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I. A

GALERIE

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IMMES FORTES Far

Le FFierreTeMayne. de UC.delESVS,

FEMMES

FORT E S.

PAR LE

PERE LEMOYNE

de la Compagnie de I e s v s. Cinquième Edition , reueuë & corri^éd

A PARIS,

Par la Compagnie des Marchands Libraires du Palais.

M. D

Jinee ^rinilege

A L A

REYNE

' REGENTE

ADAM E,

%

Les Femmes Fortes afTemblécs en .cette Galerie , font venués de tous les pays de l’Hiftoire , pour mettre leurs* Couronnes -aux pieds de Voftre Ma- jefté, de pour fe redouyr auec vous, de^ Fhoaneur que vous faites a voftre fexe. Il eft vray, Madame, que tous les yeux de l’Europe, fontauiourd’huy arreftez furvous-.Etil nyapointde bouches ft peu Chreftiennes , qui ne vous don-

EPISTRE

nent des benediâ-ions.-il n*y a point da ! mains fi peu libres , qui ne vous ap- plaudiffenc ferkurement S>c de bonne

le puis dire pourtant, Madame, que : la compagnie que ie vertls^ainenc,n’ap- portera point deconfufion à la fcfte. Ce font des Souueraincs ôc des lllu- fi:res,qiii ont cfté comme vous , les plus beaux fpcdacles de leurs fiecles- Ce font des Vidoiieufes , quelaverru& la gloire ont couronnées de leurs pro- pres mains» Et ce vous doiteftrevne- douce ladsfaétion , que tant de Sou- iieraines & tant d’Illuftres , foient JPefeendués de leurs Throfnes & de leursTheacres, pour eftre vos Tpeéla- trices : Ce vous doit efire vn aareabie i

O j

concert , que le bruit & les accla- mations de tant de Viélrorieufes , qui vous appIaudilTent les. palmes aux- mains.

l’importance eft > Madame , que ces applaudilTcniens ne font pas des jeux de Thearre j que ces ac-^ clamations ne font pas des flatte- cies conttaintesouaclietées^ Ce font

P ANEGYRIQVE.

des tributs férieüx & légitimés , que des Vaincues rendent â leur Vido- rieufe : &vous les aucz toutes vain- cues (i légitimement de anec tant de bien-l'eance ; les auantages que vous auez lur elles , font fl agréables,* & voftre émulation a efté fl modefte, qu’il n’en eft point de fl hautaine par- my elles qui ne vous Toit fourmife auec ioye , qui ne vous remercie & ne Vous fçache bon gré de voftr e vi- âoirc.

Aufli, Madame , elle efl route v&- tre, cette viétoire fl agréable aux vain- cues. Ellen’eftpas feulementde vo- tre Regcnce j elle eft de toute voftq||^ perfonne Sc de voftre vie , de quoy que paifibie & nette de fang , elle vaut bien ces guerrières &e ces fan- glantes , que vous auez gagnées dans la commune agitation de l’Eu- rope. Il vous eft certainement bien glorieux , d’auoir vaincu fur le Rhin & far les deux Mers : au de des Alpes de des Pirennées. Mais lagloi- . re , eft bien plus grande pourvous,> Madame , d’auoir vaincu dans^

a iiiy

EPÎSTRE

îesHiftoires Sc dans les Annales > dans

les fiecles héroïques & dans les Ré- gions des grands exemples. Et quelque bruit que falTent les armes de la Fran- ce î la réputation eft bien pins haute j ôc plus éclatrante / de^v^flre vertu [ vidorieufe des Artemifes , des Ro- | dogiuies 5 3c des Panthées ^quc de vô- i tre Fortune viilorieufe de tant d’Ar- j mecs défaites,^: de tant de Places pri- fèsde force.

le ne dois pas craindre icy , ^Iti’on m’accufe de datterie , ny qu’on repro- che l’excez Sc. Pend are d mes paroles.

Les vertus Payennes n’ont iamafs efté^

^ la force’ 5 ny de la taille des vertus Chreftiennes : & entre les Chreftien- nesjles vodreSjM ADAM£,font des plus fortes 3c des plus hautes, font des Hé- roïques 3c des SouLieraines .

Voilre pieté eft. bien dVne autre éleuarion 3c d’vn autrezcle, que celles qui fontbomées du tour de leur cha- pelet j qui rapportent routes leurs mé- ditations,! la modeftie des cheueux.iSc d trois larmes épreintes par force. Elle ne s’âmufe pas à faire de lafumée en la

PANEGYRIQVE.

maifon de Dieu, 6c â trafiquer auec lu/J de flambeaux qui fe confument , 6c de parfums qui s’éuaporent. Elle tire du^ fonds de voftre cœur , le feu, Tencens, 6c la vietime des facrifices qu’elle liiv offre. Et ce qui luy efl: plus agréable, que toutes les gommes de la terre ÔC de la mer : ce qui efe plus à fou goufl' que le fang 6c la graifle des troupeaux égorgez, elle luy prefeiite tousiesiours,. la contrition dVn cœur founerain l’hu- milité dVnetefte couronnée, rabailfe- ment 6c le culte dVne authorité fou# mife 6c rcligieufe.

Ge culte priiié 6c ces facrifices do-^ meftiques, ne font pas tonte fon occu^. pation : Elle a d’surres pratiques plus generales , 6c d’autres exercices plus- cxpolez aux yeux du monde : Et ces- pratiques font des inftrudions qui va- lent des loix, ces exercices font des* exemples qui commandent : illerap- portc les deuotions particulières, à l’é-' dification des peuples : elle prie 6c mé- dité pour vne infinité d’ames, 6c la pro- pagation de lafoy , la deffenfe de Te- glifcjla feuiecé du Royaume, la paix’6c^

EPISTRE

fa tranquillité de tout le monde Chreftien , font les points de fes mé- ditation s, le but de fcs prières.

Les perfonnes publiques doiivent ainfi méditer ôc prier pour le public: leur deuotion doit eftrC^ne deuotion d’ordre , &leurzelc vnzele dedifei- pline : Elles ne pcuuent rien voiier de meilleur , que de bonnes loix ôc de bons exemples , rien deplusfaint que Il mifericorde & leiugeæenr:&ce qui eftafpiration (^tdeiîr en leur Oratoi- re,doir deuenir reglement & police am corps de l’Ellat- C’eilen ce fens qii’ii cft dit, que la pieté cft vn bien vniuer- fel ôc à tout vf âge , 5c en quelque fetiS' qu’il foit dit, auiourd’huy , Madame, l’eflendué de ce mot eft remplie par l’étendue de vorrre pieté , qui eft le mérité general le bien commun dm Royaume.

N ell-ce pas elle , qui a fait violen- ce au Ciel 3 & vaincu la refiftance deS' années *, qui a obtenu le fruit de bene - didioii , rAttendii 5c le Defiré des-, peuples , apres tous leurs defirs épui- fez , apres leur attente ôclcur patience:

PANEGYRIQVE.

confommées ^ N’eft-ce pas elle, qui a retenu dans noftre party , & la for- tune que la mort du feu Roy auoir remife en liberté, Ôc la réputation qui fembloic deuoirfe retirer anee la for- tune i Ne fut-ce pas elle , qui cou- ronna les cendres de ce bon Prince, Ôc amena la Vidoire à fes funérailles^ Qd donna de la refolution & de la force au deuil de la-France l Qui fit voir à nos Ennemis des larmes coura- geufes & terribles:vne trifteflc hardie &triamphance?N’eft-ce pas elle, qui a- fait le parfum , auec lequel nos m au- nais Démons ont eftéchalTez/qui a lié rEfpritde difcorde , fatal auxReeen-

L D

ces, de fanefte aux minorités des Prin- ces?

' Nous craignions d'en demander trop, M A D A M.E, & croyions faire de; trop grands fouhaits, quand nous de- mandions pour voftre Majefié , vne- Regence vnie 5c tranquille : ôc quc' nonsfouhairionsau Roy , vne Minori- té fans rébellion oC fans trouble. Ce que nous voyons maintenant.MADA*- bien plus grâd que nos fouhaits;,^

EPISTKE

& va bien au de de nos demandcSi Nous voyons vue Regence , qui eft conduire aiiec vigueur &auec adrefTe, qui eft entreprenante & lieureufe , qui î a réclât & la réputation des plus beaux Régnés. Nous vcîy^s vne mi^ noriré vidorieiife & conquérante: vue minorité rcfpedée des Sujets & terri- ble aux Ennemis : vne minorité qui eR l’efperaacc & l’appuy du mondeChri- tien. Nous voyons vne femme, qui' deftourne lesmauaais vcntSjSc change les mauuaifes conlleiiations : vne fem^ me armée & fuluie de la fortune : vne femme intendante & diredrice de la vidoire. Nous voyons vn erifant,qui a- le crédit & l'aiichorité des Majeurs, qui eft rArbicre des Princes , & le Maijdrc des Nations, qui balance (Sc qui decide les affaires- de l’Europe. ,

Toutes ces profperkcz. Madame,. font apres Dicujes ouurages de voflre piecéjfont le fruit de vos deuotions, ôc la recompenfe de vos bonnes œuures. Voftte Oratoire eft le fort commun,

& la munition generale de nos fron- tieies. Il eft la principale piece de nos^

panegyriqve:

Camps,& la plus redoutable à nosEn» ncmis. C’eft que fe forme, ce qui dé- truit leurs machines , 3c cc qui décon- certé leurs delTeins : ce qui prend leurs villes, Sr ce qui défait leurs Armées : 3c toutes nos vidoires commencent dans voftrc Cabinet , par le zele Ce par la priere,auantquô la conduite desChefs 3c la vaillance desfoldatSjles acheuenc à la campagne.

C’eÜ: bien véritablement faire vne guerre rainte,ôc combattre en Héroïne Chreftienne , que de combattre de la forte. Les bons Anges 3c les âmes bien- heureufes , combattent ainii pour les hommes : leur pieté eftleur vaillance, & leurs oraifons font leurs armes : Et -vodie Maiefté qui employé Ci vtile- ment cette pieté vidorieufe , 3c ces oraifons de combat , ne mérité pas moins par le nom de Femme Forte, & le titre de Conquérante , que fi elle c5tpofoit fa perfonne aux traiiaux 3c aux fatigues des fieges , auxrifques 3c [ aux hazards des batailles.

La force n'eft pas fi grande que Ton cûi me, à porter des habillemens de fer,'

E P I STR E ;

3 manier da feu de de l'acier : à battre ' yn pied de muraille‘.aucc douze pietés de canon. La vraye & la grande force, e.ft de défaire des Armées , en dcfiranc leur défaire elle ed de faire tomber des Citadelles 6c des Pl^es fortes , en | pliant les genoux , & leuant les mains i au Cieb.clle eft de prendreles villes ôc ! d’alTujctrir les NanonSjaueCvne larme | qiU eft iettée à cent lieues de : auec Vil mot qui n’eft entendu de perfonne. , Cette force fut celle des Prophètes Generaux des Armées de Dieu , celle de Moyfe, de Gedeon, de Deborcîqui menoient les élemens 6c les mctcores a la guerre : qui auoient la nature 6c la fortune dans leurs troupes:quifairoiêt dauantage auecvn ligne delà main, , qu'on nef croit auiourd'huy, auec des peuples de fer , 3ttoutvn monde de machines. Elle fut celle de la viéto- rieufe Vefue , qui défit toute PAftyric campée deuant vne ville , 6c la défit auec fes larmes 6c fes foufpirs : Elle fut celle de lainte Helene , quiabbatitle party de Maxence, par fes bonnes œu- vres : celle de Pulcherie,dont les ieuf-

panegyriqve:

fiel &: fcs aumofn es furent les princt- pales armes de deux Régnés : celle de Clotilde 5 qui fauua Clouis engagé dans vn combat defauan.tageux , & re- pOLiflales AÜemans débordez de leurs fronrieres.Et encore auiourd’huy, Ma- dame 5 cette force eft celle de voftre pieté, qui fait du pied des Autels, tou- tes les grandes aâ:ions de nos campa- gnes:^ fans fortir de fou Cabinet, gar gne des batailles de prend des villes, " en toutes les parties de l’Europe.

Mais , Madame, cette pieté rç- gnante Ôc yiétorieufe, n ’eft pas la feule pièce de voftre Regence : Elle eft alîî- ftée de la Prudence ôc de la Iuftice,des grâces & de la magnificence , de tou- I testes Vertus qui feruent, êc de toutes t celles qui plaifeiit. Et ces nobles Coo-» ï peratrices agiftànt comme elles font, en l’efprit ôc par la conduite de la pie-, j qui les gouuerne , font bien d’vnc * autre efteuation , que toutes celles qui agiffent en l’efprit du monde, Ôc par 1^ conduite delà Morafe.

La prudeneeque lemôdéinfpire,n’cft ^Vne malice inftruite ôc difeiplinée.

EPI STR E

iîî’eft quVn venin temperédcphlegme Ôc détrempé auec méthode. Celle de voftre Maiefté , purifiée au dedans & a la fupeificie , n’a rien de malfaifanc ny de trompeur , rien de captieux ny de double. Ses lumières me^ fçauroienc efirefaiilTcs 5^ venant de fi haut qu'elles viennent, Ôc dVne fource fi claire & fi nette. Elles ne fçauroieiit efiirefauci- ' ues, allant fi iufte qu’elles vont, ôc vi- vant à vne fin fi droite 5c fi cfleuée : Et il ne luy fçauroit eftre reproché , que par méprife ou par foiblelTe , elle s’ar- refted ees fins baffes 5c du dernier or- dre „ que la prudence humaine cher- che dans le temps 5c autour de ma- tière.

La lufticc qui n’efi: que morale , n’eff à bien dire , qii’vne opiniaftre authori- fée.’n’efi: quVne farouche 5c vne crueL I le qui offenfe légitimement. Sa force 1 n’eftquVne force d’obffination 5c ds I idureté : en voulant trop bander le ni- j 1 ùcau,elle le rompt ; elle calTe la réglé, i i en la voulant tenir trop droite;5c afiez 1 î fouuent,abufée par le peud’interualle v qu’il y a entre l’cxtremité du droit,. 5c |

' ' l’extrc'* I

J

PANEGYR7QVE,

Fextremité de riniurejelle fait deigran- dcs cruaurez , ede croit faire de grands exempies. Voffre luftice , Ma- dame , efclairce de adoucie par la pieté qui la goimerne , eft égaleu^-entelloi- gnée de ces deux extremitez. Elle efb véritablement forte ôc entière , mais« c’eft dVne force temperée & fans ru- delTe *, c’eft d’vne intégrité pareille à celle des Loix qui font fans fiertés^ fan s aigreur : qui font modeftes ôc ref- peéfueufes. Et ordonnant des cho- fes auec cette intcgrité & cette force,, elle ordonne des perfonnes auec ref- ped ; & leur adoucit le fentiment do ce qu’il pourroû y auoir de moins commode en fes ordres. On ne peut pas dire , Madame , que le Droit foir vne réglé de plomb entre vos mains : ii' y a toute la iulVefle Sc toute la fermeté' qu’il doit auoir. Mais on ne peut pas- dire auflî , qu’il -y foit vne réglé de fer, il n’en a point la dureté ny la pefin- reur , & ne caffè pas les chofes qui ne veulent eftre qu’ajultées.

Mai s 5 Ma d a m e , il n’y a p oint de

EPISTRE

Droit ïî rude , qui ne puft eftre adoucy par les grâces auec Icrquelles vous a— gilTez. Et la luftlce, voire la plus infle- xible ôc la plus vindicatiue lufticc, changeroir d’inclination Sc de vifage, deuiendroit debonnairé^& bien fai» fanteenîeur compagnie. Ceftbeau» coup dire, M A d a m e, & encore ce. beaucoup n’efl: quVne partie de ce qui fèpourroit dire.

Nous fçauons THifloire ie la première domination que le monde â< veiîë , de fçauons^par confequent , que Ce furent les grâces qui appriuoiferenî- la fiereté des? premiers hommes , qui leur mirent le ioug fur la tefl:e,qui leur, firent aymer la feruitude& les chaif- nes. Cependant ce ioug n’eftoic enco- re quebauche ; ces chaifnes eftoienc grbflîeres & mal limées, ôc la merueil- le efl , que les grâces qui les impo- ferent aux hommes , efloient des- grâ- ces encore mal adroites & demy. rufti- ques. Celles de voftre Maiefté font bien d’vne autre naifl<înce,& dVne au» rite force que celles-là, Elics^ font. de.

P AlSrEGYRIQVE.

celles qui ont le commandement obli- geant, de qui plaifenr à ceux qu’elles- attachent : de celles qui oftent lape- lànteur aux deuoiis ,' & la dureté à la feruitude ; de celles qui fçauent poIir> k Sceptre 5 & temperer letrop grand- efclat de la Couronne : Et ie ne feiii-- dray point de le dire,M a DAME,il s^en* cft veu de moins efficaces, quiont a- doucy l’iniuftice, de donné de l agré-- msnt a la tyrannie.

L’importance eft', que ces grâces de’ voftre Maiefté , ne font pas feulemenr- modeftes & difciplinécs , elles fonE religieufes & toutes Chreftiennes*- Voftre pieté leur ainfpiré ladeuotion* &lezele : elleîcs a fandifîées>, corri’* me elle a fandifié voftre prudence Sc voftre iuftice. Et cette fandification des grâces , M a*d a m e , iieft pas- vn ieu del’Efprit, ny vn amufement delà raifon defoccupée. La force y eftplus neceftaire , qu’au chagrin &: à l’auftetité des Vertus feiches de retirées : ce ne peut eftre que l’effci. d’vn trauail continuel. & opiniaftre^.

EPISTRE

d.Vnc'ame totifiours ferme & toujoiirS' ; tendue, de plaire fans {èrelafcher, de ' ioindre l’agrcable au ferieux; d’eftre de bonne humeur &de bon exemples de gagner les'CceurSjfans faire d’auan- ce mefTeante , fans haï^ardler vne feule^ parole indiferete.

La magnificence qui eftvne autre^ , vertu des grandes fortunes ôc des grandes âmes , eftgouuernée comme routes les autres venus de voftre Ma- jefté , par cette pieté direétrice 6c de commandement 5 quiefi: l’Intendanta de fa vie.il neft point nonucau, devoir la magnificence à la Cour-.Eile eft ori- ginairedece paysdàieile y a fon théâ- tre 6c fes exercices , 6c il n’y a point de particulier fi bien logé ny fia fon aife, chG:z qui elle ne foit incommodée ÔC en contrainte. Mais difons la vérité. Madame , il cfi: bien rare devoir à la Cour, vne mignificence ordonnée 6c fujerte aux réglés , purifiée de l’enflure Ôc de l’orgueil, guerie de 1 ofienianon 6c du luxe , dégagée des fens , 6c fans atraciicment aux matières qu’eiic ma*-

PANEGYRIQVE.

nie. Et cette magnificence d’ordre SC' régulière 5 fpirituelle Sc déchargée , Q^k dVne autre forccjque ia Frugaiité,que la Modeftic,que la Simplicité cjui font cfloignéesdes objets qui chargent qui engagent.

La Souueraineté , M A dam e , a vn efclat qui eil de (a condition , elle a d^s lumières qui luy appartiennent par eftat 5 & qu’il ne vous cft pas permis d’éteindre. Les Vertus de voftre for-»- tune font d’vn autre ordre, Sc doi uenr auoir d’autres marques , que celles de vofiie perfonne. Et par vDe^difpofi- tion toute conrraire à celle de l’Arche' d’AlUance , qui n’clloir couuerte que de fimples peaux , Sc efioit parée d’or & de pourpre au dedans -, voftre Ma- jefté peut bien referuer la modeftie à Ton intérieur 5 & l’humilité à reslénti- mens : mais elle doit du luftre Sc de la pompe à (a dignité , elle doit vn exte- Heur rplcndide & de montreauxyeux des peuples. Ce tempérament du fplendide de du modefte , & cette al- Uancede la maiefté qui paroift , auec

EPISTRE

Phumilire qui eft cachee , eft la forme derniere , de la confommation de la magnificence Chieftienne. Et ie ne fçay , Madame , fi en toute voftre vie, il y a aucun endroit, vofoe ver- tu foit plus tendue , où^'oftre efprit agilTe plus hautement de auecque plus de force.

Il n’y a bien foiiuent qu’vne nio^- deration contrainte Ôc de necefiité *, il n’y a qu’vne difette artifîcieiife 6c de: bonne mine, en ce que l’on appelle la vertu 6c la force des particuliers. Ce qui eft humilité fous le fac, 6c ab- ftincnce dans vn cloiftre , feroit- peut-eftre endure 66 prefomption fous la pourpre , feroit ambition 6c auidité dans vn Palais. La vraye foCi- ce , M A D A M E , eft de furnager eom-- sne vous faites , à l’abondance de condition, & à la plénitude déjà for- tune ; Elle eft de conferuer l’efleua*- tion de fon anie & la liberté de fon- cœur, parmy vne infinité d’objets qui abattent doucement , 6c attachent auecplaifir ; Elle eft- de fe maintenir

PANEGYRIQVE.

4ânsvne poflure cyefprit , pareille î celle des Chérubins de r Arche , qui^ parmy l’or uc: les pierreries , aumilieii' de la pourpre & des parfums , ne dé- tonrnoient point lesyeiix de delTus le Propitiatoire : Elle eft enfin de garder k pureté del’intention , & la droirure de la veué , dans les aélions les plus ef- clatantes ôc déplus grande pompe : 3C de faire en cela, comme font les Intel- ligencesRegcntes des Aftres , qui ne regardent que Dieu , & ne vifent qu’à': fa gloire-, dans la montre de leurs ma- chines , & parmy les fpedacles de lu- mière qu’elles nous donnent..

Ces vertus, Madame, qui font tou- res Héroïques & toutes Royales , ont trauailléen commun à la Statue,, qui vous efterigée au milieu de cette Gallerie. La magnificence a fourny- la matière , qui cîbprccieufe &: digne- du mérité de de la réputation de fou- urage. Les Grâces , ie dis les Grâces* induftrieufes- & fçauantes , l’onr taillée: Ôc luy ont donné tous les traits^. quVne figure acheuée peut auoird’vn:

EPI s T RE.

parfait modèle. La F orce l’a receue de' leurs mains , & la elle nés fur fa baze. La luftiec a graué l’infcriprion , dz la pieté a efté rincendance ôc ladireétri- ce de coutelâ befocine.

Ces ouuriereSjM a d a m e, ne font pas des ouiirieres du commun, ny leurs; ouiiragesdes ouurages à tous les ioiirs. Leurs mains font bien d’autres mains, que celles des Anciens Sculteurs : & FEtcrnité qu’elles ont à donner > eft bien vue autre Eternité , que n’a efté celle d^s Héros de marbre , & des Dieux de bronze. îls fom morts & en- terrez il y a long- temps, tous cesDieiix & tous ces Héros de la façon des hom- mes. A peine en auons-nous la pouC- fiere & quelques morceaux demy ron- gez par les années.. Il n’appartient qu’aux Grâces & aux Vertus , de tra- uaiiler pour l’Eternité. Non feulement les années , mais les fiecles mefmes, qasfont plus iniurieux que les années, rraittent leurs oîHîragcs auec refpeét. Et encore auiourd’huy dans les liures, ^ dans la mémoire des honneftes

Gens,

P ANEGYRIQVE.

<5ens, il y a des Antiques de leur fa- ^on , qui font auffi nettes & aufîî en- tières , que fi elles ne faifoient que de Tarcirde leurs mains. Les Images qu el- les ont faites de vous, M A d a m e , de quelque matière qVellcs foient faites, feront traitées aiieccc refpeét SetetZQ eftime: elle ne font pas effacées & dé- truites*,elles feront entretenues & mul- tipliées par le T emps ,* & la moins cu- rieufe Pofterité , les Nations les moins cultiuées &c les plus mies en voudront auoir descopies.

En attendant ces honneurs & cette reconnoifiance delà Pofterité, agréez. Madame , que la plus noble & la plus illuftre partie de l’Antiquité, vous honnorc en cette Gallerie, Ce ne fera pas vn culte impure &c tumultuaire *, ce neferçntpas des honneurs defauoüez & fans authorité, qui vous feront ren- dus par tant de Sages , par tant de Ma- gnanimes, par tant de Pudiques glori- fiées- De fi belles mains, ne vous fçau- roient prefenter quVn encens tout pur, ne vous fçauroient faire que de

E P I s T R E

btllcs & prccieufes couronnes. Et il ne peut forcir de tant debouthesiouucrai- nes, & fi bien inftruites, que des accla- mations iuftes & concertées *, qu’vne harnaonie d’honneur ôc des hymnes héroïques.

culte M -Ap D A M E /cra bien com- mun à routes les llluftres de voftrc Se- xe-, mais celles de voftre Race ôc de vo- tre nom , y apporteront vn zele parti- culière : comme elles y ont vn deuoir à parc , ôc des interefts qui leur (ont propres. Et dans la foule de tant d^He- roïnes , qui fe prefferont pour eftre vcu’és de voftre Maieftéjles Blanches ôc les rfabelles , foit celles de Cafi:ilJe,foit celles d’Autriche , feront remarquer leurs offrandes & leurs voix , parmy les offrandes Ôc les voix des autres. Au/fi, Ma dame, elles vous appartiennent de plus prés, &vousdoiuent dauantage que les autres.- ôc l’honneurqu’ellcs ont de reuiure en vous , ôc d’eftre éclairéejs d^vpftre Réputation, leureftvnc conde vie de plus grand luftre que la premicrejlcur cft vne Béatitude tempo-t

P anegyriqve:

lellc dont elles font plus glorîcufes que •dcl’Etcintté dont elles iouy^ent dans 4*Hiftoirc.

Mais , M A D A M5 5 il ne fera pas de ces honneurs que vous rendront les Femmes Fot tesacomme des ceremonies rdc la bonneDeeircjCÙ les hommes n’a- ajoient point de paxe. Nous y ferons aous receus en commun ; nous mefle- lons nos acclamations à leurs acclama- tions,& nos offices à leurs offices. Eril ne fc fera denoffie encens &du leur qu vn mefnae parfamhl ne fe fera quVn mefme concert de leurs hymnes & des aioftrcs. Vos bontez , Madame, 6c nos Jeuoirs, vos Vertus &c les meructllcs 1 opérées par vos Vertus , feront la ma- ; ticrc de ces hymnes. Les profpericez & i 4es vidoiresde voftre Regence, y fe^ i font chantées hautement : Sc la Paix j qui eft le comble des profperitez,6c qui <loit eftre la fin des vidoires, fera la fia de nos chants &: le comble de vos louanges.

Ouy, M A D A M E 5 cette Paix Vido- deufe & eprpanée fera la recompcnfe

lij

EPISTRE

<îe voftre pieté , & <lc vôs bonnes œu- ures. Elle fera le fruit du zelc & de U conduite de ces deux Princes qui fer- uent Cl auantageufement & aucc tant de g loirejfoit de leurs périls & de leur fang à la Campagne, -foîTde leur intelli- gence ôc de leurs bonnes intentions dans le Cabinct.Lcur exemple donne- ra de la force Ôc de la vigueur aux refo- hitions du Confeibtant de telles fi iudi- cieures& fi éclairées qui compofent cet illuftre Corps, contribueront à la conclufion de cette importante affaire, la iondion de leurs ingemens ôc le concert de leurs lumières. Le Chef de laiuftice, ce Caton Chrefticn Ôc Fran- çois , qui pourroit faire tout vn Sénat, ôc que nous pourrions oppofecà toute l’ancienne Republique , y feruira de certe probité incorruptible, ôc de celte capacitéfans bornes , qui (ont Felpc- rance & rornementdc ce Regnc:& fe- ront l’exemple ôc Fadmiration de l’a- uenir. Ce. au tre Sage fi iiille ôc fi mo- deréjfi bien-fait ôc fi bicn-faifantîàqui voflre Maicltc a commis ladminiflra*

PANEGYRIQVE.

tian des Finances y apportera cctt€ in- tégrité genereufe & toute pure, cczele dcfintcrelTé , ôc de bonne foy, qui Font toufiours porté au bien de l cftat , ôc au foulagemenc du Peuple. Et s’il a pii adoucir la plus rude partie du Minifte- re: s’il a introduit laciuilité ôc les bien- faits dans rEfpargnc , & reconcilié les Grâces aueque le Fifque ; il pourra bien encore adoucir Taigreur des Partys : il pourra contribuer à remettre la tran- quillité dans l’Eftat , & à réconcilier la Paix auecque rEurope.

Et icyjMADAMEjiene dois pas ou- blier ce Miniftre capable & fi fîdele, qui vous ayde â fouftenir le faix des affaires. Il efi vnede nos principales cfperances r ôc fera vn des principaux inftrumés de la paix que nous efperons. L'Efprit de l’ancienne Rome qui luy a efté donné auec plénitude , eftoit vu Efprit de Direélion ÔC de Confeil , vn Efprit intendant des viéfcoires Ôc Arbi- tre des euenemens. Autrefois toute la Nature connue , ÔC tout le Monde ca- pable de difciplinc, efioient fournis aux

EPÎSTRE

arrx imprciîrariscîe cét Efprit: il ordonnait fouucrainem en (?c aaec aurborité de la paix & de la Guer* re : ildirpofoit des bonnes ô€ desmaij- uaifes Fortunes des R 05?aumes5& faifoic lesdeRinécs Bemporelles-^^s Nations^ Et fi cét Ei'pm a^câé fi fouirerain & dfe fi grande force en des Sénateurs- €hampeftres& des Confulsdemy fau- uages, en des Sages materiels & fans lettres: il n’efi: pas à craindre , qu’il dé- généré &:safFoibîîfie en celuy cy , qui eft Sénateur du Monde Ghrefiien : qui cft Conful dVne République fpiriruel- le Ôc facrée i quia ioint les kunicies ac- quifes aux luitïieres naturelles; qui a eBé poiy par ies rcienee.Ecclefiâftiques par les Ciiiiles. Il ne fe peur, Ma da- me,que les refibrtsde rgî1:at,2ouuerne3r par ccc Efprit , ne foient gouuernez. iuftement & auec adre(re:& que le Ge^ nie & la pourpre du Sénat Succefieur de Tancien Sénat , ne donnent de la force & de la dignité à nos affaires.

Il ne nuit de rien, Madame, que cét Efprkfoit rEfpik de Rome , qui

PANEGYRIQVE.

cftoit autrefois la tefte du Mondé Ro'*- main , & qui eft encore auiourd’huy la tefte duMondeChrcftien.il n*y a point de membre 1er Efprirr de la refte foient cftrangers : il n*y a point de con- frec la.SagefFe ôc la Fidelité ne foiée naturcllss Et d'ailleurs , les chofes let plus nobles & les plus parfaites , Gellei qui ont le plus de vertu & le plus de force , ne font point originaires des? lieux elles agiftenr. Les grandes Ki- mer-H^nt leur fourec , à trois cens lieuéTaes rays qu’elles enrichiffent & qu’elles cuitiucnt.Le feujla lumière , 3c l’cfprit des Aftrcs, qui font de fi belleâ chofesjdaasla bafle Région duMonde, (ont originaires de la hante, Leslntcl- hgeiiGes font nées hors des Sphères? qu’elles mcuuent Les Anges qui gar- dent ce Monde, ne font pas de ce Mon- de:Et voftre belle Ame , M a d a M e , cette Ame fi nobles fi- bien-fai Tante, fiéleuée 6c firoyille,n’eft qu’hofteffe ôc que pafiagere dans le beau Corps qu’elle goiiuerne.

Il n y a donc point d’inconuenienr# i iiij

EPI ST RE

Madame , & il rl’eft ny contre te cîroify ny contre rordre , que ce rare Efprit foit à nos affaires , ce que les Efprits Adminiftratcurs , font aux Spheres ôc aux Prouinces qui leur font commifes. On n’en peut attend re^u’vne con- duitte moins faïuiue & mieux concer- tée*, qu’vne adminillratiô plus dégagée delà matière , & plus éleuée audcfîlis des nuages de l’interefl: , qu’vne tran- quiîliré moinsfortuite Ôz plus réguliè- re , qu’vnc pi ori'crité plus gene^e ÔC de plus grande étendue.

Non. M ad ame , cette profperiténe fera pas vne profperité reflérrée particulière» Les Caufes ftipcrieures ne font point nationales ny proprietaires.- elles ne font point de bien qui nefoiç vniuerfcl : ôc toute l’Europe , voir tout le Monde Chreftien , aura Li pirtde ceux-là, apres la France. Lareconnoif- fancc auflî en fera commune , ôc les be- nediétions generales: Voftre Maiefté en receura des louanges en toute lan- gue ; Et dans ce concert de loiianges. Madame, ic iVray peut - eftre allez

PANEGYRIQVE.

htureax, pour éleuer ma voix audefîîis <lesaucres:pour luy donner vn corps delà lumière , & la faire durer auec Vüftre Nom & voftre Mémoire.

V n 11 beau trauail,ne veut pas eftre entrepris tumuîtuairement & en mau- unis temps : ne veut pas eftre touché d’vne main pefante de engourdie.Illuy faurvne fereiiité tranquille ôc commo- de: il luy faut des heures choifies 3c aiuftëcs. le les efpcre , Madame, delà corrrinuation des beaux iours , que BOUS promet voftre Regence: & i’efpe- re encore, que les Grâces qui fe méfient de tout ce qui vous appartient, mettant la main â cette ouuragc auec les Mu- fes, elles feront conio-intementvn por- trait , qui vousreprefentera autant que vouspouuez eftre reprefentée. Ce que ie vous odxe icy, M A d A m E,n’elr que le crayon de ce portrait. Voftre Ma- iefté y pourra voir en petit la hauteur de mon deftein de la grandeur de mon lelc; & cette auance luy fera connoi- ftre,que par les communes obligations de noftre Compagnie,ôc par mes incli-

IPISTRE PANEGYR.

nations pafriculiercs , ie fuis auiîlpas* faitemcus qii^aucun autre*

MADAME,

Fcfirepres hnnible^ tret^ehe-ffam ^ ms-fd^lkftibjet ^ feruhenr^

Pierre lb Movîf bv 4c la Coiupagnlede

ODE

A

LAREYNE.

Sur les heureux fuecez de fu Regence.

EifN&s des bicns-feits & des* clrLarmes,

Go«ic['jeraKtesdes velontez ,

Par qui laus armes fem, clontez. Ces cœurs qui refiftêt aux armes; Meres des Amours innocens ,

Accortes Maifirefles des Sens Grâces fi-iles du Ciel, c’eft vous que ie recîame. Les Mules font pour ceux qui chantent ks Gnerriers :

Mo Sujet eft tout v6treî&: manoimelle lîame. Vous demande du M^yrte y & non pas des Laun riers t

Anne la Reyne fans pareille,

Eft le beau fojet de ces vers y Comme elle eft de toutl’Vniuers, l^e beau Ipe dacJie & la mer ueiik. ,

ODE A LA REYNE.

Adroites 5c fçauantcs Sœurs , jVous deuez toutes vos coukiïrs ,

Vous deuez tout voftre Art y à cét dlMre- Ouurage.

Ce que vous toucherez ne fe pourra ternir t Et voftre nourriture encore en fon image y Régnera fur les cœurs des Siècles auenir.

Vous bel Aftre venu du Tage,

Pour en faire viure les traits ,

Animez les d’ vn de ces rays ,

Qm font le luftre de cér âge^

11 ne peut fur voftre tableau ,

Luire vn iour plusdoux ny plus beau ,

Qae de ces yeux puiftans par qui nos Lys^ fleuriftent :■

Par qui maigre l’cfFoit des orages pafTez La bonace renaift , les OÜites m.euriffent.

Et tous les mauiiais Vents Je l’Eftat iont chaiTcz.

Mais quel art ^ fuft-ce fart d’Appelle y Et quel aftez (çauant pinceau ,

P'ouiroicnt d’vn chef-d’oeuure fi beau y Paire vue copie allez belle ?

Tout ce que les Siècles ont eu D’honneur , de grâce , de vertu ,

Ne peut en ce delfein tenir lieu que d’om» brage.

Et les plus forts tableaux que l’Hii^oirc aisr tracez y

Les portraits que la Fable a fardez dauan- Se tiQuuent ,par l’éclat de ma Rey ne effacezv

ode a la. REYME.

le voy le iour qui l’cnuiionne Sur le Thrône des ïlcuis de Lys :

D’vn Eipoux jû’vnPere, d vn îil ,

le luy voy la triple Couronne, le fçay que toutes les Mers ,

Qui ckçmen-ccevafte Yniuers, ^

Natont elle receot des hojrauages fupre-

Ic fçay que du vieux Monde , & du Monde

Cent Sceptres attachez au,cc cent Diadèmes , firent à ton enfance, vn aug,ufte berceau.

Mais la naiflànce eft fortuite ,

La vertu n’eft pas du B lafon ; ^

ît la erandeur de la Maifon , îq e fait pas celle du mérité.

Sourient fur les hauts monts il naift , Delafougcreoudugeneft : ^

Et de Palmes fouuent les vallons lont ferti-» les :

Et comme il fe produit des Aigles aux De-

fer^ 5 . . ^ . î

Dans les plus beaux Palais il fe fait des re- ptiLes ,

Et iufques fous le T hrone il s’engendre cks vers.

Ma Reyne de foy-mefme illuftre ^ Eft la four ce de fa fplendeur :

Elle ne rient point fa grandeur ,

De Ton Dais ny de fou Baluftre,

Sa mine eft à la dignité ,

Vnc fécondé

ODE A lA REYNE.

Ses grâces font d’vn rang plus haut que ik noble fl'e ,

Et ce régné viSble eftably fur nos Sens,

’Qui faujoit pu fans titre eriger en PrincelTe ,

Eli du droit dénaturé, & non du droit des Gens.

Les piques, & les halebardes, îvîe font pas fon auchoritc:

Dans fcs yeux, & dans làhonté.

Elle a fes Archers , & fes Gardes.

Elle a dans nos affcdions. D’incorruptibles Légions ,

Qid font fortes fans fer , & fans or font fî- dellcs.

Elle a des Bâfrions, dans nos cœurs qu’elle a pris :

Et pîusRcyne par là, que par cent Citadel- les,

Elle polTcde autant de Thron« que d’Ef- prits.

Ainf deuant que les conqueftes,

Eufent diuifé les Humains ,

Le Sceptre eftoit aux belles mains ,

, Et la Couronne aux belles Teftes.

Alors , des Reynes & des Roys ,

Le peuple libre auoit le choix :

Le droit des pretendans eftoic fur ktirTilagc.

La gracé & non la force affeuroit leur pou- uoir :

Et les yeux qui donnoient aux Princes Icki fuf* frage,

Perfuadoient encore Sujets iem: ^euodr.

ODB A REYNE-

Sous vnefî charmance Reyne, les E tptiîs ks pjus fâjakiix ,

Pris par le coeur , pris par les yeux .

Sont lalouK de leur propre chaiiae.

Le long parfurué de ies loix^

Eft recherché des plus grands Rojs :

La France s’en eft fait vne iiluitre couronne :

K Ô moins que la rairon,les feus luy iont iujeîS; Et l’Afrique n'a point de Befte fi felonrre ^

Qui n’aiiTiaft à poxtcr des liés qu elle eufi laits*

La belle & rayonnante Aftrée Régné auec moins d’agreme.nE^

Sur vn Xhronede diamant*

Dans fa lumineufe comrée :

Elle eft veuë auec moins d amour ^

Des petits Aftres a alentour *

A qui d'yti œil égal fes ray s elle difpenfe :

Et moins.de maieliÆ fur la tefté reluit ,

Au temps qu’elle décide auecque fa balance. L’annuel différend du lour & de la Nuit.

Il eft peu de Beautez bien pures :

Les Eftoilles ne le font pas ^

Et les plus beaux corps d’icy bas ,

Ne font pas exempts de foiiillures.

L’or fc ternir , & perd fon teint :

L’éclat du Diamant s’efteint :

La flame a fumée * êc le iour fes omb^- ges :

La Lune tous les mois fe cache & s’obfciixcit : Les Cieux icy ferains, out ailleurs des nua- ges : '

Et fouuentk Soleil de yapeur fe noircit.

ODE A REYNE.

Ma Reyiic en tout émei'iieillabie , îSi’eft pas de ces x\ftres tachez.

De qui les defauts font cachez .

Sous vne impoliure agréable.

V n air noble èc de dignité ,

Donne force à fa pieré-,

Ce qui plaift d’elle pur, & -ce qui charme éclaire.

Elle inft mit nos .cfprits en retenant nos coeurs : Et fa Grâce à ce hecle ell yn double exem- plaire :

D’agrément pour les yeux , de vertu pour les mœurs.

La Rofe en la faifon nouuelle ,

La Perle en Ion Thrône écaillé ,

Le Lys de rofée émaillé ,

Sont des beautez moins pures qu’elle.

Les artiftes Filles du Ciel,

Dont le fangeft refprit du miel ,

Viuent moins purement dans leur palais de cire.

Et l’Ermine a le cœur moins à la pureté j <^oy que pour