour luy, car il va trespasser, Mais, com je croy, le plus tart qu'il porra. Explicit.
Henri Baude, né à Moulins vers 1430, s'attira de bonne heure les bonnes grâces de Charles Vil, qui lui donna une charge d élu en Bas-Limousin. Auteur de dits et moralités, et même d'un panégyrique de Charles VII en prose, il était encore goûté au XVI' siècle; mais depuis ses œuvres tombèrent dans VouhM et son nom même était inconnu. M. Jules Quicherat le révéla au monde littéraire en 1848 (Bibliothèque de l'Écoledes Chartes, t. X). On croitque Baude mourut vers 1495; mais la date de sa mort n'est pas plus certaine que celle de sa naissance ; il vivait sans doute encore quand Trepperel imprima le Débat de la dame et de l'écuyer (Paris, 1493). Cette pièce a été insérée par M. de Montaiglon dans son Recueil de poésies françoises, tome IV (Paris, 1836).
III. Le Passe-temps de Michault-Taillevent (ff. 29 à 46 r°) :
Je pensoye n'a pas sept ans Ainsy qu'on pense a son affaire Par manière d'ung passe-temps...
94 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Quatre-vingt-douze septains. Fin :
C'est le Passe-temps de Michault, A grant froidure demy chaut. Explicit.
IV. Le Temps perdu de Pierre Chastelain (f. 47 r° à la fin) : 0 Cy commence le Temps perdu de maisire Pierre Chastellain » :
En contemplant mon temps perdu Et le Passe-temps de Michault, J'ay mon Temps perdu compassé...
Soixante-treize septains. Fin :
Je Pierre Chastellain me nomme, Oui comme temps perdu bataille Nuit et jour pour sauver mon homme. Le glaive qui me combat taille ; Si crains comme son débat aille Qui sa chair en bataille vent, Prens en gré Michault Taillevent. Explicit le Passe-temps de Michault.
C'est en 1440 que Pierre Chastelain, dit Vaillant, écrivit le Temps perdu ou Contre passe-temps Michault. On a encore de lui le Temps recouvré (1450), l'Embûche Vaillant on le Débat des deux sœurs disputant l'amour, et la Cornerie des anges de paradis. Tour à tour joueur de harpe, changeur, médecin, alchi- miste, enfin poète, Pierre Chastelain servit d'abord le roi René et s'attacha ensuite à Charles d'Orléans.
Micliault-Taillevent, qu'on est toujours tenté de confondre avec Pierre Michault, vivait aussi dans la première moitié du XV siècle. En 1426, il était « joueur de farces » de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Son véri- table nom est Michault ou Michel Le Caron, tlit Taillevent. Peut-être vécut-il assez pour connaître Pierre Michault, secrétaire du comte de Charolais, qui écrivait vers 1460 (son Doctrinal est de 1466). (Voir l'étude de M. Arthur Piagetdansla Bomania, t. XVllI, pp. 439-452.)
Vente Solar, mars 1861.
POÉSIE FRANÇAISE. 95
500
N° 1478. Michault-Taillevent : Le Régime de fortune.
In-4» (0,238 sur 0,177), mar. bleu, fil., dos orné, tr. dor. (Trautz-Baiaomet) . — Vélin, XV" siècle, 7 fî., initiales et ornements en or et couleurs.
Ce petit poème de 244 vers ne fait pas partie des œuvres imprimées de Michault-Taillevent. C'est une suite de ballades, dont la première, sorte de prologue composé de trois huitains et d'un quatrain, commence par cette strophe :
S'ensuit ung traictié petit
De fortune qui eslieve
Les gens a son appétit
Et de ses grans dons les fiefve,
Et est la chose assez briefve
Selon sa distinction,
Pour l'amour qu'a lire griefve
Trop longue narracion.
Le poème proprement dit comprend six ballades, chacune composée de trois dizains et d'un quatrain, vers de dix pieds, rimes alternées.
Fin : Estudiez ce Régime,
Hommes de fortune attains. Aussi bien qu'ung sillogisme; Estudiez ce Régime Une foiz et la deuxime Pour en estre plus certains. Estudiez ce Régime, Hommes de fortune attains. Ce Régime de fortune Fait par Michault Taiilevent, Pour ce qu'il aime fort une Ou s'amour sans taille vent.
Le Régime de fortune a été publié dès la fin du XV' siècle, sans les quatre derniers vers, dans les œuvres d'Alain Chartier.
Bibliothèque Cigongne, n» 569.
96 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
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N" 1065. MicHAULT (Pierre) : Le Doctrinal du temps présent.
10-4° (0,250 sur 0.180), veau brun, à mes armes et chiffre. — Papier, fm du XV siècle, 130 ff. et 3 non chiffrés, 24 vers ou 30 lignes de prose à la page.
Ouvrage allégorique, moral et satirique, en prose et en vers, dédié à Phi- lippe, duc de Bourgogne. Dans la dédicace, l'auteur se dit « orateur et subjet » de ce prince, et « humble secrétaire de Monseigneur de Charolais » son fds. Il n'ose pas se comparer aux auteurs qui ont déjà présenté leurs œuvres au duc, comme « feu maistre Martin Le Franc, en son vivant philo- sophe et poète non moyen, et aussi George Chastelain, vostre istoriographe, et mains aultres... ». ^
Fin : Michault empres une pierre très dure
Pour ce forger volt asseoir son enclume. Ainsy monstrant Tairreur de son estude, A composé en ceste plénitude Le contenu de ce petit volume. Prince excellant, vostre doulce coustume Reçoyve, ainsy qu'autresfoys a monstre, Le Doctrinal du temps présent en gré.
L'ouvrage a été composé en 1466, ainsi que l'indique le quatrain qui le
suit :
Un trepier et quatre croissans Par six crois avec six nains faire Vous feront estre congnoyssans Sans faillir de mon milliayre.
Imprimé pour la première fois par Colart Mansion', à Bruges, et plusieurs fois depuis.
Après le Doctrinal de Michault, trois feuillets restés blancs ont été cou- verts au XVI" siècle de maximes, anecdotes, poésies, etc.
Nous avons décrit plus haut (t. I, p. 142) un manuscrit qui contient, à la suite du Trésor de mpience de Gerson, la Dnnce aux aveugles de Pierre Michault.
POÉSIE FRANÇAISE. 97
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N" 1920. 1. La Danse macabre. - — II. Les trois Morts et les trois Vifs. — III. Complainte de l'ame damnée.
In-4» (0,208 sur 0,145). mar. citron, fil. à froid, à mes armes (Trautz-Bauzonnet) . — Papier, fin du XV° siècle, 40 ff.
A la suite de mon exemplaire d'une très rare édition gothique du Débat de l'homme et de la femme de Guillaume Alexis (Lyon, Pierre Maréchal et Bar- nabe Chaussard), un contemporain a copié les pièces énoncées ci-dessus, qui commencent au verso du dernier feuillet impinmé.
I. [La Danse macabre], latin et français :
Discite vos, coream cuncti qui cernitis istam, Quantum prusit honor, gloria, divicie...
162 Aers latins attribués à Jean de Gerson.
Fin : Quas qui non metuit infelis prorsus.
Amen. Ilic est finis dictorum in latino, et incipit in galico :
l'acteur 0 créature raysonnable Qui désire vie éternelle, Tu as cy doctrine notable Pour bien fine vie mortelle. La Dance macabre s'appelle...
90 huitains. Derniers vers :
Et faites des biens, plus n'en dis, Bien fait vault moult aux trespassés.
Suit une ballade de 35 vers, attribuée sans raison à Georges Chastelain :
Puisque ainsi est que la mort soit certaine Plus que aultre rien terrible et douloreuse... Refrain : Pour bien mourir et vivre longuement.
IL Les trois Morts et les trois Vifs. « S'ensuivent les [dits] des
trois Vis et des trois Mors, et premièrement les Mors. Vos estis in hoc mtmdo sicut navis super mare. . . » .
«• 13
98 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
LE PRE.MIER MOBT
Se nous vous apportons nouvelles Qui ne sont ne bonnes ne belles...
36 vers; second « mort », 36; troisième, 88. Après cinq vers latins, les trois « vifs » parlent à leur tour; trois fois 36 vers, dont voici le dernier :
Il aura peine et grant torment.
Ce poème se trouve dans toutes les éditions connues de la Danse macabre. Imprimé séparément à la fin du XV" siècle, édition gothique, s. 1. n. d. (Angoulème, vers 1485), il a été inséré par M. de Montaiglon dans son Recueil des poésies françaises, t. V, 1856.
III. Le Débat du corps et de l'ame (Visio Philiberti). « S'ensuyt le Desbat d'ung corps et d'une ame, et la Complainte de l'ame dampnée » :
Une grant vision en bref escripte Jadis fut révélé a Philibert l'ermite...
Poème de 316 vers, attribué à Richard de Lincoln.
Fin : Que nous la puissions tous en sa grâce finer Et avec luy joye perdurable mener.
Publié par M. Viollet-le-Duc dans VAncien Théâtre français (1834, t. III). Voir Homania, t. IX, analyse, par M. G. Paris, de l'ouvrage de M. G. Kleincrt, et, t. XX, étude de M. Batiouchkof. La très rare édition gothique intitulée Le Débat du corps et de Vdine el la Vision de l'ermite donne une rédaction tout-à- fait différente.
IV. La Co.mplainte de lame damnée :
In inferno nulia est redemptio; Ibi metus, ibi fletus...
l'ame dampnée
Vous, pécheurs, qui fort regardés Sy de moy l'horrible figure...
84 vers.
Fin : N'attendes pas de huy a desmain, La mort merci ne vous fera, Car celluy est anuit tout sain Qui desmain pas vif ne sera.
POÉSIE FRANÇAISE. 99
Les pièces que nous venons de décrire ont été réunies et imprimées à Lyon en 1319 par Claude IN'ourry.
Boone (Londres), 1838.
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N° 639. Martial de Paris, dit d'Auvergne : Les Vigiles de la mort du ROI Charles VII.
Pet. in-f° (0,273 sur 0,195). veau brun. — Papier, fin du XV siècle, 763 pages, indi- cation des emplacements où les « histoires » pouvaient être insérées dans le texte; semble préparé pour être transcrit sur vélin.
« Expliciunt les Vigilles de la mort du feu roy Charles Scptiesme a neuf pseaulmes et a neuf leçons, achevées a Chailliau près Paris la vigille saint Michel mil quatre cens un" et quatre. Excusez Tacteur qui est nouveau. Marcial de Paris ».
Ce manuscrit doit être l'original d'après lequel fut exécuté l'exemplaire sur vélin, richement orné, présenté à Charles VIII (Bibliothèque nationale, ms. fr. 5054); tous deux donnent le même explicit, avec la même ortho- graphe.
L'ouvrage a été imprimé pour la première fois en 1492 par Pierre Le Caron, et plusieurs fois depuis.
Collection de Condé.
504
N° 1405. Recueil d'oracles en forme de quatrains.
In-i6 oblong (0,073 sur 0.152), veau marbré, Ir. dor. — Vélin, XV siècle, 102 H". A l'exception des feuillets occupés par le prologue et l'épilogue (1, 98. 99, dOO), le verso de tous est resté blanc.
Chaque quatrain occupe une page, entourée sur trois côtés de fdets et de bordures, fleurs et fruits, or et couleurs; à la marge, grande lettre peinte, H en bleu, F' en violet.
Prologue en trois quatrains :
100 CHANTILLY. — LES MANUSCIUTS.
Geste présente Petite muse Ou l'on s'amuse Je vous présente...
Le texte se compose de 97 quatrains, dont voici le premier :
Pour jamais estes esprouvée Se ung peu souffrez sans faire noise, Et comme l'or en la fournoise Sans tare vous serez trouvée.
L'épilogue occupe 7 pages et définit le manuscrit : les oracles pour les hommes sont marqués de la lettre 11, pour les femmes de la lettre F. Fin :
Mais se les mos voulez glozer, L'acteur si veult pressuposer
Qui sont sans ruse, De très mal rimer il s'acuse,
Mais excuser Vous plaise ce nouvel ouvrier
S'il en abuse.
Avant-dernier feuillet transposé ; deux autres coupés en tête du volume (titre ?).
Du Verdier (t. I, p. 186) cite le « Jeu de l'adventure et devis facétieux des hommes et des femmes, auquel, par élection de feuillets, se rencontre un propos pour faire rire la compagnie, le tout par quatrains, imprimé à Paris et à Lyon, in-32, par plusieurs fois ». — S'agit-il de notre recueil d'oracles? Brunet rapporte la citation de Du Verdier, mais sans avoir connu aucun exemplaire de cet imprimé.
Ce manuscrit a été donné en 1806 par un habitant d'Anvers à Armand Gouffé, qui l'oftVit en 1831 à Gabriel Peignot. Je l'ai acheté à la vente Solar (mars 1861).
505
N° 1598. Gringouie : L'Obstination dbs Suisses. Le Testament de Lucifer.
POESIE FRANÇAISE. 101
Pet. in-8" (0,140 sur 0,097). mar. rouge jans., tr. dor. (Durii). — Vélin, XIX« siècle, 10 ff., gothique.
Fac-similés très exacts, exécutés par M. A. Veinant, de deux pièces gothiques très rares. — L'Obstination des Suisses a été insérée par M. de Mon- taiglon dans le Recueil des poésies françaises, t. VIII, 1838.
Vente Potier, 1870.
506
N° 897. I. CoMPL.xiNTES d'amour. — II. Le Purgatoire d'amours. — III. Le Mntout de mort.
In-4° (0,210 sur 0,143), mar. rouge, fil., tr. dor., aux armes de Bourbon-Condé. — Vélin, fin du XV siècle, 44 ff., initiales et bordures ornées, deux miniatures à mi-page. Le frontispice, enveloppé d'une bordure de fleurs, fruits, animaux fantastiques, occupe la moitié de la première page et représente une femme en pleurs, vêtue de gris, assise au pied de son lit. Au bas de la page, dans un cartouche bleu, les lettres EA. Les lettres FR sont mêlées aux ornements, et, ainsi que le monogramme EA, reparaissent dans les bordures qui décorent plusieurs feuillets du manuscrit. Les grandes initiales sont en grisaille sur fond d'or.
I. Au-dessous du frontispice commence un petit poème élégiaque, sans titre, en soixante quatrains, composés chacun de trois vers monorimes de dix pieds et d'un vers de quatre pieds dont la dernière syllabe donne la rime du quatrain suivant :
Hélas, hélas, que fera la doulente Qui seullette se detort et tormente Et jour et nuyt se complaint et lamente Sans oser dire...
Fin (f. 5 V") :
Ainsi s'en va la pouvre douloureuse, Mussant son mal es secretz de son cuer, Entre les autres faisant de la joyeuse, Et si a nom la Pleine de douleur.
C'est la dame représentée dans la première miniature, et c'est sans doute aussi le titre du poème.
102 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Au reclo du f. 6, commence un second poème de même caractère, égale- ment sans titre, et versifié comme le précédent; 61 quatrains, dont voici le
premier :
Choiz assouvy, merveilleuse beaulté, Mirouer d'honneur, abisme de bonté, Chose exquise, singulière bonté. De renom pleine.
Fin (f. 10 V") :
Ainsi remaint l'esgaré douloureux, Pouvre d'espoir, habandonné de désir, Loing de son bien pensif et langoureux, Qui riens ne voit ou il prengne plaisir.
« L'Esgaré douloureux » pourrait être le titre du poème. Suit une minia- ture un peu efîacée.
II. Le Purgatoire d'amours (ff. lia 28 v°) :
A la saison que Silla renouvelle
Ce doulx trembler pour mieulx cythariser
Et Orpheus en ses deduitz appelle
Marmoria, ses musetz avec elle.
Pour doulcement la voix organiser.
Ce poème, composé de 92 huitains et de deux pasgages en prose, se ter- mine par les vers suivants :
Et sur ce point je fuz tout esveillé, Et mon songe fut lors esvanoy; Si apparceu qu'assez euz sommeillé; Pour quoy alors fuz tout appareillé Du songe escrire, ainsi qu'en ay joy. Si vous requier, tous qui l'avez oy. Priez pour ceulx qui font dures clamours En ce hydeux purgatoire d'amours.
Le Purgatoire cVamotirs a été imprimé à Paris vers 1520, in-S" de 20 feuillets, gothique.
III. Le Miroir de mort (f. 29 à la fin) :
Je fus indigne serviteur
Du temps de ma prime jeunesse
POÉSIE FRANÇAISE. 103
De l'outrepassé de valleur;
La joye de mon pouvre cueur
M'a parassouvye ma maistresse,
Mais la mort par sa grant rudesse,
Envieuse de nostre bien,
Print son corps et laissa le myen.
96 huitains, suivis de ces vers :
Explicit le Mirouer de mort A glace obscure et ténébreuse, La ou l'on voit chose doubteuse Et matière de desconfort.
Le Miroir de mort a été imprimé au XV' siècle. Dans le Catalogue La Val- lière, M. de Buro a donné l'ouvrage à Olivier de La Marche, attribution erronée, abandonnée aujourd'hui.
Hôtel de Condé, 1613.
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N° 1886. La Mauche (Olivier de) : Le Chevalier délibéré.
Pet. in-4'' (0.210 sur 0.150), mar. rouge. — Vélin, fin du XV" siècle, 102 pp., initiales et bordures ornées, rubriques rouges; 19 tableaux, sujets tirés du poème.
Dessin, couleur, tout dans ces peintures' appartient à l'école de Bour- gogne. Ces compositions ne sont pas reproduites dans les planches qui accompagnent le texte des éditions anciennes du Chevalier délibéré. Les miniatures n'ont pas le fini, l'élégance de celles qui décorent le ms. 24373 de la Bibliothèque nationale; mais elles sont moins banales. Les sujets traités par l'enlumineur n'appartiennent pas à la simple allégorie ; le caractère his- torique en est bien marqué; les personnages ont vécu. Voir, p. 67, le bon duc Philippe de Bourgogne, à pied, en champ clos, portant ses armoiries sur sa cuirasse noire, aux prises avec « messire Débile » ; « Atropos, déesse de la mort », préside le combat (1); — et, p. 72, son fils, le bouillant
(1) C'est le commencement de la quatrième partie :
Atropos d'un habit divers Fut paré d'estrange manière, Bendé de couleurs en travers...
104 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
Charles, tout étincelant d'or, à cheval, la lance en arrêt; le Téméraire est clairement désigné par les mots « Haulte Emprise » , « Hardement » . Notons encore la très brillante et très intéressante miniature de la p. 78, « comment Accident combatit la duchesse d'Ostrice ».
Voici une observation plus importante. Le même homme, — mêmes traits, même regard, — se fait voir : dans la vignette initiale, p. 2, et aux pp. 50, 86, vêtu de brocart d'or et coiffé d'une fourrure; aux pp. 14, 19, portant un surtout rouge sur sa cotte de mailles noire; à la p. 3, en train de revêtir sa cuirasse, que des écuyers attachent avec des aiguillettes rouges. C'est l'acteur, qu'ailleurs on voit à cheval avec sa visière baissée, « l'acteur qui a tant souffert », comme il est dit dans le dernier tableau (p. 86), oii on le retrouve avec sa robe de brocart d'or et son bonnet de fourrure, étendu sur un lit drapé de rouge et recevant les enseignements de l'ermite « Entende- ment » (1). Nous sommes donc autorisés à voir dans cette image ainsi répétée le portrait d'Olivier de La Marche, et dans notre manuscrit une des plus anciennes transcriptions du poème, assurément comtemporaine de l'auteur.
Le Catalogue Lignerolles ne donne aucun renseignement sur l'origine du volume; nous savons seulement qu'il a figuré dans le cabinet de l'amiral Louis Malet, sire de Graville. A-t-il été acquis ou offert? L'amiral de Graville avait été assez mêlé aux affaires du règne de Louis XI pour avoir eu occasion de connaître La Marche, et il est certain qu'il faisait grand cas du livre; car il ne s'est pas contenté de le faire décorer de ses armes; il a fait peindre au verso du feuillet de garde, en face du frontispice, une représentation impor- tante et originale de sa haute dignité. Dans une mer calme qui reflète un ciel d'azur, vogue une grande nef d'or à quatre mâts, à la poupe et à la proue relevées. Les voiles latines de l'arrière sont larguées. Deux longues flammes aux couleurs de France se dessinent sur une grande voile blanche gonflée par le vent et timbrée des armes de Graville avec le collier de Saint-Michel. Les mômes armes se retrouvent sur les boucliers qui cuirassent les bastingages et sur les pennons accrochés aux trompettes; la grande hune est pleine de
(1) En face, p. 87, t commence la cinquiesme partie et la dernière de ce présent livre :
Lors s'assist sur nne chayere
Le preudhoinme devant mon lit... »
POESIE FRANÇAISE. 105
monde , la batterie des gaillards armée ; d'autres canons montrent leur gueule par les sabords de l'entrepont. Près de la nef, AOgue une embar- cation; les six hommes qui la montent, tenant la barre, la gaffe et les avirons, portent sur leur cotte de mailles une tunique aux armes de Graville (1).
Ce poème historique, achevé fin d'avril 1483, contient 248 octaves. Les manuscrits en sont nombreux. Dans leur notice bibliographique, les derniers éditeurs des Mémoires d'Olivier de La Marche (2j en citent quatorze et semblent n'avoir pas connu celui qui appartenait à l'amiral de Graville. — Imprimé pour la première fois à Schiedam, l'année même où l'ouvrage fut terminé (1483), puis pour Vérard (1488), par Denis Janot et autres.
L'auteur n'était pas un petit compagnon. Allié aux Bouton, qui nous don- nèrent de si bons soldats au temps de Condé, et originaire de la duché, Olivier de La Marche était né dans la comté de Bourgogne. Page du comte de Charolais (Charles le Téméraire), ayant charge tantôt de 50 lances, tantôt de 300 hommes d'armes, bailh d'amont ( Franche-Comté), soldat, négociateur, courtisan, le bon chevalier avait fait bien des métiers. Prisonnier à Nancy, il continua, en sortant de captivité, à servir Marie de Bourgogne, Maximilicn, Philippe le Beau, et mourut en ISOl ; il fut inhumé à Saint-Jacques de Cau- denberg, à Bruxelles, avec sa femme, Isabelle Machefoing.
La liste de ses œuvres historiques et poétiques est longue. Le Chemlier délibéré, principal de ses poèmes, est consacré à Charles le Téméraire, dont il raconte la vie sous une forme allégorique et romanesque. Belle strophe sur la bataille de Nancy.
Vente Lignerolles. janvier 1894.
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N" 1489. [L'Amant inkortuné].
Gr. in-S» (0,228 sur 0,132), velours vert, fermoirs en vermeil (Koehler). — Vélin, fin du XV» siècle, 97 ff., 19 lignes à la page, caractères romains, rubriques rouges et bleues, initiales en or et couleurs, 14 belles miniatures (3) accompagnées chacune d'une devise,
(1) Cette peinture est reproduite à la fin de ce volume.
(2) MM. Henri Beaune et d'Arbaumont. 1883.
(3) Une de ces miniatures est reproduite à la fin de ce volume.
u. 14
lOG CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
demblèmes et de monogrammes qu'encadre une bordure en grisaille; une petite mi- niature à la (in.
Poème en vers de 10 syllabes. Quatre personnages : l'Auteur, la Fortune, l'Amant et sa Dame. Pas de titre; celui transcrit ci-dessus est emprunté au sujet même. Le nom de l'auteur n'est pas connu, bien que Chardin ait voulu, sans raison sérieuse, attribuer l'ouvrage à Jean Bouchet (note conservée dans le volume). Incipit :
La doléance de l'amant infortuné. Ung jour estant de desplaisance ataint, De grand ennuy et tristesse rataint, En deul transy, comblé de doléance...
Le sujet du poème n'est pas compliqué : l'Amant se désole dans un verger ; dame Fortune lui offre son aide et se charge d'un amoureux message; la ré- ponse est favorable. Conduit auprès de la dame de ses pensées, l'Amant est au comble de ses vœux; mais la Fortune, on ne sait pourquoi, lui retire ses faveurs : sous prétexte de lui procurer quelque repos, elle le conduit dans son labyrinthe et l'y abandonne. Le labyrinthe n'est rien moins que plaisant; les arbres sont en pourriture, les arbustes garnis d'épines, l'eau pleine de soufre. Après de vains efforts pour sortir, l'Amant, se sentant mourir, confie ses peines à l'Acteur, qui apparaît à propos et promet d'écrire le récit de cette triste aventure.
Le sujet des miniatures, très belles et fraîches, est indiqué par des rubri- ques qui correspondent aux différentes phases du poème. Chacun de ces petits tableaux a sa devise latine qui lui appartient, à côté d'emblèmes empruntés au rondeau précédent. Le cadre du troisième nous présente un monogramme plusieurs fois répété; avec les lettres qu'on y trouve, noth ERDus, on peut construire plusieurs noms, mais aucun ne paraît appar- tenir à des personnages connus dans les lettres ou dans l'histoire. Un autre monogramme, composé de deux N, accompagne la quatrième des minia- tures. Celles-ci nous montrent : toujours l'Amant avec ses longs cheveux d'un blond ardent et ses vêtements noirs, — souvent la Fortune et la Dame brillamment costumées. Quatorzième et dernier tableau : « Cogitatio mea dissipata est. Tout au rebours va la mienne pensée » ; l'Acteur, tout habillé
POÉSIE FRANÇAISE. 107
de gris, adosse à une montagne que surmonte une petite église, écoute la suprême invective de l'Amant. Dernier vers du poème :
Et soubs lequel je vis : en espérant.
« En espérant » est sans doute la devise de l'auteur.
Une petite miniature finale représente un amas de pierres formant cal- vaire, garni de plusieurs croix; elle est suivie de ce quatrain :
Se ta pitié est me faire ce bien, Toy par qui mort m'est venu arester, Dessus mon corps une pierre gester, Icelle mort je repute pour rien.
Bibliothôque Cigongne. n" 637.
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N° 885. [DiCTz POUR mettre en tapisserie].
Pet. in-4° (0,210 sur 0,150), veau brun, comp. à froid (rel. orig.). — Papier, xvi* siècle, 40 ff.
Recueil anonyme de 40 figures dessinées à l'encre de Chine et accompa- gnées d'un texte en vers. Pas de titre. Par sa composition, ce volume rappelle les Emblèmes d'Alciat, VHécatongmphie de Gilles Corrozet, le Théâtre des bons engins de Guillaume de La Perrière, et tous ces recueils dont se ser- vaient les peintres et autres artistes. Celui-ci, qui leur est antérieur, est pré- cieux à plus d'un titre : nous n'en connaissons quun autre exemplaire figuré, beaucoup plus beau d'ailleurs; il n'a pas été reproduit par les graveurs du XVI' siècle; enfin, il contient des poésies qui sont restées inconnues pen- dant plus de trois siècles et dont la plupart sont encore inédites. Composées à la fin du XV' siècle, selon le goût du temps, elles étaient oubliées dans le courant du XVI"; après Marot, personne ne les connaissait plus. Hors de nos recueils (ce manuscrit et le suivant), on ne les trouve que dans les mss. fr. 1716 et 12490 de la Bibliothèque nationale, où elles furent transcrites par Jacques Robertet, et dans le ms. 24461.
Le principal auteur de ces « Dictz moraulx » est Henri Baude. Nous avons
108 CIIANTJLLY. — LES MANUSCRITS.
parlé de ce poète à propos du Débat de la dame et de Vécwjer (voir plus haut, p. 93); il mourut vers 1495. M. J. Quicherat a donné un choix de ses poésies (Paris, Auhry, 1856), sans avoir connu nos deux manuscrits. Nous ne pouvons mieux décrire celui-ci qu'en reproduisant la note de M. Quiche- rat, insérée en tête des seize Dktz moranlx pour mettre en tapisserie qu'il a pubhés : « Les pièces qui suivent sont des devises faites pour accompagner des dessins ou cartons qui servaient de modèles soit dans les manufactures de tapisserie, soit dans les atehers de peinture sur verre. Le plus souvent, ces sujets étaient conçus de telle sorte qu'ils formaient une scène de trois personnages ou de trois groupes, dont l'un, à la manière du chœur antique, était chargé de faire la moralité. Les vers étaient brodés ou peints, soit à la hauteur de la bouche des personnages, soit sous leurs pieds ». C'est précisé- ment cette disposition que présente notre manuscrit; le sujet, développé par l'image, n'est souvent accompagné d'aucun titre ou note explicative.
L'autre exemplaire figuré que nous avons mentionné plus haut est le ms. 24461 de la Bibliothèque nationale, in-folio, sur vélin, exécuté avec beaucoup de soin, avant 1515, pour Charles de Bourbon, le futur connétable. Il est plus complet que le nôtre, et les figures dessinées en couleurs sont très belles. Mais, là comme ici, il n'y a pas de titre et toutes les poésies sont anonymes.
Des 35 pièces dont se compose notre recueil, 25 sont attribuées à Baude par les manuscrits de la Bibliothèque nationale, et six à « d'autres facteurs », parmi lesquels MoHnet et Jean Robertet; deux ne se trouvent qu'ici et doi- vent sans doute être ajoutées à l'œuvre de Baude :
« .Mutins Scevola » (cinquain) :
Quant Scevola congneut avoir occis...
« Piramus et Tisbée » (onzain) :
Pour Piramus le mien amy loyal...
Deux autres ne se rencontrent qu'ici et dans le ms. 24461 de la Biblio- thèque nationale, anonymes : « La Mort de Lucrèce » (onzain) :
Pour observer justement mariage...
POÉSIE FRANÇAISE. 109
« Le cheval rioteux » (liuitain) :
Cheval qui par orgueil contre son ombre rue...
Nous allons décrire avec soin un recueil plus complot, où se retrouvent toutes les pièces de celui-ci, à l'exception des quatre précédentes et des trois suivantes :
« Le docteur, les asnes et le fol » :
Quant on voit d'asnes quantité... trois quatrains de Baude, publiés par M. Quicherat. « Marcus Curius » (cinquain, par Baude, inédit) : Marcus Curius, le Romain magnifique... « La Mort d'Absalon » (huitain, par Baude, inédit) : Trop abusa beaulté lors Absalon...
Ce manuscrit appartint à Gilles Bélyard en liiS.'), puis à M. de Loue; il entra au ,\Vir siècle dans la collection do Condé.
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N° 635. [DicTz POUR mettre en tapisserie].
Pet. in-f» (0,297 sur 0,210), velours violet, tr. dor. — Papier, XVI' siècle, 55 IT., pas de titre.
Recueil plus complet que le précédent, mais sans figures ; chaque emblème est exphqué par un titre développé, destiné à servir de guide à l'artiste. Ce volume a dû être exécuté pour Anne de Montmorency entre 1535 et 1540; c'est la même main qui mettait au net les œuvres de Marot et de Saint- Gelais, copiées pour le connétable.
Le recueil est précédé d'une série do 44 médaillons dessinés à l'encre de Chine; chacun de ces emblèmes est accompagné d'une courte légende en latin : non sic impii, nemo potest, corrupta fides, vis tantum, etc., etc.
Los poésies commencent au f. 12; toutes sont anonymes. Outre les pièces du manuscrit précédent qui sont répétées ici (i), ce recueil en contient
(1) Nous désignerons ces pièces par la lettre A, accompagnée de leur numéro d'ordre dans le précédent manuscrit.
no CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
36 nouvelles, dont 25 attribuées à Baude par les mss. de la Bibliothèque nationale. Signalons en outre deux petits poèmes (n°' 5 et 6) que nous n'avons pas rencontrés ailleurs.
1 . « Les Triuinphes de maistre François Pétrarque » . — Six huitains inti- tulés « Cupido, Chasteté, la Mort, Renommée, le Temps, Claire Vision ».
Premier vers :
Cupido a de son dard prosternez...
Dans le recueil précédent (A, n" 35), ces huitains sont suivis d'un sixain qui
ne se trouve pas ici.
Le ms. fr. 1717 de la Bibliothèque nationale mentionne l'auteur de ce petit
poème : « Les Six Triumphes de Pétrarque, faictz par M* Jehan Robertet,
secrétaire du Roy, greffier de l'Ordre et bailly d'Usson ». Ajoutons que le
même sujet fut aussi traité en six rondeaux conservés dans le ms. 1721 de la
Bibliothèque nationale : « Les Triumphes Pétrarque en rondeaulx, faitz par
Maistre François Robertet, secrétaire du Roy et de Monseigneur le duc de
Bourbon et receveur de Forestz » :
Soubz Cupido sont prosternez les roys...
François Robertet était le père de Jean ; c'est son petit-fils Jacques qui, vers 1530, recueillit leurs vers et ceux de leurs contemporains (1) (mss. fr. 1710, 1717, 1721, 12490 de la Bibliothèque nationale).
2. « Les Neuf Muses » (neuf sixains) :
Caliope, doulce voix de seraine...
3. « Les Dieux » (dix sixains) :
Je suis Rachus, le cultiveur des plantes...
4. « Les Déesses » (neuf sixains) :
Cibelles faict de la terre ouverture...
Ces trois poèmes sont aussi anonymes dans les recueils de la Bibliothèque nationale, et les deux suivants ne s'y trouvent pas :
5. « Les six histoires d'Atheon » (six quatrains) :
Pour chasse a faict Atheon son apprest...
(1) Georges Chastelain, Molinet, Baude, Le Queux, Jean Marot, Pierre d'Anthe, Octavien de Saint-rielais, etc.
POÉSIE FRANÇAISE. IH
6. « Les six histoires d'Apollo » (six quatrains) :
Phebus des poètes fut Apollo nommé...
7. « Autre histoire poétique de Europe » :
Quant Jupiter d'Europe s'acointa...
22 quatrains [par Baude], dont les quatre premiers se trouvent dans le ms. précédent (A, n° G).
Nous ne connaissons pas l'auteur des deux pièces suivantes :
8. « Les trois saiges » (Adam, Salomon, la Sibille), trois quatrains :
Dieu me créa du lymon de la terre... y. M Les trois forts » (Gédéon, Samson, David), trois quatrains : L'ange des hommes me nomma le très fort...
Les 31 pièces qui suivent (10 à 40j, sont données à Baude par les mss. de lu Bibliothèque nationale :
10. « Les trois riches » (Alexandre, Octovien, Charlemagne), trois qua- trains :
Après que j'euz Dare et Porrus defïaictz...
11 . « Tappiz » (pour une bergerie) :
Bergier. prens toy bien garde au compte...
Onze quatrains : « Le premier ange, le second ange, le premier bergier, le second bergier, les brebis, le loup, le chien, Honneur, Justice, Vérité, Crainte de Dieu » .
12. « Autre tappiz » (un quatrain; Cambyse fait écorcher vif un mauvais
juge) :
Cambises qui fut roy de Mède...
13. « Autre tappiz » (Labour, le Saige), deux quatrains :
Pauvre, dollent, suis desnué de biens...
14. « Pour une bergerie » (la bergière, le bergier), deux quatrains :
Tire dans ma motte...
15. « Tappiz d'un homme qui marche sur reslomac dung homme cousché et en porte ung autre sur ses espaulles » (quatrain) :
Je tiens celluy pour effollé...
112 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
16. « Une yraigne qui file » (quatrain) :
A l'envers file et tilz sans taindre...
17. « Ung villain qui a mis le feu à ung pallier » (deux quatrains) :
Alarme ne vous vueillez faindre...
18. « Ung homme de court. Ung homme regardant dedans ung boys ou milieu duquel a entre deux arbres une grant toile d'iraigne. Le fol » (8 vers publiés par M. J. Quicherat. A, n° 5) :
Homme, parle à nioy si tu daignes...
19. « Ung quidem et troys gorricrs de court qui ont les yeulx bcndez » (deux quatrains; A, n° 27) :
Vous qui aux grans estas tendez...
20. « Troys viz de pressouer » (huit vers) :
Par ces troys viz doit ung chacun entendre...
21. « Troys mors de bride » (quatre quatrains) :
Pour emboucher quant le cas adviendra...
22. « Ung archer qui faict bonne myne de tirer, un quidem, le fol » (trois quatrains ; A, n° 23) :
Je tire au loin sans desmarcher...
23. « Des asnes dedans ung palays, qui se monstrent par les fenestres et gallcries, et un tasdebestes de toutes sortes, au devant, dedans la basse court» (trois quatrains) :
Pour ce qu'avez en main faveur...
24. « Ung homme qui parle à ung musnier qui oste le court de l'eaue du moHn pour le faire venir au syen » (quatre quatrains pubHés par M. Quicherat) :
Pourquoy ostes-tu le chemin...
25. « Ung asne qui chasse ung tas de bestes d'ung parc qui joinct à ung palais » (trois quatrains ; A, n° 2) :
Vuydez et allez paistre ailleurs...
26. « Ung lévrier qui tient ung oz; le mastin, le chat » (trois quatrains ; A, n° 13) :
POESIE FRANÇAISE. H3
Je rongeray et si le loz...
27. « Lng quidem; ung pouvre homme qu'on saigne ; le fol » (8 vers) :
Qu'as-tu, qui faiz si grans clameurs...
28. « Les asnes de Mirebeau » (deux quatrains) :
Soubz umbre d'csbatz...
29. « Ung gros homme tenant ung verre plein de vin ; le médecin ; la folle » (6 vers, pubhés) :
Quant je boy, maistre Jehan Adviz...
30. « Lng homme armé en painture » (rondeau) :
S'il y a aucun qui mesdie...
31 . « Ung pacient, le médecin, le fol » (9 vers, pubhés) :
L'estommac guérir. . .
32. « Chacun le particulier, le peuple » (deux quatrains, pubhés) :
Ne scay à qui me doulloir des griefz faictz...
33. « Une nef équippée » (quatrain) :
Je suis en torment jour et «uyct...
34. « Le bonhomme qui tient deux sacs de procès ; le juge ; le fol »
(8 vers) :
Sire, trop cher vendu justice...
35. « Ung homme qui porte le feu et l'eau » (huitain: A, n° 24) :
J'alumay ce feu de boys vert...
36. « Ratz en pailher » (quatrain; A, n° 16) :
Nous ne faisons que travailler...
37. « Ung homme parlant à troys chiens qui veullent boyre en ung seau, tenant un baston » (3 quatrains) :
Marchez, bestes envieuses, tout beau...
38. « Ung homme qui presse cailloux en ung pressoucr » (huitain, publié) :
Par presser foys huille saillir...
39. « Le roy des mousches » (15 vers) :
n, 15
H4 CHANTILLY. - LES MANUSCRITS.
Je suis le roy régnant pacifique...
40. « L'année du traicté de France et d'Angleterre, en prenant les lettres qui signiffient nombre » (1475) (15 vers, publiés) :
Prenez ung grain bien commun en SouUoigne...
Les pièces n°' 41 à 54 ne sont pas de Baude, mais « d'autres facteurs » :
41 . « Une femme nue sur un cheval sans selle et sans bride, et va courant à l'estourdy contre ung rocliier soubz lequel est Fortune habillée en femme » (quatrain; A, n° 20) :
Sur ce cheval qui volenté se nomme...
42. « Ung gorrier de court au pied d'un poyrier et pelle des poires; ung cordelier » (deux huitains, dont le premier, n° 17 du recueil A, a été publié par M. Quicherat) :
J'ay en mains lieux de divers fruictz tasté... En grans courts croissent soucye et ancollie...
43. « Ung homme dedans ung navyre qui va hurter contre ung roc ouquel y a deux seraynes » (A, n° 30 ; ici il n'y a que quatre vers sur onze) :
Nauchiers humains navigans en la mer...
44. « Ung homme qui porte sur le doz une hotte plaine de ratz et s'appelle le rapporteur » (20 vers ; A, n° 1 1) :
Le temps qui court m'a à court fait venir...
45. « Le débat du cheval et du bœuf » (sept quatrains, insérés par M. Quicherat parmi les poésies de Baude) :
Où vas-tu, beuf, beste lourde et pesante...
46. « Une femme qui a les yeulxbendezetestmoictiénue etmoictié vestue, et du costé qu'elle est nue elle gecte obhes et plumes, et en l'autre costé elle gecte coffres pleins d'or et d'argent, bourses et sacs et grans pilles de vais- selle, et y a gens de tous estatz pour les recevoir » (huitain; A, n°32) :
Fortune suis, qui les choses humaines...
47. « Ung cheval qu'on estrille » (quatrain ; A, n° 7) (1) :
(1) Les pièces 43, 44, 47, attribuées à Baude par le ms. 12490 de la Hibliothèque nationale, sont anonymes dans les autres recueils.
POÉSIE FRANÇAISE. 115
Je suis fauveau, qui désire à toute heure...
48. « Ungbergier et unebergière qui sont dedans ung parc » (rondeau; A,
n" 33) :
' J'ayme mieulx estre franc bergier...
Cette pièce se ti^ouve au milieu des poésies de Molinet dans le ms. 12490 de la Bibliothèque nationale.
49. « Ung homme assiz en une chaise soubz ung beau pavillon, habilhé comme ung empereur, et souffle en une trompe de laquelle sort ung asne \ollant, qui est moictié dedans la trompe et moictié hors, et a une mictre en la teste et une crosse entre les braz, et y a deux autres asnes voUans » (quatre huitains; A, n° 4) :
Je suis faveur, qui au son de ma trompe...
Cette pièce, pubhée par M. Quicherat parmi les poésies de Baude, est attribuée à Jean Robertet parle ms. 12490 de la Bibhothèque nationale.
50. « Ung musnier dedans une sentine et ungmolin sur l'eaue » (26 vers) :
Le musnier suis, qui sans cesser labeure...
51 . « Ung tigre ataché à un posteau » (sixain) :
Par les muables et dangereuses mains...
52. « Ung ours parlant à ses petiz oursons (rondeau) :
Allez, enfans, pourchasser nourriture... « Les petits ours » (rondeau) :
Ne vous chaille, père, où prenons pasture... « Le grant ours » (quatrain) :
Enfans, enfans, de vostre faict n'ay cure...
53. « Une licorne qui boute sa corne dedans une fontaine dont sortent serpents, lysars et autres venymeuses bestes » (2 quatrains) :
Je chasse et oste tout venyn et poison...
« S'ensuivent certains autres bons dictz moraulx pour mectre en tapis- series » (tous sont de Baude, n° 54 à la fin) :
54. M Ung homme qui a les yeulx bendez et est monté sur une branche, laquelle il couppe d'une congnée » (quatrain; A, n° 15) :
Aveugle suys ayant les yeulx ouvers...
il6 CHANTILLY. — LES MANUSCRITS.
53. K Ung homme de villaige musse soubz ung roch » (cinquain ; A,
n" 10) :
Cy suis musse pour le mau temps...
06. « Des pourceaulx qui ont respandu ung plain panier de fleurs » (deux
vers ; A, n° 22 ; publié) :
Belles raisons qui sont mal entendues Ressemblent fleurs à pourceaulx espendues.
57. « Ung beau cheval enfermé dedans un parc, et en sortant par dessus ung paUizsc met ung pal en la poictrine. L'asne dehors le parc, qui mange des chardons » (quatre vers ; A, n" 9 ; publié) :
J'avois bien où pasturer...
58. « Ung degré ouquel y a ung homme qui monte et tient un compas en
sa main. Et y a ung autre homme qui est tombé du hault embas, et l'acteur,
qui les monstre au doy, dict (douzain; A, n" 34) :
Aux degrez dangereux n'allez
De court, où vente envieux vent...
59. « Ung chandeHer où il y a une chandelle allumée et des papilhons qui voilent à l'entour et se brullent les esles ; puis y a deux hommes dont le premier dict » (trois quatrains ; A, n° 25; publié) :
Chacun veult monter sans eschelle...
60. « Ung homme qui rompt les anguilles aux genoulx » (huitain ; A,
n° 28) :
A rompre anguilles si prétens...
61. « Une main qui faict tourner une pirouète sur une table » (cinquain;
A,n°21) :
Je qui tourne soubz autruy main...
61 bis. « Un gros mastin qui parle à ung lévrier qui ronge un os » (trois quatrains, que nous avons rencontrés plus haut, n" 26).
62. « Ung homme qui tient une arbaleste bandée et le traict dessus, et est monté sur ung char que deux beufz