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BULLETINS ET MÉMOIRES

La

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SOCIETE DE CHIRURGIE

DE PARIS

PARIS. - IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT Rno Jean-Jacques-Rousseau, a fHOtol des Fermes).

BULLETINS ET MÉMOIRES

DE LA

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

DE PARIS

PUULIE9 PAB LES SOINS DES SECRETAIRES DE LA SOCIETE

M. DE SAINT-GERMAIN

Secrétaire général

ET

MM. HORTELOUP et LANNELONGUE.

Secrétaires annuels»

TOME IV

(•('ûodulibr)*)

■CfT/oôV'M^"

PARIS

G. UASSON, ÉDITEUR

MBRAIRE DE L'aCADÉMIE DE MÉDECINE

ilevard Salnt-Germaln et rue de l'Éper<

EN FACE DE L'ÉCOLE DE UKDECINB.

1878

BIENFAITEURS

DE LA SOCIETE DE CHIRURGIE,

René DuTAL, fondateur d'un prix annuel de 100 francs.

Edouard Laborie, fondateur d'un prix annuel de 1,200 francs.

Vulfranc Gerdt, fondateur d*UQ prix biennal de 2,000 francs.

Pierre- Charles Huguier, donateur d*une rente annuelle de 1,000 francs, destinée à favoriser les publications scientifiques do la Société.

De MARQUA Y, fondateur d'un prix biennal.

Paul GuERSANT, Lenoir, Payen, Velpeau, Gbrdy. baron Larrby, donateurs de livres pour la bibliothèque de la Société.

PRÉSIDENTS

DE LA SOCIETE DE CHIRURGIE

DEPUIS SA KONUATION.

MM.

MM.

4844.

A. BÉRARD.

1862.

More l-La vallée.

1845.

MiCHON.

1863.

Depatl.

1846.

MONOD.

1864.

Richet.

1847

Lenoir.

1865.

Broca.

1848.

Robert.

1866.

Giraldès.

1849.

CULLERIER.

1867.

Follin.

1850.

Déguise pùrc.

1868.

Legoue.st.

1851.

Danyau.

1869.

Verne uiL.

1852.

Larrey.

1H70.

A. Guéri N.

1853.

(ÎUERSANT.

1871.

Blot.

1854.

Denonvilliers.

1872.

DOLBEAU.

1855.

HlJGUIER.

1873.

Trélat.

1856.

GOSSELIN.

1874.

Maurice Perrin.

1857.

ClIASSAIONAG.

1873.

Le Fort.

1858.

Bouvier.

1876.

Houel.

1859.

Déguise iils.

1877.

Panas.

1860.

Maiuolin.

1878.

Félix GuYON.

1861.

~

Laborie.

PERSONNEL

DE LA

SOCIÉTÉ NATIONALE DE CHIRURGIE.

COMPOSITION DU BUREAU POUH L'ANNÉE 1878.

Président MM. Félix GuYON.

Vice-président Tarnibr.

Secrétaire général de Saint-Germain.

Secrétaires annuels Horteloup et Lannblonque .

Trésorier Nicaise.

Archiviste Terrier,

MEMBRES HONORAIRES.

MM. Blot.

ROINST. BOULBY (H.).

Bboga.

Chassaionac. Oloquet (J.). Déguise. Dbpaul.

ËHRMANN. GOSSELIN.

MM. GuÉRiN (Alphonse). Larret (baron). Le Fort (Léon).

I^GOUEST.

Maisonneuye.

MONOD.

RiCHET.

RiGORD.

RiOAUD.

VOILLEMIER.

MEMBRES TITULAIRES.

MM. Angeb (Théophile). Cruveilhier. Delens . Desormeaus. Desprès. Dubrueil.

DUPLAY.

Farabœuf. Forget. Gillette . Giraud-Tkulon.

GUÊNIOT.

GuYON (Félix). Horteloup.

HOUEI..

Labbé (Léon). Lannelongue.

MM. Ledentu.

LuCAS-GHAMPIONNiiRE.

Magitot.

Marjolin.

Nicaise.

Panas.

Paulet.

PÉRIER.

Perrin (Maurice).

Polaillon.

de Saint-Germain.

SÉE (Marc).

Tarnier.

Terrier.

Tillaux.

Trélat.

Verneuil.

MEMBRES CORRESPONDANTS

NATIONAUX.

MM. Ancelet, à Vailly-sur -Aisne (Aisne).

Arlaud, directeur du service de santé de la marine à Toulon.

AuBRÉE, professeur k TÉcoIe de médecine de Rennes.

AvAT (D*), chirurgien de Thospice d'Aix (Savoie).

AzAH, professeur à TÉcolc de médecine de Bordeaux.

AzÉMA; à nie de la Héunion.

Baizeau, médecin inspecteur de l'armée.

Baudon, médecin-major de Tannée.

Benoit, professeur à la Faculté de Montpellier.

Berchon, directeur du ser\'ice sanitaire de la Gironde, à Pauillac.

BÉRENGER-FÉRAUD; médcciu principal de la marine.

Bernard, à Apt (Vaucluse).

BcECREL, à Strasbourg.

BoissARiE, à Sarlat.

BoucHAcouRT, profcsscur à TÉcole de médecine de Lyon.

BouissoN, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier

Bourgeois, à Étampes (Seine-et-Oise).

BouRGUET, chirurgien de Thôpilal d'Aix (Bouches-du-Rhénc).

Cazin, à Boulogne.

Champenois, médecin principal de l'armée.

Chapplain, professeur à TÉcole de médecine de Marseille.

Chauvel, professeur agrégé au Val-de- Grâce.

Chedeyergne, professeur à THcote de médecine de Poitiers.

Ghipault, à Orléans.

Closmadeuc, chirurgien de l'hôpital de Vannes.

CoLSON, à Noyon.

CouRTT, professeur à la Faculté de Montpellier.

LISTE DKS MEMBRES CORRESPONDANTS NATIONAUX. XI

MM. Cras, professeur à l'École navale de Brest. Dalvé, médecin principal de l'armée. Debrou, chirurgien de THôtel-Dieu d'Orléans. Décès (J.-B.), chirurgien en chef de l'Hôlel-Dieu de Reims. Delacour, directeur de l'École de médecine de Rennes. Delore, professeur suppléant à l'École de médecine de Lyon. Denucb, professeur à TÉcole de méJecinc de Bordeaux. Desgranges, professeur à l'Kcole de médecine de Lyon. Devalz, à Bordeaux.

DiDAY, ex-chirurgien de l'Antiquaille ^ Lyon. Drolineau, chirurgien des hôpitaux civils de la Rochelle. DuBouÉ, chirurgien à Pau.

DcBREuiLH (Ch.), chirurgien de la Maternité de Bordeaux. DuMENiL, chirurgien dos hôpitaux de Rouen. Dlplouy, professeur à l'École navale de Rochefort. Erhmann, à Mulhouse. Faucon, à Amiens.

Fleury, chirurgien de la marine ù Constantinople. Gaujot, professeur au Val-de-Grâce. Gayet, professeur suppléant à l'Kcole de médecine de Lyon. Herrgott, professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Heurtaux, professeur adjoint à l'Ecole de médecine de Nantes. HouzÉ DE l'Aulnoit, professeur à la Faculté de médecine de Lille, HouzELOT, chirurgien en chef de l'hôpital de Meaux. JouoN, professeur à l'Kcole de médecine de Nantes. KoEBERLÉ, à Strasbourg.

Lannelongue, professeur à l'École de médecine de Bordeaux. Letiévant, chirurgien en chef de l'Hôlel-Dieu de Lyon. I^JEAL, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu à Valenciennes. LizÉ, chirurgien de la Maternité du Mans. Mascarel, à Châtellerault (Vienne). Macnoury, chirurgien de l'hôpital de Chartres. Michel, professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Monteils, à Mende (Lozère). MoRDRET; chirurgien au Mans. MouRLON, médecin -major de l'armée. NoTTA, chirurgien de l'hôpital de Lisieux.

Ollier, chirurgien en chef honoraire de l'Hôtel-Dieu de Lyon.

»

Gré, professeur à l'Kcole de mMecine de Bordeaux.

Pamard, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Avignon.

Paquet, Lille.

Parise, professeur à la Faculté de médecine de Lille.

Patry, à Sainte-Maure (Indre-et-Loire).

Payan, chirurgien de l'Hôtol-Dieu d'Aix, en Provence.

Philippe aux, à Lyon.

XII LISTE DKS MKHBRES GOnRESFONDANTS NATIONAUX.

MM. PiRONDi, chirurgien de l'hôpital de Marseille. PoiNsoT, Bordeaux. PoNCET, médecin-major de l'armée. Pravaz, à Lyon^

Prestat, chirurgien de THôtel-Dieu de Pontoise. PuEL, à Figeac. Raimbert, à Châteaudun.

RocHARD, inspecteur général de la marine à Paris. RiBELL, chirurgien de l'hospice de la Grave à Toulouse. Roux (.T.), ex-inspecteur général de la marine à Paris. Roux, de Marseille.

Salmon, chirurgien de l'hôpital de Chartres. Sarazin, médecin-major de l'armée. SÉDiLLOT, membre de l'Institut (Académie des sciences), professeur

honoraire de la Faculté de Strasbourg (Paris). Serre, à Alais. SiLBERT, à Aix. SiSTACH, à Bone (Algérie). Spillmann, médecin-major de l'armée. Stolz, doyen de la Faculté de médecine de Nancy. SuRMAY, à Ham.

Tholozan, médecin principal de l'armée (Perse). Thomas (Louis), à Tours.

Vallet, chirurgien en chef honoraire de l' Hôtel-Dieu d'Orléans, Vast, chirurgien de l'hôpital de Vitry-le-François. ViARD, à Montbard (Côlc-d'Or).

MEAtBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS.

6 janvier 1861 Adams-Robert, Dublin.

11 août 1875 BowMANN, Londres.

10 janvier 1877 Cimisxlli, Crémone.

5 janvier 1870 .... Donders, Utrecht. 21 août 1852 Grimm, Berlin.

5 janvier 1870 .... Helmholtz.

30 juillet 1856 Lanoendegk, Berlin.

9 janvier 1853 Lebert, Breslau.

10 janvier 1877 Longmore, Netley-Soulhampton.

10 janvier 1877 Michaux, Louvain.

6 janvier 1861.. .. . Paoet (James), Londres.

31 décembre 1862.. Pirooopp, Russie.

30 juillet 1856 Porta, Pavie.

11 août 1875 Rizzou, Bologne.

31 décembre 1862.. Rokitansky, Vienne.

6 juillet 1859 Scanzoni, Wurzbourg.

6 juillet 1859 Stromeyer, Hanovre.

3 janvier 1866 Vanzetti, Padoue.

MEMBRES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS.

10 janvier 1877

10 janvier 1877

9 janvier 1878.

8 janvier 1868 13 janvier 1869 26 novembre 1845 31 décembre 1862 31 oclobre 1851..

3 janvier 1865...

6 juillet 1859....

17 septembre 1851

10 janvier 1877.. 3 janvier 1865...

13 janvier 1869.. 13 janvier 1864 . .

mars 1867

22 décembre 1852

9 janvier 1878 ,. 31 décembre 1861. 31 décembre 1862

11 août 1875... 6 juillet 1859.. 3 juin 1857 . . .

mars 1867..

21 mai 1856....

3 janvier 1865

8 janvier 1862. 6 juillet 1859 .

9 octobre 1858

Albert, Vienne.

Amabile, Naples.

Arlt, Vienne.

Barbosa, Lisbonne.

Bardeleben, Berlin.

Bassow, Moscou.

Bagk, Fribourg-en-Brisgau.

BiRKETT, Londres.

Th. Billroth, Vienne.

Blasius, Halle.

BoRRLLi, Turin.

Bryant, Londres.

Brown-Séquard.

Broodhurst, Londres.

Bruns (Victor), Tubingem.

BuREN (Van), New-York.

BuRGRŒVE, Gand.

Gallender, Londres.

GooTE (Holmes), Londres.

GoRNAZ, Neufchâtcl.

GoRRADi, Milan.

Grede, Leipzig.

Grocq, Bruxelles.

Deroubaix, Bruxelles.

DupiERRis (père), Havane,

F. G. Emmbrt, Berne.

EsMARGH; Kiel.

Fabri, Ravenne.

Fleming, Dublin.

XVI

MEMBRES CORRESPONDANTS ETRàNOERS.

6 juillet 1859... 13 janvier 1861.

13 janvier 1869 . .

13 janvier 1861..

3 janvier 1865. .

29 août 1855

S6 décembre 1855 15 septembre 1852

30 octobre 1851 . . 3 janvier 1865... â janvier 1865. .

31 décembre 1862 13 janvier 1869. .

6 juillet 1859....

10 janvier 1877. . . 6 juillet 1859....

22 octobre 1856. .

8 janvier 1868. . .

13 janvier 1864..

3 janvier 1865. .

11 août 1875

8 janvier 1868 . . 8 janvier 1862..

4 octobre 1848.. 6 juillet 1859.. .

9 janvier 1878 . . 11 août 1875

2 janvier 1856. . 31 décembre 1862 10 janvier 1877... 31 décembi*e 1862

mars 1807

3 janvier 1865.. 6 juillet 1809 . . .

31 décembre 1862 10 janvier 1877.. . 31 décembre 1862

6 juillet 1809.... mai-s 1867

8 janvier 1868...

Friedberit (H.), Berlin.

Gamgee (Samson), Birmingham.

Gautier, Genève.

Ghkrini, Milan.

E. GuRTL, Berlin.

IIamher, Saint-Louis (Missouri).

Hannover, Copenhague.

Hewett (Prescotf), Londres.

Heyfeldbr (Ois), Saint-Pétersbourg.

Holmes, Londres.

G. M. Humphrt, Cambridge.

Hutchinson (J.), Londres.

-- Krassowki, Saint-Pétersbourg.

Larghi, Bologne.

Lister, Edimbourg.

Mac-Leod, (flascow.

Mayor (fils), Genève.

Mazzoni, Rome.

Mblguiori (Giovanni), Milan.

Neudôrfer, Prague.

G. Otis, Washington.

Pemberton, Birmingham.

PiACHAUD, Genève.

PfFHA, Prague.

Ried, léna.

Reverdin, Genève.

Rouge, Lausanne.

Sand-Cox, Birmingham.

Sangalli, Pavie.

Saxtorph, Copenhague.

Simon (Gust.), Rostock.

Simon (John), Londres.

Stephen-Smith, New-York.

Soupart, Gand.

Sperino ((Zosimir), Turin.

Symvoulioes, Saint-Pétersbourg.

Testa, Naples.

Henry Thompson, Ivondres.

Wells (Spencer), Londres.

WiLMS, Berlin.

PRIX DE LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

La Société de chirurgie dispose de quatre prix : le prix Duval, le PRIX Laborie, le prix Gerdy et le prix Dkmarquay ; les deux pre- miers sont annuels, les deux derniers sont biennaux.

Le prix Dut al a élé fondé par Jacqnes-René Duval, membre de la So- ciété de chirurgie de Paris. Le 12 juillet 5854, la Société a pris la décision suivante: « La Société de chirurgie de Paris, après une donation de M. Du- >al, fonde à titre d*encouragement un prix annuel de la valeur de 100 francs, en livres, pour Tauteur de la meilleure thèse de chirurgie, publiée en France dans le courant de l'année. Autant que possible, les recherches doivent porter sur un seul sujet, et s'appuyer sur des observations recueillies par Tauteur lui-même dans un service d'hôpital.

« Tous les auteurs, anciens et modernes, qui ont traité le même sujet de« vront être indiqués ainsi que la source précise des citations.

c Sont seuls admis à concourir, les docteurs ayant rempli les fonctions d'internes définitifs dans les hôpitaux, ou ayant un grade analogue dans les hôpitaux militaires ou de la marine. »

Les thèses soutenues depuis le 1*'' novembre de l'année 1876 jusqu'au 1'' novembre de Tannée 1877 seront seules admises à concourir. Les can- didats devront adresser franco deux exemplaires de leur thèse au secré- tariat de la Société avant lo 1" novembre 1877.

Le prix Edouard Labouir a élé fondé par madame veuve Laborie le 6 mai 1868. Il est annuel et de la valeur de 1,200 francs.

La Société a pris en 1868 les décisions suivantes :

« Le prix Edouard Laborie sera décerné chaque année dans la séance solennelle de la Société (deuxième mercredi de janvier) à l'autour du meil- leur travail inédit sur un sujet quelconque de chirurgie adressé à la Société pendant l'année courante.

XVIII PRIX DE LA SOCIETB DE CHIRURGIE.

« Les auteurs sont libres de choisir les sujets de leurs mémoires ; toute- fois, la Société indiquera tous les six ans un sujet de mémoire pris parmi les points de la chirurgie dont le docteur Laborie s'est plus particulièrement occupé.

« Tous les docteurs et élèves en médecine, français et étrangers, sont admis à prendre part au concours.

« Les mémoires écrits en français, en latin, en anglais ou en allemand, devront être envoyés (affranchis) à M. le Secrétaire général de la Société de chirurgie de Paris, 3, rue de l'Abbaye, avant le !•»■ novembre de chaque année.

« Les manuscrits doivent être adressés dans les formes académiques, c*esl-à-dire non signés, mais portant une épigraphe reproduite sur la sus cription d'une lettre renfermant le nom, l'adresse et les lilies du can- didat. »

Le prix Gerot a été tonde par Vulfranc Gcrdy, en souvenir de son frère P.-N. Gcrdy, membre de la Société de chirurgie. Ce prix, fondé le 26 no vembre 1873 est biennal et de la valeur de 2,000 francs.

Aux termes du testament, la Société doit indiquer la question à traiter par les concurrents.

La Société a décidé que la question serait toujours donnée deux années à l'avance, et que, d'ailleurs, les compétiteurs devraient se soumettre aux règles déjà adoptées pour le prix Laborie.

Le prix Démarquât a été fondé par Jean-Nicolas Demarquay, qui a légué ' à la Société de chirurgie une somme de 10,000 francs. Le prix est biennal. Le sujet, indiqué par la Société, est donné deux années à l'avance.

Après un rapport du Secrétaire général, lu en comité secret, le 16 décem- bre 1874, la Société a également décidé que les membres titulaires de la Société de chirurgie de Paris seraient seuls exclus des concours pour les prix Laborie et Gerdy.

L#a Société de chirurgie reçoit régulièrement les publications pé- riodiques suivantes :

Abeille médicale. Annales de gynécologie. Archives générales de médecine et de chirurgie. Art dentaire. Bulletin général de Ihérapeu- tique médicale et chirurgicale. Echo de la presse médicale française et étrangère. France médicale. Gazette hebdomadaire. Gazette des hôpitaux. Gazette obstétricale de Paris. Journal de médecine et de chirurgie pratique. Médecine contemporaine. Moniteur thérapeutique.

Mouvement médical. Progrès médical. Recueil d'olpthalmologie.

Revue de thérapeutique médico-chirurgicale. Revue scientifique de la France et de l'étranger. Revue médicale de l'Est. Sud médical. Tribune médicale. Union médicale. Union pharmaceutique.

Alger médical. Bordeaux médical. Bulletin de la Société de méde- cine d'Angers. Bulletin médical du Nord de la France. Bulletin de la Société médicale de TAube. Bulletin de la Société de médecine de la Sarthc. Gazette médicale de Bordeaux. Gazette médicale de Stras- bourg. — Journal de médecine de TOuest. Journal de la section de mé- decine de la Société académique de la Loire-Inférieure. Lyon médical.

Mémoires de la Société de médecine de Nancy. Marseille médical. Montpellier médical. Revue médicale de Toulouse. Société médicale de Reims. Revue médicale et pharmaceutique du Midi.

Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique. Centralblatt, fur Chirurgie. Annales de la Associacion Larrey (Mexico). -^ The Boston Médical and Surgical Journal. British Médical (London). Comptes rendus de la Société de chirurgie de Moscou. Gazzetta medica italiana lombardia (Milan). Llndependenle (Florence). The Praclitioner (London). Medicinischc chirurgische Rundschau (Vienne). Medicinische Wiener Wochenschrift.

BULLETINS ET MÉMOIRES

DE LA

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

NOUVELLE SERIE.

Séance du 2 janvier 1878,

Présidence de M. Panas.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

Correspondanee.

La correspondance comprend :

!• Les journaux de la semaine de Paris et de la province ;

2" Les Archives générales de Diédecine;

3" Le Bulletin de la Société de chirurgie, décembre 1877 ;

The Practitioner^ le Medicinisch chirurgische Rundschau, la Lancette belge, la Gazette de santé militaire^ de Madrid, The Briiish Médical Journal ;

Une observation de genu valgum chez un jeune homme de 17 ans, par M. Delaunay (M. Verneuil, rapporteur) ;

6** Une note de M. Boens, de Charleroi, sur un nouveau for- ceps avec une troisième branche mobile destinée à faire exercer les tractions par un aide dans les cas d'accouchements laborieux. (Commission : MM. Garnier, Gueniot; Polaillon, rapporteur.)

M. Giraud-Teulon présente à la Société, au nom de M. le D' Gii- iet de Grandmont, un nouvel ophthalmoscope à réfraction, dans lequel le mouvement de rotation de succession des verres est remplacé par un mouvement suivant la verticale.

BUIX. ST vin. Dl LA SOC. DE CHXB. 1

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Lecture.

M. SunMAY, do Ham, membre correspondant, communique une observation de luxation de la symphyse pubienne.

Madame G..., jardinière, âgée de 45 à 48 ans, était, le 16 août 1876, occupée à déchargei: une voiture de légumes. Elle était derrière la voiture, à droite. Un des grands et lourds paniers qui étaient sur la voiture vint à tomber ; pour éviter le choc, elle se jeta en arrière, mais le panier la rencontra, elle fut renversée et tomba sur le dos et en travers de la direction de la voilure ; au mément moment le cheval recula et la roue de droite passa sur le plan antérieur du bassin de madame G..., de gauche à droite. La voiture pesait environ 2,000 kilo- grammes. On releva la blessée, on la plaça sur un matelas dans une voiture et on la ramena chez elle à 10 kilomètres de l'endroit l'acci- cident avait eu lieu. Je la vis alors six heures environ après l'accident et voici ce que je constatai:

La malade est couchée sur le dos. Les deux membres inférieurs sont étendus Tun ù côté de TauLi'e sans la moindre déviation ni déformation. Il n'y a aucune trace de contusion ni de plaie si ce n'est sur la face in- terne et supérieure de l'avant-bras droit l'on voit une ecchymose avec une excoriation très-superriciellc, la malade n'accuse aucune souffrance spontanée, seulement de la fatigue. Elle peut lentement fléchir les deux cuisses sur le bassin et les deux jambes sur les cuisses, mais en traînant les talons, qu'il lui est impossible d'élever au-dessus du plan sur lequel ils reposent. Ces mouvements s'exécutent plus difficilement a gauche qu'à droite et s'accompagnent, à gauche, d'une douleur à la région pubienne et au niveau de l'articulât ion sacro- iliaque gauche. Alternativement j'imprime aux membres inférieurs tous les mouvements et je constate ainsi, d'une manière certaine, qu'ils ne sont le siège d'aucune fracture, ni d'aucune luxation. Mais à droite et à gauche, je perçois à deux reprises, dans ces manoeuvres, une crépitation sourde et profonde et dont le siège paraît être dans la ' région pelvienne antérieure.

J'explore alors attentivement cette région pelvienne antérieure. Je constate tout d'abord au niveau de la symphyse pubienne un enfonce- ment, comme un sillon qui séparerait les deux pubis l'un de l'autre, et ce sillon paraît «voir environ un demi*centimètre de largeur; il pa- rait aussi ne pas oocuper précisément la ligne médiane mais en être un peu a gauche* En pouranivant mon exploration, je reconnais très- bien la brancbe horizontale du pubis droit. Je la suis jusqu'à la sym- physe, et je sens que mes doigts font un petit ressaut et tombent dans un creux ; au delà de ce creux, à gauche, j'arrive difficilement à sentir la branche horizontale du pubis gauche et, en faisant cette re- eherohe» je perçois tout a eoup un mouvement accompagné d'une cré- pitation sourde et épaisse, si je puis ainsi dire. Je suis la branche horizontale du pubis gauche et la pression n'y détermine pas de dou- leur particulière, mais, au niveau du creux signalé tout à l'heure, la douleur est assez vive.

SÉANCE SU S JAIfVIBR. 3

Je pratique alors le toucher Tagiua), je suis très-facilement la branche

verticale du pubis droit jusqu'à la symphyse. mon doigt rencontre

un hiatus dirigé d'avant en arrière et de haut en bas, dans le sens de

la symphyse pubienne, et dans lequel il se loge tout entier en causant

ane vWe douleur. Je sens très-distinctement les parois qui limitent, à

droite et à gauche, cet hiatus. Celle de droite est lisse ; mais celle de

gauche présente une surface un peu rugueuse, mais à saillies très*

légères et mousses. Le bord inférieur de cette paroi laisse sentir une

pointe mousse et ce bord est plus bas que le bord correspondant de

Taulre paroi. Il semble que le pubis de ce côté soit détaché de son

coDgéoére et abaissé au-dessous du niveau de celui-ci, et cela concorde

avec la sensation d'abaissement perçue par l'exploration de la branche

horizontale du pubis gauche. Je saisis entre l'index introduit dans le

vagin et le pouce laissé au dehors les deux pubis l'un après Tautre,

et je constate que ces os jouissent d'une certaine mobilité qui ne me

parait pas plus accusée d'un côté que de l'autre. Je suis avec attention

à droite et à gauche, les branches pubiennes et je ne trouve aucun

point douloureux à la pression, ni aucune aspérité. Les mouvements

imprimés aux branches tenues, comme je viens de le dire, ne déter-

inioent aucune crépitation. Je n'ai pas perçu de plaie vaginale et n'ai

ramené avec le doigt aucune trace de sang, mais la malade me dit que

le médecin qui Ta touchée au moment même de l'accident en a ramené

un peu.

Pendautque je faisais exécuter divers mouvements aux membres infé- rieurs, madame G... s'était plainte d'une douleur à la partie postérieure de la fesse gauche pendant la flexion de la cuisse de ce côté. Je porte la main sur cette région et je constate que la pression au niveau même de l'articulation sacro-iliaque gauche détermine une douleur ; il n'y a d'ailleurs aucune déformation. La pression de la région correspon- dante à droite est absolument indolore. Interrogée sur ce point, la malade déclare n'avoir pas uriné de sang. Je pense qu il ne peut y avoir aucun doute sur l'existence d'une luxation pubienne. La roue de la voiture, en passant sur la branche horizontale du pubis gauehe, l'a enfoncée et complètement séparée du pubis droit. Le cartilage iuter-articulaire paraît être resté adhérent au pubis droit, dont la surface articulaire est lisse tandis que celle du pu- bis gauche est un peu âpre et, de plus, portée à gauche de la ligne mé- diane. Mais ce déplacement n'a pu se faire qu'a la faveur de la disten- sion ou de la disjonction d'une autre articolatÂon et cette articulation parait être la sacro-iliaque gauche.

Pour tout appareil, j'applique auteur du bassin une ceinture forte- ment serrée et j'attache ensemble les deux genoux* La malade a ordre de rester immobile sur le dos. Gela fait, j'explore de nouveau par le vagin et je constate qu'il s'est fait un rapprochement entre les deux parois de l'hiatas pubien ; mais ce rapprochement ne va pas jusqu'au

eontact.

MaoâL La malade est bien. EUle a le ventre un peu endolori et les moQvemeats de la respiration retentissent un peu douloureusement dans l'hypogaetre et dans la partie postérieure de la fesse gauche. Très-

SOCIETE DE CHIRURGIE.

légère accélération du pouls. Il y a eu une selle dure sans difficulté, bien qu^elle ait nécessité des efforts. La malade a uriné cinq ou six fois pendant la nuit, la miction a été accompagnée de quelques légers pico- tements, mais il ne s'est pas écoulé de sang avec Turine.

19 août. Bien. Application d*une ceinture solide en treillis, doublée de basane et matelassée avec trois courroies de cuir qui se bouclent en avant. De chaque côté sont deux anneaux dans lesquels passe une anse de cordeau solide. Ces deux anses sont relevées et réunies par un troisième cordeau qui passe sur une petite poulie fixée au plafond. Â.U moyen de ce système, en tirant sur le cordeau qui se réfléchit sur la poulie, on peut soulever la malade tout d'une pièce, pour lui passer le bassin ou renouveler son linge. C'est après Tavoir sou- levée de cette façon que je constate une ecchymose noire qui occupe toute la lèvre gauche et s'étend dans le pli vulvo-fessier jusqu'à l'anus.

Les deux pubis paraissent être bien en place.

14 septembre f un mois après l'accident. Il ne s'est passé rien de particulier depuis l'application de l'appareil. Il y a huit jours, la malade ne pouvait pas encore lever ses talons, ù jambe tendue ; aujourd'hui elle le peut et elle peut môme les élever tous les deux ensemble. L'explo- ration extérieure et le toucher vaginal permettent de constater que tout est parfaitement en place. Le doigt introduit dans le vagin ne perçoit plus cet hiatus dans lequel il pénétrait, il y a un mois. Je sens seule- ment que le bord inférieur de la portion articulaire du pubis gauche dépasse un peu, mais extrômement peu, le bord correspondant du pu- bis droit, et je sens encore un peu la pointe mousse du bord inférieur de la portion articulaire du pubis gauche. La pression au niveau de l'articulation est douloureuse et il n'y a de douleur qu'en ce point. Nulle saillie, nulle rugosité tout le long des branches horizontales et verticales des pubis.

23 septembre. Madame G... se lève et peut se tenir sur ses jambes et faire quelques pas.

Madame G... a parfaitement guéri ; mais elle est restée longtemps peu solide sur les hanches et se plaignant d'un certain endolorissement du bas des reins a gauche*

La Société jugera peut-être qu'à cause de sa rareté et de la bénignité singulière qu'il a présentée, ce fait n'est pas indigne d^ètre enregistré, et c^est à ce double titre que j'ai l'houneur de le porter à la connais- sance de mes savants collègues.

Les luxations de la symphyse pubienne paraissent être peu com- munes. Malgaigne n'en rapporte que quatre cas et l'article de M.Gourty dans le Dictionnaire encyclopédique n'en cite pas d'autre.

Dans trois de ces cas la violence extérieure a agi en écartant les pu- bis. Dans le quatrième, la cause fut une chute sur le derrière, mais de façon que la partie postérieure de la crête iliaque porta davantage que les autres parties. Dans le fait qui m'est propre, c'est par un mécanisme analogue que la dislocation s'est produite, seulement la force a agi di- rectement et de haut en bas sur le pubis gauche qu'elle a abaissé, au

SÉANCE OU 2 JANVIER. ïl

k

lieu de porter de bas en haut sur Tos iliaque et de déterminer ainsi sar le pubis un mouvement de bascule en bas.

Dans tous les cas rapportés par Malgaigne la luxation fut accompa- gnée de grands désordres, et dans trois la mort fut instantanée ou suivit de près Taccident. Le quatrième malade guérit facilement dans le délai de trente jours, bien que la luxation fût compliquée d'une dé- chirure du périnée, d*une hernie instantanée, et qu'il y eût entre les pubis un écartement capable de recevoir la main. On peut constater dans ce cas que le fibro-cartilage était resté adhérent au pubis droit. Dans un fait de luxation double observé par Malgaigne et dans deux autres appartenant à Baker et à M. J. Cloquet le fibro-cartilage était aussi resté attaché tout entier à Tun des pubis. C'est ce qui m'a paru exister également dans le fait dont je viens de donner la relation. Il semblerait donc que cela serait le cas le plus ordinaire.

Dans celui des faits rapportés par Malgaigne qui fut sdivi de gu.é- risonon remarqua, comme dans le mien, une vive douleur au niveau de l'articulation sacro-iliaque gauche.

D'après tout ce qui précède, les signes de la luxation de la symphyse pubienne seraient donc les suivants : impossibilité de soulever les talons à jambe tendue, douleur au niveau de la symphyse pubienne et au niveau d'une ou des deux articulations sacro-iliaques, écartement plus ou moins grand entre les deux parois de la symphyse appréciable par Texploration extérieure ou par le toucher vaginal chez la femme, ecchymose plus ou moins étendue sur le périnée, sur le pli périnéo- fessier, sur l'une des grandes lèvres chez la femme, quelquefois mo- bilité des pubis et crépitation sourde.

Quand la luxation ne serait pas compliquée de graves désordres, la imérison s'obtiendrait facilement par le rapprochement des pubis, au moyen d'une ceinture, et la durée du traitement pourrait ne pas dépasser «K) ou 50 jours.

Discussion.

M. Le Dentu. J'observe dans ce moment un cas analogue. Il s'a- git d*un enfant de 14 ans qui a subi, au niveau du bassin, une forte pression par le fait d'une machine à raboter. L'écartement des deux pubis est très-prononcé, on peut introduire facilement Tindex, mais le cartilage paraît adhérer à Tos pubis droit : j'ai pu presser au niveau de la symphyse sano-iliaque droite sans déter- miner de douleur. Je n'ai observé du reste ni déchirure de Tu- rèthre, ni hématurie; j'ajouterai qu'il y a impossibilité absolue pour le blessé de soulever les membres inférieurs.

Ce malade a présenté un ensemble de symptômes très-particu- lier du côté de la partie sus-ombilicale du corps ; il y a eu sans doute sous l'influence de la pression une augmentation de la ten- sion circulatoire qui s'est manifestée par des hémorrhagies na-

80GIETK DE GHIRUnOIK.

sales, auriculaire, sous-conjonctivales et un purpura traumatique de toute la face avec cyanose. Il n'y avait, du reste, aucune trace de traumatisme du côté du crano, qui pût expliquer ces hémorrha- gies liées, selon moi, à Vexagération de la tension sanguine.

Je me suis borné, pour le traitement, à entourer les deux jam- bes et le bassin avec des circulaires de caoutchouc ; le malade est guéri et marchera incessamment.

CwmwKkunîetkiî^nn.

Pathogénie des épanchemants dn genou dant let fractures de cuisse,

par M. Lannelongue.

Messieurs ,

J*ai rhonneur de vous communiquer une observation de cli- nique et d'anatomie patliologique de fracture de cuisse. Elle con- tribuera à élucider cette question encore obscure de la cause des épanchements du genou dans les fractures de cuisse. Vous savez en est la question : D'après M. Berger, qui a fait dernièrement le travail le plus complet sur ce sujet, toute fracture de la dia- physe du fémur s'accompagne, si elle est complète, d*épanche- ment articulaire. Cette conclusion est très-absolue, comme vous le voyez. Aussi n'est-elle pas admise par la plupart des chirur- giens, qui pensent que M. Berger s'est peut-être un peu hâté de la généraliser.

M. Hennequin, dans son excellent ouvrage sur les fractures de cuisse, a consacré un long article à cette question, et il cite des faits probants Tépanchement n'a pas existé. Quoi qu'il en soit, par sa fréquence, cet épanchement peut, à bon droit, être consi- déré comme un signe des fractures de la diaphyse fémorale.

La cause de cet épanchement a été expliquée de plusieurs ma- nières. L'irritation de voisinage pour les fractures du quart infé- rieur, rimmobilitéy la gêne apportée à la circulation en retard de la synoviale par la rupture des veines périostiques et diploïques, invoquées tout d'abord, ont été bientôt rejetées. Deux théories sont restées en présence, et je crois aujourd'hui que chacune d'elles s'applique à uae catégorie déterminée de faits. Je suis d'autant plus heureux de rendre cet hommage à ces deux opinions, que j'ai^ pendant plusieurs années, soutenu exclusivement l'une d'elles, la croyant seule vraie.

La première de ces théories est celle de MM. Gosselin et Ber- ger ; d'après eux, l'épanchemexit du genou est le résultat de La transsudation à travers la membrane synoviale de lapartie séreuse

SBAIIGB DU 2 4ANYIBR.

du sang épanché dans les tissus. De>ix observations suivies d'au- iopsies et un certain nombre d'expérienced sur des animaux, telles sont les preuves positives en faveur de leur opinion. C'est une preuve de plus que je viens donner aujourd'hui en vous commu- niquant une autopsie de fracture placée à l'union du i/8 moyen avec le 1/3 inférieur du fémur, chez un enfant mort 8 jours après sa fracture. La démonstration est rigoureuse, car Tarticulation du genou, examinée avec le plus grand soin, ne possédait aucune irace de déchirure. Le liquide qu'elle contenait était foncé en cou- leur, abondant et peu épais ; examiné au microscope, il renferme beaucoup de globules rouges du sang, les uns normaux, les au- tres déformés. Or, une partie de la surface externe de la synoviale était environnée d'une couche sanguine prise en caillot noir la*- laellé. 11 y a donc eu passage des éléments rouges en même temps fne la transsudation séreuse s'est effectuée ; cette diapedèse est à la fois un fait significatif et important. D'autre part, la synoviale présentait un léger degré de vascularisation et le liquide renfer- mait en môme temps que des globules rouges, un certain nombre de globules blancs et de cellules épithéliales altérées ; il y a donc eu, en même temps, un certain degré d'arthrite. Mais quelle a été la cause de celte arthrite? Est-ce la présence du liquide sanguin qui Va provoquée 7 M. Berger n'hésiterait pas à vous répondre oui, c^tainemeot oui. Je suis et je reste, sur ce point, encore un peu incrédule.

Les détails de l'autopsie prouvent que les délabrements ont été considérables autour de la fracture et à une certaine distance d'elle. Une infiltration sanguine considérable au milieu des fibres musculaires et arrivant sous l'aponévrose jusqu'au devant de la rotule, des foyers sanguins multiples isolés jusque dans les mus- cles de la partie supérieure de la cuisse, de nombreuses déchi- rures musculaires profondes, prouvent la violence du traumatisme. Cette violence m'avait frappé le premier jour j'ai examiné l'en-* iiant ; l'engorgement des parties molles était très-marqué et porté au point que je n*ai pu reconnaître le rapport exact des deux iî*ag- mentB. Dans ce« circonstances n'y a-^t-^il pas eu contre-coup; n'est* on pas fotidé à faire jouer un rôle à Un ébranlement articulaire, à une entorse, en un mot, du genou qui, en provoquant l'arthrite existante, a été aussi la cauâe de l'épanchement articulaire ?

Une circonstance nouvelle appuie mon dire, il y avait aussi une infiltration sanguine sur une partie de la capsule fibreuse de l'ar- ticulation coxo-fémorale, et il n'y avait pas d'épanchement, le manchon fibreux n'avait pas permis la transsudation.

En résumé, ce fait constate une fois de plus le passage des élé- aenU solide* sang i travers la synoviate du genou# Mais il

8 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

n'infirme pas, autant qu'on pourrait le croire tout d'abord, l'opinion, à mon avis très-plausible, que Tépanchement est le résultat indi- rect du traumatisme. On le voit, la seconde théorie que je signa- lais et que professe aussi M. Vemeuil, celle du traumatisme indi- rect, n est pas sans trouver quelques garanties dans ce fait en apparence défavorable.

lUdard (Sophie), âgée de 4 ans, est entré le 3 décembre 1817, dans mon service à l'hôpital Sainte-Eugénie, salle Sainte-Eugénie, n^ 24 ; morte le 10 décembre suivant.

La veille de sou entrée, cette enfant était debout sur une table asse:^ haute, lorsqu'elle fit une chute assez violente sur un parquet. Portée à riiôpital, Je constatai le lendemain un engorgement considérable de la cuisse gauche. Dans cet engorgement, l'examen fit reconnaître immédiatement une fracture à l'union du 1/3 supérieur avec les 2/3 inférieurs. Il y avait en même temps un épanchement assez notable dans le genou du côté affecté. L'enfant ne portait aucune trace de contusion sur ce genou. Elle est placée dans un appareil de Scultet, renouvelé depuis tous les deux jours. L* épanchement a toujours persisté, aug- mentant d'abord, diminuant un peu ensuite. Le 1 décembre^ l'enfant est prise de diphthérite et succombe 3 jours après cette complication, le 10 décembre.

Autopsie, Genou, Dans la cavité articulaire, liquide synovial lilant, plus foncé que celui de la synoviale, probablement coloré par du sang. Les cartilages du fémur sont blancs, avec leur aspect hyalin et leur élasticité conservée. Dans les culs-de-sac, il existe une vascu- larisation très-fine qui empiète de 2 à 4 millimètres sur la surface du cartilage et cesse au point a lieu la pression des cartilages entre eux. Eu outre, la coloration est très-jaunAtro, plus que d'habitude, et dans le cul-de-sac sus-rotulien, on voit de petits vaisseaux à la surface du cartilage. Autour du genou, sous la peau, en avant de la rotule, existe un épanchement sanguin et infiltration sanguine étendue en nappe. Cette infiltration se continue sous l'aponévrose fémorale jus- que dans l'intérieur du muscle triceps, au milieu des fibres musculaires de ce muscle, et se prolonge sous la face profonde du triceps, au ni- veau des culs-de-sac sous-rotuliens et immédiatement au-dessous de la rotule. Il existe aussi une couche sanguine immédiatement à la face externe de la synoviale, et l'on comprend très-bien que la sérosité du sang s'engage dans la synoviale, et descende ainsi dans cette syno- viale. C'est môme à cela qu'est due la coloration du liquide de la cavité du genou, et elle peut ôtre aussi la cause du léger degré qu'on re- marque.

Hanche. Dans le psoas quelques foyers sanguins ; sous ce muscle, sur la capsule fibreuse, une couche sanguine couvre la partie inférieure de la face antérieure de la capsule. Pas d'épanchement dans l'articula- tion, qui est sèche; pas de vascularisation. Dans les muscles qui en- vironnent le fémur, on trouve des infiltrations sanguines nombreuses. k côté de ce noyau hémorrhagique, une sérosité jaunâtre infiltre les

SéANGE DU 2 JANVIER. 9

espaces musculaires. Au niveau de la fracture, le périoste commence à s'épaissir et se perd dans une gangue fibreuse d*un demi-centimètre au moins. Cette gangue fibreuse est dure, criante à la coupe comme du tissu fibreux dense ; coloration rougeàtre foncée, avec des stries. Cette gangue entoure les deux extrémités des fragments, surtout en avant. Cesl elle qui est la première virole du cal, molle encore, mais cepen- dant assez ferme. Au centre se trouvent les deux fragments libres de toute adhérence. Dans la cavité, le fragment inférieur, mobile, pré- sente une fracture en V très-oblique avec un biseau taillé aux dépens de la face interne et se terminant en pointe.

Dans la cavité se trouve une substance rougeâtre i*essemblant à des fausses membranes à la surface et recouvrant la moelle, qui a une co- loration noirâtre et est assez résistante. Le fragment supérieur est taillé en pointe qui s'engage dans la queue du V, et on trouve des fausses membranes entrant dans la moelle qui est rouge noir, comme charnue. L'ostéite du fragment inférieur est caractérisée par des trous nombreux remplis par une substance rouge. Quand, avec un scalpel, on enlève Tos qui les recouvre, on tombe sur de petites cavités pleines de substance rouge. Cette ostéite se manifeste aussi au fragment su- périeur. Au delà de la fracture, on constate un état grenu l'inflam- mation est moins vive. En même temps les muscles sont adhérents au point épaissi du périoste, pâles, et n*ont plus Taspect fascicule.

Examen microscopique fait au laboratoire de ALGrangcrpar M. Bal- zer, On trouve dans le liquide un grand nombre d'éléments figurés et principalement des globules rouges. Quelques-uns sont normaux, mais la plupart sont déformés, crénelés, en voie de destruction. Il y a, en outre, un certain nombre de globules blancs, très- granuleux.

Enfin, on aperçpit beaucoup de cellules parimateuses plus ou moins volumineuses : quelques-unes sont saines, mais la grande majorité présente un protoplasma rempli de granulations" graisseuses très-ré- fringentes. Tantôt le noyau est intact, tantôt il a disparu et la cellule ne semble plus formée que par les granulations réfringentes unies par une matière amorphe.

Discussion,

H. Verneuil. Je me suis toujours montré très-réfractaire à la théorie de MM. Gosselin et Berger.

J'ai constaté cette hydarthrose et j'en fais un signe précieux dans des cas douteux de fracture de cuisse. J'avais remarqué que parfois la fracture était située assez haut sur le fémur et de plus qu'aucun épanchement sanguin appréciable n'existait au niveau de la solution de continuité, je m'imaginais plus aisément que par le bit du traumatisme l'articulation avait pu être violentée et un épanchement articulaire se développer.

J'ai objecté de plus que l'explication proposée pour la cuisse ne

10 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

rendait pas compte de Thydarthrose qui survient dans les fractures de jambe.

Enlln, j'ai cru observer que l'épanchement est plus fréquent dans les cas la fracture succède à une chute que lorsqu'elle est le résultat d'un écrasement.

En résumé cet épanchement est un fait exact d'observation mais il n'existe, pour moi, que lorsque les os ont été fortement contus.

M. Desprks. Je partage les hydarthroses en deux groupes, sui- vant qu'elles surviennent le même jour ou quelques jours après l'accident. Dans le premier cas, Tépanchement est une dé- pendance directe du traumatisme; dans le deuxième cas, j'adopte la théorie de MM. Gosselin et Berger : l'hydarthrose ne survient que le 5* ou 6* jour en même temps qu'un œdème du membre.

M. NicAisE. Je tiens à revenir sur l'observation de M. Lanne« longue qui me parait un peu complexe et ne semble pas faite pour élucider la question. Je crois dans ce cas à des lésions du côté de la hanche et du genou et je préférerais un cas de fracture par cause directe sans entorse du genou et de la hanche, un cas de fracture par un coup de feu, par exemple, dans lequel il n'y a au- cune contusion.

Relativement à la filtration des globules à travers la synoviale il est permis de croire à une déchirure ou à un froissement de cette membrane, l'explication me paraîtrait plus plausible.

Je relèverai enfin l'expression employée par M. Lannelongue, de fausse membrane au niveau du cal : notre collègue a voulu dire, sans doute, membrane néoplasique : c'est le tissu normal de la formation du cal.

M. Marjoun. J*apprécie plus que personne Timportancc du signe indiqué par M. Berger, importance réelle surtout dans ces cas de fractures sous-périostées si fréquentes chez les enfants. Un de mes internes à Sainte -Eugénie, M. Coulon, avait déjà noté ce signe que j'avais observé avec soin dans le but de me rendre compte de la cause de la gêne du mouvement à la suite des frac- tures du fémur; j'avais noté qu'au bout des 20 jours nécessaires pour consolider le fémur chez un enfant, il y avait déjà une rai-- deur marquée, j'avais cherché le rapport qui pouvait exister entre répanchement synovial et la difllculté des mouvements. Cet épan** chôment peut être causé quelquefois par une entorse, mais il y a presque constamment épanchement chez les enfants, de vient l'importance de ce signe.

M. Lannelongue. Je dirai comme M. Verneuil, que la théorie de MM. Gosselin et Berger est impuissante lorsqu'il n'y a pas d'é- panchement sanguin appréciable, mais j'ai voulu établir que leur

SÉANCE OU 2 JANVIER. 11

explication n'était pas une explication en Tair et qu'elle reposait sur des expériences positives. M. Nicaise m*a demandé s'il n'y avait pas de déchirure de la synoviale: il n'y en avait certainement pas. M. Desprès distingue deux espèces d'épanchements, il y en a une troisième qu'il n'a pas signalée, ce sont les hydarthroses suite d'immobilisation prolongée qui se développent vers la fin de la première semaine et ont été déterminées expérimentalement. Hais il ne faut pas parler des épanchements tardifs, il faut s'oc»- cuper des hydartliroses primitives immédiates, celles qu'ont étu- diées MM. Gosaelin et Berger. Leur explication répond à la migo- nié des cas, mais dans quelques faits, ceux de fractures de jambes, lorsqu'il y a une entorse cette doctrine n'est pas admissible. U. Jdarjolio a soulevé la question historique; je dirai que selon mol, c'est Maigaigne qui a observé les épanchements qui survie»- Bent dans les cas de fractures de la partie inférieure du fémur, mats pour les faits d*épanchement, coïncidant avec une fracture du corps de l'os, c'est à l'hôpital Sainte-Eugénie qu'ils ont été obser- vés par MM. Marjolin et Coulon qui les ont constatés 24 ou 48 heu- res après la production de la fracture.

M. Desprès. Quant à moi, je crois que hors les cas d'entorse du genou, les cas d'hydarthrose qui succèdent aux fractures de cuisse tiennent à un trouble circulatoire, et je les rapproche de celles (jui succèdent à Timmobilisation prolongée.

M. Lannelonoue. Je répondrai à M. Desprès que les épanche- ments a la suite d'immobilisation sont constitués par un liquide séreux ; dans les autres, au contraire, par la rencontre des glo** buies sanguins : c'est ce que démontré Texamen microscopique pra* ti([iié dans le fait que je signale.

Rapports.

Rapport sur le mémoire présenté au concours du prix Laborie.

Commissioa : MM. Blot, Tillaux, Duplay, Hohteloup, et

PoLAiLLON, rapporteur»

Messieurs,

La gastroatomie ou l'étude de l'opération par laquelle on établit à travers les parois de l'abdomen et de Testomac une ouverture qui permette d'alimenter les malades qu'un rétrécissement de l'œsophage ou du cardia condamne à mourir de faim, tel est le sujet du travail {>résenté au concours pour le prix Laborie.

Dans un historique excellent, l'auteur établit que cette opération

12 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

a été étudiée pour la première fois, en 1837, par un chirurgien militaire norwégien nommé Egebert. En 1841, notre compatriote Blondot l'exécuta avec succès chez le chien, et huit années plus tard M. Sédillot la pratiqua chez Thomme. L'opéré mourut. Une seconde tentative faite par le même chirurgien fut encore suivie de la mort du patient.

Ces deux insuccès survenant au début d'une opération auraient pu empêcher de Fentreprendre encore. Mais il n'en fut rien. Beau- coup de bons esprits pensèrent que dans les cas les aliments ne peuvent plus arriver jusqu'à l'estomac, il y a quelque chose de mieux à faire que de donner des lavements de bouillon et de laisser périr son malade d'inanition. Depuis les deux opérations de M. Sédillot, on a pratiqué 33 fois la gastrostomie pour des rétrécis- sements de l'œsophage. L'auteur a analysé avec un soin extrême, et par ordre chronologique toutes ces opérations. Il a trouvé que sur un total de 35 gastrostomies, la mort a eu lieu 30 fois, deux cas (ceux de Sydney Jones et de Lannelongue, de Bordeaux) peu- vent être considérés comme un succès opératoire; trois fois seu- lement les opérés guérirent, ce sont ceux de M. Verneuil, de Schônborn et de Trendlenburg.

Six décès pour sept opérations est une mortalité trop frappante pour que l'auteur n'en ait pas recherché les causes. Toutes les fois, dit-il, que la gastrostomie a été mise en œuvre, ce n'a été qu'à la dernière extrémité et après avoir reconnu l'impuissance ou l'impossibilité du cathétérisme œsophagien. Tous les malades étaient parvenus à la dernière période du marasme. Aussi n'est-il pas étonnant que dans la plupart des cas la mort ait suivi de près l'opération. Il est même arrivé dans certain cas que, l'opération ayant été un peu retardée par une raison quelconque, les malades sont morts d'épuisement. La principale cause de la mortalité est donc l'état d'épuisement dans lequel se trouvaient les opérés. Si l'on ajoute à cela l'inlluence funeste de lésions viscérales ou inflam- matoires très-avancées, et dans plusieurs cas l'imperfection du procédé opératoire, on aura l'explication des revers si nombreux de la gastrostomie. Pourtant il est remarquable que la péritonite n'a été observée que 9 fois après les 35 opérations et qu'elle ne peut être imputée à l'opération elle-même que dans 2 cas.

Le chapitre des indications contient de sages préceptes. Lacon- duite du chirurgien devra différer suivant la nature du rétrécisse- ment. Dans le cas d'un rétrécissement cancéreux qui s'étend au- dessus du bord supérieur du thorax, il faut opérer, dès que la dé- glutition des liquides tend à devenir impossible. Dans le cas d'un rétrécissement cicatriciel, il faut opérer seulement lorsque l'obs- tacle siège au -dessous de la portion cervicale de l'œsophage, qu'il

8ÉANGB DU 2 JANVIER. 13

est infranchissable et qu'on ne peut par conséquent songer ni à la dilatation ni à rœsophagotomie interne. Dans le premier cas, il ne faut pas attendre que le rétrécissement soit infranchissable, parce que les tentatives répétées de cathétérisme et de dilatation d'un cancer de l'œsophage sont infructueuses et nuisibles. Dans le se- cond cas, on peut épuiser sans nuire au malade, toutes les res- sources du cathétérisme et de la dilatation, et n*opérer que lorsque le rétrécissement est devenu infranchissable. Mais dans tous les cas, pour mettre de son côté quelques chances de succès, il ne fautpas attendre que r inanition prolongée ait épuisé les forces du sujet.

La phlegmasie pulmonaire qui Complique si souvent le cancer de l'œsophage est une contradiction formelle de l'opération.

Lorsqu'il s'agit d'un rétrécissement cancéreux, la gastrostomie n'est évidemment qu'une ressource palliative ; mais elle peut pro- longer l'existence et la rendre plus supportable. Au contraire, dans le cas d'un rétrécissement cicatriciel de l'œsophage, elle donne le moyen de conserver la vie, peut-être de guérir le rétrécissement ; car, selon la judicieuse remarque du candidat, un rétrécissement qui est infranchissable de haut en bas par la voie pharyngienne peut se laisser traverser par une sonde poussée de bas en haut par la bouche stomacale et le cardia.

La gastrostomie est donc une opération utile, qui doit prendre place dans la chirurgie et qu'on doit apprendre à pratiquer.

Or, il faut le reconnaître, depuis les débuts de la gastrostomie, en 1849, jusqu'à ces dernières années, nous n'avions pas de règles fixes pour nous guider dans l'exécution de cette opération.

En 1876, M. Labbé établit que pour arriver sur la face antérieure de l'estomac il faut faire Tincision à 1 centimètre en dedans des fausses côtes gauches, parallèlement à celles-ci, et ne pas la prolon- ger au-dessous d'une ligne transversale passant par les cartilages des deux neuvièmes côtes.

M. Labbé ne se proposait que d'ouvrir l'estomac pour en extraire un corps étranger (une fourchette) , mais il indiqua formellement que cette incision pouvait s'appliquer à la gastrostomie.

Le 26 juillet de la même année, M. Verneuil utilisa cette der- nière pour faire une gastrostomie qui fut couronnée d'un plein succès. Le candidat recommande le procédé suivi par M. Verneuil comme le meilleur de tous ceux qui ont été employés avant lui.

Nous sommes complètement de son avis, et nous pensons qu'il est utile de rappeler ici les temps qui le composent et les précau- tions qui le font réussir :

1" temps. Incision petite de 5 centimètres seulement, faite au lieu d'élection fixé par M. Labbé. Pendant l'incision de la paroi

H . SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

abdominale, hémostase complète au fur et à mesure de l'ouver- ture des vaisseaux.

2" temps. Suture solide et définitive de restomac à la plaie pariétale avant d*ouvrir ce viscère.

2!^ temps, Incision de Testomac dans l'étendue d'un centimè- tre et hémostase des vaisseaux coupés soit par la ligature, soit par l'application de pinces à forcipressure.

4* temps, Introduction dans Testomac et fixation d'une sonde en caoutchouc rouge, flexible.

Les précautions particulières qui contribuent puissamment au succès de l'opération sont : la méthode antiseptique pendant Topé- ration et pendant le pansement, Timmobilisation de la paroi abdo- minale à Taide d'une épaisse couche de collodion et l'alimentation immédiate du malade.

Messieurs, le travail que nous venons d'analyser est la mono- graphie la plus complète que nous possédions sur ce sujet. H a coûté des recherches nombreuses et patientes. Il est enrichi d'une bibliographie très-courte et de plusieurs dessins. Il est écrit avec un sens critique très-juste.

La commission se plaît à reconnaître le mérite du mémoire qui a été adressé pour le prix Laborie ; mais elle regrette qu'il n'ait point de concurrent. La qualité est sans doute préférable à la quantité.

Cependant, il serait désirable que les candidats montrassent plus d'empressement à envoyer des travaux pour nos concours.

Rapports pour trois nominations au titre de correspondants étrangers,

par M, Giraud-Teulin.

Messieurs,

La liste de nos correspondants étrangers offre aujourd'hui quatre vacances. Le dossier des candidatures aux élections à inter- venir et qui nous a été remis par votre bureau est des moins pour- vus, non-seulement de travaux présentés, mais même en noms de prétendants aux titres vacants.

Dans cette occurrence, après en avoir délibéré, votre commis- sion s'est arrêtée aux trois noms suivants qui vous sont tous con- nus comme dignes, à titres divers, de notre considération et comme devant contribuer à celle de notre compagnie. Le rappel sommaire de ces titres justifiera, nous n'en doutons pas, à vos yeux les propositions qui termineront ce rapport.

Le premier, comme ancienneté tout au moins, est l'illustre l^e- présentant de la célèbre et ancienne Ecole ophthalmologique de

8BANGB OU 2 JANVIER. i&

Vienne, le professeur Arlt, dont les noinbi*eux et constants travaux forment le trait d'union entre les doctrines traditionnelles trans- mises par Poler et le vieux Saeger et le mouvement moderne. Egalement maître dans la théorie et la pratique, aussi ferme clas- sique que novateur fervent, M, Arlt résume en lui, et au même de-^ gré de puissance, renseignement du passé et les richesses acquises en ces vingt^inq dernières années.

Toutes les découvertes chirurgicales qui font l'honneur de Tépo- que actuelle ont dû^, pour conquérir le droit de cité scientifique, subir répreuve de sa clinique respectée pour en sortir désormais accréditées par son attache. Travailleur fécond et sans défaillances, M. Arlt est, avec M. Dom- ders et notre regretté de Graëfe, Tun des trois fondateurs et constants directeurs de ces célèbres Archives d'ophthalmologie des- quelles ont émergé les premières assises de la science moderne. Tous les points délicats de Tanatomie, tant descriptive qii'histolo- gique de la région oculaire, lui doivent de consciencieuses et sa* vantes études, fixant soit la science, soit la pratique.

Parmi elles, la seule découverte des fibres circulaires du muscle ciliaire lui assurerait notre reconnaissance.

Eoân, si la maxime inscrite au frontispice de notre constitution : t Vérité dans la science moralité dans Tart », a quelque part une représentation vivante, c'est assurément dans Thomme uni- versellement honoré que nous désignons à vos suffrages.

i\ous vous signalerons en second lieu, M. Georges Callender, professeur de chirurgie et chirurgien de Thôpital Saint-Barthé- lémy, à Londres.

Praticien très-renommé, il a publié entre autres travaux très-con- nus une monographie sur la hernie fémorale ;

Tout récenmient de nombreuses leçons sur remploi des antisep- tiques en chirurgie ; Le traitement des abcès par Thyperdistension, L'importance et les résultats de la propreté chirurgicale, Leçons de clinique chirurgicale très -estimées, La troisième indication fournie par votre commission portera sur un savant plusjeune que les précédents, mais ses travaux Font déjà classé dans votre estime, et dont plusieurs d'entre vous, messieurs, ont pu apprécier la valeur personnelle dans les luttes entre condisciples. M. Reverdin, de Genève, ancien interne des hôpitaux de Paris, s'est fail remarquer par des idés neuves et des travaux intéressants en chirurgie.

Je n'ai pas besoia de vous rappeler à cet égard ses titres : les recherches patientes et multipliées sur les greffes épider- miquesi apportées pour la première fois à cette tribune, pourront

16 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

bien un jour devenir une méthode classique de cicatrisation par deuxième intention, et se rattachent ainsi, par la pensée qui les a accumulées, à leur origine, au patronage de notre compagnie.

Nous rappellerons une thèse remarquée sur Turéthrotomie in- terne, un mémoire sur Tanthrax de la face, un travail plus récent sur les fistules uréthrales.

A côté de ces éléments scientifiques, nous devons placer des titres d'une autre nature à votre attention. M. Reverdin est aujour- d'hui, dans un pays voisin, représentant de la science et de Ver seignement français. Il a déjà conquis dans la Faculté nouvelle- ment fondée à Genève une position éminente, et ceux de nos confrères qui ont été représenter notre pays au dernier Congrès médical international ont été à même de reconnaître la naissante autorité qu'il y a déjà acquise, et de bénéficier de son empresse- ment à la mettre au service de Thospitalité qu'ils y ont reçue dans cetie contrée amie.

Nos suffrages en cette occasion pourront donc être en même temps et un acte d'estime scientifique et de reconnaissance natio- nale.

CONCLUSIONS.

En conséquence, nous proposons à la Société de décerner le titre de correspondants étrangers à :

M. le professeur Arlt, de Vienne ;

M. Georges Callender, professeur de chirurgie et chirurgien de l'hôpital Saint-Barthélémy, à Londres;

M. Reverdin, professeur à la Faculté de Genève, ancien interne des hôpitaux.

La Société se forme en comité secret à 1 h. 20 m.

Le secrétaire j Cruveilhier.

Séance du 9 janvier 1878.

Présidence de M. Panas.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Correspond anee.

La correspondance comprend :

l*' Les journaux périodiques de la semaine de Paris et de la province.

SÉANCE DU 9 JANVIER. 17

Le Centralblatl fiir Chirurgie ; Le Comment ario cliuico di Pisa ; La Gazetta medica Italiana Lombardia; The British Médical Journal,

3* Du bégaiement et de son traitement physiologique, par M. le D' Jules Godard.

4* Pratique de la chirurgie des voies urinaires, par le D" Dele- forge.

5<* Une lettre de M. le D' Debrou, membre correspondant de la Société de chirurgie, ainsi conçue:

Monsieur et très-honoré confrère.

Je vous annonce, avec regret, que je suis obligé, pour des rai- sons de santé, de vous demander de ne plus me compter au nom- bre des correspondants abonnés à vos travaux à partir de janvier 1878.

Je resterai toujours attaché de cœur aux travaux do cette savante et si utile compagnie ; ma santé, qui a beaucoup limité mes occu- pations professionnelles, s'oppose à ce que je continue d'y prendre part d'une manière active et suivie.

Veuillez, Monsieur le Secrétaire général, agréer mes sentiments

de respectueuse considération.

D' Debhod,

Ancien chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Orléans. Orléans (Loiret). ^ décembre 1877.

6*» Une lettre du D' Làtapie, de Lourdes (Hautes-PjTénées), ac- compagné d'une note sur l'aération des hôpitaux. Procédé pour empêcher la diffusion des maladies contagieuses.

A r occasion du proccs-verbal.

M. Verneuil. Dans la discussion qui a été soulevée par M. Lan- nelongue dans la dernière séance, au sujet de la nature de l'épan- chement de l'articulation du genou consécutif aux fractures de- cuisse, je disais que je n'acceptais pas la théorie de MM. Gosselin et Berger, qui faisait provenir le liquide d'un épanchement san- guin.

Je viens de voir une preuve directe du bien fondé de mes doutes. Il s'agissait d'un homme qui, à la suite de la rupture de l'artère fémorale, a présenté un énorme épanchement de sang enveloppant de toutes parts la synoviale et ayant persisté cinq semaines.

J'ai fait Tamputation et j'ai pu constater qu'aucun liquide n'avait transsudé à travers la membrane synoviale.

BULL. ET MÉU. DE LA SOC. DE CHIR. ^

18 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

r

EleetioBs.

l"" Membres correspondants étrangers :

M. le Président annonce qu'on va procéder aux élections de trois places de correspondants étrangers.

A l'unanimité, MM. Arlt, Callender, Reverdin sont nommés mem- bres correspondants étrangers.

Membres correspondants nationaux :

Le vote se termine par la nomination de MM. Vredenne, de Vin- cennes ; Poinsot, de Lyon ; Paquet, de Lille ; Roux, de Marseille. MM. Bœkhel, Bardy-Delisle, Ripoll, Mollière, Dezanneaux, Estie- vent, Beau de (Brest), Dauvergue, obtiennent les autres suffrages.

Commission des eongés.

Elle est renommée par acclamation.

Discussion sur le trépan.

M. Desprès. Le lendemain de la bataille de Waterloo, S. Cooper trépana.un soldat du 44" régiment d*infanterie anglais qui avait reçu une balle sur la région pariétale ; il n'y avait pas de fracture apparente au point dénudé, mais il y avait une fracture esquilleuse de la table interne seule; le malade guérit. Moins de dix ans après, Cooper écrivait : Le trépan doit être réservé pour les cas rares où, non-seulement on peut établir qu'il y a compression du cerveau et le siège de la compression, mais encore il y a des accidents graves et pressants qui ne peuvent être guéris par aucun autre moyen *.

Que de mécomptes ont suivre un moment d'enthousiasme en face de ce fait heureux, et vous pouvez augurer des écrits de S. Cooper, du changement qui surviendra dans Tesprit de nos collègues qui débutent dans les hôpitaux et qui ont, prématuré- ment, sur un fait heureux, bâti une théorie des indications du trépan .

Vers 1840, l'opinion des chirurgiens français a l'égard du trépan était faite. Les enseignements de Malgaigne avaient prévalu, les faits étaient contre le trépan, et Malgaigne avait présenté sous une forme saisissable les|argument8 qui contre-indiquaient le trépan. Je

t s. Cooper, Dict. de c/iir., art, Trkphinb.

SÉANGB DU 9 JANVIER. 19

ne parierai pas des épanchements sanguins arachnoïdiens, pour lesquels Abernethy et A. Gooper n'admettaient plus le trépan à la fin de leur vie. Mais Malgaigne avait bien établi que lorsque Ton trépanait pour des épanchements on ne retirait rien ou presque rien et que les symptômes graves persistaient et s'aggravaient souvent après les trépanations ; enfin que l'ouverture du foyer d'une fracture du crâne n'était pas de la saine chirurgie, et que souvent des lésions graves existaient en un autre point que celui le trépan était raisonnablement appliqué. Malgaigne faisait allusion aux fractures de la voûte du crâne, avec propagation à la hase et contre-coup*.

Nélaton a parfaitement résumé ces contre-indications du trépan < et son langage à ce sujet est la sagesse même. Il n'excuse le trépan que pour les fractures du crâne largement ouvertes, et dans les cas il y a des corps étrangers. Ouvrir, disait-il, le foyer d'une frac- ture, un épanchement sanguin, c'est s'exposer â une inflammation et à la chute de portions d'os, qui peut-être, auraient repris sans l'incision pratiquée sur la fracture.

Depuis 1848, époque à laquelle la Société de chirurgie commença à publier ses Bulletins, il n'y a pas de discussion sur le trépan. La France laisse l'Angleterre abuser du trépan et elle est suivie dans celle voie par l'Allemagne. Le trépan a reparu dans nos Bulletins avec une observation de M. Broca. Une discussion a suivi: M. Le- fort à publié une statistique des trépanations en Angleterre. Enfin U. Lucas-Championnière a apporté une observation de trépanation sui\ie de succès, puis M. Terrillon a présenté une nouvelle obser* ration de succès pour une lésion cérébrale tardive consécutive à une fracture du crâne. La majeure partie d'entre nous est néan- moins restée opposée à la trépanation. Les chirurgiens de nos ar- mées sont partagés, et je puis dire de suite que pour une raison spécieuse quelques-uns d'entre eux sont disposés â trépaner. Dans les plaies de tête par balle avec fracture, on est séduit par l'envie d'extraire les corps étrangers et les esquilles que l'on voit plus ou moins, et l'on tente l'opération du trépan. Mais il ne faudrait pas s'y tromper, les fractures par balles ne sont pas comme celles que nous observons dans nos hôpitaux. Ces fractures ne sont pas ac- compagnées de contusion cérébrale étendue, de contre-coup, de fractures ailleurs, et cela est si vrai, que les fractures par causa directe sans grand ébranlement, que nous traitons parl'expectation, guérissent très* facilement seules dans nos hôpitaux. En 1867, M. Trélat a bien fait cette distinction.

< Malgaigne, De la théorie du traitement des plaies de tête, Gax. méd,y 1896.

< Nelaton» Palh. chir,, t. II, Fracture du crftne.

tO SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Il y a donc eu des statistiques et des observations. Je veux de suite couler à fond la question des statistiques. Les unes portent sur les faits anglais seuls, c'est la statistique de M. Lefort^, et vous avez vu que les Anglais avaient obtenu dans leurs fractures du crâne traitées par le trépan de 1857 à 1866, 44 0/0 de guérison, soit 56 0/0 de morts. J*ai déjà attaqué cette statistique et j*ai montré que les Anglais trépanaient préventivement; il y a des observations ainsi conçues : pas de symptômes (/20 symptoms)^ trépan. On tré- pane donc en Angleterre pour des cas cela n'est pas néces- saire, les Anglais en sont au point ou en étaient autrefois les chi- rurgiens d'armée qui débridaient, quand môme, toutes les plaies par arme à feu.

Une grande statistique a été faite en Allemagne par Bluhm '. Cette statistique porte sur 995 cas y compris ceux de M. Sedillot et des Américains: c'est sans contredit la plus complète. Mais l'au- teur reconnaît que les cas qu'il a réunis ne représentent pas la sta- tistique intégrale des cas de trépanation. Beaucoup d'insuccès ont été passés sous silence, et cela se conçoit, puisque chez nous, hier, des trépanations ont été faites dans nos hôpitaux, ont été suivies de mort et n'ont été publiées nulle part, tandis que les faits heu- reux de MM. Lucas-Championnière et Terrillon ont été immédiate- ment publiés.

La pratique des Anglais a été vue de près pendant la guerre de Crimée, et il est curieux de remarquer que leur trépanation a donné des résultats désastreux. M. Legouest l'a rappelé dans la discussion de 1867^, et il fit une comparaison que je vais poursui- vre. Nous avons perdu, disait-il, en Crimée, 73 0/0 de nos frac- tures du crâne, et nous ne trépanions pas ; les Anglais, qui trépa- naient, ont eu 100 0/0 de morts pour leurs fractures du crâne.

Eln 1863, année la statisticpie des hôpitaux de Paris a été le mieux faite, et sous la direction de M. Broca qui, comme vous le savez, s'intéressait aux opérations chirurgicales, il n'y a eu aucune opération de trépan et il y a eu 147 fractures du crâne, tant de la voûte que de la base. Les fractures ont donné lieu 59 fois à la mort, soit une mortalité de 40,1 0/0 de mort. Comparons encore : depuis 7 ans que je suis à l'hôpital Cochin, j'ai observé 24 frac- tures du crâne, 2 ne seront pas comptées : un coup de fleuret qui avait traversé l'orbite et pénétré dans le cerveau, une balle entrée dans l'œil droit, et qui était allé se loger dans le lobe occi-

I Lefort, Discussion sur le trépan. Bail. Soc. de ehlr., 1867.

Bluhm, Statislik der Trépanation bei Kopfverlezungen besonders bei Shus- fracturen des Shœdcls, Lûngenbeeks Arch. f. Klin.y B. XIX, 1875-76 p. 110 et sulv.

s Legouest, Discussion sur le trépan, BulL Soc. de cbir., 1866.

SÉANCE DU 9 JANVIER. Si

pitâl du côté gauche ; restentSO fractures sur lesquelles il y en a eu 6 de la base du crâne dont 5 suivies de mort, et 7 de la voûte du crâne dont i avec enfoncement manifeste, lesquelles 7 ont guéri. La fracture du rocher a été suivie de guérison. 6 malades sont morts en aiTivant, et à Tautopsie, nous avons trouvé des lésions viscérales ou des contusions du cerveau qui expliquaient une mort rapide. 2 fractures par cause directe avec propagation à la base ont donné 1 mort et 1 guéri. Si je soustrais les morts rapi- des qui dans les statistiques des hôpitaux sont classés sous le chef de contusion cérébrale, j'ai la statistique intégrale suivante : 14 cas de fractures, 6 morts, soit 42 0/0 de morts, et en bloc, 24 fractures, 14 morts, soit 58 0/0 de morts.

Donc, la statistique hospitalière, ma statistique, en prenant les chifFres les plus avantageux, nous donne 40 0/0 de morts ou 42 0/0. Or, la statistique de Bluhm, qui, de Taveu même de Tau-* leur, manque d'un grand nombre d'insuccès, donne pour les frac- tures du crâne traitées immédiatement ou consécutivement par la trépanation, 48 0/0 de morts. Cela ne prouverait pas, on le voit^ l'innocence du trépan, mais cela prouve au moins, l'inutilité du trépan.

MM. LeDentu et Lucas-Ghampionnière ont fait miroiter devant vos yeux les faits de trépanations exécutées sur les Américains pendant Ja guerre de Sécession à la suite des plaies de tête par armes de guerre ; ils ont cité lo chiffre de 25 0/0 do mortalité à la suite du trépan, mais il y a à côté de ce chiffre éblouissant un autre chiffre instructif, il est écrit : fractures du crâne traitées par les moyens médicaux 80 0/0 de morts. Si nous établissons la statistique par une moyenne, nous voyons que les Américains ont perdu 52 0/0 de leurs fractures du crâne. Cette mortalité est. supé- rieure à celle de la statistique hospitalière de 1863, qui est de* 40,1,- et tout à l'avantage de l'abstention.

Ayant d'entrer dans la discussion des observations, examinons le profit que Ton veut tirer aujourd'hui des localisations cérébrales pour justifier le trépan. ^

n est certain que les physiologistes et les médecins ont donné, des preuves convaincantes des localisations cérébrales. Tout n!e6t pas dit, cela est sûr, mais il est positif qu'il y a dans le cerveau une zone verticale dont Técorce, aussi J>ien que les pairties pro-- fondes, préside aux mouvements des membres de la face et delà langue, cette zone comprend la circonvolution pariétale ascen- dante, les deuxième, troisième et quatrième frontales. et Içpirolonr gement ou l'aboutissant des fibres qui partent du corps strié ou qui y pénètrent. Mais qu'est-ce que cela prouve en favQUi' dutrépap? Je dirai très-volontiers que les faits de MM. Terrillôn etLucas-Clham-

SOCIETE DE CHmUROIE.

pionnière sont des preuves à Tappui et qu'ils ne sont pas les pre- miers des localisations cérébrales, mais je nie que les signes tirés des localisations cérébrales soient des indications du trépan.

Trépanez-vous pour un symptôme ou pour une lésion ? Si vous trépanez pour un symptôme, vous devriez trépaner pour les paralysies dues à un ramollissement des régions motrices, et nous savons tous que les chirurgiens ont la sagesse de 8*abstenir de toute opération de ce genre, qu'aucun médecin n'oserait conseiller. Un symptôme de paralysie ne saurait être une indication de trépaner. Si c'est pour remédier à une lésion , si c'est pour relever une esquille que vous trépanez, les symp- tômes manquent dans tous les points il n'y a pas de régions motrices, et cependant il y aurait le même intérêt à relever les esquilles, et ces malades guérissent seuls parce que l'on a la sagesse de ne pas leur ouvrir le crâne ou qu'on ne trouve pas de symptômes. Les malades ne meurent pas parce qu'ils ont une mo- noplégie brachiale, et l'esquille qui cause un trouble du cerveau dans les régions motrices ne sera jamais dangereuse si elle ne produit que la paralysie» Elle sera dangereuse dans les régions motrices comme dans toutes les autres régions quand elle sera accompagnée de contusion cérébrale. Ce qu'il vous faudrait démon- trer c'est le moyen de distinguer s'il y a ou s'il n'y pas contusion cérébrale, c'est la preuve que le trépan remédie à la contusion eérébrale.

Il y a dans la thèse de Velpeau *• une observation qui remonte à iSO ans, et elle est tellement significative au point de vue des localisations cérébrales, que je m'étonne qu'elle ait échappé a M. Pitres; cette observation prouve que toutes les indications dont il vous a été parlé existaient chez un chanoine qui avait reçu sur le crâne un cierge tombé de 80 pieds de haut et qui 58 jours après eut une monoplégie brachiale, une hémiplégie et l'embarras de la parole. La blessure siégeait sur le pariétal du côté opposé. On trépana, on ne trouva rien que de la sanie roussâtre sur les circonvolutions cérébrales, c'est-à-dire un ramollissement céré- bral. Le malade mourut. Toutes les indications que vous a expo- sées M. Le Dentu dans son rapport, que j'ai écouté avec le mtaie intérêt que la Société, étaient réunies, et Ton a eu un bel insuccès. Gela est-il assez clair 7 La monoplégie brachiale était le symptôme d*une lésion autre que celle qu'on supposait, il n'y avait pas eu de diiagnostic précis possible. Le fait d'Attalin sera considéré comme un des arguments les plus solides contre l'application de la théo-

« Velpeau, Do tréjutn dêna /es pUhade tête. Thèse de concours 1884, leUre d'Attalin.

SEANCE DU 9 JANVIER. fB

rie des localisations cérébrales aux indications du trépan. Il y a eu bon nombre de faits du même genre qui n'ont pas été publiés, ou qu*il est facile de retrouver dans les vieux livres. Je ne vous les citerai pas. Enfin, et cela est un des plus forts arguments, si vous donnez les phénomènes paralytiques pour 'des indications du tré- pan, il faut que vous nous montriez que les paralysies sont incura- bles par tout autre mo^en que le trépan, et vous en êtes loin.

Avant de discuter les observations, que je grouperais sous 4 chefs : 1* trépanation- préventive ; 2<» trépanation primitive^ c^est- à'dire dans les premiers Jours des blessures; trépanation consécutive^ c'est-à-dire pour des accidents plus éloignés; \^tré^ pênation retardée pour des troubles cérébraux survenant longtemps après une plaie de tête, je dirai que je puis parler du trépan en toute liberté, j'ai été élevé par des maîtres à qui je n'ai jamais vu pratiquer le trépan et qui guérissaient leurs malades. Je n'ai jamais trouvé Toccasion de pratiquer plus qu'eux le trépan. J'ai vu des faits semblables à ceux l'on pratique le trépan, et mes malades ont guéri]; j*en ai vu d'autres, je n'ai jamais regretté de n'avoir pas appliqué le trépan. Il y avait des lésions cérébrales, des contusions étendues et profondes auxquelles la trépanation n'aurait absolument rien fait.

Voyons donc les observations» Et d'abord si je montre qu'à toute opération de trépan suivie de succès correspondent, ou des trépanations faites dans des conditions identiques qui ont échoué, ou- des fractures du crâne non suivies de trépan qui ont guéri quoique les lésions fussent semblables à celles pour lesquelles le trépan a été pratiqué, j'aurai démontré de nouveau la valeur de l'opinion française sur le trépan.

AIH. Terrillon et Lucas -Ghampionnière ont fait éclore dans les journaux des faits de trépanation. M. Vanlair, de Liège, a publié un bon mémoire à l'occasion d'un fait de sa pratique, une opération qu'il appelle une trépanation préventive ^. C'est le fait le plus récent, je m'en empare. Il s'agit d'un enfant de 15 ans (toujours un jenne sujet, entendez-le bien. Messieurs). Il y avait une fracture avec enfoncement et perte de substance des os du crâne de 3 centi- mètres, et il y avait des esquilles dans la fracture. Il n'y avait pas le moindre symptôme cérébral, la température était normale. On tré- pane, on extrait deux esquilles dont une de 14 millimètres sur 7 de large. Le douzième jour on extrait une esquille de 23 millimètres sur 12 de large, le dix-septième jour 4 fragments osseux sont extraits dont un de 22 millimètres, le vingt-troisième jour on extrait 13 nouvelles esquilles.

> Vanlair, Contribution à r étude de la trépanation du crâne (Bull, thér,^ 1877, 15 et SO jaillet).

24 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

J'arrête votre attention sur cette observation. Direz- vous que Ton a trépané pour enlever les esquilles qui blessaient le cerveau ? L'observation même vous prouve le contraire, puisqu'après Topé- ration il restait encore 17 esquilles qui sont ensuite sorties seules et sans accidents. Cette trépanation qui a été supportée par le ma- lade à cause de sa jeunesse, a donc été faite pour un but qui n'a pas été rempli ; et c'est dire qu'elle a été inutile.

Les livres, les journaux du temps passé !ie manquent pas d'ob- servations où des lésions semblables ont guéri sans trépan. Bien des médecins connaissent des faits de fractui'e du crâne chez les enfants, avec issue du cerveau, que Ton croyait mortelles, et qui ont été guéries sans accidents. Écoutez un fait qui m'est person- nel. Un enfant de 3 ans tomba il y a trois ans, d*une fenêtre du étage sur une barre de soutien qui traversait une cour au niveau de l'entresol ; la barre de fer avait fait sur le frontal, depuis l'œil jusqu'au milieu du pariétal, une plaie avec fracture et un enfonce- ment du crâne de 1 centimètre au moins de profondeur, la sub- stance cérébrale sortait au fond de la plaie. Il n'y avait pas d'autres symptômes cérébraux qu'une résolution complète de tous les membres. Cet enfant a guéri en 6 semaines ; on avait le dessein de l'envoyer à l'hôpital des enfants, mais la mère voulut le garder et et je n'en fus pas fâché, car j'avais grand'peur qu'on eût l'idée de trépaner. Un séquestre de 15 millimètres sur 10 fut détaché du , crâne vers le 30"" jour sans le moindre accident.

La trépanation préventive est jugée par cette comparaison. Je ne vous parlerai pas d'une observation de Burns, citée par M. Van- ' lair, l'on fit une trépanation primitive, l'hémiplégie survint après cette opération, on appliqua deux jours de suite une nou- velle couronne de trépan, le jour le malade mourut d'une ménin- gite. Il s'agissait d'une fracture du pariétal droit par cause directe. Voilà cependant un fait bien peu favorable à la trépanation primi- tive et qui n'a pas besoin de commentaires.

Mais, dira-t-on, lorsqu'il s'agit de plaies de guerre, de balles

' restées dans le cerveau, le trépan a fait des merveilles. A cela je

. réponds que, sauf un ou deux cas de Larrey père, et un cas la

balle était entre, la dure-mère et le crâne, il y a peu de cas heu-

. reux. On connaît presque autant de faits la balle est restée en-

. kystée dans le cerveau. Je ne parlerai pas des faits de Paroisse de

Ramdhoret de celui de Larrey. Je citerai encore des faits inédits

'que j'ai observés et qui prouvent que des plaies en gouttière du

.crâne etdu cerveau et des balles restées dans le crâne peuvent être

guéries sans trépanation, et que, avec le temps, une balle pourra

toujours être assez facilement extraite par le trou où. elle est

entrée.

SÉANCE DU 9 JANVIER. S5

A Sedan, un soldat poméranien, une de ces têtes rondes si bien représentées par les peintres de la bataille d*Eylau, reçut en plein front une baHe qui creusa d'avant en arrière une gouttière qui allait jusqu'à la suture lomboïde. Un morceau de son casque, des esquilles emplissaient la plaie au milieu de la substance céré- brale. Les médecins prussiens et français jugèrent le malade perdu. Il resta dans une de mes ambulances, je le pris pen- dant 16 jours; après l'accident, il resta sans connaissance avec des compresses d'eau froide sur la tête. Le 17® jour, il se réveille, de- mande sa soupe, et le 25° jour la plaie était en si bon état qu'il partit à pied rejoindre un convoi de blessés prussiens qui se ren* dait à quelques lieues de Sedan.

Voici un autre fait non moins instructif : Un soldat du 31' de marche reçut une balle au-dessus de l'oreille gauche, le !•' dé- cembre 1870, à Villepion. Il resta sans connaissance et fut tran- sporté dans cet état d'ambulance en ambulance jusqu'à un hôpital jniiitaire à Bordeaux. Il se remit. On lui avait enlevé, disait-il, une balle sous la peau. En août 1871, ce garçon revint chez son oncle, marchand de vins, rue Bellechasse, et je fus appelé parce qu'il avait un abcès au-dessus de l'oreille et tombait de temps en temps dans des attaques épileptiformes. J'explorai une fistule en- ûammée qui existait au-dessus de Toreille et je pus extraire un séquestre du volume d'une plume de fer courte. Le malade fut souiagéy un mois après le malade avait eu une attaque d'épilepsie nouvelle. J'explorai encore et je trouvai quelque chose de noir.au fond de la fistule ; je reconnus une balle dont je fis l'extraction* C'était une moitié de la balle dont l'autre moitié avait été extraite sous la peau. Il y eut encore pendant quelques mois des accès épileptiformes et le malade finit par guérir. On aurait trépané pour extraire la balle, aurait-on obtenu un meilleur résultat ?

La trépanation pour les accidents immédiats a été défendue ici par M. Lucas-Championnière, en vue d'extraire des esquilles, cause de compression cérébrale. Vous vous rappelez cetlô obser- vation. Il s'agissait encore d'un homme jeune chez lequel, peu jours après une plaie de la région pariétale, il survint une mono- plégie brachiale; le jour, le trépan est appliqué, le chirurgien ^tire une petite esquille.

Le trépan avait donc été pratiqué pour extraire une esquille, Une question préalable doit être traitée avant tout. Une esquille^ oa des esquilles sont-elles donc si dangereuses pour. le cerveau? Ehbien non, Messieurs, les Bulletins delà Société anàtomique ren^ ferment un bon nombre de faits qui démontèrent que le cerveau .s'accoutume très-facilement à la compression. , On a trouvé des fractm*es de la table interne du crâne, des enfonç^pients du crâne

26 SOaÉTÉ DS CHIRURGIE.

consolidés plus ou moins vicieusement et qui avaient creusé une dépression du cerveau. Les cadavres sur lesquels ces pièces avaient été recueillies étaient ceux de sujets qui avaient eu autre- fois des fractures du crâne et qui n'en présentaient plus aucun accident. Le musée Dupuytren, dans sa riche collection, renferme les pièces les plus remarquables.

Mais on parlera d'esquilles implantées dans le cerveau, ne croyez pas qu'il manque de faits pour répondre à l'argument. M. Budin "^ a présenté à la Société anatomiquele crâne d'un homme de 49 ans qui, à l'âge de 5 ans avait reçu un coup de pied de che- val sur le front. Il avait bien guéri et il avait succombé plus tard à un cancer du foie. A l'autopsie, on a trouvé la fracture du crâne vicieusement consolidée avec une esquille implantée dans le cer- veau et entourée de fausses membranes organisées. Vous voyez jusqu'à quel point le cerveau montre sa tolérance pour les es- quilles.

J'entends les partisans du trépan, M. Terrillon et M. Lucas- Ghampionnière, dire qu'ils ont guéri la paralysie, l'aphasie, les convulsions. Mais, est-ce que Ton n'a pas de nombreuses obser- vations qui démontrent que ces paralysies guérissent sans trépan? Est-ce qu'il n'y a pas des paralysies, monoplégies et hémiplégies dues à des hémorrhagies cérébrales des noyaux extraventricu- lairequi guérissent seules avec le temps? est-ce que nous n'avons pas l'observation de M. Perrin qui montre commentavec le temps les accidents convulsifs consécutifs aux fractures guérissent peu à peu sans trépan. Vous rappelerai-je enfin le fait que je vous ai déjà sommairement exposé?

Fracture du crâne avec enfoncement. Paralysie. Guérison.

Voici l'observation à laquelle j'ai déjà fait allusion et que j'ai recueil- lie lorsque j'étais interne dans le service de M. Manec, en 1859.

Le nommé Bouchart, figé de 51 ans, était au fond d'un de ces fossés que l'on creuse dans les rues pour rétablissement des conduites d*eau ou de gaz, lorsqu'il reçut sur la tête un levier qui tomba perpendicu- lairement.il perdit connaissance et fut apporté à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Jean, n^ 30, le 23 novembre 1859.

 Phôpital il avait repris connaissance. Une plaie du cuir chevelu avec enfoncement des os du crâne siégeait un peu sur le côté gauche au milieu de la voûte crânienne, une ligature fut faite par l'interne de garde pour arrêter une hémorrhagie fournie par une artère du cuir chevelu, des cataplasmes furent placées sur la plaie; autant que mes souvenirs me le rappellent, le malade ne pouvait supporter une vessie de glace sur sa tête.

t Budin, Fracture ancienne de la voûte du crâne, Bull, Soc. ana^o- mique, 1874, p. 22.

•iAKGI DU 9 JANVIER. SI

Le lendemain 24, résolution incomplète du membre supérieur droit, lifement purgatif. Même état les jours suivants. Issue de substance cérébrale par la

plaie.

Le 27, huile de ricin, 30 grammes.

Le 28, le bras semble un peu plus libre.

Le 29, paralysie complète du bras droit moins la sensibilité au froid.

Le SO, lavement purgatif, môme état.

Le i*' décembre, paralysie incomplète du membre inférieur droit.

Le 2, hémiplégie droite complète, parole embarrassée ; dans la nuit

il 7 a eu une perte de connaissance, flèvre[; 15 sangsues derrière To-

reiUe. M. Manec redoute la méningo-encéphalite.

Le 3, délire, parole embairassée, toujours issue de pus verdfttre par

la plaie, on peu d'hémiplégie faciale. (Le côté n'est pas noté dans mes

iioteB.)

Le 4, aggravation des symptômes, diarrhée, impossibilité d'articu- ler lee paroles, déglutition difficile, apparence de pus cérébral, traces de pus violacé et blanc nacré au milieu de pus verdâtre.

Le 5, goût conservé, pas de selles, lavement purgatif.

Le 6, même état.

Le 7, deux esquilles, une de 18 millimètres de long sur 5. Un mor- ceau du drap de la casquette du malade et de la ouate de la doublure sont successivement extraits, ils étaient amenés au dehors par le pus, selles, même état des paralysies.

J^e S, quelques mouvements dans la jambe droite.

Le 9, la parole est plus facile.

Le 10, mieux, une demi'^'portion, la fièvre est tombée.

Le 11, une portion entière, le bras reste toujours paralysé.

Le 13, un peu de fièvre.

Le 15, agitation, hoquets, perte complète de la parole, lavement purgatif.

Le 16, même état.

Le 18, érysipèle de la face (il est probable que l'érysipèle existait sur le cuir chevelu depuis deux jours), paralysie de la langue, lave- ment purgatif.

Le 19, émétique en lavage, diète.

Le 22, l'érysipèle est terminé à la face, la parole est revenue, appétit, les mouvements reparaissent dans le bras droit et sont de plus en pins nets dans l'ordre suivant: l'avant-bras d'abord, et le bras ensuite.

Le 27, rérysipèle existe encore sur le cou.

I^ 28, môme état, la plaie bourgeonne bien, pansement simple, une portion.

lie 28, extraction de 6 esquilles du volume d'un fragment de grosse attnmette.

Le 29, le malade remue plus facilement son bras et sa jambe ; encore mipeu d'érysipèle.

Le 31, môme état général bon, plus traces d'érysipèle, le malade se ttre mst won séant.

28 SOCIÉTÉ DE CHIRURGllC.

Le !«*■ janvier, je quitte l'hôpital ; j'ai appris depuis que les forces étaient rapidement revenues : le malade est sorti de l'hôpital pour aller à Vincennes en convalescence, et s'est rendu à pied de la salle à la voiture qui devait l'y conduire.

Cette observation, que je dédie à M. Charcot, indépendamment de ce qu'elle prouve rinutilitc absolue du trépan, est une démonstration des plus rigoureuses de la théorie des localisations cérébrales: la bles- sure du cerveau existait en effet rigoureusement au niveau du lobule paracentral. On suit, à Taide de la paralysie, la marche des lésions de haut en bas sur la circonvolution pariétale ascendante et sur le trajet de la scissure de Rolande. .

L'extraction des esquilles dans une plaie du crâne est passible d'un reproche, on se demande toujours, en lisant les observations, si ce que Ton a extrait après la trépanation était bien une esquille destinée à être éliminée. Si je prends, en effet, le texte même de Tobservation de M, Lucas-Championnière, je lis: ^une esquille que f extrais avec quelque peine it; pour qui sait lire entre les lignes^ cela veut dire que le fragment d'os tenait à la dure-mère et qu'il fallut l'en arracher.

Je ne voudrais pas jurer que cette esquille n'eût pu reprendre et se consolider si on l'avait laissée tranquille.

M . Broca a trépané, 6 semaines après l'accident, une fracture du crâne pour extraire un séquestre, et il a réussi. En présence de signes évidents de suppuration et de nécrose, j'aurais peut-être fait ce qu'a fait M, Broca. Mais on peut se demander si l'esquille n'au- rait pas pu être extraite en la morcelant. Le malade, encore une fois, était un jeune sujet ; il a guéri des accidents principaux, mais il lui restait encore quelque chose, une contracture de la face.

Mais en face de ce cas heureux, combien ne compte-t-on pas d'insuccès ! il y en a dans tous les recueils de faits qui ont servi aux statistiques. J'ai vu pour ma part le fait suivant, qui prouve que la nécrose limitée des os du crâne peut guérir par éliminatioa spontanée.

Le 27 novembre 1876, un homme de 32 ans, le nommé Kim, re- çut, pendant qu'il travaillait dans un puits, un pavé dont un angle frappa le côté de la tête juste au niveau de la suture sphénoïdo- pariétale. Le malade resta sans connaissance pendant 3 heures. A son «réveil il accusait non-seulement une douleur au point contus il existait une plaie et un enfoncement des os du crâne, mais encore une douleur vive à la région pariétale du côté opposé. Le malade était dans un état d'hébétude très-marqué. Je fis raser la tète et appliquer un grand vésicatoire. Le malade resta six se- aiaines à l'hôpital et sortit guéri.

Au mois d'août 1877, il revint avec un abcès. sous-périostique

SÉANCE DU 9 JANVIER. 29

dn crâne, au lieu avait existé la fracture, l'abcès fut incisé et drainé. On sentait un point du crâne dénudé et il sortit une petite esquille du volume d'une grosse tête d'épingle, Cet abcès avait été précédé de violentes douleurs de tête. Vous voyez que les choses peuvent s'arranger à la suite des fractures du crâne, comme nous le voyons pour les fractures avec de petites esquilles des autres os. Des faits du même genre ne manquent pas d'ailleurs.

Dans l'observation de M. Terrillon il s'agissait encore d'une esquille, mais il n'y avait pas trace d'inflammation. Cette obser\'a- tion peut être placée entre celle de M. Lucas-Championnière et celle de M. Broca, et ce qui a été dit contre les deux dernières s'appliquent à la première.

La trépanation retardée pour des accidents cérébraux consécu- tifs : épilepsie, paralysie, convulsions, douleurs persistantes, a été /aile nombre de fois : tantôt on exécutait un trépan exploratonr, tantôt on trépanait dans le but d'ouvrir un abcès.

Les observations sont nombreuses, et les deux mémoires de Quesnay * rapportent lofait de J.-L. Petit; mais depuis je ne sach pas qu'on ait guéri im malade atteint d'abcès du cerveau par la trépanation.

Nous avons longtemps vécu avec l'enthousiasme qu'on nous avait inculqué pendant nos études pour une mémorable obsei*vation Dupuytren avait eu la hardiesse de trépaner un jeune homme qui avait eu une plaie du crâne par instrument piquant, ce chirurgien avait ouvert un abcès du cerveau, et avait sauvé le malade.

Ce malade est mort. S. Cooper cite un journal anglais il est dit que le malade a succombé '. Depuis, encore combien de faits malheureux malgré la persistance des partisans du trépan ! Que M. Tillaux n'ait donc pas de regrets : son malade, s'il l'avait trépané^ serait mort comme celui de Dupuytren.

Moi aussi j'en ai vu, des cas d'abcès du cerveau, j'ai diagnosti- qué des abcès^ des tubercules enkystés, à la place ils étaient, le diagnostic a été vérifié à l'autopsie. Mais les malades ne pou- vaient ni ne devaient être opérés. Ils avaient de la ûèvre et des lymptômes de méningite. La fièvre ! je ne dis pas seulement par l'élévation du pouls, mais l'élévation de la température. Voilà une contre-indication du trépan.

Je saisis cette occasion pour signaler à M. Le Dentu une lacune dans son remarquable rapport. Quels que soient les symptômes

* Quesnay, Mém. sur les plaies de tele, el irépan dans les cas douteux, Mém. Aead. de chîr , t. II, éd. Lapeyronie.

^omrn, of foreîgn lùed,, 18, p. 298, in S. Cooper, Dict. de cliir., art. Treprinx, trad. Paris, 1826.

80 SOCttsi BM CHIRUnGIB«

paralytiques, la fièvre est uhe contre-indication formelle du trépan; quand la fièvre existe, la méningo-encéphalite est proche. Si Ton a régulièrement échoué dans les cas de trépan pour des abcès siiii<^ pies ou tuberculeux, cela tient à ce que les abcès du cerveau ne révèlent leur présence que par des signes de méningo-encéphaliia

Les sujets qui ont des abcès du cerveau, des tumeurs cérébralei même, meurent subitement, ou meurent' de méningo-encéphalite ou de ramollissement cérébral. Le cerveau résiste à la compres- sion et Ton ne soupçonne les abcès et souvent les tumeurs du cer- veau que par leurs complications, et, lorsqu'elles existent, la trépa- nation est absolument inefHcace. Cette loi de révolution des abcàf du cerveau, qu'ils soient liés à des tubercules, des traumaUsmei ou à des otites, c'est, suivant une expression de M. Chauffard, une maîtresse majeure qui doit toujours dominer vos résolutions.

A plus forte raison, s'il y a du délire, du coma, des convulsion» en même temps que de la fièvre, il serait absolument déraisonnabk d'opérer, quoique cela ait été fait. Estrce que nous ne ferions pas tous la trépanation pour des tumeurs cérébrales, si nous pouvions les diagnostiquer avant la méningo-encéphelite ou le ramollisse- ment qui emporte les malades?

Je n'insisterai pas sur les nombreux faits qui prouvent que des trépanations faites pour des accidents épileptiformes n'ont point empêché les accidents de se reproduire, que des paralysies ou des contractures ont persisté après le trépan. Dirai-je encore que des trépanations pratiquées à titre d'exploration contre des douleurs de tête ont être répétées, quelque fois sans succès, et que de simples incisions du cuir chevelu ont produit le même résultat, ainsi que Pouteau l'a montré? Je ne citerai que pour mémoire les trépanations de Klein S pratiquées pour des douleurs oii le chirur- gien, se croyant obligé de faire quelque chose, a enlevé les glandes de Pacchioni.

De cette longue discussion on peut conclure : que le trépan pré- ventif, primitif ou secondaire, n'a jusqu'ici réussi que chea des jeunes sigets qui, comme on le sait, supportent beaucoup mieux les traumatismes graves que les adultes ; l'aggravation du traumatisme a été supporté, et c*est tout ce que l'on peut dire de moins accusateur pour le trépan.

La trépanation ne doit avoir pour but que l'extraction d'esquilles, car les trépanations faites pour des épanchements de sang démon- trent que la quantité de sang extraite a toujours été insignifiante. Or, il est positif que la trépanation n'a pas permis d'extraire des esquilles qui sont sorties seules plus tard; il est en outre démontré

» M. Velpeau, Thèse citée, 1834.

SEANCE DU 9 JANVIER. 31

que des esquilles volumineuses se sont consolidées, qu'elles ont eontinué à comprimer le cerveau et ont fini par n*entraver en rieo les fonctions de cet organe, bien qu'elles y fussent implantées. On doit condamner le trépan primitif, parce qu'il n'y a aucun moyen de dire s'il y a ou s'il n'y a pas contusion du cerveau en même temps que fracture esquilleuse, et il sera toujours permis de dire que si des malades trépanés ont guéri c'est qu'il n'y avait pas contusion cérébrale. Et si l'on dit que, dans les cas de mort, le trépan ne fait pas mourir les malades, nous dirons, nous, que dans les cas suivis de succès, les malades guérissent malgré le trépaa

Le trépan retardé pour des accidents consécutifs, serait très-ap- plicable à des maladies auxquelles on ne l'applique pas et pour cause, tels sont les tumeurs cérébrales, psammomes, épithéliomes, gliomes, etc. ; mais comme les abcès du cerveau et les tubercules ou kystes du cerveau, ces lésions ne se révèlent par des symp- tômes apparents que quand il y a des complications inflammatoires qui contre-indiquent absolument le trépan.

J'ai fini, je ne veux plus dire ni bien, ni mal du trépan. Seu- lement, si je réalisais le projet tentant de faire un livre de méde- cine opératoire, je le terminerais par un dernier chapitre intitulé : des opérations inutiles, et le trépan aurait la deuxième place.

Présentation d'Instranenta.

M. Terrier présente, au nom de M. le D' Courserant, un écar- teor des paupières.

lonval écarieur pour les paupières, se manosavrant avec une seule main, par le D^ Ck)URSERANT et M. Mariani» présenté par M. Terrier.

L'écarteur que nous présentons a été construit, sur nos indica- tions, par M. Mariani, fabricant d'instruments de chirurgie. Il jouit de tous les avantages qu'on rencontre chez l'écarteur de M. le D'Armaignac, il supprime le seul inconvénient de ce dernier instru- ment, la possibilité de céder sous une contraction énergique des paupières; à l'aide d'un petit levier et s'engageant dans trois crans destinés à limiter tous les écartements, les branches sont mainte- nues dans une position invariable. Un simple mouvement de doigt permet de baisser le levier, et l'écarteur reprend tout son jeu, si important lorsqu'on est en présence d'accidents qui nécessitent l'enlèvement rapide et sûr de l'instrument.

La séance est levée à 5 h. 20 m.

Le Secrétaire^

Gruveu.hi£r.

32 sociéré de CHinuRaie.

Séance annuelle du 16 janvier 1878

Présidence de M. Panas.

M. le Président prononce Tallocution suivante :

Messieurs et chers collègues.

Dans quelques instants M. le Secrétaire annuel vous exposera Tensemble des travaux de la Société pour Tannée 1877. Vous verrez par que la publication de vos Bulletins offrira comme par le passé, toute Timportance scientifique que leur accorde le monde savant Irançais et étranger, et qui n'est que le juste tribut à votre labeur incessant et à votre amour pour la science.

S'il était permis à celui qui a eu Tinsigne honneur d'être choisi pour présider à vos séances, de vous adresser des éloges, je dirais, sans crainte d'être démenti, que dans aucune société savante on ne rencontre plus d'esprit de justice et de vérité scientifique que dans celle-ci.

Ce n'est d'ailleurs là, Messieurs, que le développement naturel des traditions de la chirurgie française de tous les temps, telle qu'elle a été fondée par vos prédécesseurs, et telle qu'elle sera con- tinuée, j'en ai la ferme conviction, par vos contemporains et par nos successeurs.

Hélas! on ne peut toucher par la pensée à un édifice composé de générations qui se succèdent, sans avoir immédiatement à regretter des pertes douloureuses, comme celle que vient d'éprouver encore cette année la Société de chirurgie.

Dolbeau, notre brillant et malheureux collègue, nous fut ravi par une mort rapide et prématurée, alors qu'il venait d'atteindre le faîte de sa carrière médicale.

La Société n'oubUera pas qu'il a été l'un de ses membres les plus actifs et son président pour l'année 1872.

C'est encore la perte de Tun de ses membres les plus illustres, de l'un de ses anciens présidents, que la Société déplore dans la personne de Bouvier. Plus favorisé que Dolbeau, notre regretté collègue jouissait d'une verte vieillesse, lorsqu'un fatal accident, auquel l'a exposé la perte graduelle de sa vue, vint mettre fm à ses jours. Interprète fidèle de vos sentiments et de votre estime, le bureau n'a pas manqué d'exprimer sur sa tombe des paroles de regrets. ^

Hervez de Chagoin, un de vos vétérans aussi,, succombait dans la même année, de sorte que la Société s'est trouvée privée coup sur coup de trois de ses membres honoraires.

SEANCE DU 16 JANVIER. 83

Parmi nos correspondants nationaux une seule mort est venue nous attrister, c*est celle de Jules Roux, de Toulon, ancien inspec- teur général de la marine en môme temps que savant de premier ordre.

Cette part faite à la douleur, il m'est doux d'arriver aux nouvelles recrues de la Société, et c'est avec un véritable bonheur que nous avons vu s'adjoindre à nous comme membre titulaire un jeune savant de mérite, M. Farabœuf, dont vous avez pu apprécier déjà les travaux.

Les nouveaux membres correspondants nationaux qtd ont con- quis vos suffrages sont :

MM. Vedrenne, à Vincennes, PoDfsoT, à Bordeaux, Paquet, à Lille, Roux DE Brignoles, à Marseille.

Tous sont des chirurgiens distingués et travailleurs, qui ne manqueront pas de concourir à vos travaux.

Quant aux correspondants étrangers, vous n'aviez que trois pla- ces à accorder et vous avez choisi pour les remplir :

&IM. Arlt, de Vienne,

G. Callender, de Londres, Reverdin, de Genève.

Le premier est le célèbre ophthalmologiste que tout le monde connaît ; le second est le chirurgien distingué de l'hôpital de Bar- tholomew, à Londres, et quant au troisième, M. Rever(lin,il vous est connu par ses importants travaux sur l'épidermisation des plaies, outre qu'il vient d'être nommé professeur à la faculté de médecine de Genève.

A tous ces titres, vos choix sont excellents ; aussi avez-vouB proclamé MM. Arlt, Callender et Reverdin membres correspon- dants étrangers à l'unanimité.

Les prix que vous avez eu à accorder cette année, ont été plei- nement justifiés par l'importance, sinon par le nombre des travaux soumis à votre appréciation.

C*est ainsi que vous avez donné le prix Duval à un ancien interne' des hôpitaux des plus distingués, M. Valtat, en récompense de sa thèse inaugurale, il traite de r atrophie musculaire consécutive 9ax artbropatbies^ sujet aussi neuf qu'intéressant.

Le prix Laborie fut décerné à M. Petit (Henri], pour son très- intéressant travail sur la gastrostomie ; question toute d'actualité et que l'auteur a traitée d'une façon absolument complète au point de vue historique.,

•ULL. KT MBM. DE LA SOC DS CHIR. 3

34 SOattÈ DE CHIRURGIE.

Nous félicitons très-sincèrement les deux nouveaux lauréats.

Vous savez, Messieurs, que le prix Gerdy devra être distribué ft la fin de 1879, et que pour vous conformer aux clauses du tes- tament, vous avez désigner, deux années à l'avance, la ques- tion qu'auront à traiter les candidats. Après mûre réflexion, la commission nommée à ce propos vous a soumis la question sui- vante, qui a recueilli vos suffrages :

Histoire des doctrines relatives à la pyohémie ou infection purulente.

Nous espérons que votre appel sera entendu et qu'il en sortira un travail magistral, digne* de la haute portée chirurgicale d*un pareil sujet d'étude.

Le prix Demarquay, fondé par votre regretté collègue, dont vous allez entendre l'éloge, tel que la plume pleine de verve de votre secrétaire général a su le retracer, sera proposé cette année pour la première fois.

Vous aviez, comme pour le prix Gerdy, à fixer la question deux années à l'avance, et voici celle à laquelle vous vous êtes arrêtés :

Pathogénie des différentes formes d'ankyloses et indications thérapeutiques

qui en découlent.

Je ne dois pas omettre de vous parler d'un autre sujet, qui tou-* che de près aux récompenses, à savoir, de l'état de vos ressources pécuniaires.

Pour la première fois, grâce aux excédants, il vous a été permis de faire un placement en rentes sur l'État de 4,800 francs ; outre que 250 francs ont été alloués pour votre bibliothèque et 550 francs pour l'achat d'un tapis. Ce résultat favorable est dû, en partie, à l'augmentation de vos abonnés aux Bulletins, qui est actuellement de 207, et beaucoup à la bonne gestion de votre trésorier, M. Ni- caise, dont nous ne saurions trop louer le zèle.

Mes chers collègues , je ne puis terminer cette courte allocution sans vpjuus exprimer ma vive gratitude de m*avoir appelé, l'année dernière, au poste d'honneur de la présidence. Ce témoignage de votre estime pour moi me remplit de reconnaissance, et soyez certains que j'en garderai le souvenir.

M. Cruveiluier, secrétaire annuel, lit le compte rendu de la So- ciété pendant l'année 1877.

Messieurs, Le rôle qui m'est assigné, dans la séance de ce jour, n'est que le

SiANGB DU 16 aANVIER. SK

complément du mandat que j'ai rempli sous votre bienveillant pa- tronage pendant Tannée qui vient de s'écouler.

Vous avez pensé que, reproduisant hebdomadairement vos séances, votre secrétaire annuel devait se pénétrer intimement de votre esprit et, suivant l'expression de Montaigne, se revêtant pour ainsi dire de votre substance, devait mieux que tout autre re- tracap l'histoire de vos travaux d'une année.

J'ai ressenti. Messieurs, en parcourant à nouveau vos Bulletins, une vive impression, et bien qu'en Texprimant je rie sois que l'écho de mes devanciers, c'est un bonheur pojar moi de vous la tra* duire.

Celte impression est celle de l'étonnement en face de tant de dôi- cuments accumulés, documents de valeur inégale, mais contenant tous au moins une parcelle de ce véritable esprit scientiflque dont étaient animés les fondateurs delà Société de chirurgie.

Vous avez pris part. Messieurs, à plus de trente discussions; quelques-unes vous ont été transmises paries années passées^ d'autres reparaîtront l'année qui vient, établissant ainsi un trait d'union entre tous vos travaux.

Parmi les points de la chirurgie qui vous ont toujours, et à juste titre, le plus préoccupé, il faut citer les questions de pathologie générale.

Dâs le début, nous rencontrons le nom de M. Vemeuil qui, dans un petit mémoire, cherche à compléter la discussion qui a eu lieu l'an dernier sur les rapports réciproques du traumatisme et de la grossesse. Deux points sont particulièrement envisagés :

En premier lieu, TinfLuencopyogénique de la gravidité. L'auteur dte àTappui trois observations d'arthopathies arrivées à suppura- tion; mais, ainsi que l'a fait remarquer M. Gueniot, ces malades avaient d'anciennes arthrites scrofuleuses, et la question lîe peut être tranchée qu'en s'adressant à des individus exempts de ce vice constitutionnel.

Le second point abordé par M. Verneùil est relatif à l'époque il convient de pratiquer les opérations pendant la grossesse : 0 faudrait un autre critérium que la seule quantité de jours et de semaines, l'état antérieur de la femme doit être pris en grande considération. MM. Tarnier et Gueniot ont émis à ce sujet de très** judicieuses observations.

Un deuxième chapitre de la pathologiè^générale a été abordé, c'est laqaestion du rapport de l'arthritisme et des plaies, soulevée par un travail de M. Bachon. L'auteur, en se demandant s'il n'y aurait pas entre le rhumatisme et système lymphatique une mystérieuse connexitéy est un peu sorti de la question ; aussi le rapporteur; M. Le Dentu, a-t-il fait remarquer que les considérations énoncées

96 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

manquaient un peu de la rigueur dont la pathologie générale a be- soin plus que toute autre branche de la science.

Dans la séance du 28 mai*s, M. Piachaut, président de la Société médicale de Genève, membre correspondant étranger, invita les médecins français à se rendre à Genève, à l'effet d'assister aux séances du congrès médical, et la cordialité de la réception ne Ta cédé en rien aux termes gracieux dans lesquels cette invitation était faite.

M. Piachaut donc, dans cette même séance, abordant la question du drainage dans les plaies d'amputation» a revendiqué la priorité de cette pratique pour Ghassaignac en l'enlevant à Lister et à Âzam, de Bordeaux.

Cette question de priorité a soulevé aussitôt une discussion. De- puis le tube pertuisé de Guy de Ghauliac, signalé par M. Guyon, les sétons employés de toute antiquité, comme Fa fait observer M. Le Fort, la sonde degonune élastique que M. Forget a vu entre les mains de Jules Gloquet, jusqu'au drain de Ghassaignac, la même indication était toujours remplie. Faut-il faire dater le drai- nage de l'emploi des drains, évidemment non, car ce serait, suivant l'expression de M. Le Fort, à l'inventeur du caoutchouc qu'il fau- drait en faire remonter l'honneur.

Deux faits semblent résulter de la discussion : d'une part, que c'est bien M. Arlaud, chirurgien en chef de la marine, membre correspondant de la Société, qui a fait le premier l'application du drainage préventif ;

Le second fait et le plus important, c'est que l'opinion générale tend à accepter un mode de pansement que l'on peilt définir avec M. Trélat : réunion primitive avec tube à drainage placé dans k sinus de fermeture de la plaie avec réunion très^exacte.

Quel contraste entre cette méthode l'on cherche avant tout la réunion primitive et le pansement à l'alcool, dit de Nélaton, dont l'essence est de laisser les plaies largement ouvertes!

M. Delens et après lui M. Guyon ont fait ressortir l'absence

complète de réaction locale et l'atténuation de la réaction générale,

qui a fait classer par M. Guyon ce mode de pansement au point de

vue de ses effets primitifs à côté de l'irrigation continue et de la

glace. Nos Bulletins contiennent tous les ans un certain nombre de faits

relatifs aux lésions congénitales.

MM. Depaul et Polaillon nous ont présenté chacun un fait d'occlu- sion intestinale par imperforation de l'anus. Dans le fait de H. Depaul, le gros intestin n'existait pas et le savant professeur s'abstint de toute opération, assuré qu'il était de l'exactitude de son {diagnostic.

SÉANCB DU 16 4A;iVIBH. 37

Malgré les nombreux travaux parus sur ce sujet, la question de la nature et de la pathogénie des tumeurs congénitales ano-coccy- pennes reste à Tordre du jour. Ces faits sont peu communs et de plus anciens ne peuvent être utilisés, vu l'absence d'examen bis- tologique ; c'est ce qu'ont fait ressortir MM. Panas et Depaul, en constatant que la question ne pouvait encore être scientifiquement tmnchée.

Je dois m*arrèter un moment sur les affections de la peau car nous avons eu l'heureuse chance d'entendre notre collègue del'h^ pital Saint-Louis, M. Lallier, si compétent en ces matières, noos exposer un cas d'ulcération de la face et du cou le diagnostia est resté incertain.

Sous le nom bizarre d'ainhum, M. le D' Guimaraes, de Rio de Janeiro, nous a fait connaître une affection des orteils caractérisée par une gangrène à forme spéciale qui serait propre à la race nègre.

M. Reverdin, de Genève, nous a envoyé l'observation d'un épi* thélioma qui, par sa durée (35 ans), lui paraît un de ces faits si rares de transformation de tumeur.

Un autre cas fort intéressant de greffe épidermique était joint au premier.

Sous le Utre de phlegmon sous-ombilical, M. Heurtaux nous a adressé un mémoire avec planches l'on retrouve toutes les qua- lités gui distinguent l'éminent chirurgien de Nantes.

Je dirai seulement que d'après lui nous aurions affaire à une af- fection non encore décrite, dont le siège serait une cavité naturelle anatomiquement déterminée par M. Jouon, professeur d'anato mie de Nantes, et nommée infra-ombilicale; c'est dans cette cavité que s'é- •parpillent, au milieu d'un petit amas graisseux, les extrémités ter* minales des artères ombilicales et de l'ouraque. Le travail de IL Heurtaux étant de ceux qui ont besoin d'être médités, la dia- cussion n'a pas encore été engagée, mais elle sera des plus inté- ressantes.

U y a deux ans votre secrétaire, M. Sée, relatait un cas de suture tendkieuse par anastomose à M. Tillaux. La question semblait épuisée, lorsque cette année deux conmiunications vous ont été lûtes:

Je passerai rapidement sur celle de M. Mollière, de Lyon, dans laquelle ce chirurgien, à la suite d'une perte de substance du tendon ducubital antérieur, parait avoir rétabli la continuité de ce tendon en faisant la suture de la gaine tendineuse ; je me joins au rappor- teur M. Delens pour trouver insuffisants les détails de l'observa- tion, n n'en est ))as de même de M. Notta ; ses quatre faits de suture

>Sg 30CIKTÉ DK CHIRURGIK.

tendineuse sans adhérence de la peau à la cicatrice sont très-sur- prenants et avaient paru entachés de quelque exagération, mais les observations ne laissent aucune place au doute et font honneur à Hiabileté bien connue de notre confrère.

La coxalgie n'a pris place dans nos Bulletins que comme élément de diagnostic différentiel. Frappé de la xencontre qu'il avait faite de certains malades auxquelles on appliquait faussement la déuomif iiation et le traitement de coxalgiques, M. Vemeuil nous a lu un mémoire sur la rigidité des adducteurs de la cuisse simulant la coxalgie. Cette contracture e&t-elle primitive ou secondaire i l'im- potence fonctionnelle des muscles droits de l'abdomen comme l'a pensé M. Panas ? c'est une question qui doit être réservée.

- Je tenninerai l'exposé des affections du système musculaire en mentionnant la communication de M. Duplay, intitulée : ContraO" iure permanente de cause traumatique des muscles du côté droit de la face et du masseter. Notre collègue n'avait trouvé dans les au* leurs aucune trace de cette affection, mais M. Terrier a pu lui four- nir un fait identique.

Nous abordons l'étude du système osseux, qui occupe dans la Chirurgie une place aussi importante que dans la structure organi- que. Nous ne voyons figurer les fractures que dans deux cas : un cas de rupture du fémur guéri sans raccourcissement par M. Du- play ; un eas de fractures spontanées multiples dues, suivant toute apparence, à la syphilis héréditaire. '■ Trois variétés rares de luxations nous ont été présentées :

- La première, due à M. Polaillon, est un déplacement de l'appen* tlice xiphoide pendant la grossesse.

* - deuxième fait est une luxation sous-glénoïdienne de Thumé^ rus, réduite le 75* jour par M. Farabœuf, notre nouveau coUègua*-

Ce malade avait été soigné par un rebouteur , et lorsque M. Farabœuf fut appelé, il y avait 73 jours que l'accident était arrivé. Le bras formait un angle droit avec le corps, et le malade soute- nait le membre sur une fourche lorsqu'il voulait marcher, les seuls mouvements possibles étaient les mouvements en uvant ;et en arrière; le raccourcissement était de 2 centimètres i/l» Vous avez entendu le rapport si complet de M* Périer,c et vous avez vu par quels mouvements méthodiques M. Farabœuf a obtenu réduction, et quel appareil il propose pour arriver à fixer l'omo* plate du côté malade qu'il veut rendre solidaire de l'omoplate du 'côté sain. Ce travail, comme tous ceux de M. Farabœuf, porte Tem- *preinte de rares connaissances anatomiques mises au service d'un 'esprit éminemment chirurgical.

M. Vast, chirurgien enchef de l'hôpital de Vitry-le-François,nousa communiqué un fait très-rare de luxation fémoro-tibiale en arrière

SÉANCE DU 16 JANVIER. '39

avec rupture de l'artère et de la veine fémorale sans plaie cuta-«

oée^l n'y aurait dans la science qu'une observation de Tumer quiait

été suivie de la rupture de la veine fémorale, La gangrène étant dé« darée, l'amputation fut pratiquée le iS* jour, et bien que le blessé eût 78 ans la guérison a été rapide et absolue.

Deux résections du maxillaire inférieur par la iméthode d^ElBS- march ont été rapportées. L'une est due à M. Po'zzi,la relation peut en être citée comme un modèle; elle offre déplus cet intérêt que le malade vous a été montré il y a quelques jours, un an environ après l'opération.

Le deuxième cas de résection par la méthode d'Essmarch a été présentée par M. Cazin, de Boulogne. Il s'agissait d'un malade qut^ à la suite d'une fièvre typhoïde, avait eu une nécrose d'une portion delà branche montante du maxillaire ; l'opération, habilement prati- quée, a présenté un temps difficile : c'est celui oii le chirurgien a vDola faire sa seconde section osseuse pour enlever un coin du maxîHnire; aussi M. Gazin dit-il que c*est un temps de Topératioâ défectueux. Je ferai remarquer à notre collègue qu'il eût évité toute difficulté en empruntant le coin osseux au fragment antérieur au heu de s'adresser à la portion massétérine de l'os.

M. Gillette, qui s*est occupé avec succès des affections osseuses, nous a montré deux malades auxquels il a pratiqué des réisections :

L'un a subi la résection de la tête humérale ; l'autre est un bel exemple de résection sous-périostée du coude: les surfaces hu- mérales se sont reproduites à peu près entièrement et l'articula- tien est douée de mouvements actifs.

Je ne fiais qu'indiquer le cas de sacro-coxalgie blenorrhagique idiîé pan* M. Le Dentu, et j'arrive à la communication faite par H. Vemeuil au sujet du genu valgum. Rappelant les travaux de M. OUi€V qui cherche l'explication de cette affection dans une affeotion du cartilage épiphysaire du fémur , notre collègue cite deux faits dans lesquels il croit avoir prouvé que c'est le cartilage épîpbfsttre tibial qui a été la cause de la difformité.

La thérapeutique du mal de Pott a donné lieu à une discussion intéressante soulevée par M. Trélat. Il s'agissait d*un enfant ch^ leqocS le' diagnostic de mal de' Pott avait été pofté et qui n'avait tié soumis, malgré le conseil de notre collègue, ni à F inkmobililé^ oi' aux révulsifs. Un spécialiste des plus habiles a rendu, pendaitt on an, à cet enfiint l'apparence de santé à l'aide d'un traitement général bien conduit, mais l'évolution lente de la maladie s'ao» tanpllssait et un abcès migrateur se formait. Cette communiM* tien a fourni à notre collègue l'occasion de formuler les wato principes qui doivent guider le traitement : l'immotnliténon pu Mdemenft ptr la gouttière de Botméti mais (comme Ta «dit

40 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

If Marjolin) par toute espèce d'appareil immobilisateur. Le fait de M. Tréiat semblait un fait anormal, il a fini par rentrer dans la règle générale.

La pathologie du système osseux nous offre encore deux ordres d*a£fection.

En premier lieu, nous avons à signaler deux observations d'ab- cès des os. L'un ces faits appartient à M. Desprès.

Le deuxième fait est à M. Chauvel, qui nous adresse une description véritablement typique d'un abcès osseux épiphy- saire, en demandant A la Société si la trépanation doit être faite. U ne saurait y avoir aucun doute dans l'esprit de notre collègue : la trépanation débarrassera son malade de ses douleurs, comme M. Desprès en a débarrassé le sien.

Les affections malignes des os ont donné lieu à deux commu- aications :

La première est un cas de cancer colloïde du gros orteil, la pièce a été présentée par M. Le Fort ; la deuxième est un mémoire inti-* tulé : Étude clinique sur Tostéosarcome des membres, à M. Poinsot, de Bordeaux ; il a fait l'objet d'un rapport de H. Ter- rier et peut être regardé comme le corollaire du travail si inté- ressant de M. Gillette sur le même sujet.

Pour M. Ghauvel, aucun signe n'est pathognomonique. HH. Tré- iat, Tillaux, Terrier, Gillette, sont entrés, au point de vue diag- nostique, dans des considérations intéressantes. Amputer dans le plus bref délai et le plus haut possible, telle est la formule du traitement qui donne 68 0/0 de mortalité. La statistique de M. Ver- neuil, qui a une valeur particulière en raison de Texamen histolo- gique de tous les cas, n'offre qu'un cas de guérison sur 9 faits observés.

Le système circulatoire a donné lieu, comme d'habitude, à de nombreuses communications. M. Verneuil nous a rapporté un fait de lésion d'une artère anormalement située.

H. Nicaise nous a signalé une contusion de la fesse avec rupture de l'artère fessière ; Thémostase a été faite à l'aide de la forci- pressure.

Nous ayons à enregistrer trois faits de ligature. Les deux pre- mîers ont trait à la sous-clavière. M. Aubrée, de Rennes, a lié ce vaisseau en dehors des scalènes pour un anévrysme de l'humérale. Le fait de M. LeDentu devrait prendre place au chapitre luxation. U s'agit, en effet, d'un déplacement scapulo-huméral qui a déter- miné la rupture de Tartère axillaire et la formation d'un anévrysme Imuc primitif. H. Le Dentu a cru devoir ne pas pratiquer la réduo- iioo, lier la sous-clavière et faire la désarticulation de l'iule.

Four &ÛL finir avec les ligatures^ je rappellerai la communication

SÉAlfCB BU 16 JANVIER. 41

de M. Guyon qui, pour être classique» n*en porte pas moins avec elle son enseignement. Il s'agit d'un homme chez lequel» à la suite d'one plaie contuse du pli du coude, on fit dans la plaie la ligature delliumérale et de la cubitale, l'hémorrhagie s'étant reproduite» on lia rhumérale au milieu du bras ; Thémorrhagie persistant» M. Guyon jetta un fil^ sur le bout inférieur de la cubitale. Il y a dans ce cas preuve et contre-preuve» car la ligature directe a suffi li la ligature à distance avait été impuissante.

Sept observations d'anévrysmes ont été présentées :

La première» due à H. Gazin» est un cas d'anévi'ysme diffus du pli dn coude* Il s'agissait d'une jeune fille chez laquelle» en prati- quant une saignée» un médecin avait lié une artère. La tumeur avait pris le volume de la tête d'un fœtus de 8 mois lorsque notre collègue fut appelé. Il fit l'opération par la méthode ancienne et lia ce qu*il prenait pour Thumérale, en tout cas le vaisseau qui communiquait avec l'anévrysme. La. conservation des battements de la cubitale montra qu'il y avait une bifurcation anticipée de numérale et que c'était la radiale remontée^ suivant l'expression de M. Gazin^ qui avait été lésée et .'sur laquelle la ligature avait pcMrté.

M. Aubrée nous a apporté un cas où, consécutivement à une Cracv tore oblique de l'humérus, un anévrysme s'est développé sur l'huméraie ; malgré la ligature de l'axillaire, des hémorrhagies se sont produites , la ligature de la sous-clavière a amené une hé- mostase absolue ; aussi notre confrère aurait-il tendance» en invo- quant du reste l'autorité de Bérard, à substituer, dans des cas analogues, la ligature de la sous-clavière à celle de l'axillaire.

M. Desprès» en nous apportant une opération d'anévrysme trau- matique au premier espace intérosseux par l'ouverture du sac, fKÇQse d'adopter exclusivement la méthode ancienne pour les anëvrysmes de la paume de la main. MM. Trélat» Marjolin, Polail- km n'acceptent pas cette doctrine et citent des exemples de gué- râonpar la compression. M. Lannelongue accepte la compression pour les anévrysmes formés aux dépens de l'arcade palmaire pro- fimde, et adopte la méthode ancienne pour les anévrysmes de l'ar- cade palmaire superficielle.

Enfin, trois cas d'anévrysmes ont été communiqués par M. Jose- Pereira Guimaraes: le premier est un cas d'anévrysme de la fémorale guéri après tme inflammation du sac déterminée par une ponctioo; le second a rapport à un anévrysme poplité, guéri par la compres- sion digitale combinée avec la flexion; le troisième, enfin, affectait li carotide gauche et s'est oblitéré à la suite de l'application de râeotricité i la surfieu» Qxteme de la tumeur: ce serait le premier et le seul cas connu de l'emploi de ce procédé de guérison.

42 sociénÉ de chirurgie.

Les affections du système lymphatique ont fourni matiôi*e à ijuatre communications :

M. Vernôuil nous a lu un intéressant rapport sur une observa- tion de lymphangiome de la langue, à un des jeunes chirurgiens qui ont produit le plus de mémoires originaux, j'ai nommé M. Nep- veu. Ce serait le premier cas connu de lymphangiome lingual cir^ conscrit et indépendant de la macroglossie.

La question des tumeurs lymphatiques malignes ou lymphadé*» nome malin est toujours à Tordre du jour de la Société; la discus- sion qui a eu lieu cette année, bien que fort intérefisante, n*a pas encore élucidé tout à fait ce sujet.

H. Trélat, qui s*est déjà occupé de ce point de pathologie en 187S, nous a apporté une observation des plus curieuses un homme de 48 ans a présenté successivement des tumeurs lymphatiques dans les deux teisticules, la région temporale, frontale, les vertè-^ bres, le mésentère, le foie, la rate, en un mot un lymphadénome inalin généralisé.

' H. Trélat termine en appuyant son diagnostic, en premier liêù, sur Taspect insolite de la tumeur, et en deuxième lieu, sur la pré* sence d'une seconde tumeur. Cette communication devient Torigine d*une discussion à laquelle MM. Perrin, Vemeuil^ Lanndongue prennent part et qui met en relief les points obscurs de la ques- tion.

' Question de point de départ : le tissu réticulaire apparaît-il ou non primitivement dans les ganglions? Question d'âge :e&\^ob une tumeur des adultes? Question de pronostic : toutes ces tumeurs se généralisent*elles7 et sinon, à quels signes reconnaître les lympta»- dénomes malins de ceux auxquels, en dépit de l'histologie, H. Tré- lat voudrait imposer le nom de lymphosarcome ? La leuicémid, qui appandt quelquefois, fait-elle ou non partie intégrante de l'affee- tion?N'y a-t-il enfin que ce signe, Texistence d'une seconde tu« meur, qui puisse permettre de poser le diagnostic 7

Dans une séance ultérieure, M. Qiauvel a adressé l'observation de tumeur lymphatique de la face, avec lymphadénome et leucé- mie consécutive, à laquelle M. Perrin avait fait allusion. Ettfin M. Paulet est venu apporter une observation des plus instructives en raison de l'erreur qu'il a commise en incisant un lymphadénome malin qu'il prenait pour une hypertrophie ganglionnaire; cette erreur de la part d'un chirurgien aussi distingué quô notre collègue» commise du reste par bien d'autres, monti*e à quel point la seienee est peu avancée au siget de ces tumeurs. Aussi M. Vemeuil, tout en résumant en quelques traits la physionomie générale de l'affee^ lion, a-t-il demandé que la discussion restât ouverte devant la Société.

SÉAlfCB DU 16 JANVIER. 43

L'appareil digestif a donné lieu à de nombreuses communica- iiims.

On nous a signalé deux affections des glandes salivaires : l'une eoDsistait en deux calculs du canal de Warthon, présentés par M. Horteloup ; Tautre, en un enchondrome de la glande sous-maxil- kire, présenté par if. Anger.

Les divisions congénitales du palais et du voile ont dojiné lieu à «me communication de M. Trélât, notre collègue nous a rendu coHiple de cinq opérations d'uranostaphyloraphie. Après avoir indiqué dans quel ordre doivent être exécutées les diverses opé- JitionB restauratrices des divisions congénitales de la voûte buc- nda, BOtre collègue décrit minutieusement Topération telle qu'il la fnfciqne : remploi d'aiguilles en u, pour la portion palatine, d'ai- guilles à grande courbure par la partie staphylienne, la n\aoière dont le fil qiii a traversé d'avant en arrière une des lèvres de )a divi- sion pourra traverser d'arrière en avant la lèvre opposée.

M. Tillaux a insisté sur quelques points particuliers : en premier iieu il trace son incision de manière, à ce que l'artère palatine pos- Xerimre soit conservée dans le lambeau ; il se montre aussi moins dcanchemeni partisan de l'opération pour les divisions congénitales; •eafin m>tre collègue insiste sur l'étendue qu'il faut donner wx dèbridemenls pour les fistules accidentelles. - M. Lanneiongue, dans une communication postérieure, est -venu nous exposer quelques résultats de sa pratique. Diyisant •d'abord les ûssures en partielles et totales , notre collègue bit deux groupes des fissures partielles. Les fissui^es antérieures compliquent en, général le bec-de-lièvre et doivent être opérées «ree Ijai. Les fissures postérieures s'accompagnent toujours de di- «sîoo du voile. S'appuyant sur une statistique dans laquelle. Ma cinq malades opérés, il y eut cinq morts et des insuccès nom*- teeux dans le coui*s de la première année, M. Lannelongue place le Bumient opportun vers 3 ou 4 ans. Le procédé adopté par notre eoildgoe est celui dit de Fergusson :. les lambeaux ostéo-muqueux s'aflirontent par de plus larges surfaces; mais il paraît inférieur au 4NN)oédé de Baizeau dans les fissures étendues de la voûte palar.

Faut-il ou non chloroformer les malades dans le cas de corps étnmger de l'œsophage? C'est. la question que M. Le Dentu a posée i la Société, qui a répondu par la négative, en raison de la su£foca- 4ioB. possible. M; Faucon a relaté, sur le .même sujet deux faits : fou le chloroforme a permis, de retirer un sou, l'autre une sonnaia de cuivre . semble avoir par sa présence dans l'estomac détanniné des accidents généraux qui se sont terminés par la mort.

Le.cathérisme œsophagien a été l'objet d'un travail étendu de

44 SOGlÉTé DE CHIRURGIE.

la part de M. Ghassagny, de Lyon, qui s'est fondé sur les données anotomiques exactes pour modifier la forme des olives en augmen* tant le diamètre transversal aux dépens de l'antéro-postérieur.

Les faits de corps étrangers du rectum signalés par MM. TiUaux et Gillette ont une telle analogie qu'il est difiBciie de s'expliquer leur terminaison, funeste dans le premier cas, favorable dans le second. Dans l'un, il s'agissait d'une bougie dont rextrémité répondait à 30 centimètres de l'anus; dans l'autre, d'un manche de pelle à enfourner le pain, d'une longueur de 22 centimètres. Ces deux tiges avaient été introduites l'une cinq jours, et l'autre trois jours avant qu'on en fît l'extraction à l'aide de tenettes vésicales. Le malade de M. Tillaux a succombé à une péritonite causée par une escharre de TS iliaque, celui de M. Gillette a guéri sans acci- dents.

Les hernies ont comme d'habitude fourni matière à plusieurs travaux :

M. Philippe, de Saint-Mandé, nous a apporté plusieurs observa- tions de hernies inguinales irréductibles, et que des injections âous-cutanées de morphine ont rendu instantanément réductibles.

Les cas de guérison de hernies ombilicales étranglées traitées par la kélotomie deviennent plus nombreux. M. Nicaise nous en apporte cette année un beau cas.

La hernie avait le volume d'un œuf de poule, et le sac a été ou- vert. Une suture exacte a été faite avec des fils d'argent, la solu- tion phéniquée a été employée, et la région ombilicale a été immo- bilisée par une large application de coUodion.

M. Berger nous avait lu l'an dernier un intéressant mémoire sur les phénomènes nerveux de l'étranglement herniaire, cette année il s'agit des complications pulmonaires. La lecture des ob- servations permettrait d'affirmer que, dans un bon nombre de cas, rafTection thoracique existait depuis plusieurs jours à l'état latent. ' M. Mollière nous a adressé un p^tit mémoire dans lequel il relate une observation qu'il intitule : Hernie ventrale de la ligne semi-lunaire étranglée et guérie. L'auteur croit que l'agent de .l'étranglement est le ligament de Douglas; ce fait unique encore, comme l'a dit M. Delens, ne suffit pas pour emporter la convic- tion.

Le traitement des hémorrhoïdes a donné lieu à une discussion des plus intéressantes à propos d'un mémoire de M. Fontan» de Lyon. Du rapport de M. Anger, il résulte que la priorité de la mé- thode dilatatrice employée par M. Fontan appartient à M. Maison- neuve et à M. Lepelletier, son élève ; mais M. Fontan a tiré cette méthode de l'oubli par les développements cliniques qu'il lui a donnés. Disons, avec M. Vemeuil, que le rôle de la chirurgie

SÉANCE DU 16 JANVIER. 45

armée est terminé, en admettant cependant quelques restrictions avec MM. Rochard, Desprès, Anger.

Parmi les polypes muqueux des fosses nasales, les plus rares sont ceux des arrière-narines, dont nous devons Tétude à H. Trélat ; c'est un troisième fait à eyouter à ceux de 1874 et 1876.

Les principes de chirurgie conservatrice ont mis en honneur pour Textirpation des polypes naso-pharyngiens la méthode nasale ; c*est aussi la voie d'extraction la plus facile pour les tu» meurs volumineuses ou à surface étendue d'implantation : c'est ce que nous démontre la belle extirpation de chondrome du maxil- laire supérieur faite par M. Heurtaux.

M. Desprès nous a rapporté un fait très-rare de fistule de la trachée. Frappé des nombreux insuccès des opérateurs, notre collègue a cherché à les expliquer par l'adhérence de la cicatrice cutanée à la cicatrice trachéale, ce qui détermine des tiraillements incessants. Son procédé, qui a quelques rapports avec celui de Velpeau, consiste à réunir deux larges plis de peau par une suture entortillée, le contact est ainsi le plus immédiat possible.

La trachéotomie a occupé un grand nombre de nos séances, considérée surtout au point de vue du mode de diérèse qui doit loi être appliqué :

Faut-il, ou non, faire la trachéotomie dans le cas de corps étran* ger de la trachée? M. Lemée nous a rapporté un cas d'expulsion spontanée d'un haricot au bout de 68 jours ; M. Denucé, de Bor- deaux, pose en principe qu'il faut faire la trachéotomie, et cite deux faits a l'appui oii il a incisé les parties molles jusqu'à la trachée avec le cautère igné. La question du thermo-cautère se trouva ainsi posée.

Deux rapports de M. Saint-Germain avec discussions et deux mémoires : l'un, très-étendu, de M. Poinsot ; l'autre, sous forme de lettre, oii M. Krishaber a consigné le résultat de sa pratique, telle a été la contribution scicntiflque de la Société. Résumons un peu les faits.

Suivant le conseil de M. Verneuil, il faut éliminer les cas tirés (le la pratique infantile et étudier la méthode chez l'adulte.

L'emploi du thermo-cautère aurait pour avantage l'absence d'hémorrhagie immédiate, fait très-important dans une région éoiinemment vasculaire, l'escharre formée protégerait la plaie contre l'extension de la diphthérie. Quant aux inconvénients, le 'Seul sérieux serait la formation d'escharres dont la cause directe parait être, suivant M. de Saint-Germain, l'ébullition de la graisse; ajoutons-y, d'après M. Poinsot, un peu plus d'hémorragies secon- daires et une cicatrisation un peu plus lente de la plaie.

En résumé, la méthode proposée en 1872 par M. Verneuil

46 SOCIETé DE CHmUROIE.

paraît acceptée chez l'adulte par la majorité des chirurgiens, maig la question est une de celles dont nous laissons la solution défini* tive à nos successeurs.

Le thermo-cautère est-il applicable à Topération de rempyème? Telle est la question qui a été résolue négativement par M. Féréol à la suite d'une observation tirée de sa pratique et présentée par M. Tillaux. M. Verneuil, qui a employé trois fois ce procédé, s'est rallié complètement à l'opinion du rapporteur.

Le thermo-cautère est*il applicable à la taille? C'est ce que s'est' demandé M. Anger en nous soumettant une observation de taille par cet agent thermique. MM. Verneuil et Guyon ont fait observer qu'il s'agissait seulement des préliminaires de la taille, et que le grand avantage de la diérèse ignée étant l'hémostase, et le thermo* cautère ne pouvant servir à diviser que les parties superficielles, c'est-à-dire celles ou Thémorrhagie n'est pas à redouter, l'emploi de ce moyen était contre-indiqué.

Les affections du système nerveux ont donné lieu à d'intéres- santes communications :

Signalons d'abord les réflexions suggérées à M. Verneuil par la dénomination de choc traumatique appliquée par les chirurgiens anglais à des faits d'ordre très-différents et qui ont besoin d'être étudiés au point de vue physiologique.

La commotion cérébrale a fait l'objet d'un travail deM.Duménily de RoueUy dans lequel cet auteur, en s'appuyant sur deux observa- tions très-complètes, admet comme entité morbide l'existence de la commotion, et y voit l'expression de troubles circulatoires qui doivent être attribués à une paralysie vaso-motrice portant son action sur divers organes et en particulier sur le poumon.

Nous arrivons à la question des indications tirées des localisa- tions cérébrales pour la trépanation du crâne, mais avant de l'abor- der citons deux communications qui n'ont avec cette question qu'un rapport éloigné :

La première est une belle observation de trépanation faite pom* un abcès contenant 250 grammes de pus et situé entre le frontal et la dure-mère.

La seconde appartient à M. Berger, il s^agit d'une fracture du crâne avec enfoncement qui donna lieu à des accidents primitifs justiciables du trépan ; leur disparition et la guérison du malade firent retarder, puis abandonner l'idée de la trépanation.

Les dimensions de ce compte rendu ne nous permettent pas d'analyser toutes les communications faites à la Société au sijyet des localisations cérébrales. M. Lucas-Championnière a lu deux travaux importants. M. Tillaux a fait une très-remarquable com- munication. M. Perrin a donné le résumé de sa grande expé-

SÉANCE DU 16 JANVIER. 41

neoee sur ce sujet. Enfin M. Le Dentu, dans un rapport de près de iOO pageSy a exposé la question d'une façon des plus remarqua- hks au point de vue anatomique, physiologique et clinique. M. Le Deatu a de plus parfaitement posé le problème en ces termes : f Les résultats de l'expérimentation physiologique et de la clinique rqvésenteraient-ils au cas échéant, pour Tintervention chirurgi- cale, une base suffisamment solide ? voilà le problème qu'il s*agit de résoudre.» Ainsi donc M. Le Dentu, tout en acceptant les résul- tats de la physiologie, les subordonne ou du moins les met au même niveau que ceux de la clinique ; c*est dans cette voie qu'il tant s'engager.

Deux courants d'idées se sont fait jour au sein de la Société, répondant chacun à des préoccupations spéciales :

Parmi nos collègues les uns se disent : Doit-on appliquer le tré- pan et à rencontre de quel symptôme?

Les autres, considérant la première question, la question clini- que, conune résolue, se disent : faut-il trépaner? Voici une lésion crânienne, quel est le point du cerveau qu'il faut mettre à nu?

Parmi les orateurs, les uns ont suivi le premier courant d'idées, les autres le second.

Dans la discussion de 1866, les membres de la Société de chi- rurgie n'avaient pu répondre à la première question, ils n'étaient pas parvenus à tracer les vraies indications de la trépanation, aussi ne faut-il pas s'étonner que certains de nos collègues aient i6pris le problème on l'avait laissé.

Parmi ces derniers, nous voyons M. Desprès qui range la trépa- nation dans les opérations inutiles. M. Tillaux, à l'instar de M. Gos- selin, ne trépane pour les accidents primitifs que dans les cas d'enfoncement du crâne.

M. le professeur Perrin prend pour guide non les mensurations crâmennes, mais les particularités de la fracture même. M.Le Dentu, dans son rapport déjà cité, fait remarquer que partout il y a une lésion extérieure, les localisations perdent leurs droits, et que le signe extérieur reste le véritable point de repère dont le chirur- gien ne peut s'écarter sous peine de faire fausse route.

Ce raisonnement a d'autant plus de force que les résultats prati- ques sont encore nuls au point de vue des indications tirées des localisatioiis et que M. Broca seul a été guidé, dans l'application du trépan, par la connaissance des centres moteurs.

On comprend du reste très-bien que la découverte des localisa- tions cérébrales et, comme corollaire, la belle observation de M.Broca aient agi sur certains esprits;mais autre chose est de penser quela physiologie pathologique a fait des progrès et de transporter

48 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

ces progrès dans la pratique en disant avec M. Lucas-ChampiOB* nière : Je préférerais la localisation à une trace de traumatisme éloi gnée de la région motrice altérée.

Que cette conviction de notre collègue ne puisse se transforme en un précepte scientifique, je ne veux pas en préjuger, puisqu'ei définitive la physiologie expérimentale nous montre qu*il y a pla< sieurs centres qu*on peut avoir la prétention légitime d*attemdn presque à coup sûr ; mais avant d*avoir le droit de porter le trépai sur un point déterminé, il faut que la clinique nous ait très-nette ment tracé les règles d'une intervention.

Je m'arrête ici, Messieurs, car je n'ai pas le droit de dépasser 1 seuil de l'année 1878; mais je puis bien dire que, quel que soi réclat de cette discussion dans l'avenir, les travaux qui l'ont sibiei inaugurée ne seront pas oubliés. Si vous voulez vous rendre compt du chemin qu'a fait la question du trépan, reportez-vous à vos Bol letins de l'année 1866. Vous y voyez Giraldès, un esprit ouvei pourtant, définir le trépan : opération subordonnée au tempérâmes du chirurgien; Dolbeau affirmer que cette question est scientifique ment insoluble; M. Alphonse Guérin, que personne n'est asse préparé pour juger en dernier ressort un problème posé depuii des siècles.

La pathologie des cordons nerveux nous fournit deux travaa: intéressants : ^

L'un, à M. Tillaux,est un cas de résection du nerf sous-orbi taire avant son entrée dans le canal du même nom, opération fait pour remédier à une névralgie rebelle; le succès a été complet.

Je signalerai un mémoire de M. Nepveu, très-original et don M. Yerneuil nous a rendu compte. L'auteur nous montre que biei qu'isolés complètement et devenus flottants dans une grande éten due, un nerf moteur, le facial, et un nerf mixte, le sciatique po pli externe, ont conservé l'intégrité de leurs propriétés ; c'est ui fait acquis qui peut avoir une grande importance dans la discus tion de tumeurs avoisinant les gros troncs nerveux. .

Les limites de ce compte rendu me permettent seulement di signaler une observation de guérison de tétanos par le chloral, dui à M. le D' Ganiez, de Darney (Vosges); l'aflection est survenu< 22 jours après Fablation d'une tumeur du sein, et 100 grammes d< chloral ont été pris.

L'appareil de la vision a donné lieu à un certain nombre de com munications :

M. Verneuil nous a présenté deux cas de kystes prélarymaux i contenu huileux qui lui appartiennent en propre; Albert, de Vienne aurait observé un kyste huileux du sac lacrymal; Weiss, de Prague im kys(o huileux du cou.

SÉANCE DU 16 JANVIER. 49

La blépharoplastie, comme les autres anaplasties, a été Tobjet d'une étude approfondie de la part de M. Verneuil ; ce chirurgien nous a montré un très-beau cas d'ectropion guéri par la fusion tem- poraire des paupières, et il pense que la suture peut être substituée dans tous les cas à la blépharoplastie. Citons enfin Tintéressante commnnicatioii de M. Gayet, de Lyon, sur la caut^)risation ignée delà cornée.

Xous ne trouvons consigné dans notre Bulletin qu'un petit nom- bre d'afiections du rein. M. Lannelongue a signalé un kyste du rein droit avec thromboses veineuses cérébrales, Tautopsie a été fuite avec grand soin et les gaz analysés.

M. Paulet nous a signalé deux faits très-curieux au point de vue du diagnostic. Ces deux malades étaient traités comme atteints de mal de Pott, il y avait une déviation de la taille et des douleurs dans la région lombaire. M. Verneuil diagnostiqua deux fois de suite un cas de lithiase urique avec déviation spasmodique de la taille. Il ne fut plus question d'appareil orthopédique et tout le traitement consista en l'usage des alcalins.

H. Bardy-Delisle nous a fait part d'un cas intéressant de chute sur le périnée suivie d'infiltration d'urine par rupture de Turètre.

M. Nicaise a relaté une habile extraction d'une tige de blé verl ayant pénétré dans la vessie.

M. Maréchal, de Brest, a donné un moyen efficace et simple d'obtenir l'oblitération des fistules urinaires par la compression di- gitale à chaque miction ; j'en ai obtenu chez un taillé un brillant résultat.

Les cas de calculs dans la vessie ne sont pas très-communs chez la femme.

M. Lemée enleva par la taille uréthrale, chez une petite fille de 9 ans, un calcul de 45 millimètres sur 20 et nous adressa l'ob- servation.

M. Perrier, dans un savant rapport, a donné son adhésion à cette pratique, contrairement à l'opinion de Walsham qui conseille la taille vésico- vaginale par crainte de Tincontinence, opinion erronée que le rapporteur a combattue par des faits. Dans la discussion qui s'éleva, MM. Anger, Paulet et Tillaux citèrent des cas de succès par la taille uréthrale. M. Verneuil classa dans l'ordre suivant les opérations qu'on doit pratiquer chez la femme : en premier lieu la lithotritie, puis vient la taille vésico-vaginale ; chez l'enfant on peut faire, en cas de gros calcul, la taille sus-pubienne. La taille vésico-vaginale, adoptée par MM. Duplay et Lannelongue, a fait l'objet d*une communication de M. Guyon. Sur 4 cas de taille d'après ce procédé, notre collègue n'a eu qu'une mort ; la seule dilatation qu'il ait faite s'est terminée fatalement.

BUIX. ET MÉM. DB LA SOC. DE CUIR. 4

50 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Les tumeurs du sein ont donné lieu à deux communications :

L'une est une ablation d'un flbro-adénome volumineux faite pen- dant la grossesse par M. Gras, et suivie de réunion par première intention ;

L'autre est une tumeur du sein inopérable, au sujet de laquelle M. Le Fort a protesté contre ces cautérisations, aussi cruelles qu'inutiles, auxquelles des malades sont soumises par des méde- cins sans diplômes.

Les organes génitaux de la femme ont été l'objet de nombreuses présentations.

M. Gueniot a présenté un fait de sclérose des grandes lèvres, qu'il rapproche d'un cas de sclérose du sein, observé par M. Le- dentu.

M. Courty nous a lu un travail sur l'opération de la fistule vésico- vaginale en plusieurs temps.

Kœberle nous a communiqué un fait des plus intéressants de rétroversion de la matrice, iléus et gastrotomie.

M. Boinet nous a lu un rapport sur un cas de guérison de pré- tendu kyste de l'ovaire par une injection iodée ; le savant rappor- teur, en face des omissions faites par notre confrère M. Juge, de Maurice, ne peut se prononcer sur la nature de la tumeur et par conséquent sur la valeur de la méthode.

Il n'est pas d'année notre Société n'enregistre des observations d'ovariotomies pratiquées avec succès. M. Gillette a fait part de trois opérations, dont deux terminées par la guérîson; la troisième était des plus intéressantes, bien que le résultat en ait été funeste. Il s'agissait d'un kyste multiloculaire du ligament large droit dont l'origine semblait être l'organe de Rosenmuller. Dans la discussion qui a suivi et à laquelle ont pris part MM. Houet, Terrier, Polail- lon, Auger, il n'a pas paru démontré que l'origine fût le corps de Rosenmuller.

M. Terrier, qui a eu ces derniers temps l'occasion de pratiquer un certain nombre d'ovariotomies, nous a présenté cette année deux faits noiiveaux. L'un, qui lui appartient en commun avec M. Ver- neuil^ présente quelques particularités intéressantes. Une pneumo- nie, avec double thrombose des veines fémorales, avait mis la ma- lade dans un état si grave qu'on hésitait à l'opérer. L'opération fut cependant suivie de succès, l'ovaire sain fut trouvé porteur de petits kystes et réséqué. La malade, bien que privée de ses 2 ovaires, présenta une menstruation régulière.

Le 2^" fait de M. Terrier a trait à une femme opérée 3 ans aupa* ravant d'un kyste de l'ovaire et morte d'une pleurésie. Le 2* ovaire portait un kyste du volume d'une tête de fœtus et, comme dans le cas précédent, la malade était menstruée. Ces 2 faits confirment la

SÉANCE DU 16 JANVIF.R. 51

communication de M. de Sinéty à la Société de biologie d'après

laquelle la menstruation n'est pas toujours fatalement liée à Tovu^

latioQ spontanée.

La question des amputations de jambe a été souvent agitée dans lesein de la Société, qui a montré sa prédilection pour l'amputation 4ous-malléolaire d'après le procédé de M. Guyon, qui cette année aème nous en a montré deux beaux exemples.'Mais lorsqu'il s'agit, eomme dans le cas de M.Chauvel^d'amputer au-dessus des malléoles, e8i-il de précepte de faire l'amputation au lieu d'élection? M. Chau- \'el a , préféré amputer la jambe à la partie moyenne d'après le procédé à 2 lambeaux de Teale. M. Verneuil s'est élevé contre le terme de lieu d'élection et a recommandé d*amputer le plus bas possible.

Beaucoup de tumeurs nous ont été présentées, je ne ferai que passer en revue les principales.

M. Horteloup nous a apporté avec pièce à l'appui une observa- tion de myome de la paroi abdominale. La tumeur, située au pli de l'aine et du volume d'une noisette au début, grossit rapidement, s'ouvrit et donna bientôt issue à des matières fécales ; la mort sur- vint sans cachexie, mais par épuisement. Un examen microscopi- que complet est joint à ce fait, qui paraît unique dans la science.

M. Gillette a présenté un lipome du poids de 12 livres enlevé chez un vieillard de 72 ans ; il était sous-musculaire.

Notons aussi la tumeur si intéressante de la paume de la main enlevée par M. Notta et que M. Houel nous a dit être un angiome caverneux.

L'obstétrique a toujours tenu une grande place dans les publica- tions de notre Société. L'honneur en revient au zèle et au talent de ceux d'entre nos collègues qui s'occupent de gynécologie. Un utérus incomplètement cloisonné peut-il être la cause d'une présentation du tronc? telle est la doctrine que M. Polaillon a soutenue devant la société en s'appuyant sur deux faits. M. Blot n*a pas paru con- vaincu et en l'absence de mensuration du bassin il croit plutôt à un rétrécissement pelvien. M. Gueniot fait remarquer que, si la malfor- mation utérine signalée est la cause de présentation vicieuse, l'effet doit se manifester à toutes les grossesses, c'est donc à Tavenir à trancher la question.

Deux cas de dystocie ont été présentés. L'un est à M. Polail- lon, c'était un cas d'hydrocéphalie. Le second appartient à M. Lemée de Saint-Sever, qui l'attribue à une contracture anormale du segment inférieur de l'utérus, que l'administration de l'opium » iait cesser.

U. Depaul nous a fait une intéressante communication au sujet d'une tumeur fibreuse adhérente à la paroi postérieure du bassin

52 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

et ayant été prise pendant raccouchement pour un corps fibreux utérin.

Je signalerai encore le fait intéressant de version céphalique par manœuvres externes à M. Pinart.

Lorsque l'accoucheur est en face d'une présentation de l'épaule et que l'utérus demeure appliqué sur le fœtus, il ne reste d'autre ressource que la détroncation ou l'éviscération ; c'est cette dernière opération que le D' Lizé du Mans cherche à faire prévaloir dans un mémoire intéressant qui n'a pas soulevé d'objection dans la Société.

Parmi les nombreux procédés opératoires qui nous ont été expo- sés, un certain nombre peuvent être qualifiés de procédés nouveaux. Nous allons les examiner rapidement.

Je signalerai en premier lieu l'opéi^ation instituée pour la cure du prolapsus utérin par M. Le Fort. Incomplètement satisfait du procédé de Sims, de Baker-Brown, de Hurtler, de Th. Anger, *M. Le Fort, en observant ce qui se passait dans l'abaissement de l'utérus, eut l'idée de réunir les parois antérieure et postérieure en formant un cloisonnement du vagin analogue au cloisonnement congénial. Quelle que soit l'incrédulité d'un certain nombre de nos collègues sur la possibilité de guérir le prolapsus utérin d'une manière définitive, disons avec M. Panas que c'est une question qui ne peut être résolue que par les faits.

Les opérations d'ouranostaphyloraphie de M. Trélal, de palato- raphie ostéo-muqueuse de M. Lannelongue ont apporté aux vices de conformation de la cavité buccale de sérieux perfectionnements qu'il serait injuste de méconnaître. Citons enfin l'opération insti- tuée par M. Desprès pow la fermeture d'une fistule trachéale.

Les instruments présentés dans le cours de l'aimée ont été assez nombreux pour que nous leur consacrions quelques lignes. Relati- vement à la gynécologie, nous avons à citer l'embryotome de M. Tarnier, le forceps du même auteur, divers instruments présentés par M. Courty , une ceinture pelvienne à pelote par MM. Panas et Tarnier, un pessaire de M. Dumont Pallier. M. de Saint-Germain a montré un ingénieux appareil qui permet d'imprimer au membre atteint de coxalgie tous les mouvements. ]y[. Krishaber a fait construire un conducteur à canule de tra- chéotomie.

Enfin M. le D' Bacchi a présenté au nom du D' Bottini de Pavie deux instruments, un prostatotome et un hystérotome galvanique»

Vous voyez, Messieurs, que notre compagnie, par ses travaux si nombreux, par la cohésion de ses membres, est devenue un centre 4'attraclion pour les communications de chirurgie; aussi ne faut-il

SÉANGK DU 16 MNVIER. 58

jus s'étonner qu'en raison môme de son autorité on tente de la faire sortir de ses attributions scientifiques.

La Société, par l'organe de deux de ses commissions, a montré que, tout en ne voulant pas s'ériger en tribunal devant lequel on introduirait des revendications de priorité, elle saurait au besoin protester contre les manœuvres honteuses de médicastres sans diplôme qui s'appuient pour exercer l'art de guérir non sur des titres scientiOques, mais sur une autorisation administrative, et, par l'organe de deux de nos plus autorisés collègues, la Société de chirurgie en a appelé au pouvoir législatif mieux informé de tolé- rances injurieuses pour le médecin, pernicieuses pour le malade.

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filoge de Oenarquay,

par M. de Saint-Germain, secrétaire général.

Jean-Nicolas Demarquay naquit le 14 décembre 1M4, à Lon- înieval, petit village du département de la Somme*

Son père, qui exerçait la profession de menuisier, était mort quatre mois avant sa naissance et sa mère se remaria en 1824.

Demarquay avait alors dix ans. Son beau-père, brave cultiva- teur, â J'écorce quelque peu rude, exigeait déjà de lui une certaine 8omine de travail ; et si les sévérités d'un père sont le plus sou- vent tempérées par Taffection née des liens du sang, il n'en est pas de même quand la tâche est imposée par un étranger.

L'enfance de Demarquay ne fut pas heureuse ; travaillant pres- que tout le jour à la terre, il trouvait à grand'peine le temps d'al- ler chez l'instituteur de Longueval prendre à la hâte quelques notions de lecture et d'écriture. Aussi son vieux maître disait-il, avec une certaine naïveté, qu'il était rempli de bonne volonté, nuùs qu'il avait le travail difficile.

Heureusement pour lui, sa mère était là, l'entourant de toute sa tendresse et adoucissant autant qu'elle le pouvait les frottements entre son fils et son second mari. Demarquay conserva toute sa vie une profonde reconnaissance pour elle. A raffection toute na- turelle que l'on doit à une mère, se joignait chez lui un senti- Htent d'immense gratitude, et c'est d'une sorte de culte qu'il en- toura jusqu'à la fin cette femme dont l'esprit et l'élévation <i*idées étaient d'ailleurs beaucoup au-dessus du milieu elle vivait.

Désireux de gagner sa vie sans être à charge à sa famille, De- inarquay^ sachant bien juste lire et écrire, partit pour Paris. Il avait alors quinze ans.

54 SOCIÉTÉ DB CHIRUROIB.

Ne sachant à quelle porte aller frapper, il eut la bonne idée de s*adresser à un de ses compatriotes, M. Hénon, qui était à la tète d'une institution de jeunes gens.

Ici commence pour Demarquay une existence de labeur inces- sant et d'incroyables efforts.

Obligé de gagner son pain, et de reconnaître par les senrôes qu'il pouvait rendre l'hospitalité qu'on lui donnait, il passait tout le jour à surveiller les élèves, à les accompagner au collège,, à les répéter dans la mesure de ce qu'il savait : un peu plus que garçon de classe, un peu moins que maître d'étude.

Le soir, retiré dans sa chambre, il se mettait au travail, et sou- vent la cloche du lever des élèves le surprit sur ses livres. Tant d'efforts devaient être récompensés. Il se présenta au baccalau- réat et fut admis.

Certes, c'est peu de chose, et Ton se prend à sourire en voyant ce petit succès relaté dans l'éloge d'un académicien, et pourtant, quand je songe à tout le travail ingrat que ce pauvre diplôme à di* coûter, et cela au milieu de cette vie de paria que nousiconnaiS' sons tous, pour l'avoir observée dans nos années de collège, je* me figure que parmi ses titres, le parchemin de bachelier éteit celui que Demarquay devait regarder avec le plus d'orgueil.

On le voit, les débuts étaient rudes ; mais l'avenir s'éclaircis- sait, Demarquay s'était fait un ami.

Pendant son séjour à la pension Hénon, il s'était avec leâls d'Alexandre Dumas qui était Dumas fils, élève dans la maison et devait être un jour Alexandre. Cette amitié, il la conserva toute sa vie ; la gloire de son ami sera la sienne, et les dernière lignes qu'il tracera seront adressées à l'homme qui aura exercé sur lui la double influence de sa vaste intelligence et de son immense talent.

Le premier pas franchi, Demarquay résolut d^aborder la car* rière médicale ; mais il fallait vivre et payer ses inscriptions.

Il donna des leçons de littérature, prépara des élèves au bacca- lauréat et put consacrer les instants qui lui restaient aux études médicales. Cette vie en partie double nécessitait un travail énorme, et son frère utérin, M. Duroisel, qui habitait alors avec lui, me donnait tout récemment les détails qui suivent sur leur existence en commun dans cette pauvre mansarde de la rue Guénégaud, par une amère dérision du sort on était réveillé par le bruit argen- tin des martinets de la Monnaie. Le matin, m'écrivait-il, on se levait avant le jour et on partait le ventre vide : Demarquay cou- rait les hôpitaux et rentrait vers midi. On déjeunait de pain et de fromage, il repartait gagner sa vie, et le soir on allait dîner à prix fixe dans une maison l'on mangeait juste de quoi ne pas mou- rir de faim.

SÉANCE OU 16 JANVIER. 55

Les leçons que donnait Demarquay Tavaient mis en relation avec une famille riche et influente qui l'avait recommandé à Blandin et àDuméril. Reçu dans ces deux maisons, il voua bientôt à Blandin une amitié et un dévouement qui ne se démentirent jamais, et puisa chez Duméril le goût qu'il manifesta plus tard pour les recherches scientifiques et pour les applications de la chimie et de la physique à la thérapeutique chirurgicale.

Il venait, du reste, de franchir le premier obstacle et la position d'inleme qu'il venait de conquérir lui ouvrait toute grande la porte des autres concours.

Xommé successivement aide d'anatomie, puis prosecteur, il con- courut pour l'agrégation et pour le bureau central. Il échoua dans son concours à la Faculté, et en conçut un chagrin profond ; cet échec le poursuivit longtemps, et un de ses amis intimes me disait que le souvenir de la défaite était une plaie mal fermée, que la moindre allusion faisait saigner. Est-ce à cet insuccès qu'il faut faire remonter les inimitiés que Ton sait? doit-on, au con- traire, en attribuer l'origine au concours qui fit arriver Demarquay au bureau central, et dont quelques incidents regrettables firent encore ressortir la rapidité peut-être arbitraire à laquelle il dut sa nomination d'emblée à la Maison municipale de santé? je l'ignore, el j'estime que je n'ai point qualité pour faire renaître dans un éloge des débats irritants qui eurent sur la carrière de Demarquay une influence indiscutable. Ses anciens compétiteurs n'oublièrent pas, en effet, qu'au moment de la lutte les armes n'avaient pas été absolument égales, et firent payer plus tard, au chirurgien, par une opposition peut-être un peu trop systématique la faveur dont le candidat avait jadis été l'objet.

Je n'ai connu Demarquay que sur le tard, et l'impression qu'il produisit sur moi est encore très-présente à mon souvenir. D'une taille au-dessus de la moyenne, il semblait vouloir faire oublier par la rapidité juvénile de sa démarche un léger embonpoint qui depuis plusieurs années l'avait quelque peu épaissi ; à le voir traverser la cour de l'hôpital, la tête renversée en arrière, le chapeau décou- vrant le front qu'il avait très-large, la poitrine en avant, on Teût cru beaucoup plus jeune qu'il ne l'était en réalité, et si l'on se rappelle l'air quelque peu impertinent que lui donnait Tusage habituel du pince-nez, et qui le faisait regarder de haut, le sourire parfois rail- leur qui tempérait ce que sa Agure épanouie avait de trop bienveil- lant, l'aisance avec laquelle il portait un costume de fantaisie et toujours du bon faiseur, qn eût été fort embarrassé de reconnaître en lui un médecin. Il rappelait plutôt la désinvolture d'un homme àe finances. Sa main n'était pas belle, mais puissante ; ses doigts trop gros

56 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE*

rachetaient par leur dextérité leur peu d*élégance et l'on était quel- que peu surpris de leur voir exécuter les opérations les plus déli- cates.

C'était un véritable tour de force que sa visite quotidienne à la Maison de santé. Il faut avoir passé, comiiKî Je Tai fait, quelque temps dans cette maison pour se rendre compte des difficultés inhérentes à un service les malades puisent une double exigence dans leur position intermédiaii*e entre la pauvreté et Taisance et dans l'argent qu'ils ont versé. Demarquay traversait les chambres et les corridors toujours courant, ouvrait une porte, disait un mot encourageant au patient, passait à un autre, s'en tirait avec un compliment, et ne s'arrêtait que près des malades qui réclamaient des soins assidus. Il consultait les autres, les valides, dans l'escalier, dans les cours, dans la rue, un pied dans sa voiture et trouvait le moyen de con- tenter tout le monde. Il aimait ses élèves, et ses élèves l'aimaient. Il appartenait du reste à ce groupe si restreint aujourd'hui de chi- rurgiens qui font travailler autour d'eux, et qui constituent un vé- ritable foyer intellectuel. A eux seuls appartient en réalité le titre de maîtres, puisqu'eux seuls savent former des élèves. Demar- quay faisait donc travailler ses internes, ses externes ; il travaillait avec eux, et c'est de cette collaboration qu*est sortie cette masse imposante de mémoires, de notes, de communications dont le chiffre s'élève à 137.

C'est ainsi qu'il publia : les Recherches expérimentales sur la température animale, les Applications de la glycérine à la cbirur- gie, le Traité des tumeurs de Vorhite, Essai de pneumatologie médicO'ChirurgicalCf la Dégénération des organes en physiologie et en chirurgie et les Recherches cliniques sur les lésions osseuses pm* armes de guerre.

Si l'on ajoute des articles du Dictionnaire de médecine et de chirurgie, tels que avant-bras, bec-de-lièvre, chaleur animale, côte et exophthalmie, et parmi les nombreux mémoires cités plus haut, l'absorption par les plaies, l'action combinée de l'opium et du chloroforme dans la pratique chirurgicale, l'enchondrome de la région parotidienne, le galactocèle testiculaire, les tumeurs érec- tiies des muscles, le cancer primitif du larynx, etc., on aura une certaine idée de la production extraordinaire de Demarquay. Son activité était du reste extrême. Il aurait voulu communiquer à tous l'ardeur qui l'animait ; il stimulait le zèle des élèves, le trouvait généralement tiède, et ne comprenant pas qu'ils passassent devant des faits intéressants sans les noter et les étudier ^ il leur proposait sans cesse des questions à élucider, leur indiquait des sujets de thèse, les engageait à faire des publications et de toute manière les poussait au travail. Il obéissait en cela à un besoin de sa nature.

SéANCB DU 16 JANVIER. 57

J'aurai, disait-il à son ami le D' Saint- Vil, qui me rapportait ses propres paroles, j'aurai agité bien des questions; ce qui est mau- vais sera rectifié ou sera non avenu; ce qui est bon restera.

Ennemi de la routine, il accueillait avec empressement toutes les choses nouvelles, les expérimentait volontiers dans son service, qu'elles eussent trait à la chirurgie, à la méilecine ou même à la phy- siologie. Il avait du reste une prédilection toute particulière pour les expériences physiologiques, et il s'y livrait dans un petit laboratoire créé par lui à la Maison de santé. C'est dans ce laboratoire qu'il s'est occupé de la réparation des tendons, de diverses expériences sur le système osseux, de recherches sur la septicémie. Il lui man- quait une condition indispensable à l'expérimentateur : le temps. Ces travaux ne pouvaient être que hâtifs et devaient manquer un peu de suite ; cai' il ne pouvait leur consacrer que le temps qui s'écoulait entre son service d'hôpital et ses occupations profession- nelles.

Il apportait dans ses communications faites aux sociétés savantes une trop grande précipitation et se hâtait trop de eonclure. Cette activité fébrile, il l'apportait dans son débit, et vous pouvez vous souvenir qu'on avait une certaine difficulté à le suivre. Il aurait eu la parole facile s'il eût su la mieux régler ; mais à i)eine avait-il prononcé les premières phrases de sa communication d'une voix forle et bien timbrée, qu'il oubliait de prendre un temps pour respirer, accumulait les périodes les unes sur les autres, et, le souf- fle finissant par lui manquer, sa voix s'éteignait dans une sorte de râle sourd; il respirait alors bruyamment et reprenait avec un éclat de voix qui ne faisait que mieux ressortir le vice de sa méthode. Ajoutons qu'à la fin de sa carrière l'emphysème dont il était atteint augmentait encore cette disposition.

Aimé des malades de la Maison de santé dont il était l'âme, Demar- quay avait le même succès dans sa clientèle. S'il avait en effet par- fois des moments de brusquerie avec ses élèves ou même avec les assistants, il était toujours d'une très-grande douceur avec les ma- lades, les interrogeait avec bienveillance, arrivait à les distraire en leur parlant de choses étrangères à leur affection, et leur faisait oublier leur mal tout en arrivant à leur convaincre de tout Tintérêt qu'il leur portait. Ce don tout naturel chez lui et qui avait pour base une bienveillance innée^ souvent poussée à l'extrême, faisait de Demarquay un charmeur; aussi ses malades devenaient-ils souvent ses amis, et cherchaient-ils a continuer les relations si passagères le plus souvent entre le chirurgien et l'opéré. Conscient de la sym- pathie qu'il inspirait et qui s'exerçait plutôt sur les personnes étrangères a la médecine que sur ses confrères, Demarquay, le soir venu, aimait à fréquenter le monde, soit qu*il voulût ainsi se

58 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

reposer d'une journée de labeurs, soit qu'il sentît péniblement Ti- solemenl de la solitude; il passait quelques heures à son cercle, 011 il dînait le plus souvent, et de se rendait chez quelques-uns de ses riches clients, il était toujours reçu à bras ouverts. Il était très-fier de cet accueil et en éprouvait un vif plaisir. Il semblait alors mesurer la distance parcourue par lui et ressentait un véri- table orgueil à se voir choyé par les puissants de la terre, lui na- guère si humble et si délaissé. Les honneurs lui étaient aussi très- sensibles, et ses amis se rappellent encore la joie d'enfant avec laquelle il reçut sa croix d'officier de la Légion d'honneur. Malgré cette tendance, il sut résister au désir de briguer des fonctions pu- bliques et ne se présenta qu'une fois, pour ainsi dire malgré lui, au conseil général de son département.

Plus tard il résista aux sollicitations de ses amis, dont quelques- uns étaient puissants et le dirigeaient vers le même but. C'est en vain aussi qu'il fui sollicité en 1868 de se présenter à la députation. Si plus tard il fut" maire de son pays, ce fut dans le seul but d'être utile à son village. Sans parler des dons considérables qu'il a faits à Longueval, c'est qu'il trouvait l'occasion d'exercer sa grande bonté. Il partait souvent le samedi soir ou le dimanche matin, se dérobant à ses nombreuses occupations de ville, parcourait avant l'aube ses plates-bandes et recevait avant son déjeuner les nombreux malades qui lui étaient adressés des environs, et leur donnait des consultations qui, pour être gratuites, n'en étaient pas moins faites avec le plus grand soin. Demarquay craignait du reste de passer pour un homme d'argent, et je suis convaincu que le désintéressement était une de ses qualités. Plusieurs confrères de province, et entre autres un ami commun, le D' Sergent, m'ont affirmé que souvent Demarquay s'était déplacé à leur premier appel sans conditions et s'était toujours contenté, et cela de la meil- leure grâce du monde, d'une rémunération bien légère, si on la met en ligne de compte avec le temps qu'il perdait. Autre détail tou- chant : il consacrait tous les ans une somme de douze à quinze cents francs à aider quelque pauvre artiste dans le besoin, lui dé- guisant ainsi par l'achat d'une toile sinon sans valeur, au moins sans notoriété, un don que sa fierté l'eût empêché d'accepter.

On le voit, plus on étudie T'homme, plus on constate chez lui la qualité dominante : la bienveillance. Ses rapports avec ses con- frères étaient d'une très-grande aménité, et ses frottements avec le monde lui avaient môme donné la force de dissimuler ses antipa- thies et de refréner ce que son caractère avait de violence naturelle. Il n'en avait pas toujours été ainsi.

Un soir, c'était chez un de ses amis les plus intimes, un chiro- mancien bien connu avait déjà examiné quelques mains. Demar-

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quay, qui lui était absolument étranger, lui tendit la sienne. Après quelques secondes d'examen : Vous avez tuer quelqu'un dans votre vie, s'écrie Toracle. Je suis chirurgien, dit modestement De- marquay. Ce n'est pas ainsi que je l'entends, vous avez dans votre vie commettre un meurtre, ou si vous ne l'avez pas fait, cela a été par une circonstance indépendante de votre volonté. A ces mots, Demarquay se troubla, rougit, se mit à rire avec affectation et De tarda pas à se retirer. On venait de lui rappeler, en effet, par le plus grand des hasards, qu'à l'âge de 15 ans, se croyant insulté à la suite d'une vive discussion avec un de ses parents, il s'était saisi d'une fourche et avait vigoureusement chargé son adversaire, qui n'avait son salut qu'à une prompte fuite.

Demarquay aimait à raconter qu'il avait fait tout au monde pour sauver un des martyrs de la Commune. Mêlé, en effet, par la nature même de ses fonctions, dans les ambulances aux conversations des fédérés, il avait surpris un colloque dans lequel plusieurs digni- taires de la Commune parlaient de la décision prise d'arrêter comme otage l'archevêque de Paris. Il se rendit aussitôt à l'archevêché, offrit à Mgr Darboy un sauf-conduit qu'il s'était procuré non sans peine, et lui proposa de quitter Paris. L'archevêque demanda quel- ques minutes pour réfléchir; puis, revenant calme et souriant : Mon bon ami, dit-il, je vous remercie de votre dévoûment. Dieu m'ordoane de montrer à mon clergé et à tous l'exemple du courage et du sacrifice.

Une autre anecdote du même temps nous montre que Demar- quay ne s'employait pa^seulement à sauver les otages de distinc- tion. Les prisonniers fédérés affluaient à Versailles et subissaient aussitôt un interrogatoire sommaire, suivi souvent d'ime exécution rapide.

Un jour un grand gaillard portant la capote militaire répond au commissaire instructeur : Je suis un des brancardiers de l'ambu- lance du D' Demarquay. Un témoin de cette scène se prend de pitié pour cet homme, part pour Paris et fait part à notre collègue de ce qui se passe. Le lendemain à 6 heures du matin, Demarquay était à Versailles et enlevait son brancardier.

Nous voici arrivés à la fin de la carrière de notre collègue. Nommé commandeur de la Légion d'honneur pour les services rendus durant le siège et la Commune, Demarquay a vu s'ouvrir devant lui les portes de l'Académie de médecine. Sa notoriété est consi- dérable. Il est arrivé à son apogée. Exemple frappant de ce que peuvent la ténacité et le travail, servis par de puissants organes régis par une volonté de fer, Demarquay s'est frayé péniblement, comme le bœuf trace son sillon, un chemin dans la vie, sans se laisser séduire par les fleurs de la prairie, ni arrêter par les ronces

60 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

du chemin. Quand il a eu franchi les premiers obstacles, la fortune, jusque-là si marâtre, se prend d'amitié pour cet audacieux ; elle fait de lui son enfant gâté et, ne lui refusant rien, lui souffle Tarn- bition d'arriver à tout. Quo non ascendam? paraît être sa de- vise, et il veut confondre dans une même étreinte les succès dorés de la clientèle et les sévères lauriers de Tlnstitut. est sa faute : car le souffle lui manque et les déceptions arrivent. Son moral s'altère; une sombre tristesse s'empare de lui; il ne fréquente plus ses amis et trouve en rentrant chez lui son foyer bien seul et bien froid. Il lit alors et relit une lettre qui ne le quitte pas, et que Ton trouvera sur lui après sa mort. C'est une lettre que lui a adressée son ami le plus cher, dans une circonstance Demarquay, voukmi se marier, croyait avoir trouvé une femme suivant son cœur.

Cette lettre Ta dissuadé ; il le regrette peut-être.

Cependant sa santé s'altère visiblement; depuis quelque temps déjà un sommeil de mauvais augure vient l'accabler presque con- stamment; son teint jaunit.

Enfin un vomissement de sang survient, Demarquay se sent touché. Sa robuste constitution a tressailli sous le choc, il ne veut point rester à Paris. La mort a sa pudeur; il veut s'éteindre à Lon- gueval, entouré des siens, et part en laissant brusquement sa clien- tèle, au milieu d'un concours d'agrégation dont il était juge en sa qualité de membre de l'Académie de médecine. Puis, qui sait ? l'air natal a de mystérieuses propriétés et tout n est peut-être pas perdu. Pourquoi ne serait-ce pas de l'anémie, comme ses amis le lui ont répété ?

Hélas! l'illusion est de courte durée. Ses forces s'épuisent, ses jambes s'infiltrent. Il provoque une consultation et démêle sans peine, au milieu des consolations qu'on lui prodigue et des pieux mensonges dont on veut l'abuser, sa condamnation sans appel.

Il s'occupe alors de bien mourir, s'enferme de longues heures avec l'instituteur de Longueval et dicte ses dernières volontés. Une consolation suprême lui est pourtant réservée. Un de ses élèves, un de ses amis, Cazalis fils vient s'installer près de lui. Il se fait lire par lui sa correspondance, et lui dicte les réponses. Celles-ci sont toujours calculées de façon à cacher son état réel, même à ses plus intimes amis.

Le fatal dénouement est proche. Un vomissement abondant de melœoa lui arrive au milieu d'une promenade en voiture; à partir de ce moment il refuse de sortir et fait venir le curé d'un village voisin, un de ses anciens camarades d'école, et, comme me l'écri- vait Cazalis, un de ces héros obscurs qui s'enferment dans un vil- lage et refusent tous les honneurs qu'on leur offre, un vieux prêtre

SÛANCR OU JANVIER. Gl

connu de tout le département, et qui pendant deux terribles épi- démies de choléra a été le médecin, le garde-malade, le fossoyeur de son troupeau. Après une longue conférence avec lui, il reçoit les derniers sacrements avec une fermeté remarquable. Le lende- main, les douleurs redoublent, il les supporte avec un courage stoïque, et c'est avec peine que Gazalis lui fait prendre un calmant vers le soir. A 10 heures on vient réveiller celui-ci. C'en était fait, Demarquay venait d'expirer.

J'ai sous les yeux son testament. Il commence ainsi: Je remercie Dieu de tout le bien qu'il m*a fait, et je pardonne le mal qui m'a été (ait.

Il a légué dix mille francs à la Société de chirurgie.

De Saint-Germain.

Séance du 23 janvier 1878.

Présidence de M. Félix Guyon.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

Corresponclanee.

I^a correspondance comprend :

1"* Les journaux périodiques de la semaine pour Paris et pour la province ;

2** La Folie à deux, par MM. les D" Ch. Lasègue et J. Falret;

3* La Revue mensuelle de médecine et de chirurgie ;

Les Annales de gynécologie;

5* La Revue des sciences médicales en France et à l'étranger ;

6* Le LX* volume des Transactions médico-chirurgicales ;

7* La Cronica medico-quirugica de la Habana ;

V Encyclopédie médico^chirurgicale pharmaceutique de Bar- celone;

Six mémoires de M. le D' Biagio Miraglia, de Naples, relatifs à la phrénologie ;

10* The British médical journal ;

11* La Gazette médicale Italienne^Lombarde ;

12* La Gaceta de sanidad milUar de Madrid ;

1^ Mediciniscb. chirurgische Rundschau ;

14» Une lettre de M. le préfet de la Seine, dans laquelle il trans- met une ampliation du décret du 10 décembre 1877, autorisant la Bociété de chirurgie à accepter ie legs de feu Demarquay ;

!&• Une observation du D' Cazin, membre correspondant, rela-

62 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

tive à un anvvrysnie de la carotide interne dans le sinus cavei'- neux (lecture est donnée de cette observation par le secrétaire général) ;

16" Des lettres de remercîment de MM. les D" Poinsot, Valtat, Roux (de Brignoles) et Paquet (de Lille);

17° Une observation de calcul salivaire^ parle D' de Labordette, de Nice (rapporteur : M. Desprès);

18® Une observation avec pièce de calcul salivaire^ de M. Ber- tin, de Gray (rapporteur : M. Desprès);

19° Un travail de M. le D' Perrochaud, médecin en chef de l'hô- pital maritime de Berck-sur-Mer, relatif aux résultats obtenus par le traitement maritime sur le mal de Pott;

20° Une étude médico-légale sur les déchirures de F intestin dans les contusions de T abdomen, par M. le D*" Maurice Laugier ;

21° Une note sur le traitement des affections blennorrbagiques par le baume de Gurjius, par le D' Vidal.

M. Panas, président sortant, adresse Tallocution suivante :

Avant de quitter le poste votre bienveillance m'a placé, per- mettez-moi encore une fois de vous adresser mes remercîments.

Je le fais avec d'autant plus de plaisir que celui qui est appelé à me remplacer est non-seulement mon ami, mais un esprit distingué qui saura donner à vos travaux toute l'impulsion voulue. J'invite donc M. Guyon à prendre place à ce fauteuil d'honneur que votre urbanité parfaite sait rendre sans pareil.

M. Guyon, prenant le fauteuil de la présidence, s'exprime en ces termes :

Mes chers Collègues ,

Les devoirs de la reconnaissance sont ceux dont je dois m*ac- quitter tout d'abord en prenant possession de la place d'honneur à laquelle m'ont élevé vos suffrages. Ces devoirs sont agi*éables et faciles à remplir. Il m'est particulièrement doux de vous remercier et de vous prier de joindre vos remercîments aux miens, pour notre honorable président et pour le bureau sortant.

La présidence de la Société de chirurgie impose d'autres devoirs et procure d'autres satisfactions. C'est une situation enviable que

SÉANCE DU 23 JANVIER. 63

celle qui confère le droit de diriger vos travaux. La tâche est cepen- dant délicate et difficile. L^ordre du jour de vos laborieuses séances résen'e une part au passé, ne refuse rien au présent et ne craint pas d'engager l'avenir. Et tandis que de grandes discussions sont encore inscrites, attendant leur heure, les communications et les rapports se pressent à Tenvie, des discussions imprévues sur- gissent et l'intérêt des questions qui les provoquent oblige à leur accorder une admission d'urgence. Le temps seul fait défaut pour donner satisfaction à tous ceux que le désir de servir la cause de la chirurgie attire et groupe dans cette enceinte.

Le but des chirurgiens éminents qui furent nos fondateurs est atteint; le coui*ant scientifique qu'ils ont voulu créer prend chaque année une nouvelle importance. L'activité dont la Société de chi- rurgie est le foyer résulte à la fois des communications des savants étrangers à notre compagnie, du zèle de ses membres, et nous ne saurions le méconnaître, de la très-large publicité que la presse scientifique consacre à nos séances. La régularité absolue de nos propres publications est un élément des plus nécessaires a l'avenir de notre œuvre; nous ne pouvons trop recommander à la sollici- tude et au zèle de nos secrétaires cette partie si importante de nos travaux.

Rien ne peut être négligé pour faire honneur au nombre crois- sant de ces communications toujours pleines d'intérêt^ dues à nos correspondants, à celles de nos membres résidants et à ces rap- ports que nous voyons avec tant de satisfaction devenir nom- breux. Ils permettent, vous en avez eu la preuve, d'étudier dans leur ensemble et leurs détails des questions de premier ordre, qui ont le plus souvent l'attrait de l'actualité ou même de la nou- veauté.

Cette activité et cette ardeur, il est de notre intérêt de le con- stater, ne sont pas seulement l'apanage de ceux de nos collègues qui ont encore le privilège d'être jeunes. Ceux que l'ancienneté du titre de membre de la Société de chirurgie range parmi les aînés ne leur cèdent en rien. Leurs noms autorisés sont toujours mili- tants et figurent à l'ordre du jour de la plupart de nos séances.

La chirurgie, dont la puissance a de tout temps frappé l'imagina- tion et que Celse célébrait en écrivant : « Chirurgise effeetus inter omnes medicinae partes evidentissimus, » la chirurgie aurait-elle aussi pour effet de conserver au cœur et dans l'esprit de ceux qui l'aiment et la cultivent avec ardeur la chaleur de sentiments et la vigueur intellectuelle nécessaires à la poursuite du progrès? Au- rait-elle le don de ranimer nos forces toutes les fois que nous tou- chons à une question de science ou de pratique ? Je puis compter sur l'attachement si vif que vous portez à notre

64 SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

Société, sur la passion qui vous anime pour le perfectionnement de la science chirurgicale et l'extension des ressources de la pra- tique, pour simplifier ma tâche.

J'aurais cependant encore le droit de craindre et de me demander si Topinion de l'auteur des Maximes ne sera pas une fois de plus justifiée? Ce grand et inexorable observateur a pris soin de nous avertir : qu'il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on n'a pas, que de ceux que Ton occupe.

Pour me rassurer, je devrai m'inspirer des exemples de mes prédécesseurs; ce sont leurs traditions qui me serviront de guide. Je ne puis d'ailleurs douter de votre bienveillant concours, car j'aime à me souvenir des témoignages de confiance que vous m'a- vez donnés, en m'appelant successivement aux fonctions les plus actives de votre bureau.

L'année 1878 est de celles qui attireront particulièrement l'at- tention de tous sur ce qui se fait en France ; vous voudrez sans doute, mes chers collègues, que nos séances aient plus encore que jamais rintérêt et l'importance qui leur sont habituels.

La Société de chirurgie de Paris n'aura pas, j'en suis sûr, à souffrir de ce que Ton appelle : les douleurs de la comparaison.

Anévrysme de la carotide interne dans le ginut caverneux,

Par le D»" Cazin, membre correspondant à noulogne-sur-Mer.

J'ai rhoiineur de présenter à la Société un de mes clients, M. L. . ., ûgé de 51 ans, affecté d'une dilatation anévrysmale de la carotide in- terne gauche.

Les antécédents ne donnent aucun renseignement bien important. Il n'existe aucun cancéreux dans les ascendants, mais j*ai soigné un de SCS frères pour une tumeur maligne du pancréas. Pas de syphilis antérieure, mais des habitudes alcooliques assez prononcées. Jamais d'otite purulente. Il a eu trois enfants, tous actuellement bien portants. Il ne se rappelle pas avoir eu de maladie sérieuse, ni fait de chute grave, ni avoir reçu de coup sur la tête. Il a ordinairement une soif vive, et je l'ai traité pour un anthrax de la nuque, il y a quelques années; cependant l'analyse des urines plusieurs fois i*épétée n'a jamais décelé de traces de glucose.

Il y a environ dix-huit mois, il commença à ressentir des sifflements dans l'oreille gauche, perceptibles surtout lorsqu'il était couché et lorsqu'il s'appuyait du côté correspondant. Ce phénomène le fatigua d'abord beaucoup, mais il s'y habitua petit à petit et ne m'en entretint même pas.

Il y a un mois, il vint me consulter parce que tout d'un coup, la veille, par un temps très-froid et humide, conduisant une voiture dé- couverle, il avait vu double et avait été obligé de remettre les guides

BÉANCB DU JANVIER. 66

à son cocher. Il existait en effet un strabisme convergent de Vœi\ gauche. De prime abord, je fus porté, vu les circonstances le troable visuel s'était produit, je fus porté, dis-je, à considérer la para- lysie du muscle dnoit externe comme de nature rhumatismale. En ques- lionnant mon malade, je ne tardai pas à modifier ma façon de penser. Quand il m*apprit qu'il éprouvait des sifflements dans l'oreille, et que sa fenune avait pu les entendre, mon attention fut nécessairement éveillée d*un autre côté.

Ce bruit, isochrone aux battements du pouls, n'est ressenti par le malade que dans l'oreille gauche. Il n'existe de surdité, ni de ce côté, nide Taotre. Le tic-tac d^une montre est perçu nettement à plus de SO centimètres.

Ea appliquant l'oreille contre celle de M. L..., on entend un bruit de souffle aigu légèrement râpeux, mélange de sifflement et de jtiau- lement rappelant très-bien le cri plaintif du vanneau, intermittent, synchrone aux battements artériels. Dans l'intervalle des sifflements, il y a silence complet, sans la moindre apparence de souffle doux et continu. Avec l'aide du stéthoscope, il m'a paru que les phénomènes que je viens de décrire étaient moins nettement appréciables. Aussi est-ce avec l'oreille seule que j'ai pu percevoir le souffle au niveau de l'o- reille droite (côté opposé à celui le malade a seulement conscience du bruit anormal), sur les deux bosses frontales, sur les deux yeux et même jusqu'au sommet de la tète, point il a son minimum d'inten- sité. Le maximum m'a paru siéger à Tapophyse masloïde gauche.

La compression de la carotide primitive droite n'influe en rien sur la production du souffle, tandis que du côté gauche, ce dernier cesse eDtièrement et reprend dès que la pression n'a plus lieu.

Ce bruit n*a jamais été suspendu depuis dix-huit mois, me dit le mn - lade; avant-hier seulement il a disparu pendant 10 minutes; puis il a recommencé avec la même intensité. Cette dernière varie peu avec les mouvements ou la position occupée par la tète et le malade peut se baisser sans gène. La fréquence seule est en rapport avec toutes les causes d'excitation qui activent la circulation.

I^ stéthoscope appliqué sur les vaisseaux du cou ne permet de sai- sir aucun bruit de souffle, comme cela a été noté dans quelques obser- vations.

11 n'existe ni exophthalmie, ni battements transmis au globe ocu- laire appréciables à la vue ou au toucher. Il n'y a pas de congestion conjoDctivale ou scloroticale.

L'examen ophthalmoscopique permet de constater que le fond de l'œil est dans le même état des deux côtés et présente une disposition normale.

Les pupilles sont égales, peut-être y a-t-il un peu de paresse de l'iris dacôté gauche.

Le strabisme en dedans est absolu, c'est-à-dire que la paralysie du nerf moteur oculaire externe est complète. La diplopie ne cesse de so produire que quand le malade dirige ses regards fortement a droite; feulement alors les axes visuels sont harmonisés, et l'existence de la

BULL. BT MBlf. DB LA 80G. DB CHIR. 5

66 SOCIÉTÉ De GHimJRGŒ.

vision monoculaire vient encore prouTcr Vinfiâgrité du nerf oplique.

Auoune inseniibilité de Tœil ou du voitinoge, auéune douleur, aueuM névralgie, par conséquent le nerf ophthalmique de Willis n'es* pas compromis, pas plus que le moteur oculaire commun»

Il n'y aucun phénomène cérébral à notek* ; la mémoire est bien coih sei*vée ; peni*dtre observe4-on un peu plus d'iraaeihiltté.

L*état de la santé génénde est excellent; j'ajouterai que les artères du poignet ne présentent aucune apparence d mflHrations athôroms^ teuses« Rien au oœur.

Vis* à-vis de ce symptôme presque patliognomonique, souffle entends par le malade et par le médecin, avec les caractères assignés plus haut, et de la paralysie de la sixième paire, je n'ai pas hésité à porter le diagnostic de dilatation< asévrysmale de la carotide interne gauche. J'ai môme cru pouvoir préciser son siège sur un peint de Fartère situé dans la partie inférieure du sinus, puisque le moteur ocnUnre externe seul a été comprimé, et Ton sait (fullest le phis inlérieur des nerfs qui traversent ce sinus.

Cette situation pi:ohable rend compte de Tafasenee des phénomènss cérébraux.

Quelle est la conduite à tenir ?

Faut-ilt dans la crainte d'une rupture du sac observée dans certains cas, mais plus spécialement sur les jaunes sujets, enÉseprendre une intervention chirurgicale aussi grave qu'une ligatum ?

Ne vaut* il pas mieux attendre pour en arriver à cette eoLtrémitè» qu'a- vec de nouveaux progrès de la poche anévrysmale, des phénomènes de troubles circulatoires du côté du cevveau ou dss symptômes de oomc pression commencent à se produire ?

Si nous en arrivons là, quelle artère Caudra-t-il lier, le ti^cmo commun ou la carotide interner?

Jusque-là, ne seraitrjl pas sage de tentei' compression digitale de la carotide sur le tubercule oarotidien, quelque douloureuse et pénible qu'elle ait été» paroe qu'elle a donné quel4|uee succès^ entre autres an D' Vanzetti?

La littérature médicale anglaise renferme ua cas de guérisoai spon- tanée d'un pareil anôvrysme, et la suspension momentanée du bruii anormal dans le cas qui m'occupe n'est-elle pasTindice d'une tendauM à la formation do caillots?

C'est sur tous ces point» que je serais hetureux d'avoir l'avis de mea honorables collègues de la Société de chirurgie*

DJscussion sup' le trépaxL *

M. Luc^-GHAJfPiONNi£RE« J'sî éoQuté avec grajad soin le discours de M. Desprès, mais je doie^ avouer que je n'ai pas trouvé de mi- sons sufQsnnteft pour partagpsi avee noire oollègue son opposition pour le trépan.

ssANG» mi .23 a^iivacR. 67

Au point de Tue UslQriqiie, M*. Decfiràs nenoiM; a pesapporté de nouveaux matériaux.

Je ne puis pas accepter ^ manière dont M. Desprès emploie les statistiques, car je trouve qu'il chercha trpp à les faire concor- der avec 168 opinions qifîl soutient ;. ainsi il rejette la statistique de M. Lefort, qui est une des plus soignées et des plus sérieuses, tandis qii*il accepte oeiUe Blum^doot les éléments sont des oJb- seniftions les phis disparates*.

Quant à la statistique des pl^es de tête observées par les An- glais en Crimée, que M. Desprès a citée d*après M. Legouest, je ne comprends, pas son, importance, puisque aOirmant lûO 0/0 de morts par la tr^anatioa et,, chez les Français, des guérisons sans tré{>anati(m, Le^ouast est peut-être le plus pai'lisan de la trépa- nation. Il faut oroiro que certaines circonstances lui retirent de son importance.

La statisiicpie de la guerre 4e la sôœssion esl très-favorable à la trépanation, mais il ne faut pas la comparer, comme le fait M Desprès, avee celle que peuvent donner les plaies de tête obser- vées en une année dans les hôpitaux de Paris.

Si on veal la comparer à ifuelque chose, il est préférable de re- chercher quelle a été la mortalité des plaies de tôte par armes à teu dans la guerre de la sècesaon.

liya eu 4,S50 cas de plaies de 'tète par annas à feu, sur lesquels il y a 2,514 morts, soit &7,T9 0/0 ; en voit -qu'il serait injuste de dire que fintervenûen a tué des blessés, puisque sur 220 cas de trépanatian Qy a lli guérisons, ce qni denneô»5 0/0.

Les faits tirés de la pratique de M. Desprès ne m*ont pas con- ^'aincu, et je dira} que je ne puis accepter la manière dont M. Des- près a fait la critique des observations que nous avons apportées à cette tribune, car il y a eu des erreurs de Aate que je n*ui pas pu laisser passer et qui enlèvent toute valeur à son argumentation :

Ainsi, mon malade a été opéré le 7* jour, et non pas de suite après l'accident, et M. Broca a opéré le sien après six semaines, au lieu de 12 jours.

Quant à dire que nos opérés étaient des enfants, je crois qu'il sulBt de lui rappeler que le mien avait 26 ans, tandis que le cas qa*il a cité d'une guérison sans trépanation a trait à un enfant.

J'ai eu raison d'ajpjiieler Tattention sur la grande difiQculté qu'il y a à établir un diagnostic exact, mais nous ne trépanons pas, comme le àt M.JDlesprès,|poujr des lésions non traumatiques dont les symp- tômes sont identiques à ceux des lésions traumatiques.

Dans flon aMeurà défendre .son si^et, M. Desprès a été certai- nement plue loin qu'il O0 le voulait, car il est arrivé à soutenir

68 SOCIÉTÉ DB GHIRUROIB.

des faits contradictoires sur la tolérance et la susceptibilité du cer- veau.

^e crois ({U*il est inutile d'aller plus loin et de rien chan^r aux propositions que j*ai formulées :

Bénig^nité relative de la trépanation, surtout faite avec la méthode antiseptique;

Importance des signes tirés des localisations cérébrales, qui ajoutent en chirurgie des notions de haute valeur et peuvent être utilisées comme indications de précision, comme guide dans cer- tains cas particuliers.

Enfin, je continue à placer au premier rang des indications de la trépanation la paralysie immédiate, primitive. Un seul orateur apporte des arguments contre ce que mes paroles pouvaient avoir <1*absolu, et je reconnais qu'il y a lieu de tenir compte du remar-^ quable fait de M. Perrin.

Mais en présence du nombre considérable des faits que j*ai étu- diés, je me tiens sur la réserve, et pour me faire changer d'opinion él me faudrait une série de cas semblables . Je le dis d'autant plus volontiers que M. Lefort, qui est loin d'être un des partisans les plus ardents de la trépanation, a nettement reconnu, comme la plus urgente des indications, la paralysie.

Il pensait qu'on pouvait être arrêté dans le choix du siège de Topération. Il aura aujourd'hui des guides sûrs qu'il ne récusera certainement pas et qui l'encourageront encore à trépaner.

Je crois donc fermement que les localisatioAs cérébrales d*une part et la méthode antiseptique de l'autre vont faire faire un retour offîcace vers la trépanation.

Que l'on n'oublie pas du reste que ce n'est pas la gravité propre de l'opération ou son inutilité qui en a détourné .

La gravité des complications possibles ont arrêté seules les chirurgiens. Cette cause a été indiquée par tous. Elle a été for- mulée nettement par Desault et Bichat dont on invoque si souvent le nom.

Il faut arriver à Gama et Malgaigne pour voir invoquer réelle- ment contre le trépan des arguments d'un autre ordre. Et dans l'ouvrage de Malgaigne, ce n'est certes pas sa physiologie pathologi- que du cerveau qui lui fera le plus grand honneur. Quant à Gama, on peut y trouver les plus curieux exemples de la négation de parti pris des résultats d'une opération ; quelque effort qu'on fasse pour le dépasser, on n'y arrivera pas.

C'est lui qui rappelle l'observation de cet individu qui, immédia- ment après la trépanation, voit disparaître la paralysie, et il igoute que l'écoulement du sang pendant l'incision des téguments avait été la cause de la guérison. On ne dira rien de mieux pendant

8KAKCB DU 23 JANVIER. 69

la discussion des observations dont on ne veut à aucun prix re- connaître rimportance.

La réaction se fera. Déjà à l'heure actuelle des partisans de* la trépanation se montrent môme parmi ceux qui sont moins résolus- que moi-même. M. Perrin ne la repousse pas, M. Le Dentu d&t presque de mon avis, et j'entendais tout récemment M. Trélat dé- velopper une opinion très-nettement accusée sur la nécessité de- trépaner tout individu atteint d'enfoncement. Je ne parle paa de ceux, bien autrement nombreux, qui n'ont pris aucune part à notre discussion.

M. Lefort. Je ne veux pas entrer dans la discussion, mais Je tiens à poser en principe que je suis partisan du trépan, et que c'est en grande partie pour réagir contre les idées de Malgaigne que j'ai fait le travail que plusieurs de mes collègues ont cité dans la discussion. Il y a peu de jours, un homme fut amené dans mon service avec une fracture du crâne; j'appliquai le trépan et pus re- tirer ime longue esquille de la table interne que rien ne faisait soupçonner, et le m alade est aujourd'hui complètement guéri.

H, Le Dbntu. Je n'ai que fort peu de chose à ajouter à ce que j'ai répondu à M. Lucas-Championnière. Je ferai seulement remarquer que U. Luca»Ghampionnière a un peu rabattu de ses premières f^sertiotts, relatives à l'innocuité du trépan et à ses indications. Il ne parle plus que de deux ou trois couronnes de trépan, et il n'a pas renouvelé l'assertion émise par lui à la suite de la communica- tion de M. Tillaux, à savoir que l'on peut trépaner en plein foyer do contusion cérébrale. Je n'accepte cette proposition que si on admet que ce n'est pas contre la contusion qu'on dirige la trépanation.

Quant au reproche que M. Lucas-Championnière m'a adressé de lui avoir fait une part trop petite dans l'historique de la question, je ne crois pas l'avoir mérité. J'ai cherché à être impartial, et lors- que j*ai exposé les ressources offertes par la topographie crânio- cérébrale, je me suis empressé de mettre au premier pian le pro- cédé de H. Lucas-Ghampionnière.

Si j'ai fait quelques réserves relativement à la position de l'ex- trémité supérieure de la ligne rolando-bregmatique, c'est qu'on peut s*étonner que les anthropologistes, qui ont fait de nombreuses mensurations, soient arrivés à des résultats ne concordant pas avec ceux de M. Lucas-Championnière ; mais, comme je l'ai déjà di^, « c'est un point à vérifier ».

M. Lucas-Championnière m'a reproché d'avoir trop étendu zone motrice et de l'avoir fait aller jusqu'au pli courbe; c'est une meur: car je me suis rallié aux conclusions de M. Charcot qui. hissent de côté le pli courbe.

10 SOCIÉTÉ DE rQuwamatm.

Malgré les tendance» de IL Laii8a»<2lRaDpioanièr6 vers l'inier vention, ses objections ne modifient pas ieseonclusions que j*a formulées.

Répondant à ALDeaprès qui se pose en advereaine résolu di trépan, parce qu'il le classe dans les opényâons inutiles Je lui dire qu'il tranche une question complètement insoluble aujourd'hui»

La trépanation est peut-être varement utile^ je le reconnais mais vouloir la ranger dans les opénitions à oublier, c'est aile trop loin.

Lorsqu'on jette les yeux en arrière, on voit combien il est difli cile de poser en principe les opérations qui doivent être rayées d la pratique.

Si la cure radicale des hernies est, â juste titre, tombée dan l'oubli, combien d'autres opérations repoussées, condamnées, il a quelques années, sont aujourd'hui acceptées et pratiquées ave succès, pour n'en citer qu'une, rovariotomîe. D'autres opérations considérées comme très-graves, perdent de leur gravité par suit des progrès apportés à l'hygiène.

Tout en disant que les statistiques ne prouvent rien, M. Desprè 6*en sert pour soutenir ses argumeaoAs ; je le regrette, cai* si le. statistiques sont. des armes â deux, tranchants il ffflit les laisser d côté. Quant à moi je trouve qu'ilfaut absolument faire des distinc tiens entre toutes les espàoes de iracUxre du crfine, car il est im possible de comparer une fractare, une simple fissure de la bas avec la fracture portant sur de larges sur&»es.

Répondant à la question posée par M. Desprès : La tiépanatia vise*t*elle un symptôme ou nne lésion? j'admis qu'elle vise for cément les symptômes, du moment qu'ils indiquent un danger oi un grave inconvénient pour ravenir, mais qu'elle ne s'attaque a^ symptôme que par l'intevmédiaire de la lésion, oai* aucun chirur gien n'aurait l'idée de ttfépaàer pour lairésolulion des membre produite par la oonmiotioa oàrébrate.

11 est impossible d'admettre qu'une lésion siégeant dans le points neutres du cerveau donne les mômes symptômes que call qui siège dans une 29one siobrice^ et «'est l'importance des ncu velies recherches sur les loealieations céréteales.

On a dit qu'il ne fallait jamais intervenir en présence de l lièvre, mais la ftèvre n'e&t pas touigiours la preuve d'une encéphalite et la simple rétention du pns dans un loyer en dehors de la dure mère peut la développer.

On ne prouve rien aliecdes faits iseiés, et le'O» d'une fractur< grave de la jambe,. gMéde «aae- am()utaiion, ne prouve pas qui l'amputation ne doive pas. dire ismeiàétée eomme la planche d^ salut dans certains cas.

SÉANCE DU 2S JANVIER. 71

Il est plus qu'impvudBiit d'engager Taveiiif par des jugements bàtils auxquels on croit donner plus de foi^ee an leur donnant une forme ironique ou dédaigneuse.

Pour moi, sans savoir si je croirai jamais devoir pratiquer la trépanation, je veux laisser une porte ouverte an progrès et à la lumière. La trépanation, considérée par tous ses aspects, ne sem- ble ni absurde, ni dangereuse, elle est même parfaitement ration- nelle dans certains cas et je suis persuadé que lorsque le crAne est ouvert, en même temps qu'il existe une plaie des téguments, le vrai danger réside dans Taltération du sang épanché, même en médiocre quantité, entre la dure-mère et les os. Dans les cas très- compliqués, le danger est tellement grand, que la trépanation n*est pas très-utile ; dans les cas simples, la guérison est presque cer- taine ; mais dans les cas intermédiaires, il y aura certainement avantage àixttervenir, et je crois qu'on pourra le faire avec de bons résultats en suivant les indications et les règles que j'ai essayé de poser éêOB mon rapport.

M. Desprès. Je ferai observer que si on trépane pour un symp- tôme, il faudra aussi bien trépaner pour une paralysie causée par une tumeur cérébrale que pour -celle causée par une fracture du crâne. De plus, si la lésion siège dans un point du cerveau qui a'est pas un <^ntre moteur, ie symptôme, qui doit guider le chi- rurgien manquera, et on paut croire que beaucoup d'individus ont ^la cbaoce d'être dans ces circonstances, car il suffit d'examiner les coUectioos des crânes sur lesquels on a trouvé des dégâts con- sidérables qpii n'avaient été suivis d'aucun accident , et observons qu'on n'en parle jamais.

Qoant a conseiller le trépan parce que le traitement antiseptique rend cette opération peu grava, je'rapipiellerai que Samuel Ciooper a déjà émia semblable opinion en préconisant l'usage de l'eau froide, qu'il avait employée peui* son opéré ; il y a une affaire de JDode qui ne peut suffire pour tout changer.

Je ne suis pas partisan des statistiques, parce qu'elles compren- nent trop de faits disparates, mais je les crois préférables au simple souvenir^ aussi jo ne les repousse pas absi^hunent. Je crois que l'on peut arriver à se former une opinion, lorsqu'on voit que, dans las pays l'on ne pratique pas le -trépan, on arrive pour les frac* tures du crâne à une mortalité de 42 0/Q, statistique des hôpitaux, tandis que dans lea pays la trépanation est une opération jour- nalière, la statistique donne une mortalité de 57 0/0, statistique de lefort, et de 48 0/0, statistique de Blum. De plus, lorsqu'on lit ce que disait M.Legouest (BuUeim dd la Société de chmirgiey 1860, p. ÛS), que^ pendant la guerre de Crimée, Us Anglais, qui trépa-

7^ SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE.

naient beaucoup, ont eu 100 0/0 de morts, tandis que les Français n*en ont eu que 73 0/0, j'afftrme que Ton peut en conclure que le trépan est une pratique dangereuse.

M. Le Dentu. Je répondrai à M. Desprès qu'en présence d'une fracture avec enfoncement siégeant dans une région en dehors de la zone motrice, il manquera au chirurgien un symptôme important pour rindication du trépan, mais on opérera de môme, dans le but de remédier à renfoncement.

Si le trépan était une si mauvaise opération, on la verrait aban- donnée par tous les chirurgiens et ce n'est pas le cas ; pour ne citer qu'un exemple, je nommerai M. Legouest, qui s'est guidé pro- bablement sur d'autres faits que la statistique dont parlaft M. Des- près, car M. Legouest est au contraire partisan de cette opération.

M. Trélat. Je ne veux pas prendre part à la discussion soulevée devant la Société, mais je veux rappeler les indications que j'ai développées, il y a trois ans, dans les leçons que j'ai faites à la Faculté ; je le ferai avec d*autant plus de facilité que les recherches nouvelles n'ont fait que confirmer mes opinions.

J'avais admis deux conditions pour trépaner :

Dans les cas de plaies des parties molles, avec ftractures et déformations;

Dans le cours d'une plaie du crâne il se développe un symptôme pouvant prouver une lésion cérébrale.

A l'époque oii je m'occupais de cette question, on ne connaissait comme pomt du cerveau ayant une fonction spéciale que la troi- sième circonvolution frontale; aussi disais-je que si la science ve- nait à formuler la preuve de fonctions dévolues à telle ou telle région particulière, il faudrait trépaner lorsqu'on pourrait affirmer la lésion de ces diverses régions.

Il y a des individus guérissant avec de grandes fractures, et la trépanation eût été inutile ; mais si on veut prendre tous les indi- vidus atteints de plaies à la tête, on trouvera de terribles mé- comptes.

Nous voyons tous les jours des individus atteints d'enfoncement plus ou moins considérable, ayant très-peu de symptômes, et fi- nissant cependant par succomber ; si on les avait trépanés, ils auraient guéri. Ce n'est pas parce qu'un individu succombe après avoir été trépané, qu'il faut repousser le trépan, car pour ne citer que le chanoine, auquel on a fait allusion, le trépan ne lui a rien fait, ni en bien ni en mal.

Si on pouvait faire un diagnostic exact de la lésion cérébrale» on trépanerait à coup sûr; malheureusement ce n*est pas toujours facile, surtout avec le genre de blessures produites par les armes

SÉANCE DU JANVIER. 73

d'aujour(i*hui ; mais si un signe bien net permet de dire : il y aune lésion qui amènera un abcès» il faut trépaner.

J'arrive donc aujourd'hui aux conclusions que j'avais formulées il y â trois ans, et qui peuvent se résumer ainsi :

Il y a lieu d'appliquer le trépan :

i"* Lorsqu'il y a enfoncement du crâne, même s'il ne paraît pas nécessaire;

2' Lorsqu'il y a des signes annonçant une lésion des centres.

M. Maurice Perrin. Je ne suis pas un adversaire du trépan, et j'ai conservé, sans y changer grand'chose, les idées que j'avais soutenues dans la discussion de 1866 au sein de la Société de chi- rurgie, et que je demande la permission de reproduire sous forme de propositions.

Je suis partisan de la trépanation immédiate, le jour même de la blessure, toutes les fois qu'il s'agit d'une fracture du crâne avec perte de substance, avec corps étrangers, pièces osseuses ou autres. Dans ce cas particulier, j'ai lieu de croire que le doute n'eiiste pour personne. Il importe de débarrasser la plaie de tout ce qui peut la rendre plus grave, fallût-il recourir à une ou plu- sieurs couronnes de trépan.

Cette sorte de débridement, à l'aide duquel on agrandit ou bien 00 régularise la brèche osseuse, peut â peine porter le nom de trépanation.

Lorsque la fracture du crâne, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de plaie extérieure, est compliquée d'enfoncement de la paroi ; lors- qu'elle est représentée par de larges pièces osseuses inclinées l'une vers l*autre et circonscrites par des traits de fracture ou par des disjonctions de suture, il y a lieu de s'abstenir au moment de l'accident. L'indication du trépan doit être fondée, d'une part sur l'état anatomique, l'enfoncement de la paroi, et de l'autre sur la nature des troubles fonctionnels qui peuvent lui être attribués. Ces derniers ne sont pas significatifs durant les premiers jours, parce qu'alors tout est trouble et confusion. Presque toujours, en efTet, les traumatismes du crâne créent une situation qui semble tout de suite très-grave : on est assommé du coup. Ce n'est qu'après quel- ques heures ou après quelques jours qu'on revient à la vie, parfois avec une santé complète ; d'autres fois avec une perte fonction- nelle qui peut être attribuée â la compression produite par les pièces osseuses enfoncées. Lorsque la complication est bien définie de la sorte, lorsqu'elle est bien isolée, il faut trépaner le plus tôt possible, puisque tout ajournement, sans avantage défini, a le grave inconvénient de laisser s'accroître le danger. Et il faut tré- paner sans tenir compte des indications fournies par les localisa-

74 SOCIKTÉ DE CHIRLRGCS.

tions cérébrales. Le point le meilleur sera celui qui permettra le plus facilement de relever la paroi enfoncée et d'extraire les es- quilles s'il en existe.

S? Lorsque la fracture est représentée par une ou plusieurs fê- lures sans enfoncement des parois, sans compUcatâons nppré- ciables, et à plus forte raison lorsqu'il n^y a pas de fracture re- connue, il ne faut pas trépaner immédiatement, quels que soient les troubles fonctionnels existants et quel que soit le siège de la lésion osseuse ; fl faut attendre et observer. Si au tumulte des pre- miers jours succèdent des signes de méningo-encéphalite, d'épan- chement sanguin ou purulent, on doit se féliciter d'avoir épargné au malheureux blessé une opération inutile.

Si, au conti'aire, il ne reste plus qu'un trouble fonctionnel bien défini, comme une paralysie faciale, une hémiplégie, une céphalal- gie persistante en un point fixe, des abcès épileptiformes, etc., il fout observer de plus près et s'assurer, jour par jour, si ces acci- dents voot en s'atténuant ou en s'aggravant.

Dans le premier cas, il convient d'attendre ; dans le second, il faut trépaner sans hésitation et choisir le point qui sera indiqué par le siège <x>nnu des centres moteurs et par les mensurations iraniennes. La persistance d'une paralysie du mouvement limité â la fece, à un membre ou à tout un côté, a été indiquée par M. Lu- cas-Championnière au cours de cette discussion, comme la meil- leure indication de trépanation, parce que ces paralysies ont tou- jours été incurables ou suivies de mort.

J'avais émis à peu près la même opinion en 1866, bien que j'aie été obligé 4e la mitiger un peu, en rapportant l'observation d'un officier de mon régiment qui, pendant la campagne de Crimée, avait pai*faiteflient guéri d'nne fracture du crâne, malgré l'existence d*une paralysie pei'sistante du mouvement. Sur ce dernier point, l'expérience m'a conduit à tenir moins compte des paralysies de mouvement consécutives, à les observer pendant un certain temps avant de prendre une détermii^ation et à n'appUquer le trépan qu'autant qu'elles s'aggravent.

C'est dans l'espoir de faire accepter cette li^ne de conduite par M. Lucas-Championnière et par tous les chirurgiens qui seraient disposés à le suivre, que j'ai rapporté récemment deux autres faits de fracture du crâne qiui ont guéri sans trépanation malgré Texis- tence persistante pendant deux ans, dans Tun des cas, d'une pa- ralysie de mouvement.

M. le président déclare close la discussion sur le trépan.

léANCB SW âO aANViCR.

Présentation de malades.

M. Monod présente une malade atteinte d'un kyste osseux de la paroi supérieure de l'orbite.

La séance est levée à 5 h. 45 m.

Le secrétaire^

HORTELOUP.

Saanee du 30 jasTior 1878.

Présidence de M. F. Guyon.

La procèe-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Correspondanee.

La correspondance comprend :

1** Les journaux périodiques de la semaine ;

Le jounial de médecine de TOuest V Alger médical^ la Gazette médicale de Bordeaux, le Lyon médical, le Montpellier médical, k Bordeaux médical ;

3* Centralblatt fur Chirurgie^ la Gazette de santé militaire de Ihdrid, Tbe Briti^h médical Journal, la Gazette médicale Italienne- Lombarde ;

4** Une lettre de remercîments de la part de M. le D' Reverdin, de Genève ;

5* Une lettre de M. Houël, s'excusant de ne pouvoir assiter à la séance pour affaires de famille ;

6"" Une lettre de M. Tarchivist^ de la Société médicale de Reims, demandant un échange des Bulletins de la Société contre ceux do la Société de chirurgie.

M. Verheuil présente un travail de M. Chalot, chef de clinique chirurgicale à la Faculté de Montpellier, relatif à un cas de névral- gie rebelle, l'observation est complète. H comporte une analyse de 23 cas de névralgie des moignons.

(HH. Verneuu., Sée^ Delkns.)

Rappert.

M. Verneujl Ut un rapport sur les trois observations adi'essées par M. Veirènes, médecin principal de !'• classe à Vincennes.

76 SOCIÉTÉ DE GHIRUROIB.

Messieurs ,

Ma présence à cette tribune en qualité de rapporteur de M. Vedrènes eût été fort naturelle il y a 15 jours; aujourd'hui elle est peu constitutionnelle , et voici pourquoi. Notre confrère nous adressa à la fin d*octobre dernier plusieurs faits intéressants dont vous me chargeâtes de vous rendre compte. Mon rapport était fait et j'allais vous le lire, lorsque survinrent les élections dernières qui firent du candidat d'alors le collègue d'aujourd'hui.

Désormais M. Vedrènes n'aura plus besoin de parrain pour des travaux qui figureront de droit dans nos Bulletins. Je devrais donc envoyer ceux que voici au comité de publication et remettre mon rapport dans mes cartons. Cependant permettez-moi de servir au moins brièvement d'introducteur aux présentes observations, parce qu'elles ont été recueillies en quelque sorte à mon intention et dans le but spécial d'appuyer des opinions dont je me suis fait le champion.

Vous en jugerez par le seul titre des observations en ques- tion :

1* Attaque de rhumatisme articulaire aigu à la suite de Tinlro^ duction dune sonde cannelée dans une Bstule anale chez un sujet arthritique ;

2** Accès d^aslhme avec orthopnée succédant à une fracture de r avant-bras chez un asthmatique ;

S* Ataxie locomotrice consécutive à la ligature de deux petites tumeurs hémorrhoïdales.

Du reste voici ces faits :

Obs. I. M. J..., capitaine d'infanterie, 16 ans, fortement oonsti lue, pléthorique, a toujours eu une excellente