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1853

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INTRODUCTION.

PUISSANCE, SAGESSE ET BONTE DE DIEU

£tcidiées

DANS LES MECANISMES 0D MONDB ORGANIQDfi

ET PARTICULIEREIBSNT DANS LA STRUCTUBE DU CORPS HUMAIN.

L^escdlenee de lâ*beaiité âppdniicnl à riioinnie« m c'est comme en admiraUe rejaillissemenl de Fi* mage de Dieu sur sa face.

L'homme est le Goroplémenl des oeuvres de Dieiu ei après Tavoir fait comme son chef-d^œiivre, il demeure en repos.

(BossucT, £//r. $nr lei my$t,)

»

Bans les divers ouvrages que nous avons publiés jusqu ici, sur les sciences physiques et tiatorellesy nous nous sommes complu à arrêter nos yeux et notre pensée sur le spectacle de cette nature terrestre, où la puissance et la sagesse de Dieu se déploient, avec une va-» riété sans Ix>mes9 en chefs-d'œuvre de grâce, de beauté, de perfection, qui confondent ou ravissent. Sur celte scèfie admirable, nous avons vu que chaque créature a son langage, son moyen d'expression, pat lequel elle se manifeste et parle à Thomme. La terre parle par toutes ses productions : le minéral, le végétal, l'animal, parlent par leurs formes, par leurs mouvements, par leurs qualités et leurs phénomènes. La nature est cet ariire merveilleux dont il est fait mention dans lafiible orientale : arlirc immense, aux milite cris, aux innont** brables voii; toutes ses feuilles chantent, et forment en chantant, sous le ciel, un perjié* Cuel concert d'ineffable harmonie» qui varie selon Tordre des saisons, selon Theurc de la nuit ou du jour.

Portez vos regards dans les profondeurs des cieus, al»«iissez^les dans la poussière de la terre, partout vous trouverez la nature se présentant avec une apparence d'infinité, qui est le caractère propre de son Auteur. Cest un |)alais où le moindre des serviteurs porte la livrée du prince. \jci% astres dans le ciel> les flots de lumière qui inondent res|>oce, Tinnom^ brable multitude d'êtres qui se meuvent sur noire jtlanèle, les relations qui les lient harmonieusement les uns aux autres» écrasent de leur volume ou de leur petitesse, de leur nombre ou de leur distance, Timaginalion do rhmnme; mais la puis* sance et ia sagesse du Créateur sont présentes parlout; ce qui nous échappe» son œi! le voit, son gouvernement Temlirassc. Il sait combien d'atomes de lumière remplissent Icspace, combien de molécules aqueuses sortent du sein des mers et combien y retournent; il sait le nombre des soleils qui resplendissent dans rincommcnsuralile étendue; il a compté les êtres de ehaque espèce qu'il devait appeler à la vie; il a vu rinsocto qui, sur un point imperceptible» est lui-même un point... Il n*y a ]ias d'infini pour Dieu, rien n*est graml, rien n>st petit pour celui qui est lui-même sans mesure. Etudier ses ouvrages, c'est les admirer : toute découverte qu'on y fait devient une preuve de ses attributs di\ins. On y aperçoit en même temps une similitude et une correspondance assez prononcées pour cons- tater qu'ils sont sortis de la même main, et une diversité assez caractéristique ]K>ur nous apprendre combien les plinns de l'Ouvrier furent vastes et ses pensées fécondes. Les objets ?es plus uniformes dilTèrcnl p<ir quelque cêté, et ix)urtant l'unité existe : les contrastes sont

DlCT«0?iK. D*.\KTUKOrOI.OGIK, 1

41

fî

niaiiifcslcs, el les rapports j^c'ii6r»iiix ou parlimiliers en déconïcnl. D.ins rctte immeii^u l.iiri'pjc, cliiitpie iniiivhiii tbriiic tiii loiit, »atvs cesser ti'^lre p(rrli:f K&rmoDiqno de Ico-

drinlile (1).

i)iins (DUS les ôlres il y a niio iik^c, Tidéc qui a présidé à leur cr<^.alion, cl qui est h la fois îc principe cl la lin de leur existence. La sagesse qui les a formés brille, h travers leurs phi^nomènes cl dans leur développement, par l'harmonie de leurs parties, par leurs rap- ports avec les autres existences el avec l'ensemble du monde, cl c'est de celle manière (|u ils élèvent noire raison jusqu'à l'Etre supérieur qui les a créés el qui les conserve. Mais luette intelligence, cette sagesse qu'ils révèlent n'çst pas à eux; ils no comprennent pas l'i- dée qu'ils exprirpent : ce sont des symboles qui ignorent leur signification; ils ne parlent (]uh l'homme intelligent, ou plutôt celui qui les a faits nous parle par eux 3 il les emploie comme les lettres et les caractères d'un langage sublime pour se révéler à l'homme, l'hom- me, caractère le plus saillant, lettre la plus significative de ce monde de jihénomènes. La science est cette interprétation de la nature qui nous élève, par l'observation des laits cl des lois qui les régissent, jusqu'au Créateur. Voir, percevoir, concevoir avec ronscienccv puis exprimer ce qui a été vu, perçu, conçu, pour bénir et glorifier l'Auteur de tous ies êtres, c'est le propre de la créature intelligente, c'est le rôle de l'iionmie sur la terre.

Ohl que la contemplation de ce magnifique, de cet immense, de ce ravissant système de bienveillance qui embrasse tout ce qui pense, sent ou respire, est propre h élever, ù agran- dir notre âme, à balancer, à adoucir toutes les épreuves de cette vie fugitive, à soutenir, h augmenter notre patience, notre résignation, notre courage, h nourrir, h exalter tous nos sentiments de reconnaissance, d'amour, de vénération pour cette bonté adorable qui aime tout ce' qui est, qui ne hait rien de tout ce quelle a fait, qui n'a rien crée\ rien établi que par amour (2).

Aujourd'hui une nouvelle série de merveilles plus frappantes encore, s'il est j^ossibie, 6'offre à notre contemplation ; nous allons étudier le chef-d'œuvre du Créateur, nous ai ions parler de rhomme.

L'homme réunit dans l'organisation de son corps les modulations et les concerts les plus agréables, les courbes les plus ravissantes. La beauté repose sur son visage, la grâce est em-» preinte dans chacun de ses traits. La noblesse et la dignité respirent dans son attitude et dBns sa démarche ; les proportions les plus harmoniques &e révèlent dans la forme, la dis* position et le jeu de ses membres; ses yeux, où brillent une lumière pénétrante, un rayon tout céleste, ont des mouvements ineffables, et les contours de sa bouche sont dessinés par le doux renflement de deux lèvres vermeilles où siège le sourire qui répand la joie autour de lui, et d'où s'échappe, en flots mélodieux, la parole, présent divin, écho de ces voix in- térieures, l'intelligence, le sentiment, la raison qui constituent notre grandeur et établis- sent nos véritables titres è la domination de la terre. Toutes les parties de son corps se rapprochent sans gène et s'agencent avec harmonie. Ses bras l'accompagnent et ne le por->

(1) Parmi tant de créaiurcs terrestres, aquatiques, aériennes, dont se compose le monde animé, pas une n'a le droit de se croire négligée. Le ciron se repall, et le taurcaa superbe remplil à discrciior. son double estomac. Quelle variété de mets le gi*and Pourvoyeur élail dune chargé d'apprèler! Ici, il falh^ildes gia- mens; là, du feuillage; ailleurs, des racines; è tel animal, des chairs; a tel autre, des fleurs. Au milieu de tant de sollicitudes, la nature suffit à tous les besoins, el, gardienne intelligente; elle conscne ses maga- sins dans une inépuisable abondance. De même qu'elle assigne à chaque èire son emploi dîreei ou imiirect dans le système général, de même elle lui indique un genre particulier de nourriture. Si le trèfle avait été raliment exigé ile tous les quadrupèdes; s'il avait fallu du cbènè ou du jasmin à tons les insoclos, plusieiirs plantes se fussent trouvées inutiles, et les nulles eussent été dévorées jusqu'à la racine. Qifa fait 1? voh nié créatrice? En multipliant les espèces dans le règne animal, elle les a «livcrsiiiécs dans le lègne vé^'éinl. Dans celui-ci, elle a varié les formes et les saveurs; dans celui-là. les goùls el les pcnclianls. Selon Pappéiil on rimportance des convives, elle les appelle par couples, par centaines ou p:n* nuUiors, à la consommation do ses richesses. Toujours elle balance les Wsoins par fa quantité, et It-s destructions par des générations nouvelles. Les espèces sont-elles plus nombreuses qu'il n'entre dans ses desseins ? elle suscite un ennemi adroit ou puissant pour la débaiTftsser d'une |Nipulat ion superHiie. L«nrs trilms conunencent^'?iles au ccn- Il aire à s'épuiser ? elle en recueille les restes cpars el les préserve d'une ruine totale, ainsi que le lirent les Hébreui, pardonnant aux Benjaminltes retirés sur le rocher de Uliimmon, pour que le nom d*un des enfanis de Jacob ne fiU pas effacé p;u'mi ses frères.

(a) $ap, M, 25.

!3 INTRODUCTION. U

trnl pas. C*est par la moindre portion de lui-même qu'il touche là terre ; il ne communique avec elle que par un point, comme s'il ne devait la fouler qu'en passant. Il marche, et Ion sent qu'il va donner des ordres; il s'arrête, et le soU dont sa noble figure se détache, ne lui sert que comme de piédestal autour duquel les divers animaux se groupent en manière de bas-reliefs. Cne ligne moelleuse et flexible semble descendre de sa tète à la plante de ses pieds : Tesprit de vie la parcourt tout entière, circule autour des formes, les anime^ et fait briller sa teinte carminée à travers une peau diaphane : création merveilleuse où la vigueur et la grâce naissent l'une de l'autre et s'unissent sans efforts. L'homme a reçu de la nature» avee les plus belles formes dans son corps» le sentiment de la Divinité dans son coeur, rin-" telligeQce de ses ouvrages dans son esprit, Tinstinct de Imûnité et de l'immortalité dans ses

« Contemplateurs des œuvres du Tout«*Pui$sant, votre admiration s'épuise à la vue de ce merveilleux ouvrage. Pénétrés de la noblesse du sujet, vous voudriez en exprimer forte^ ment tontes les beautés, mais votre pinceau trop faible ne répond pas à la Vivacité de vos conceptions. ^

« Comment, en effet, réussir à rendre avec énergie ces admirables proportiobs^ ce port noble, majestueux ; ces traits pleins de force et de grandeur, cette tète ornée d*une agréa- ble chevelure, ce front ouvert et élevé, ces yeux vifs et perçants, éloquents interprètes des sentiments de l'Ame ; cette bouche, siège du ris, organe de la parole ; ces oreilles, dont la délicatesse extrême saisit jusqu'à une nuance de ton ; ces mains» instruments précieux» source intarissable de productions nouvelles ; cette poitrine ouverte et relevée avec grâce } cette taille riche et dégagée ; ces jambes, élégantes colonnes, et qui répondent si bien à Yé-* dîGce qu'elles soutiennent; ce pied enfin» base étroite et délicate, mais dont la solidité et les mouvements n'en sont que plus merveilleux.

« Si nous entrons ensuite dans Fintérieur de ce bel édifice, le nombre prodigieux da ses pièces , leur surprenante diversité , leur admirable construction » leur harmonie merveilleuse 9 Fart infini de leur distribution, nous jetteront dans un ravissement dont nous ne sortirons que pour nous plaindre de ne pas suffire à admirer tant de mer-» veilles.

« Les os, par leur solidité et par leur assemblage, forment le fohdemetit oti là charpente de l'édifice : les ligaments sont les liens qui unissent ensemble toutes les pièces. Les muscles, comme autant de ressorts, opèrent leur jeu. Les nerfs, eii se répandant dans toute les parties, établissent entre elles une étroite communication. Les artères et les veines, semblables à des ruisseaux , portent partout le rafraîchissement et la vîe^ Le cœur, placé au centre, est le réservoir ou la principale force destinée à imprimer le mouvement au fluide et à l'entretenir. Les poumons sont une autre puissance ménagée pour porter dans Fintérieur un air firais et pour en chasser les vapeurs nuisibles. L'estomac et les viscères de différents genres, sont les magasins et les laboratoires où se préparent les matières qui fournissent aux réparations nécessaires. Le cerveau, appartement de Fâme , est, comme tel, spacieux et meublé d'une manière assortie à la dignité du maître qui l'habite ; les sen.«, domestiques prompts et fidèles » Favertissent de totit ce qu'il lui convient de savoir, et servent également à ses plaisirs et à ses besoins (3). » Prêtons l'oreille à la voix mélodieuse de Bernardin de Saint^-Pierre : « Le corps humain offre mille harmonies avec toutes les puissances de Ja nature , mai^ surtout avec celles de la terre. Le paysage le plus varié n'a rien d*aussi ravissant dans ses forêts aériennes» les groupes de ses montagnes, les sinuosités de ses valloos» les projections lointaines de ses plaines. Considérez, l'homme assis» couché» debout » dans un ibnd» sui* une hauteur» vous découvrirez dans toutes ses attitudes et ses positions de nouvelles beautés. Les artistes, qui le dessinent depuis tant de siècles, trouvent ses formes aussi inépnisablesi oiie les moralistes qui Fétudient, ses passions ; il semble que son cœur ait autant d*instincts ûiJérenis que son corps a de muscles. C'est avoir atteint le comble de Fart en tous genres» qud

(3)Ch.

15 INTRODUCTION «6

de savoir rendre ses grâces , ses proportions , les affections variées qui raniment , et tout son ensemble. Les animaux n'offrent rien de semblable ; leurs facultés, bornées à une seule industrie, sont enchaînées par la nécessité; leurs formes sont offusquées de poils, de plumes , d'écaillés ; vous apercevez en eux , non une raison libre , mais des instinct» circonscrits ; non un corps, mais un vêlement. L'homme seul étend son intelligence à toute la nature ; lui seul montre sa beauté personnelle à découvert. Les dépouilles de tous les animaux servent à sa parure, depuis la peau du lion, qui couvre les épaules d'Hercule, jusqu'aux fils transparents du ver à soie dont se voile Déjanire.

« Viens donc, belle figure humaine, viens et reçois mes hommages; que la terre reconnaisse en toi son mailre ; parcours-en les monts les plus escarpés et les vallées les plus profondes, traver$es-en les différentes zones : toi seule, de tous les êtres animés, en as la pouvoir. Que Targile, les rochers, les métaux, obéissent à tes lois, et qu'ils entrent dans la construction de ton habitation passagère ; qu'ils figurent ta propre image sous tes mains, mais que la beauté de cette image disparaisse devant la tienne. O homme l n'admire point les chefs-d'œuvre des Grecs : l'Apollon du Belvédère n'est que le chef-d'owivre de Phidias, et toi, tu es celui du Créateur. Fusses-tu contrefait comme Esope , toi seul es digne de ton admiration. Jamais le marbre n'a palpité : il reçoit au dehors la forme humaine, mais il reste toujours au dedans sans vie et sans reconnaissance. Pour toi , tu es sensible aux bienfaits de ton auteur, tu es à toi-même la preuve la plus toucnante de sa providence. En couvrant la terre de biens , il donna le mouvement de progression à tes muscles pour la parcourir, mais il t'éleva au-dessus de ta sphère, en te donnant l'idée de lui-même : il a fait servir ses ouvrages de modèle à ton intelligence ,' afin de t'approcher de lui et de te fair^ connaître que tu étais réservé à de célestes destinées. »

Entrons dans les détails.

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§1.

Le meilleur moyen de préparer l'esprit à la contemplation du vaste sujet qui nous occupe et de faire saisir avec évidence cette vérité, qu'i7 y a un dessein dans les ouvrages de la naturCf c'est de comparer d'abord un objet individuel avec un autre , comme un organe avec un instrument fabriqué par l'homme. Essayons, par exemple, de comparer l'œil humain avec une lunette d'approche. Le premier examen nous montre une parfaite analogie entre l^ deux machines et leur but. Il est clair que l'œil a été fait pour voir, tout comme la lunette a été faite pour dider l'œil. L'un et l'autre sont faits sur les mêmes principes, et conformément aux lois qui règlent la transmission et la réfraction de la lumière. Je ne parle pas de l'origine des lois elles-mêmes; mais ces lois étant déterminées, la construction des deux machines leur est également analogue. Par exemple, les lois dé la réfraction demandent que, pour produire le même effet, les rayons de lumière qui passent de l'eau à l'intérieur de l'œil soient réfractés par une surface plus convexe que cela n'est nécessaire, pour produire le même effet que ces rayons de lumière produiraient, s'ils passaient de l'air Clans l'œil. En conséquence, nous voyons que la lentille, appelée cristallin, est beaucoup plus sphérique dans l'œil d'un poisson ([ue dans l'œil d'un animal terrestre. Quelle preuve plus évidente d'un dessein peut-on donner que c«tte différence? Comment un mathématicien ou un faiseur d'instruments d'optique pourrait-il mieux démontrer la connaissance des lois relatives à la vision, que par une telle application des'moyens au but? ^

> Mais, dira-t-on, comment peut-on comparer un organe qui aperçoit, avec un instrument qui n'aperçoit point? Le fait est que l'œil et la lunette sont également des instruments, et que le mécanisme de l'un est parfaitement analogue au mécanisme de l'autre. Observons quelle est la constitution de l'œil. Pour que la vision s'opère, il faut que l'image d'un objet se forme dans le fond de l'œil. Pourquoi le faut-il? Comment cette image qui se dessine au fond de l'œil se trouve-t-elle en rapport avec la sensation produite? C'est ce qu'il est peut-être impossible de déterminer. Mais ce n'est pas ce qui nous importe dans ce moment. Ici , comme dans beaucoup d'autres cas, nous pouvons suivre jusqu'à un certain point la partie mécanique de l'invention; mais nous arrivons bientôt à la partie qui n'est pas mécanique.

17 INTRODUCTION. fS

el là nous sommes arrêtés. Cela n*empèche poîBl que nous n*ayoDs une certilbde parfaite de la diose que nous ayons saisie. Il y a cette différence entre un automate el un animal , que dans celui-ci, nous suivons la trace du mécanisme qui le fiiit mouvoir, jusqu'à un certain degré, oH nous sonmies tout à coup arrêtés, soit parce que les parties à observer deviennent trop subtiles pour nos sens et pour nos instruments, soit parce qu'au delà des lois mécaniques, il se trouve quelque chose qui en est tout à fait en dehors , et que nous ne pouvons comprendre; au lieu que dans l'automate, nous remontons jusqu^au principe de chacun des mouvements qu'il est capable d'exécuter. Dans les deux cas, le raisoniltaient est également concluant pour toute la partie de Teiamen que nous sommes en état de suivre. Par exemple, dans le cas» dont il s*agit, c*est une chose certaine, parce que l'observation et l'expérience la démontrent, que la formation d'une image au fond de l'œil est une ronditioB nécessaire de la vision parfaite. Tout ce qui peut rendre l'image moins distincte, aSecte également la vision. La formation de cette image étant donc nécessaire (n'importe comment) à l'exercice du sens de la vue , je dis que Tappareil de l'œil qui détermine la formation de cette image, est arrangé exactement sur le même principe que l'appareil du télescope ou de la chambre obscure. Les instruments sont parfaitement analogues entre eux; le but est commun, les moyens sont semblables, et l'invention est précisément la même. Les lentilles de la lunette d'approche , les humeurs de l'œil se ressemblent parfaitement dans la forme générale, dans la position, et dans la faculté de réfracter les rayons de lumière de iaçon à les rassembler en un seul point, à la distance requise du cristallin et de la lentille. Qr dans l'œil , cette distance se trouve exactement calculée afin que l'image se trace nettement sur la membrane étendue pour la recevoir. Comment serait*il possible , dans deux cas si parfaitement semblables, d'exclure l'invention pour l'un des deux , et de reconnaître que, pour l'autre, rien au monde ne peut être plus évident que l'invention?

La ressemblance des deux choses est encore plus rigoureuse qu'elle ne le parait d'abord. Les lunettes d'approche étaient imparfaites tant que les lentilles séparaient les couleurs dans le passage des rayons de lumière, et teignaient les objets, surtout dans les bords, des couleurs de l'iris. Depuis longtemps, on désirait trouver le moyen d'ohvieràcet inconvénient; lorsqu'enfin un opticien habile imagina d'analyser avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, le disposition de3 diverses humeurs du globe de l'œil ; car il y avait eu, dans la fabrication de l'œil, le même genre de difficulté à vaincre. U découvrit que cet inconvénient avait été prévenu par la combinaison de diverses lentilles appliquées les unes aux autres, et composées de substances dont le pouvoir réfracteur était différent. L'opticien partit de là pour essayer de composer ses lentilles avec des verres de densité différente; et il parvint à corriger le défaut des lentilles simples, en imitant, au plus près possible, les moyens employés dans la construction de l'œil. Je demande si le modèle après lequel l'opticien a travaillé et atteint son but, en employant les mêmes moyens, a pu être construit sans aucun but {k).

11 y a d'autres points qui ne sont pas d'une ressemblance rigoureuse entre Tœil et la lu- nette d'approche, mais qui peuvent fournir à la comparaison, parce que la supériorité de l'œil sur l'ouvrage de Tart est fondée sur les lois qui appartiennent également aux deux machines.

L'ceil avait besoin de deux propriétés qui n'étaient pas nécessaires au même degré dans une lunette d'approche. 11 fallait 1* que l'organe pût se prêter aux différents degrés de lu- mière ; 2* qu'il fût également propre à remplir sa destination, quelle que fût la distance

(4) A mesare que l*art d'observer se perfectioDoe, on découvre de nouveaux sujets d^admiratlon dans M organes des èlres animés. On peut voir, dans la BibL BriL, vol. IXII {Sciences et Artê)^ p. 5i5, le Tcsoltat des (^Mervations du chimiste Cbenevix sur les humeurs de Fceil. Dans rœîl du mouUm, la pesan- teur Médfique de Thumeur aqueuse et de rhumeur vitrée est de 10,090, Feau étant 10,000. L'humeur cristanine pesé 11,000. Dans rail de rhomme, Thumeur aqueuse et rhumeur vîuée pèsent 10,033, et celle du cristallin, 10,790. Cooune le volume de Toeil de Fhomme est moindre que le volume de Toeil du mou- loo, OD peut conjecturer que TAuteiir de la nature a augmente la densité de Tliumeur cristalline, pour à Forgane sa propriéîë achromatique.

<9 INTRODUCTION. iO

(lo Tobjet, depuis trois ou quatre pouces, jusqu^à plusieurs lieues. Ces diflicultés ne . se présentaient pas au constructeur de la lunette ou du télescope. Il a besoin de toute la lu* piière qu'il peut se procurer, et Tinstrumeut n*est point fait pour observer de près.

Cn admirable mécanisme a été employé daqs la fabrication de l'œil , pour pourvoir ^ ce» deux choses. La pupille, ou le tfou par lequel la lumière pénètre dans l'oeil, a une cons* truction qui lui permet de se contracter lorsqu'il j a trop de liunière, et de se dilater lorsqu'il n'y en a pas assez. L'intérieur de l'œil est une chambre obscure, dont la fenêtre 8'ouvr# plus ou moins, pour régler la quantité des rayons de lumière qui pénètrent : cela se fait sans eQbrt, promptement, et toujours au momeqt du besoin, par le seul effet de ce curieux mécanisme.

Observoqs ici, en passant, que la pupille de l'œil humain conserve toujours exactement $a forme circulaire, quelles que soient ses dimensions. C'est une structure extrêmement ^inguliè^e ; et si un artiste essayait de l'imiter, il verrait quMl n'y a qu'une seule manière de disposer et combiner des cordons ou des fils, pour que le problème se trouve résolu, c'est'-à-dire, pour que la pupille puisse former un cercle exact, dont le diamètre varie sans cesse : jor les cordoqs ou Qbres de la pupille ont été disposés précisément de cette ma-^ pière-là.

La seconde difBculté n'était pas moindre. Il existe de certaines lois fixes, dont les effets ^ont calculables, et qui règlent la manière dont la lumière doit se transmettre. Il fiillait que l'œil fût susceptible d'une certaine modification pour pouvoir toujours rassembler dans le même point sur la rétine (ou la toile tendue pour recevoir les images) les rayons qui lui arrivaient de diverses distances, et sous des angles différents. Les rayons qui par- tent d'un objet très-voisin de l'œil, et qui par conséquent entrent dans cet organe en di«» vergeant beaucoup, ne peuvent pas être rassemblés par un simple instrument optique de manière à former une image nette dans le même point où se rassemblent des rayons pres- que parallèles entre eux, c'est-à-dire, partant d'un objet placé à une grande distance. Il faut, pour opérer cette réunion, des lentilles plus ou moins convexes selon les distances, Chaque lentille a son foyer, c'est-à-dire que le point de réunion des rayons qui arrivent sur sa surface, est à une distance fixe et toujours la même. Mais il faut que le foyer de la lentille de l'œil se trouve rigoureusement sur la rétine, pourvue l'image de Tobjet soit pette. Cependant, par les propriétés immuables de la lumière, le foyer se trouve plus loiq derrière une lentille quand l'objet est rapproché, que quand l'objet est éloigné. Dans les instruments d'optique, l'on change les oculaires, ou bien l'on rapproche ou on éloigne les Terres les uns des autres pour obtenir l'efifet désiré, c'est-à-dire une image nette. Maïs comment cela pouvait-il se faire pour l'œil? Cette question a été un objet de recherches pour les anatomi^es et les physiciens. La modification qui devait remplir cet objet est d'une nature si subtile, qu'elle a dû échapper longtemps aux observateurs ; cependant un pxameq judicieux et persévérant de l'organe de l'œil parait avoir triomphé de ces difficul- tés. On a enfin découvert que lorsque la vue se dirige sur un objet très-rapproché , il s'o* père tout i^ la fois trois changements dans la disposition des parties de l'œil. La cornée , ou Tenveloppe extérieure du globe de l'œil, devient plus convexe ; le cristallin se] porte en avant, et la profondeur de l'oBil s'augmente. Ces trois changements font varier l'action de l'organe sur les rayons de lumière exactement au point convenable pour atteindre le but, p'est-à-dire pour que l'image de l'objet très-rapproché se dessine' nctloment sur la rétine. La vue se fixe-trelle sur un objet éloigné? la cornée redevient moins convexe, le cristallin s'en éloigne, et l'axe de la vision se raccourcit (5). Ainsi, à mesure que l'œil parcourt des objets plus distants ou plus rapprochés, ces changements se font simultanément, sans aucun effort, avec la promptitude de la pensée, et toujours leur résultat est <Ie poindre nctlcmcnl

iH) Le« causes qui permetleiu à l'œil de s'accommodor aux distances, pcuvf ni êire chorcliros dans dos

mics irès-ilifférenies. On poulies aliribuer aux mouvcinenls de Tiris, au dcf>h«'(?nu»nl du crisl:dliu oi de

a rornée. On trouve, dans la grande Phfitiologie de Haller (l. V, 1. wi), dans rouvraj^e d*()UM«is ri dans 1»

riofogic de Tiévirsinus (l. VI, p. 51!^), Texposc de louU's les hvpolhtsts «pii uni clé imaginées à ce surr.

C

H INTHODUCTIOX, n

sur ia rétioe Tobj^ que nous re^arJo:i.s. Comment pourrail-on dire qu*il ny a |xâni de dessein U-dedans 7 Les lois les plus mystérieuses de Toplique étaient éridemmeut cou* nues de celui qui a si menreilieusemeut adapté la disposition des parties de rœil aux lois îe la transmission de la lumière.

Qbsenrons un eulant qui Yient de uattre , et qui ouvre pour la première fois ses yeux à la lumière. Que découvrons-nous quand ses paupières se séparent? Nous voyons la partie antérieure de deux globes transparenls. Si nous analysons ces globes, nous les trouvons cons- traits et (nrganisés d*après les principes les plus rigoureux de Toptii^ue : princi|)es que nous suivons nous-mêmes dans la construction des instruments semblables. Nous trou- vons que ces globes sont parfaitement propres à transmettre, par la réfraction, Fimagc des objets. Nous voyons qu'ils sont composés de parties différentes, dont chacune a sa desti- nation. Lorsqu'une des parties a rempli son office sur un rayon de lumière , elle le trans- met à une autre partie; celle-ci à une troisième, et ainsi de suite. Le sucras de cette av- tion progressive dépendant toujours de la disposition la plus rigoureusement exacte (ie chacune des parties de rœil et de leur parfait accord, le résultat final ne s'obtient que par une combinaison très-variée d'action et d'effets. Et comme cet organe doit s'adapter aux lois immuables qui règlent la marche de la lumière, comme il est destiné à agir sur les objets voisins, comme sur les objets éloignés , avec beaucoup de lumière, comme avec pe^ nous trouvons des moyens correctifs ou régulateurs pour tous ces cas.

Dans les machines è mesurer le temps, inventées par Harrison , il existe un régulateur ou moyen correctif 'des variations de rinstrument, lequel a certains rapports avec les moyens de correction observés dans le globe de l'oeil. L'artiste a inséré dans son ganie- temps uo mécanisme qui, au moyen des diverses capacités d'expansion dos divers métaux, conserve l'égalité de mouvement sous les différentes températures. Cette invention a é\é re^rJée, avec raison, comme extrêmement ingénieuse. Comment se f ourrait-il qu'une ii^ - vention infiniment plus ingénieuse encore , mais dans le même genre, fût sérieusement contestée? Et si le mécanisme de l'oeil est une invention, il y a donc un inventeur.

Ce que nous avons observé jusqu'ici des merveilles de la vision n'est pas tout, à bea«!- coup près. Chez les différents animaux, l'organe de la vue est modifié de diverses maniè- res, selon le genre de vie auquel ils sont appelés, et selon les moyens qu'ils emploient pour se procurer leur nourriture. Ainsi, par exemple, les oiseaux, qui soiil pourvus d'un bec, ont besoin de voir très-distinctement à la distance ou leur bec peut atteindre. Mais d'un autre cAté, comme les oiseaux sont appelés à parcourir les airs à «ie jurandes hau- teurs, leur sûreté exige qu'ils puissent voir jusqu'à un irès-çranJ éloigne nunl ; et, en particulier, chez les oiseaux de proie, cette faculté est indispensable pour qu'ils puibsir' se nourrir. En considération de ce besoin, ou ce cette extréJic convenance, l'œil des oi- seaux est remarquable dans son mécanisme, sous deux rapports. Un cercle osseui, mais cependant flexible, entoure l'œil. Il gêne l'effet de laclion des muscles dans ics parties la- térales, pour augmenter d'autant cet effet, quant è l'accroissement de la convexité du globe dans sa partie antérieure ; afin que l'axe de la vision se trouve proioni;é, et que les objets très-voisins puissent se peindre nettement sur la rétine. L'autre addition remarquable dans le mécanisme de l'œil des oiseaux, est un muscle particulier, nommé marsupiumj dont la fonction est de retirer le cristallin en arrière, afin que l'organe puisse servir à déœuvrii* les objets les plus distants. C'est ainsi que l'œil des oiseaux peut passer avec facilité de la contemplation d'un objet très-voisin et très-petit à celle d'un objet placé à de grandes di^tance3, et cela par des alternatives fréquemment répétées.

La forme du cristallin, chez les poissons, est adaptée à la nature du fluide par lequel la lu- mière passe jiour parvenir à leur rétine. La convj^iiéJu globe de l'œil e.<t plus graiulo dan«s les poissons que chez l'homme et les quadrupèdes, | arce que, ce qui intéresse surtout leur sûreté et leur subsistance, c'est de bien voir à une petite distance autour d'eux ; et comme leurs yeux sont naturellement très-convexes, l'appareil des muscles correcteurs qui appar- tiennent au mécanisme de la vision chez eux, est principalement destiné à ap'-atir le giobe de l'œiL

S5 INTROMICTie^ M

Chez les poissons, Piris ne se contracte pas. Cette différence essentieUe semble proaver que, dans l'eau, la lumière n'est jamais trop forte pour la rétine des animaux qui y vivent. L'anguille, destinée à vivre dans la vase, et à frayer son chemin dans îe sable mouvant au fond des eaux, avait besoin d'un mécanisme particulier qui préservât ses yeux. Ils ont été couverts d'un voile transparent, mais solide, qui défend l'organe sans gêner la vue. Peut-on rien imaginer de plus convenable à un animal appelé à ce genre d'existence t

Ainsi, ?^ mesure que l'on compare entre eux les yeux des différents animaux, l'on trouve qu'il existe un plan général; puisque certaines distinctions ont été appropriées à certains cas, selon que l'exigeait le besoin ou la convenance.

Lorsqu'on pense à la manière dont un vaste paysage vient se peindre '.tout entier sur la rétine de ToBil, on demeure confondu d'élonnement de la netteté parfaite de celte minia- ture, dans laquelle» aucun trait n'est oublié, et où chacun des nombreux objets du tableau conserve ses proportions exactes et son dessin correct. Un ensemble de six lieues carrées se irouve réduit à un espace d'un demi«pouce, et cependant rien n'est omis : position, figure, grandeur, couleur, tout est conservé. Si le paysage est traversé par une grande route, et qu'une chaise de poste y chemine, l'image de cette voiture met une demi->heure à parcoun rir sur la rétine l'espace d'uqe ligne ; et cependant le mouvement de la chaise est distinc-i tement aperçu pendant tout ce temps-là.

La contexture interne de Tœil démontre l'intelligence qui l'inventa; mais tout ce qui •cntoupo cet organe, et qui concourt ou à en assurer les fonctions, ou à le garantir comme une partie précieuse et faible, n'est pas moins propre à exciter notre admiration. L'œil est logé llans une o^^bite solide et profonde, composée de la réunion de sept os différents qui s'en-r chassent dans leurs lK)rds. Cette orbite est doublée d'une substance graisseuse, singulière-' ment adaptée au repos comme au mouvement de l'organe. Les cils qui se projettent en avant dans une direction inclinée, sont comme un avantrtoit, qui garantit l'œil, soit de la trop grande lumière, soit de la sueur qui découle du front. Mais les paupières surtout pro<- légeut l'organe avec une facilité, une promptitude, et des effets qu'on ne saurait trop admirer. 11 serait impossible, je crois, de trouver dans les ouvrages de l'art un seul exem- pte d'un mécanisme dont le but fût plus évident, et oh les moyens employés eussent un« utilité plus distincte.

L'œil a besoin, pour remplir sa destination, d'être entretenu sans cesse humide et bril- lant : une sécrétion est particulièrement destinée à lui fournir une humeur qui l'abreuve et facilite les mouvements du globe dans son orbite. Le superflu de cette humeur filtre par les points lacrymaux dans le conduit nasal, puis s'étend sur la membrane interne du nez» où le courant d'air chaud qui passe et repasse^ans cesse, s'évapore à mesure qu'elle arrive, Y a-t-il une invention plus véritablement mécanique que celle de ce trop-plein qui, au moyen de la perforation d'un os, débarrasse continuellement Tceil de l'excédant d'une Uqneup nécessaire?

Obçervons que cet appareil ne se trouve pas dans les poissons, parce que le globe de leur C&il est suffisamment abreuvé par l'élément dans lequel ils vivent.

Avant d'abandonner l'examen de l'œil, comme machine curieuse, il convient de dire un mot de cette pellicule admirablement inventée, qu'on a nommée membrane clignotante et qu'on trouve chez les oiseaux, comme chez quelques quadrupèdes. Son olficc est de répan- dre promptement et également sur la surface antérieure du globe, l'humeur lacrymale; de défendre l'œil des atteintes subites, en laissant pourtant à l'animal la perception de la lumière, au travers du tissu qui la forme. Il est facile d'observer que cette membrane est commodément ployéc dans l'angle supérieur de l'œil, et qu'elle remplit son office avec aisance et célérité; mais ce qui n'est pas moins admirable, quoique plus difficile à découvrir, c'est que la membrane clignotante se déplie et se replie par la combinaison d'une substance musculaire avec une substance élastique, qui agissent de deux manières différentes. Dans la plupart des mouvements musculaires réciproques, le changement de situation est produit par l'action des muscles antagonistes, dont les uns tirent en avant et les autres en arrière, }vi l'appareil est différent. La membrane elle-même est une substance élastique, suscepli- Hc d'un certain degré d'extension, et reprenant ensuite sa forme cl sa position primitives,

** INTRODUCTION. iS

comme une bande de gomme élastique. Cette propriété étant donnée, fl ftUait un moyen d'étendre ce rideau, lequel ensuite devait se replier par son propre ressort. Pour cela, rinrenteur de ce voile mobile lui a attaché un tendon, ou W si délié (quoique suffisamment fort) que lors même que ce fil passe par-devant la pupille, la vue n'en est point obscurcie. Ce tendon est attaché à un muscle placé dans le fond de l'œil. Lorsque le muscle se con- tracte, le fil se tend, et la toile couvre l'œil. Au moment où la volonté de contraction cesse, rélasticité de la membrane la lait replier dans le coin de l'œil. Ce mécanisme est l'ouvrage d'un artiste qui connaissait les propriétés de ses matériaux, et qui savait bien en tirer parti.

Ce n'est pas tout. D y a encore quelque chose de bien admirable dans f emplacement et }es fonctions d'un autre muscle auxiliaire, qui forme un anneau, et au travers duquel passe le cordon destiné à tirer le rideau. Dn muscle et son tendon qui auraient été placés sur BOe même direction, comme ils le sont à l'ordinaire, auraient bien pu étendre la mem- brane s'il y avait eu assez de place pour que la contraction du muscle sufllt à tirer le rideau tout à fait. 11 aurait fallu pour cela un muscle plus long que l'espace contenu dans le fond de l'œil. Pour obtenir plus d'effet dans un petit espace, l'inventeur de cette machine a coudé le tendon, en le faisant passer, non pas sur une poulie fixe, mais sur une poulie mobile, c'est-à-dire dans un anneau formé par un autre muscle, lequel, se contractant au même moment que le muscle princiiial, concourt à raccourcir le tendon précisément au degré convenable.

Il y a une question qui s'est peut-être déjà présentée à l'esprit du lecteur. Pourquoi, se demande-t^n, l'invenleur de celle merveilleuse machine n'a-t-il pas donné aux animaux la faculté de voir, sans employer cette complication de moyens ?

Un élément fait exprès pour la vue, qui est réOéchi par les substances opaques, réfracté par les substances transparentes, et toujours d après des lois invariables ; un organe com- pliqué; un appareil remarquable par l'art qui l'inventa et l'exécuta : le tout pour produire, en conformité de certaines lois fixes, une image sur une membrane qui communique avec le cerveau! Pourquoi ce long circuit? Pourquoi créer la difficulté, pour la surmonter ensuite? S'il s'agissait de produire, dans l'homme, la perception des objets éloignés, la simple volonté du Créateur n'y suftisait-elle pas? Là où la puissance est sans bornes, pour- quoi est-il besoin d'un expédient? Tout expédient est une ressource de faiblesse : il sup- pose empêchement, gène, uifliculté. Cette objection s'applique également à tous les sens ; elle s'applique à toutes les fonctions de la vie animale, telles que la nutrition, la sécrétion, la respiration; elle s'applique encore à l'économie des végétaux, et à presque toutes les opérations de la nature.

n existe probablement de bonnes raisons de cet état de choses, et que nous ne sommes point capables de saisir : mais cependant, nous pouvons lui assignei* un motif qui me parait suffisant pour expliquer cette marche. L^cxîstence, la sagesse et l'action de la Divinité ne pouvaient être démontrées à des créatures raisonnables par aucun autre moyen que par révidence de l'invention. C'est en contemplant les ouvrages de la nature, et en médi- tant les traits d'intelligence dont ils sont remplis, que nous arrivons peu à peu à la connais- sance des attributs du Créateur. Nos facultés actuelles étant données, ce n'est que sur la partie de l'invention dans les ouvrages de la nature, que nous trouvons à observer et à rai- sonner : ôtez la partie de l'invention, et il n'y a plus lieu au raisonnement pour nous. C'est dans l'invention et la construction des instruments, c'est dans le choix et l'application des moyens, que l'intelligence créatrice se manifeste. C'est là ce qui constitue l'ordre et la beauté de l'univers. Dieu a voulu circonscrire par certaines limites les bornes de son pou- voir; ces limites sont marquées par les lois générales de la matière, telles que la gravité et l'impénétrabilité, les lois du mouvement, la réflexion et la réfraction, la constitution des fluides élastiques ou non élastiques, la transmission des sons, les lois du magnétisme, celles de l'électricité, et probablement d'autres encore que nous ignorons.

La nature adhère à ces lois générales, avec une constance très-remarquable. Le Créateur ayant un but àalleindre, n'a Dolnt eu recours à des lois nouvelles, il n'a point suspenJu

27 INTRODUCTION. 38

Teilel des lois établies^ il ne les a poiut fait fléchir dans telle ou telle occasion donnée, il a fait ce que nous venons d'observer en parlant de I'cbII : il a inventé, exécuté, et placé un appareil correspondant aux lois établies et au but à atteindre. C*est précisément comme si le Créateur avait travaillé d'après des lois établies par un autre être, et sur des matériaux qui lui eussent été assignés : il eût évidemment fallu une invention pour former un monde comme celui qui existe. On peut imaginer plusieurs ôtres subordonnés les uns aux autres. Ce n'est pas que je prétende avancer cette supposition comme un sfstème de philosophie ou de religion, mais on peut, sans aucun risque, considérer la création sous ce point de vue ; parce que si Dieu agit d'après des lois générales, c'est, quant aux conséquences de la supposition sur notre raisonnement, la même chose que s'il eût prescrit k un autre agent les lois générales de l'univers. On dit que la matière et l'attraction étant données, en com- poser un monde était le problème de la création. Cette manière de considérer la chose n'eu donne peut-être pas une fausse idée.

Nous avons choisi l'œil comme une preuve de l'invention et du dessein qu'on peut re-^ marquer dans la construction humaine. L'œil avait l'avantage de pouvoir se comparer exactement avec un instrument d'optique. Il est probable que l'oreille n'est pas d'un méca- nisme moins admirable ; mais nous n'en connaissons pas si bien les diverses parties inter- nes. Ce que nous voyons cependant avec évidence, c'est que sa forme, soit etterne, soit interne, annonce un instrument fait pour recevoir les sons. Une fois que nous savons que le son se propage par les vibrations répétées de l'air, nous voyons que l'oreille est cons- truite d'une manière propre à recevoir les impressions de ce genre d'action, et à les pro- pager au cerveau. La conque de l'oreille, ou le cartilage extérieur, est formée en enton- noir, pour recevoir et retenir les vibrations dont je parle. Chez plusieurs quadrupèdes», cette conque se tourne du côté où le son arrive. Les plis et les sinuosités internes de cette conque sont évidemment destinés à conduire le son dans le tube qui se dirige vers l'inté- rieur de la tête. Nous trouvons ensuite une membrane déliée, tendue au travers du pas- sage comme la peau d'un tambour sur un rebord osseux. Nous trouvons une chaîne de quatre petits os mobiles, et extrêmement curieux, lesquels établissent la communication butre la membrane du tympan et les nerfs auditifs. Nous trouvons un tube délié, nommé la trompe d'Eustache, lequel communique avec l'arrière-bouçhe. Ce tube permet à l'air contçnu dans la cavité du tympan, de sortir et de rentrer, selon que la température change, ou que les vibrations de la membrane s'exécutent : ce tube a précisément le but et l'em- ploi des trous qui se font dans les tambours. Tout cet appareil est logé, tout ce labyrinthe de (évités formées pour la propagation du son, est taillé dans la masse solide de l'os nommé le rocher^ ou l'os pierreux, le plus dur de tous ceux qui composent la charpente du corps humain, parce qu'il avait à préserver des prganes précieux et délicats, et que les sons devaient être fortement réfléchis par ses parois internes.

La communication du son se fait par le moyen de quatre petits os articulés entre eux, de manière que tous quatre sont mis en mouvement à la moindre vibration du tympan. La base du dernier de ces osselets recouvre l'entrée d'un canal sinueux qui communique au cerveau. Les articulations de ces osselets concourent à accroître l'effet des sons sur les perfs auditifs, parce que les leviers augmentent la force de la vibration, et qu'il n'est point nécessaire que l'oscillation de la membrane soit considérable, pour que la sensation soit (iistincte.

Les avantages de la trompe d'Eustache peuvent être démontrés d'après les principes pneumatiques. Ce conduit délié établit une communication entre le tambour et la bouche. J-e tambour ne pouvait pas demeurer vide ; car la pression de l'atmosphère aurait rompu le tympan, et il fallait que l'équilibre fût maintenu. Cet espace ne pouvait pas non plus être rempli de lymphe ou d'une autre liqueur quelconque; la vibration de la membrane et le jeu des osselets en auraient été gênés. Enfin, cet espace n'aurait pas mieux pu être rempli par de l'air qui ne se serait point renouvelé ; parce que sa dilatation par la chaleur, et sa condensation par le froid, auraient distendu et relâché la membrane du tympan, de ma- pièrc à gêner ses mouvements, et à empêcher qu'elle ne remplit son objet. Le seul parli

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qui restât, était de fSûre oommuniquer cette eavité avec Tair atmosphérique^ et c est pré* cisément à cela que sert la trompe d'Eustache.

La membrane du tympao ne se trouve point dans les poissons; ce qui achève la preuve de tout ce que nous avons dit sur l'invention et le but de Torgane. Cette membrane ne pouvait remplir son office que par Faction d'un fluide élastique. Cette pellicule mérite tout Texamen qu'il est possible d'en faire. Son usagç dépend de sa tenêion. La tension est son état naturel : il fallait pourvoir à ce que cet état se soutint : Finventeur de To* reille j a réussi en faisant servir le manche du tnarleau (l'un des quatre ossel^^ts) à tendre plus ou moins le tympan par les muscles qui font mouvoir ce petit os , attaché lui-même au muscle radié, c'est-à-dire à un muscle dont les tendons partent du centre de la mem^ brane, et s'attachent à l'os qui l'entoure. Everard Home, qui a consigné dans les Transac- iious philosophiques pour 1800» les résultats de ses observations sur la membrane du tym* jMuiy croit, et avec vraisemblance, que le muscle radié est destiné à proportionner la ten- sion du tympan à la force de sons ; mais cette gradation ne saurait avoir lieu si les mus- cles du marteau ne concouraient à tenir la pellicule habituellement tendue. Il observe 9vec raison que cette manière de Toreille en rapport juste avec les sons est une des plus belles a[^lications de la force musculaire que nous offre le corps humain : le mécanisme en est aussi simple que les effets en sont variés.

Une chose qui surpasse toute compréhension, c'est la manière prompte et nette dont Toreille saisit les sous divers qui vibrent en même temps sans se confondre, en sorte qu'elle discerne à la fois leur variété et leur unité, comme il arrive à un chef d*orchestre, dirigeant un grand nombre d'exécutants et de chanteurs. Ici l'art d'écouter parait poussé au plus haut degré. Qu'on se figure, si l'on peut, des milliers de rayons sonores arrivant à la fois à la membrane du tympan, inondée pour ainsi dire par des torrents de mélodie et d'harmonie, et qu'on explique comment tous ces rayons s'unissant sans se confondre, se croisant sans se gêner, parviennent à déposer dans l'oreille une impression d'ensemble qui leur correspond, et à exciter dans l'esprit par le sens une perception analogue à cette impression. Quelle immense multiplicité, et en même temps quelle belle unité 1 Que doit- ce être que Tâme humaine avec son esprit et sa sensibilité, pour suffire à tout cela, pour recevoir à la fois tant d'excitations et y réagir? Nous voyons tous les jours ces merveilles ; nous en sommes les témoins et les acteurs, et il faut toute la puissance de l'habitude pour ne pas être h chaaue instant stupéfait d'admiration.

SU.

La reproduction de l'animal n'explique pas mieux l'invention de l'œil , ou de l'oreillo^ que la production d'une nouvelle montre, par le mouvement d'une montre existante, n'ex-* pliquerait l'art et l'intention» dans cette dernière.

Je commence par la fructification des plantes; et je demande si l'on peut douter que U semence d'une plante ne contienne une organisation particulière. Soit qu'il existe une plantule, entourée des moyens de se développer et de se nourrir; soit qu'on adopte une autre supposition, il existe dans un grain de semence une organisation quelconque, dont doit résulter la germination d'une plante nouvelle. Je demande si la plante qui a produit ce germe a quelque part à l'invention de l'organisation intérieure de ce même germe ? Pas plus, ce me semble, que dans la supposition adoptée ci-dessus, la montre n'aurait eu part h rinveution du mécanisme duquel devait résulter la montre nouvelle. L'inventeur et l'on i vrier de la première montre, en y insérant un mécanisme dont il devait résulter une s», conde montre, a réellement inventé cette seconde : l'action , l'effet , l'usage de celle se- conde montre sont les résultats du dessein , de rintclligence et du travail de l'ouvrier. Il en est exactement de môme de la plante et du germe qu'elle produit. L'une et l'autre sont des machines organisées, des substances passives , lesquelles n'ont point la conscience de leur mouvement, et n'ont par conséauent ni intention, ni dessein : ce sont des ins^lrumeuls

Si INTRODUCTION. 5f

proprement dits. Si, des semences de végétaux, nous passons à considérer les œufs , nous verrons que l'oiseau a tout autant, et pas plus de part à la formation de Tœuf, que la plante à la formation de la graine. La constitution interne de l'œuf est tout aussi bien un secret pour la poule, que si elle était inanimée. Sa volonté ne saurait changer la couleur d'une seule plume du poulet qui doit naître. Elle ne saurait prévoir quel sera le sexe de la nou- velle production ; et , bien Join de savoir choisir et appliquer des moyens dont doivent résulter certains oflfets, elle ne sait pas même quels seront ces effets. Si la coque de Tœnf renferme une substance adaptée à la nourriture de l'individu à mesure que le germe avan- cera vers la vie, ce n'est point la poule qui a préparé cette nourriture, et prévu son usage : elle n'a rien inventé là-dedans, et pas plus que la plante n'a inventé relativement à l'or- ganisation interne de la graine qu'eHe a produite. Si Tétat de vie constitue une différence caractéristique entre l'oiseau et la plante, cette différence est tout à fait étrangère à l'objet qui nous occupe : l'oiseau est précisément au niveau de la plante relativement au dessein sur leurs productions. Nous ne trouvons point là cette intention d'un ouvrier relativement à son ouvrage, celle que nous voyons, par exemple, chez un menuisier qui fabrique une table. Mais nous avons besoin de trouver une cause qui soit dans le même genre de rapports , afin d'expliquer pourquoi les moyens sont adaptés au but , et pourquoi les parties soni fai- tes les unes pour les autres.

Si nous considérons les animaux vivipares , nous n'observons aucune différence entre eux et les ovipares, relativement à Tinfluence intentionnelle qu'ils ont sur l'organisation intérieure de leurs productions. Si nous parcourons l'échelle des êtres animés , nous ver- rons qu'il n'existe entre eux aucune différence quelconque à cet égard. Quel que soit l'a- nimal qu'on choisisse pour exemple, il n'est la cause de l'animal produit que dans le même sens qu'un jardinier est la cause des fleurs qui naissant dans son jardin. Nous examinons ces fleurs, nous admirons la concordance de leurs diverses parties , et comment il a été pourvu à leur développement, à leur protection, à leur fécondation , sans avoir l'idée d'at- tribuer toutes ces choses à l'intelligence et à l'art du jardinier ; sans lui cependant, les fleurs n'existeraient pas : il a produit la fleur dans le même sens que l'animal donne la vie à un autre animal. Pour expliquer l'invention, il nous manque toujours un inventeur. Le père le plus intelligent n'a pas mieux inventé la structure intérieure de son enfant, que le chêne n'a inventé la structure interne du gland qui en provient.

Une montre peut se déranger ; sa marche peut être sujette à des irrégularités plus ou moins marquées, sans que pour cela il soit moins évident qu'elle a eu un inventeur, et que cet inventeur l'a destinée à marquer les heures. Il peut y avoir dans la construction de cette montre des imperfections apparentes ou réelles , sans qu'on puisse rien en inférer contre la supposition de l'existence de l'ouvrier qui l'a faite , et de son dessein en la fai- sant. De même, dans les ouvrages de la nAture, les irrégularités ou imperfections apparen- tes n'ont aucun poids quand il s'agit de juger si ces ouvrages ont été faits par un être intelligent.

Si l'on voulait argumenter de ces irrégularités ou imperfections contre les attributs du Créateur, on pourrait le faire avec une sorte de raison. Mais alors , il ne faudrait pas pré- tendre conclure de certains faits isolés; il faudrait prendre l'ensemble des ouvrages de la nature ; voir si les preuves d'intelligence, de puissance et de bonté ne surpassent pas infi- niment, en nombre et en force , les inductions qu'on peut tirer des irrégularités et des imperfections que nous observons ; et nous serions conduits à penser que ces défauts ap- parents doivent se rapporter à certaines causes que nous ne pouvons pénétrer, mais qui sont étrangères à l'inteHigence, à la puissance et à la bonté de l'Auteur de la nature.

Il peut y avoir dans les plantes et dans les animaux certaines parties dont l'usage n'est pas connu, et d'autres dont nous ignorons la manière d'agir, quoique nous sentions qu'elles sont nécessaires. Ainsi , par exemple , nous ne savons pas comment l'air agit sur le sang, ni de quelle manière cette action a lieu sans le contact immédiat, dans le poumon : cepen- dant nous voyons qu'une suspension, même très-courte de l'oflice du poumon, tue l'animal. Nous ne savons point comment il se fait qu'un dérangement dans le système lymphaliiue

SS INTRUDUCTIOM. 9»

soit accompagné des plus graves inconvénients pour la santé ; car nous ne savons nous rendre compte de l'emploi de la lymphe dans l'économie animale. L'usage des thymus et de !a rate n'est pas encore bien constaté. Le nombre des opérations inconnues, en physio- logie , diminue graduellement. Il n'y a pas d'année qu'il ne se fasse quelque découverte sur l'économie du corps humain ; et il viendra peut-être un jour où les connaissances ac- quises sur cette science ne laisseront aucun doute sur la manière dont chaque partie con- court aux fonctions nécessaires à la vie, et est, par conséquent, indispensable au maintien de l'individu, et à l'accomplissement du but de son existence.

On nous répond que tout objet matériel doit avoir une forme quelconque , et quil n'y avait pas de raison pour que les objets soumis à nos sens eussent une autre forme que celle qu'ils ont. Appliquons ce raisonnement à Torgane de l'œil.

11 fallait, nous dit-on , que ce vide qu'on appelle l'orbite de l'œil fût rempli d'une subs- tance animale. Ce pouvait être un os, un muscle, une membrane, un cartilage. Mais le ha- sard a fait que cette substance, au lieu d'être opaque comme toutes les autres parties du «orps, se trouve transparente, et composée de trois lentilles de densités diverses. Derrière ces lentilles est une membrane noire (la seule dans tout le corps de l'animal qui soit sans couleur), laquelle se trouve placée à la distance précisément indispensable pour que les objets extérieurs viennent s'y peindre d'une manière distincte. Le hasard a encore plac^ an nerf qui établit la communication entre cette membrane et le cerveau , et sans lequel limage serait en vain produite, puisque la sensation n'existerait pas. Mais cette heureuse conformation n'a pas été le partage d'un individu privilégié : toute l'espèce a eu le même bonheur ; des milliers d'espèces diverses ont été également favorisées du hasard ; et cela uniquement parce qu'il fallait bien qu'il y eût quelque substance animale dans les cavités qu'on nomme les orbites de l'œU. Le fond de cela est trop absurde pour comporter un rai- sonnement suivi. , X. •

On a cru donner quelque force à ce raisonnement en observant que lorsqu une fois un événement s'est réalisé, il est inutile de discuter la considération des chances qui 1 éloi- gnaient : la considération des chances conserve toute sa force lorsqu'il s'agit d'examiner si une organisation imitative, et utile, peut être le produit du hasard.

Essayons de raisonner d'après l'expérience, et voyons ce que le hasard fait pour le monde matériel Relativement au corps humain, le hasard produit certaines difformités, certains accidents : il peut donner une loupe, une envie, une verrue; mais produire un œil, c'est ce que jamais on n'a vu. Dans les substances inanimées, ou voit se former des pétrifications, L stalactites; on voit se réaliser certains accidents de formes : mais on n a jamais vu Litre du hasard, une machine telle qu'une montre ou un télescope, ou même un corps organisé quelconque dont les parties soient disposées relativement à un but utile. Jamais une telle machine ne s'est réalisée sans qu'il y ait eu une intention.

On prétend encore résoudre les difficultés en faisant intervenir le hasanl d une au re «.«i"è?e TOUS les corps organisés que nous voyons, dit-on, sont le résidu du travail de chances pendant une suite infinie de siècles. Des millions et des ">«'«»;^;^^»"^^f » de formes diverses ont péri, et n'ont pas pu constituer une espèce, parce que leur forme et leur organisation les rendaient incapables de se conserver et de se rep-oduire

Cette conjecture ne se trouve justifiée par aucune des analogies de a nature. Nou^ na voyons point que la nature fasse des expériences semblables; nous ° observons 1 action d'aucune force qui tende à produire de nouvelles espèces, et nen ne nous conduit à con- LturTcme dans des temps antérieurs à nous, la nature ait jamais fait des essa^ sembla- Cno^ imagination p'eut nous représenter une multitude ^^^^m^^'^le éefor^^ „ou;elles, soit^ur les animaux, soit pour les végétaux. 11 y «^^ P»«f ^ J^f «"^Z"'' Mrmi les végétaux , pour la création de nouvelles espèces et variétés de plantes. Si la na-

ure faisait des essais en créations nouvelles, nous verrions se réaliser les êtres fantastiques que l'imagination des poètes a inventés ; ou bien, si l'on prétend que de tels êtres seraient en dehors des possibilités de la vie et de la reproduction, nous aurions dû voir, au moins, des races entières dont l'organisation eût été différente, dans les choses qui n intéressent pas essentiellement la vitalité. Ain^i, par exemple, nous aurions vu des nations qui nau-

SS lNTnODtJCtlOiN< 36

raient eu que quatre doigts aux pieds ou aux mains ; ues races qui auraient été dé|X)urvues du sens de i*odorat ; des peuples entiers qui n'auraient eu qu'un œil, ou qui auraient été dis* tingués par' telle autre variété de conformation qu'on veuille imaginer. Nous pouvons nous flgurer une espèce quelconque, modifiée de mille et mille manières» toutes compa* tibles avec l'existence, la conservation et la reproduction. Si nous appliquions ces suppo- sitions à toutes les espèces et variétés connues des animaux et des plantes» le nombre des espèces et variétés nouvelles serait hors de tout calcul. Mais il est impossible de donner une bonne raison qui ait empêché ces espèces et ces variétés d'exister, ou qui explique pourquoi elles sont anéanties.

L'hjpothèse [que nous examinons établit que, dans un temps ou dans un autre, toutes les variétés possibles ont existé, et que le monde que nous voyons n'est que le résidu de ees diverses existences ; mais cette supposition me parait exclure nécessairement un plan ordonné comme celui que nous offre la nature. La division des corps organisés en animaux et en végétaux; la distributiou en genres et en espèces : tout cet arrangement méthodi-* que qui n'est nullement arbitraire, mais qui dépend des caractères essentiels imprimés aux substances, exclut nécessairement la supposition que le monde matériel soit le résidu d'une variété indéfinie de diverses existences produites par le hasard, car celui-ci n'admet point la possibilité d*un plan..

Que penserions^nous d'un homme qui, parce qu'il n'aurait jamais vu faire un moulin^ une montre, un télescope, une machiné à vapeur, et parce qu'il ne saurait pas comment ces choses-là peuvent se faire, nierait qu'il y eût eu un inventeur et un ouvrier ; mais qui prétendrait, au contraire, que les matériaux de ces constructions ayant été modifiés par l& hasard en toutes les variétés possibles de formes et de combinaisons, les machines qui res« tent sont le résidu de toutes celles qui ont existé, et que les magasins qui contiennent des machines ont contenu une fois toutes les variétés imaginables de machines bonnes ou mauvaises, utiles ou non utiles? Or cette hypothèse est précisément celle dont je viens do parler.

On a essayé de contester la conséquence que nous avons tirée de l'intelligence et de l'in^ vention que Ton trouve dans l'organisation des corps, en disant que les parties de ces ma^ chines animées n'ont pas été faites dans un certain but ; mais que le but a résulté de l'arran^ gement des parties. Cette distinction n'est pas intelligible. Un ébéniste frotte son bois avec de la peau de chien marin; mais ce serait bien abuser des mots que de prétendre que la peau de chien marin est rude afin qu'on puisse s'en servir à polir le bois d'acajou. Ce rai- sonnement revient à dire qu'un menuisier se sert de ses instruments parce que le hasard a fait que la scie, le rabot, le ciseau, sont précisément ce qu'il lui faut pour couper et polir le bois; et que ces instruments s'étant trouvés fabriqués sans aucun dessein pareil, il a imaginé de les appliquer à son travail.

Mais l'absurdité du raisonnement devient de plus en plus palpable lorsqu'on essaie d'en faire l'application aux organes de l'animal dont le jeu ne dépend en aucune manière de sa volonté. Est-il possible de soutenir sérieusement que l'œil ait été fait sans aucune intention relative à la vue ; mais que l'animal ayant découvert qu'on pouvait s'en servir pour voir, s'est avisé de l'employer à cet usagé? La même chose peut se dire de l'oreille et des autres organes des sens. Aucun des sens ne dépend du choix de l'animal, ni par conséquent de sa sagacité et de son expérience. C'est l'impression qu'ils reçoivent des objets extérieurs qui constitue leur usage. L'animal est passif sous le rapport de la véritable acception du mot qui désigne un de ses sens.

Cette solution n*est pas plus satisfaisante quant à l'emploi des parties du corps sur les- quelles la volonté de l'animal exerce plus d'empire. Les dents sont-elles destinées à mAcher, les mains à saisir, les jambes à marcher? ou bien l'homme a-t-il imaginé d'employer ces instruments à ces différentes choses, parce qu'il les y a trouvés propres?

La partie un peu raisonnable de ce système, la voici : l'organisation paraît déterminer )es habitudes de l'animal et le choix de sa manière de vivre. Mais qu'on y prenne garde, et Ton verra qne les habitudes ainsi déterminées sont toujours favorables à l'organisation eljc-mémc; or cela n'arriverait pas si les diverses organisations des animaux n'avaient pa^i

S7 INTRODUCTION. jg

été înTenlées et disposées poar se IrouTer en rapport avec les substances dont ! aninial est entouré. Le canard nage, dites>Tons, parce qu*il a les pieds palmés : mais à quoi lui senrirait cette membrane oui réunit les doigts de ses pieds, s'il n j avait point d eau dans laquelle il pAt nager? Avec son bec fort et crochu , ses pieds armés de griffés aiguës, Poiseau de proie se trouve, dites-vous, naturellement conduit à vivre de lacbair des oi- seaux qull a pris; d'autres oiseaui ayant uu l>ec faible et des pieds propres à gratter !i ferre, se trouvent forcés de vivre des grains et des insectes qu*ils découvrent sur le $0* Mais à quoi serviraient les serres du faucon et le i>ec des granivores, s*il n'y avait ni suos tances animales à déchirer, ni grains à mander? Le pic pourvu d'un bec fort et pointu, d'ube langue arrondie et prolongée, s'est avisé d'aller chercher les insectes derrière 4'éeorce pourrie des vieux arbres, et d'étendre sa langue comme un appAt pour attirer les fourmis r mais s'il n'y avait point de fourmis et d'insectes, cette organisation particulière lui serait inutile? L*abeille porte une trompe qui détermine l'insecte ailé à chercher le miel dans lu calice des fleurs : mais s'il n'y avait point de miel à tirer des fleurs, la trompe serait inu- tile? En un mot, si les facultés des animaux avaient été répandues sur eux au hasar.l et sans aucun rapport avec les objets qui sont à leur portée, ces facultés ne leur seraient d^aucun service. Mais puisque ces rapports existent, il y a donc un plan, un ensemble, une intention.

EnCn ce raisonnement des naturalistes tombe par lui-même, si l'on veut Tappliquer aux plantes. Les différentes parties des végétaux remplissent leurs fonctions et leur destination, sans qu*il existe en elles ni choix ni volonté.

Quelques raisonneurs ont prétendu que les phénomènes de la nature devaient être at- tribués à ce qu'ils ont appelé un principe d'ordre. Mais on n'a jamais expliqué ce que pou- vait £tre un principe d'ordre, sans un créateur intelligent. L'ordre ^^^^^ V^^ 1^ concours des moyens vers un but : le principe de l'ordre est donc l'intelligence qui détermine ce concours. Il n'existe aucune analogie qui finisse nous faire concevoir un principe d'ordre, d'une autre manière que celle-là. Nous n'avons jamais rien vu qui justifie la supposition. Fne montre a-t-elle jamais été produite par un principe d'onire? Et pourquoi pas aussi bien une montre qu'un uni?

D'ailleurs il y a une observation toute simple et qui démontre de plus en plus l'absurdité de l'hypothèse : c'est que l'ordre n'existe que là où il est utile. Nous voyons que dans la structure de l'œil l'ordre le plus exai:t est employé ; mais dans la forme des rochers, des montagnes, dans les lignes qui bi»nJent les fies, les liaies, les continents, nous ne voyons aucune trace de régularité et d'orire. Il u*y aurait eu aucun but utile dans le soin de façonner les montagnes en solides réguliers, et de dessiner les terres en compartiments symétriques.

On a essayé encore d'attaquer les preuves que nous offre la nature, de l'existence d'un agent intelligent^ en insistant sur notre ignorance et la faiblesse de notre cocception. Qu'importe que nous ne puissions tout comprendre, si nous comprenons nettement le ra})| on de certains moyens à certain but? Faudra-t-il que nous expliquions l'usage de toutes ies parties du corps humain, pour pouvoir croire à l'utilité d'une seule? Faudra-t-il que nous nous rendions compte de l'usage de la rate, [»ar exemple, avant de croire que Tœil soit fait f)Our voir? Et, pour ne parler que du même organe, lorsque nous aurons bien compris comment les rayons de lumière se réfractent par les humeurs de l'œil, et comment les images des objets se peignent sur la rétine, faudra-t-il renoncer à croire que Tœil soit fait pour voir, uuiqueuient parce qu'il y a dans cet organe certaines fibres dont nous ne compre^ non« pas l'usa^e^ Il vaudrait autant douter que le télescope soumis à notre inspection fât un instrument d'optique, parce qu'il y aurait une vis, ou une coupelle dont cous iznore- rions l'usaze.

Lorsqu'il n'existerait dans l'univers physique aucun autre exemple d'invention que l'œil, cet exemple suffirait à la conclusion que nous en tirons, savoir : l'existence d'un Créateur intelligent. On ne pourrait pas y échapper. 11 serait impossible d'expliquer la chose j ar ancnne supposition qui ne contredit tous les principes que nous avons sur l'existence des cbase«: principes d'après lesquels le vrai et le faux se démontrent. par l'expérience, toutes

59 INTRODUCTION; W

les fois qiie rexpérience est applicable. Les diverses parties de l'œil, tout l'appareil que nousavon« examiné, montrent une invention et un dessein si manifestes, un résultat si juste et si parfait, que les seuls phénomènes de cet organe ne laisseraient pas lieu au moindre doute. Si tout le reste de la nature était obscurité et confusion, cet exemple ne serait pas moins valide et concluant. Quand il n'existerait dans le monde qu'une seule montre, il n'en serait pas moins certain qu'elle a été faite par un ouvrier. Il en est précisément de même des preuves de l'action divine. Chacune de ces preuves n'est point une conclusion placée à l'extrémité d'une longue chaîne de raisonnements ; elle naît de chaque exemple soumis à notre observation ; elle est complète pour chaque cas; une fois que le dessein nous est démontré, et que nous voyons la structure et l'arrangement des parties concourir vers un but, l'intelligence de l'ouvrier est évidente pour nous ; d'autres observations peuvent bien corroborée, mais aucune ne peut altérer cette preuve.

5 1ÎL

Toutes les parties qui composent l'animal ou la plante procèdent également d*une iiitel* iigence inventive; mais les lois d'après lesquelles ces diverses parties concourent au but* ne sont pas également bien entendues. Par exemple , nous ne comprenons point quelle est la cause de la contraction d'un muscle, soit que cette contraction dépende de la volonté ou de quelque irritation. Nous ne savons de quelle nature est le principe du mouvement musculaire. La substance qui y est employée est-elle solide, fluide, gazeuse, électrique^ ou diGTérente de tout cela? Dans les machines que nous faisons , nous ne saurions imiter le mouvement musculaire. Les phénomènes prouvent son existence : c'est tout ce qud Rous en savons. Une fois ce principe de mouvement admis , nous comprenotis la disposi- tion des diverses parties du corps, pour l'exécution des divers mouvements nécessaires^ aussi bien que nous pouvons comprendre le mécanisme qui fait mouvoir une marionnette i leur disposition et leur action réciproques sont mécaniques.

Nous sommes obligés quelquefois de donner des noms à des choses inconnues, nous ap^ pelons donc influence nerveuse cette force , ce principe, cette action, qui fait que le muscle se contracte : ce principe n'est pas mécanique. Nous observons l'effet, mais le moyen nou^ échappe.

L'obscurité dans laquelle nous sommes relativement à l'origine du mouvement muscu-> laire n'empêche pas que nous ne puissions suivre tous les phénomènes de ce mouvement ^ et les rapporter à des lois fixes et connues. Nous voyons d'abord que le muscle est cons» truit de manière que son renflement momentané dans sa partie la plus épaisse raccourci* les tendons. Nous voyons ensuite que les muscles sont en nombre prodigieux, et que leurê positions respectives se prêtent à une étonnante variété de mouvements. Nous découvrons, en troisième lieu, que chaque muscle est admirablement disposé pour l'objet particulier auquel il est destiné , c'est-à-dire , pour mouvoir les diverses parties du corps dans untf certaine direction, puis pour laisser agir d'autres muscles qui changent ou modifient cell^ direction. Tout ce système se trouve conforme aux lois connues de la mécanique : il csi soumis à notre inspection et à notre intelligence, tout comme le système des mouvemeiili d'un automate.

Supposons que l'automate ait pour principe du mouvement , le magnétisme; il sera un objet de comparaison très-propre à nous faire sentir la distinction établie entre les partie» et fonctions mécaniques , et celles qui ne le sont pas. Nous n'en savons guère plus sur la nature de l'émanation magnétique que sur celle du fluide nerveux ; mais , une fois l'action du magnétisme supposée, nous pouvons suivre avec une certitude parfaite le mécanisme dans loates ses parties. Nous voyons la suite des leviers, les roues, les engrenages, les fils, par lesquels le mouvement se communique jusqu'aux doigts de l'automate. Nous aviserions- iit/U^^CL douter de l'application des lois de la mécanique, dans cette figure mouvante, par la raison que nous ne comprendrions pas les lois el l'action du magnétisme? non, assurément.

41 i>iTuoi)trTio:^. i%

Il en est ciaclcment <Jc môme de la structure et des mouvements du corps huoiaiii, dans lequel nous ne comprenons |ias les lois et Taciion du fluide neri-eux.

Il j a, dans la physiologie , beaucoup d'autres phénomènes que nous n*entendon.s pcxs. L*îrrital>ilité» le mouvement volontaire, ie principe de vie, celui de la sensation , celui de la clialeur animale, etc., sont autan', de mystères c|ue nous ne pouvons pénétrer ; mais la partie mécanique du corps et de ses monvemenls est complètement soumise à notre exa- men et à notre intelligence.

Cette machine , qui se meut par une force inconnue, nous démontre tout aussi claire- ment rintelligence et rinvenlion de Touvrier qui Ta faite, que Texamen d*une machine ordinaire puisse nous démontrer rintelligence de Phomme qui Fa construite.

11 y a« dans la constitution des corps animés, une partie qu'on peut appeler îe syslèmo chimique des corps. Nous ne pouvons pas embrasser tous les détails, et nous rendre crjnipte de tous les phénomènes de cette partie chimique, parce que nous ne sommes |)d$ suflTisam- ment habiles dans cette science ; mais nous en savons assez pour voir netlenienl rinv(*n- tionet l'application des moyens au but, dans tes procédés chimiques des fonctions vil«ile5. Far exemple» le suc gastrique, ou la liqueur qui fait digérer les aliments dans resloraac, est le menstrue le plus actif et le plus universel. On ne peol voir sans étoimemeut la variété de différentes substances que ce menstrue réduit en une pulpe ou mucilage uniforme, dans Testomac de Thomme , et dans un temps très-court. Il attaque et dissout la texture de presque tontes les substances qu'on lui soumet. L'altération que ces substances subissent est d'une nature différente de celle qui résulte des dissolvants employés en chimie; et la plupart des dissolvants que nous employons n'agissent que sur un petit nombre de subs- lances. Lorsque Ton considère Tuniversalilé d'action de ce menstrue , et que Ion réfléchit que ce dissolvant se reproduit sans cesse par Faction de l'estomac lui-même , on trouve qu'il a été bien nommé le miracU chimique de la nature animale.

Nous ignorons la composition de ce fluide et la manière dont il agit : nous ne pouvons pas assimiler exactement ses opérations à celles de l'art du chimiste, comme nous pou- vons assimiler les opérations mécaniques du corps humain à celles du mécanicien. Cela lient à l'imperfection de nos connaissances chimiques. Nous viendrons peut-être à com- poser un dissolvant semblable au suc gastrique ; nous saurons peut-être un jour de quels principes chimiques dépend son efficacité, et de quelle action dans le corps humain déiive La perfection de ce suc pour l'objet auquel il est destiné; mais cet objet est évident pour nous, malgré notre ignorance. Sa reproduction continuelle , ses propriétés , le lieu qu'il occupe, sa prodigieuse efficacité, sont des fiaits qui nous démontrent que les moyens ont été appliqués à un but avec intelligence.

Une autre fonction animale infiniment curieuse, et dont la marche est d^une analyse bien difficile, c'est la sécrétion : elle est à demi chimique et à demi mécanique. L'importance et la variété des sécrétions sont inGnies. Une seule sécrétion imparfaite ou viciée suffit à faire de la vie un tourment , ou à amener la mort. Environ vingt fluides divers sonc sépa- rés du sang humain par les organes sécrétoires et excrétoires. Tous diSEèrent entre eux par la consistance, le goût , la couleur et l'odeur. Si nous examinons les résultats des sé- ca^tions chez certains animaux, nous y trouvons les choses les plus opposées : ces sécré- tions fournissent tour à tour un aliment sain , un poison mortel , des parfums délicieux et des odeurs fétides. La plupart des produits des sécrétions sont employés à conserver le jeo des organes ou à maintenir l'exercice des fonctions vitales. Ainsi , la salive et le suc gastrique préparent le chyle ; la bile a une influence salutaire sur les fonctions des intes- tins ; la synovie iacilite le jeu des articulations ; les larmes lubréfient le globe de l'œil ; la cire défend les oreilles. Tout cela a un but d'utilité évidente. Les excrétions ne sont point aus^ évidenmient utiles, mais elles sont pourtant indispensables, puisqu'elles ne sauraient être dérangées ou suspendues sans que la vie soit en danger.

Un autre système de fonctions dans le corps des animaux, et auquel l'art humain n'offre T^j«a de comparable , c'est Yatsimilation : cette vertu magique par laquelle le sang se nicno!i?r. D'A!«TBnopoLoeu. â

45 INTRODUCllON. 44

trouve métamorphosé en os, en muscles, en tendons, en nerfs et en membranes ; choses aussi différentes entre elles que le fer et le bois , et les toiles , et les cordages qui entrent dans la composition d'un vaisseau.

I^ marche de la sécrétion dans les glandes n*est pas pour nous un mystère complét»- menl impénétrable. Dans les reins des plus grands animaux nous pouvons suivre les nombreuses ramifications de Tartère émulgente. Les extrémités de ces ramifications se perdent dans des petits corps sphériques, et c'est dans ces corps que s'opère le mystère de la sécrétion. Nous discernons h la loupe des tuyaux déliés , qui se réunissent pour en for- mer de plus considérables, lesquels convergent tous vers un bassin situé dans la substance du rein. Le fluide séparé du sang filtre continuellement de ce premier dépôt vers le récep- tacle qui lui est destiné. C'est là tout ce que nous savons sur le mécanisme de celles des glandes du corps des animaux qui prêtent le plus k l'observation. Mais ce peu que nous entrevoyons suffit à nous montrer une intention. Nous voyons un canal destiné à conduire le sang jusque dans l'intérieur de la glande. Nous voyons dans cette glande un appareil d'organes k l'action duquel le sang est soumis. Nous voyons qu'après avoir subi une mo- dification, le sang ressort du rein par un autre vaisseau destiné k en débarrasser la glande. Nous voyons enfin que le fluide produit par l'opération mystérieuse de la sécrétion est conduit par un autre canal dans un dépôt d'excrétion.

Nous ne savons rien sur la manière dont se fait la séparation du fluide dans l'intérieur de la glande. Nous sommes précisément comme celui qui n'entend point la mécanique, et qui voit travailler un moulin ou une machine à carder et filer. Il voit que le blé entre en grain et ressort en farine et en son ; il voit que le coton entre en bourre et ressort en fil. Il observe que les modifications opérées par la machine ont un résultat utile. Faudra-t-il que cet observateur s'éclaire sur la manière dont chaque partie de ces machines concourt au résultat, avant de croire qu'il y ait de l'intelligence et du dessein dans ces mêmes machines 7

J'ai donc voulu montrer : 1* que dans l'examen des oeuvres de la nature, notre igno- rance n'empêche pas que nous ne puissions conclure avec certitude sur l'intention du Créateur ; 3* que les diverses parties du corps des animaux peuvent être classées selon la plus ou moins grande facilité de les comparer aux ouvrages de l'art ; S** que les parties mé- caniques du corps humain sont celles dans lesquelles nous so'rmes le plus capables de comprendre le dessein du Créateur.

§IV.

Je défie un ouvrier quelconque d'imaginer une construction plus ingénieuse, et dans laquelle l'objet soit mieux rempli, que celle des vertèbres du cou de l'homme. II fallait obtenir deux choses, savoir : un mouvement facile de flexion en avant et en arrière, et un mouvement circulaire horizontal d'environ cent vingt degrés. Deux inventions distinctes ont été employées pour cela : 1** La tête repose immédiatement sur la dernière des vertè- bres, et est unie avec elle par une articulation qui fait que la tête se baisse et se relève jus* qu'au point où le permettent les ligaments; 2" le mouvement circulaire se fait par le moyen d'un mécanisme qui met la tête en rapport, non pas avec la première, mais avec la seconde vertèbre du cou. Cette seconde vertèbre a ce que les anatomistes appellent une apophyse, c'est-à-dire une saillie assez semblable en forme et en volume à une dent. Cette dent entre dans une cavité de la première vertèbre, et sert de pivot aux mouvements de cette première vertèbre, laquelle tourne circulairement avec la tète. Les deux genres de mouvements sont parfaits, et ne se nuisent en aucune manière. Nous voyons une inven- tion toute semblable dans la monture des télescopes : pour le mouvement vertical, il y a une charnière; pour le mouvement horizontal, il «y a un axe ou pivot, sur lequel le téles- cope et la charnière tournent ensemble. 11 faudrait être de mauvaise foi, ou hors de son l)on sens, pour admettre l'invention dans un des cas, et la nier dans l'autre. Ajoutons en-

45 IXroODUCTIO?!* U

core ime observation qui est à notre portée, et qui nous explique par quelle raison l'intel- ligence qui a inventé Farticulation de la tète sur les vertèbres verticales n*a pas voulu que la première vertèbre pût se mouvoir en avant et en arrière comme la tète, tandis que cette ^r^mière vertèbre se meut h droite et à gauche : c*est que le mouvement en avant et en ar-' rière n^aurait pas pu se fiûre sans que la moelle épinière fût comprimée par Tapophyse de la seconde ver^bre^ qui sert de pivot aux mouvements circulaires.

Une antre invention mécanique assez semblable à la précédente quant à son but, maiA différente quant aux moyens, s'observe (lans Tavant-bras. Pour l'usage parfait de l'avant- bras, il fadlait deux genres de mouvements : savoir, le mouvement oscillatoire ou récipro- que, qui se fait en pliant et étendant le bras, et le mouvement rotatoire, qui se fait en tournant la paume de la maîki alternativement dessus et dessous. Voici comment cela sV père : L'avant-bras k deux os placés à c6té l'un de l'autre, mais qui ne*se touchent qu'à leurs extrémités. L*un de ces os, nommé le eubiius^ s'articule avec l'os du bras, ou Thuméms^ et ne peut se mouvoir que dans le même plan ; l'autre, nommé h raéUuSf ne s'articule qu'avec le poignet. Toutes les fois que nous tournons la paume de la main en dessus, le radius roule sur le cubitus au moyen d'une rainure ou cavité de l'un des os qui répond à une saillie de l'autre. Si les deux os de l 'avant-bras avaient été articulés avec l'humérus, ou que tous deux eussent été articulés avec le poignet, ce mouvement rotatoire n'aurait pas pu se faire. Il fallait, pour cela, que l'un des os fût libre à une de ses extrémités, et l'autre, à l'autre. De cette manière les deux mouvements différents peuvent s'exécuter en même temps ; le grand os de l'avant^bras peut opérer le mouvement oscillatoire sur l'articulation du coude, au même instant que le petit os de l'avant -bras, lequel porte la main, tourne au^ tour du cubitus. Diins le voisinage du coude, c'est une tubérosité du radius qui répond i une cavité du cubitus ; et auprès du poignet, c'est le contraire , c'est-à-dire qu'un tuber-* cnle du cubitus répond à une cavité du radius.

S*il n'y avait eu qu'un os dans l'avant-^bras, et que l'articulation du coude eût été dans le genre de l'articulation de l'os du bras avec l'épaule , c'est-^à^-dire une tête sphérique se mouvant dans une cavité, le résultat de plier le bras et de tourner la main tout à la fois aurait pu être obtenu, mais il est incomparablement plus parCût, d'après l'arrangement existant : chacun peut s'en convaincre par Taisance et la vitesse avec lesquelles il peut mouvoir la main circulairement, tout en fléchissant et étendant le bras; tandis que le mou- vement de rotation du bras autour de l'épaule est comparativement lent et pénible.

L'épine du dos, ou la colonne vertébrale, est une chaîne d'articulations d'une construc^ lion très^xtraordinaire. Il fallait que le même instrument exécutât diverses fonctions très* différentes, et en quelque sorte contradictoires. Il fallait que cette eolonae fût solide et ce* pendant flexible : solide, pour pouvoir supporter le corps dans ,Ia position verticale ; flexible, pour pouvoir se prêter à tous les mouvements que nous faisons en nous courbant en avant, en arrière ou de cAté. Il fallait enfin que la colonne vertébrale contint et proté- geât la moelle épinière, c'est-à-dire qu'elle servit de conduit au plus important de» fluides animaux, celui dont dépendent les niouvements volontaires, et qui part du cerveau pour se répandre dans toutes les parties du corps : il firilait que cette colonne osseuse garantit elficaeement de toute pression accidentelle, une substance extrêmement délicate, et tellement essentielle aux fonctions vitales, que la moindre atteinte qu'elle éprouve est suivie de la paralysie ou de la mort.

La colonne vertébrale n'était pas seulement destinée à donner protection au tronc prin- cipal de la substance médullaire procédant du cerveau, il fallait encore que cette colonne €k>nnât passage à des conduits latéraux dans toute sa longueur, pour la distribution des nerfs à toute les parties du corps. Il fallait que cette colonne vertébrale fournit une suite de points d'appui pour l'attache des muscles qui s'étendent sur le tronc humain, et imfiff qu'elle servît de base pour l'insertion des côtes.

Commandez à un habile mécanicien une machine qui doive remplir ces diters objets^ et laissez-le exercer ses facultés inventives, sans lui donner connaissance de la construction

4T iNTnoDUcrioN. a

de la colonne dorsale. Qu'il compare ensuite c^ qu*il aura inventé avec /outrage de la nature, et il demeurera confondu d'admiration sur la sagesse qui y a été employée. Vingt- quatre os spongieux sont sui>erposés les uns aux autres et se touchent par des bases élar- gies. Cette largeur des bases assure la solidité de la colonne ; la porosité des os lui donne sa légèreté; leur nombre, qui multiplie les articulations, rend cette colonne singulière* ment flexible, et, ce qui est remarquable, sa flexibilité varie dans sa longueur, selon le be- soin, c'est-à-dire que le bas des reins est plus souple que la partie voisine des épaules, et que les vertèbres du cou sont les plus flexibles de toutes. Chacun de ces vingt-quatre os est percé dans le centre, pour fournir passade à la substance médullaire, en sorte que lors- qu'ils sont réunis, ils forment un canal non interrompu. Mais comment empêcher que, dans les diverses flexions du corps, les vertèbres ne se croisent et n'occasionnent ainsi sur la moelle épinière une pression funeste? L'habile et sage ouvrier de cette belle construc- tion a placé entre chaque vertèbre et les vertèbres voisines une substance cartilagineuse éminemment élastique. Ces cartilages se pressent du côté où Tépine fléchit, et se renflent du côté opposé, de manière qu'il n'en résulte aucune ouverture. La flexion, quoique con- sidérable sur la totalité de la colonne, est h peine sensible d'un os à l'autre. D'ailleurs, comme la flexion en avant devait être plus fréquente que la flexion en arrière, les carti- lages ont plus d'épaisseur de ce côté-là, en sorte que les bases des vertèbres sont plus pa- rallèles entre elles, lorsque le corps est plié en avant, que dans la position verticale..

Comme il fallait que la distribution des nerfs pût se faire dans toute la longueur de l'é'^ pine, chaque vertèbre porte deux rainures au bord supérieur, et deux autres au bord in- férieur. Ces rainures symétriquement espacées se correspondent d'une vertèbre à l'autre, de manière que, quand les vertèbres sont réunies, deux rainures forment un trou, lequel donne passage à un nerf. Ces nerfs sortent par paires, et se suMivisent en un grand nombre de ramifications dans toutes les parties du corps.

11 fallait enfln que les muscles et les côtes trouvassent dans l'épine du dos un point d*ap- pui solide, auquel ils pussent s'attacher. Les vertèbres ont reçu une forme propre à rem- plir ces deux objets. Leur face antérieure, qui répond à la capacité de la poitrine, de l'es- tom'î'* et du ventre, est unie, parce que les aspérités auraient pu blesser les viscères; mai$ en arrière et sur les côtés, les vertèbres sont hérissées d'apophyses prolongées. C'est h ces apophyses que s'attachent les muscles nécessaires aux mouvements du tronc. Ces attaches sont faites avec un art qui remplit à la fois deux objets essentiels; car, en même temps que les muscles sont assujettis aux os, les tendons de ces mêmes 'muscles servent à con* solider la structure de la colonne et à retenir fortement chaque vertèbre à sa place.

Sans une dernière précaution pour assurer la torce d'une si longue charnière , les luxa- tions auraient été à craindre. Cette précaution prise par l'ouvrier a été de faire articuler ensemble ces diverses apophyses. Il résulte des croisements artistement disposés, entre une projection et l'autre, qu'aucune des vertèbres ne peut se tourner ni se déplacer. Un coup très-violent peut rompre la colonne dorsale, mais jamais la luxer. Dans la partie de l'épine à laquelle les côtes sont attachées , la précaution pour fortifier la colonne a été poussée plus loin encore ; chaque côte s'attache à deux vertèbres et au cartilage qui les sépare. Enfln» dans le but de prévenir l'effet qu*une force extérieure aurait pu avoir pour désunir les vertèbres par une extension violente dans le sens longitudinal, la colonne a éii doublée et fortifiée d'une membrane épaisse qui règne dans toute la longueur de l'épine.

Dans la plupart des quadrupèdes, la construction de la colonne vertébrale est analogue à ce que nous observons dans l'homme ; mais dans la famille des serpents il existe, à cet égard, une variété très-remarquable. Le serpent ayant essentiellement besoin de souplesse, il fallait que lo^nombre des articulations fût plus considérable : en conséquence la colonne dorsale du serpent est composée de cent cinquante vertèbres, qui ont entre elles une arti- culation différente de la nôtre extrêmement curieuse à observer. On ne peut rien imaginer de plus parfait et de plus analogue au but que cette chaîne de cent cinquante anneaux. La chaîne, qui se roule tour à tour sur le barillet et la fusée d'une montre, est un ouvrage im- parfait et grossier auprès de ce chef-d'œuvre mécanique.

49 INTRODUCTION. SC

Toutes les fois qae nos poumons se dilatent par Tinspiration de Pair, et se contractent par i expîraiioDy la jioîtrine augmente et diminue de capacité. Cela a lieu par Teflet d'util invention mécanique dans la construction et la dis|)Osition des os qui lacement. Les côtes». «u lieu d'être articulées à angle droit avec Tépinc, le sont dans une diret^tion un peu des- cendante. Il en résulte que tout ce qui tend à les rapprocher de Tangle droit augmente l«i capacité de la poitrine et fait avancer le sternum : c'est ce qui arrive à chaque inspiration. Si les cAtes eussent été articulées à angle droit avec Fépine, ou qu*étant implantées obli- quement à répine, elleâ eussent été soudées à la colonne dorsale, la capacité de ta poi- trine n*aaraitpas pu s'augmenter, comme celaélait nécessaire. En même temps que les côtes s*élèvent, le diaphragme s'abaisse, et il en résulte un accroissement de caftacité de quarante- deux ponces cubes, laquelle se remplit immédiatement par de lair. Dans une inspiration forcée, il entre jusqu'à cent pouces d'air de plus que dans Tétai d'abaissement de» côtes. Le thorax est un véritable soufflet d'une construction extrêmement ingénieuse.

La rotule est un os dont la forme et les fonctions ne ressemblent à celles d aucun autre os du corps humain. Il a une forme un peu lenticulaire; il est de la grosseur d*un éru de cinq francs 9 et recouvert d'un cartilage. Les forts tendons qui s'attachent d'une part au fémur et de l'autre au tibia, et dont l'emploi est de porter les jambes en avant, traversent cet os : la rotule en fait pour ainsi dire partie. Elle protège l'articulation quelle recouvre, et em{ièche en même temps que les tendons ne puissent être exposés aux chocs des corps extérieurs, comme ils l'auraient été sur la saillie du genou. Elle donne encore à l'action des tendons des muscles releveurs une plus grande facilité mécanique, parce que la rotulç fiorte en avant la direction de leur force. Mais la circonstance la plus rcraarquablj dans Texistence de la rotule, c'est qu*elle est, pour ainsi dire, de convenance plutôt que de né- cessité. Elle est isolée, elle ne s'articule avec aucun os; elle est molle et à peine visible dans l'enfance. Son ossification se forme peu k peu, et par un procédé dont il est impossi- ble de se fiiire une idée ou de se rendre compte par sa structure ou son exercice.

Presque tous les os du corps humain ont des articulations enlre eux : or, la manière dont ils s'articulent offre des variétés qui tendent toujours également à démontrer Tinvention el la sagesse du grand mécanicien qui a construit cette machine. Donnons-en quelques exemples.

L'os de la cuisse s'articule à charnière avec la jambe, parce que celle-ci ne doit s'étendre et se fléchir que dans le même plan. Mais l'os de la cuisse s'articule à la hanche d'une toute autre manière. Le fémur se termine par une tète, laquelle entre et tourne librement dam^ une cavité de l'os de la hanche. Il en résulte que la cuisse est susceptible de mouvement» soit de rotation, soit dans toutes les directions nécessaires. Si la tète du fémur se trouvait en bas, et que sa charnière fût en haut, e'cst-à-dire que les deux genres d'articulations eussent été appliqués de la manière opposée à celle qui existe, la direction de la cuisse aurait été fixée en avant une fols pour toujours, et la faculté rotatoire de la jambe aurait été complètement inutile. Le but d'utilité a donc été pris en considération par l'ouvrier intelligent qui a mis la tète du fémur en haut et la rainure en bas.

Pour consolider les articulations, il existe une memliraiic forte et épaisse qui part de l'os qui reçoit, et entoure fos reçu, en s'insérant dans sa substance un peu au delà du renfle- ment de cet os. Cette membrane emprisonne la jointure et en assure la solidité, en main- tenant les saillies dans les cavités correspondantes. On observe, en outre de cette mem- braae^dans lesarticulations trës-importantes,etoù une forte extension aurait pu occasionner une dislocation; l'on remarque, dis-je, un ligament vigoureux, court et flexible, dont l'in- sertion se fait d'un côté dans la tète de l'os, et de l'autre dans le fond de la cavité. On aurait peine à concevoir quelle force peut èlre appliquée à ce ligament, avant de pouvoir le dis- tendre ou le rompre; cependant il est si flexible qu'il ne met aucun empêchement aux mouvements de l'articulation.

Dans les articulations à charnières, les ligaments qui entourent et retiennent en sa place le renflement de l'extrémité de l'os, sont toujours plus forts dans les côtés que sur les par- ties antérieures et postérieures, afin que les os ne puissent pas glisser hors de leur engrenage. A l'articulation du «^enou» vu son importance la variété et la (brct Us mou*

<« IN rUODUCTION. M

vements auxquels elle est destinée, on observCf en outre de la précaution ordinaire, deux ligaments très-forts, lesquels sont croisés do manière à ce que i*articu1ation ne puisse pas •e disloquer, sans que les ligaments se déchirent.

Une précaution dont le but est le même, mais dont le moyen est différent, s'obscrr^ à l'articulation du coude-pied. Les os de la jambe ont deux apophyses, ou prolongements qui servent à emboiter l'os du tarse qui s*articule avec eux. Le but est évident dans la forme de ces deux os : i! n*y a aucun doute que ces cornes on saillies qui les tcrmineot niaient été destinées à emprisonner Tos qui s'y joint et h prévenir les dislocations.

L'articulation du bras avec l'épaule est du même genre que celle de la cuisse avec la hanche, et sa solidité est également assurée par un ligament qui s'attache au fond de la cavité. Mais celle-ci a beaucoup moins de profondeur, parce qu'il fallait que les mouve- ments du bras pussent avoir plus d'étendue, do promptitude et de liberté que ceux de la cuisse. Le bord de la coupe qui reçoit la tête de l'os du bras est garni d'une membrane forte etsouple qui augmente la capacité du calice, en même temps qu'elle laisse h tous les mouvements du bras la plus grande liberté.

Les extrémités des os, dans les articulations, ont été façonnées, non-seulement de manière k prévenir autant qu'il est possible les luxations, et h faciliter tous les mouvements néces- saires, mais encore à protéger les nerfs, les tendons et les vaisseaux dans leur passage aux articulations. Il est évident que ces fils ou ces conduits, qui partent du tronc et se subdi- visent jusqu'aux extrémités , ont à passer sur les articulations. Il est évident encore qu'ils y sont exposés à de brusques changements de direction , à des compressions ou à des dé- chirements par l'action des corps extérieurs. Mais ils ont été protégés avec un soin tout particulier, dans leur passage au travers des articulations , et cela par la figure même des os. Ainsi, nous voyons que les nerfs de l'avant-bras passent l'articulation du coude par un chemin couvert formé entre deux protubérances de l'os. Le fémur est sillonné , dans son extrémité inférieure, d'une canelure profonde dans laquelle les ^os vaisseaux et les nerfs de la jambe passent en sûreté. Dans l'arliculation de l'épaule, on remarque, au bord de la cavité qui reçoit l'os du bras, une petite rainure recouverte de la membrane. Les vaisseaux sanguins du bras se glissent par celte ouverture, au lieu de passer sur le tranchant de la coupe. Qui est-ce qui a pourvu avec tant de soin et de sagesse à la sûreté de ces vaisseaux et de ces nerfs 7

Toutes les extrémités des os, l'intérieur des cavités et des charnières sont doublés de cartilages mous et élastiques, qui prêtent au degré convenable, et assurent le jeu doux des articulations sans que les os puissent s'user. On a essayé d'affaiblir l'évidence du des- sein dans cette disposition des cartilages, en prétendant que le cartilage n'estfqne l'os ra- molli par le frottement continuel , ou maintenu dans une consistance qui était son état primitif, et dont le frottement l'etnpêche de sortir; qu'enfin cet effet est nécessaire et non préordonné dans un certain but. Le lecteur pourra apprécier la force de l'objection contre le dessein de cette disposition de l'ouvrier.

Le jeu de toutes les articulations est singulièrement facilité par un mucilage plus émoi lient et plus glissant que l'huile même. Des glandes fixées auprès de toutes les jointures sont chargées de séparer du s^ng ce Uniment nécessaire; et les canaux sécrétoires, conter- nus dans des filets déliés , sont suspendus comme une frange dans la cavité de l'articula- tion. On a inventé un mécanisme dont il résulte une infiltration continuelle d'huile dans une boite qui contient un engrenage. Cela ressemble à l'invention qui fait filtrer con- tinuellement la synovie dans les articulations; mais il y a cette différence essentielle, que la synovie se crée à mesure du besoin, pour faciliter le mouvement des join- tures.

Nous ne réfléchissons point assez combien il est surprenant que les articulations ne s'usent pas. Où est la machine de construction humaine qui pourrait soutenir, dans ses engrenages, un mouvement presque continuel de soixante années, sans rien perdre ? Le poli des cartilages qui frottent l'un sur Tautre, la filtration continuellement renouvelée de la synovie, ne sufliscnt pas pour expliquer celte durée ; elle dépend essentiellement de l'ammilaiion^ c*est-à-dire, de cette étonnante pro[)ricté des cons^titulions animales qui

5S INTBODUCTIOli S4

(kit que les substances des corps, Quelles qu'elles soient, se ré|»arent. se restaurent et se renouTellent sans cesse.

IV

Les muscles et les tendons sont les instruments immédiats des divers mouTements que foni les animaux. Je Tais indiquer les cas dans lesquels la disposition de ces instruments et leur application sont aussi mécaniques que peuvent Tètre la disposition et Tapplication des fils qui font mouToir une marionnette.

Nous pouTons d*aliord obsenrer un rapport inyariable entre chacun de nos membres et les muscles qui le font mouToir ; c'est-à-dire, que les muscles sont toujours disposés de manière à ISure exécuter à un membre quelconque les mouvements auxquels ce membre parait destiné, et dont il est capable. Par exemple : lorsque Tarticulation est de nature k faire mouvoir un de nos membres par flexion et extension dans le même plan, comme raTant-4>ras et la jambe, les tendons (ou les parties qui terminent chaque muscle) sont attadiés aux os, de manière que la contraction et le relâchement des muscles produisent ees mouvements de flexion et d'extension, et aucun autre. Si ces deux articulations du genou et du coude pouvaient se prêter à un autre mouvement, il n'y aurait point de muscle pour le produire ; mais à la hanche et h Tépaule, où l'articulation admet un mou vement rotatoire, les tendons sont attachés aux os de manière h produire le mouvemen que rartienlation permet. Par exemple, le muscle nommé le grand oblique, ou le musck du tailleur, s'attache à l'épine du dos, croise diagonalement par-dessus le fémur et le mouvement de flexion du tibia. Nous avons vu qu'il existait une disposition particulière dans les articulations de la tète et de la main ; les muscles ont été attachés dans une direction oblique, afin que la disposition pût avoir son eflet. L'articulation aurait été inutile sans les muscles obliques, les muscles obliques auraient été inutiles sans cette disposition particulière de l'articulation. On peut observer, par rapport à la tète, que son indinaison et ses mouvements obliques sont souvent le résultat de la combinaison des mouvements directs de plusieurs muscles qui agissent ensemble.

Les muselés obliques attachés à la tète ont aussi pour fonction de la maintenir droite entre les épaules. La tète d'un petit enfant a besoin d'être soutenue pour rester également entre les épaules ; et la tète d'un homme mort tombe à droite et à gauche par son propre poids. C'est donc par l'équilibre de l'action des muscles, que la tète conserve sa position. Les muscles, dans ce cas, suppléent à ce qui manque çn force à l'articulation de la tète et du cou.

La destination particulière des muscles et des os à un certain but déterminé est encore évidente dans le rapport exact que les anatomistes ont remarqué entre la longueur des apophyses de la colonne vertébrale et la quantité de mouvements que les os voisins per* mettent, et que les muscles respectifs peuvent produire

Un muscle n'exerce sa force que par la contraction. Lorsque sa contraction cesse, il revient dans son premier état, e'est*à-dire qu'il se relâche ; mais dans ce relâchement il n'y a aucun emploi de force. La nature de la fibre musculaire étant telle, il est évident que nous ne pouvons opérer des mouvements contraires et vigoureux que par l'action opposée des muscles antagonistes, c'est-i-dire des fléchisseurs et des extenseurs, qui se correspondent. Par exemple : deux grands muscles, le biceps et le brachial interne, sont placés sur la partie interne du bras ; et leur contraction fait plier l 'avant-bras avec le d^;ré de force qui se trouve nécessaire, et que le sujet comporte. Le relâchement de ces deux muscles laisserait simplement retomber l'avant-bras sans force ; mais pour que le bras, après s'être ployé, puisse se déployer avec force et donner ce que l'on appelle un roup de rerer», d'autres muscles, savoir, le long extenseur, le brachial externe et Vanco- mxtuâ, ont été attachés au dehors du bras, pour pouvoir, en se contractant, ramenei

avant-bras sur la même ligne que le bras, et cela avec le même degré de force précisé

15 INTRODUCTION. S»

ment que Ton en avait employé dans la flexion. Jamais on ne plie et étend un doigt que par la contraction de deux muscles opposés, que Ton nomme antagonistes. Chaque museie a son adversaire, et les deux ensemble travaillent comme des scieurs qui tirent et lAehent alternativement pour que leur travail se fasse. Il est difficile de citer une preuve plus évidente d'un dessein, que cette position respective et ce balancement d'action des divers muscles dv corps humain. La nature des muscles étant telle, les animaux ne pouvaient exécuter les divers mouvements dont ils ont besoin que par la disposition qui a été adoptée.

Or, cette disposition est faite de manière que les formes etla symétrie du corps humain sont conservées dans les différents mouvements musculaires. Une autre propriété très- remarquahle dans l'arrangement des muscles, c'est qu'ils ne se nuisent pas réciproque- ment dans Faction qu'i4s exercent. Je ne connais qu'un exemple dans lequel l'action de certains muscles nuise à l'action d'autres muscles ; nous ne pouvons pas avaler en bAillant. Il n'était probablement pas nécessaire que les deux choses pussent avoir lieu à la fois ; il y aurait peut-être eu de l'inconvénient à ce que la déglutition pût se faire en même temps que le bâillement avait lieu ; quoi qu'il en soit, cet exemple prouve quelle perte, quels retards, quel embarras il y aurait dans l'emploi des facultés musculaires, si le cas était plus fréquent. Or, ce n'était assurément pas une chose facile que de placer les uns à côté des autres, ou dans des directions croisées de diverses manières, quatre cent qua- rante-six muscles que nous comptons dans le corps humain. Ces muscles non-seulement se croisent, mais s'emboîtent les uns dans les autres, et se traversent même quelquefois, afin que chacun ait sa liberté tout entière, et son jeu parfait. L'ensemble de cet arrange^ ment demandait, il faut l'avouer, de Tintelligence et de la méditation.

En certains cas, dans l'arrangement des muscles, leur volume aurait été embarrassant, là où leur action était pourtant nécessaire. Qu'a fait l'ouvrier? Il a placé le museie à une distance plus considérable, et il Ta fait communiquer par des ûls déliés avec Tendmt où il fallait que son action fût sentie. Si les muscles qui mettent les doigts eu mouvement avaient été placés dans la paume ou sur le dos de la main, celle-ci aurait été d'une gros- seur embarrassante et désagréable ; la beauté et les proportions de cette partie eussent été manquées. En conséquence, ces muscles sont placés sur l'avant-bras, et jusqu'au-dessus du coude. Ils agissent par des tendons très-longs, assujettis au poignet, et passant sousuii liga- ment jusqu'aux doigts, qu'ils sont destinés à mettre en mouvement. Il en est de même des muscles qui mettent en mouvement les orteils. Ils sont disposés d'une manière symé- trique et gracieuse, pour former le gras de la jambe, au lieu de se trouver placés sur le pied môme où ils auraient fait un effet déplaisant, et auraient gêné la marche. J'ai déjà cité un exemple frappant de la manière judicieuse dont le distributeur des muscles et de leurs fonctions les a arrangés, je veux dire l'emplacement du muscle de la membrane clignotante des oiseaux ; il est placé au fond de l'œil, où il n*est point en obstacle à la vision, tandis qu'un tendon extrêmement délié passe sans inconvénient devant la cornée pour tirer le rideau, quand cela est nécessaire.

Il paratt que c'est une loi invariable dans le système musculaire, que la contraction du muscle se fasse vers son centre. Il a donc fallu modifier la forme et la position des mus- cles, de manière à produire, dans tous les cas donnés, l'effet à obtenir.

En conséquence, la configuration et la situation des muscles sont infiniment variées ; quelquefois un muscle a plusieurs tendons ou n'en a point du tout ; quelquefois un tendon appartient à plusieurs muscles ; mais l'unité du principe d'action est constamment la même, et d'une simplicité parfaite. L'ouvrier qui a disposé le système musculaire paratt avoir agi précisément comme un artiste qui emploie à produire certains effets dont il a besoin, les matériaux qui ont certaines propriétés inhérentes à leur nature ; il se plie à CCS propriétés et règle son travail en conséquence

Quel concours de différentes choses ne faut-il pas pour que nous soyons une heure «ntière en bonne santé 1 Quel concours plus grand, plus étonnant encore, ne faut-il point

f7 LNTRODUCTIO.X.

pour qae toutes nos feeuHés soient en rigueur, et que notre activité se déploie I Cepen» dant la très-grande {rfuralité des iridiridus jouit de l'exercice de toutes ses facultés, et le dérangement d*un seul muscle, sur quatre cent quarante-six, suffit à rendre la vie misé- rable. L*auteur du Mt/bf opA« religieux dit: « J'ai vu avec Tattendrissement de la pitié, mais anssi arec un retour de reconnaissance enrers le conservateur de la nature, Tétat d*un homme qui se portait bien h tous égards, mais qui avait une faiblesse dans les mus- cles releveurs de la paupière. Il était obligé, pendant tout le temps que dura cette incom- modité, d'employer ses mains pour lever ses paupières. » Ceux qui jouissent de tous leurs organes ne se doutent guère de la complication des moyens continuellement employés pour maintenir intact Texercice de leurs facultés.

Arrêtons-nous quelques moments à considérer la variété et la miraculeuse promptitude des divers mouvements de certains muscles. Par exemple, il vaut la peine d'observer comment la langue exécute les divers mouvements dont elle est chargée. Chaque syllabe que nous articulons exige un mouvement particulier de la langue, des joues, des lèvres et de la gorge. La disposition de la bouche, pour Tarticulation de chaque syllabe déterminée, est sensible, même à la vue, quand celle-ci y a été suffisamment exercée. On sait que les sourds viennent à comprendre en voyant parler. Pour la même personne, lorsqu'elle a appris à articuler correctement, il n'y a qu'une seule position de la langue, et des parlies dont elle est entourée, qui puisse produire un certain son dans le discours; avec quelle incompréhensible promptitude les diverses positions de la langue et du reste de la bouche ne se succèdent-elles pas I Quelle variété, et pourtant quelle sûreté dans tous ces chan- gements si rapides! Ce qu'il y a de plus admirable ce n'est pas la faculté initiative, ou la laculté d'un changement arbitraire «t rapide : c'est la variété infinie soumise à une règle 6ie, conduisant à un effet certain, et en rapport avec des objets pour lesquels elle a été calculée. L'anatomie de la langue nous donne Tidée de l'extrême actnrité de cet organe. Les muscles sont si nombreux, tellement entrelacés, que la dissection ne saurait s'en faire complètement; et cependant le nombre et l'entrelacement de ces muscles ne nuit en aucune manière à la précision des diverses opérations de l'organe : il est même probable que ce nombre et cette disposition compliquée sont absolument nécessaires à l'entier accom- plissement des fonctions de la langue.

Je désire Caire ici une petite digression sur les autres facultés de la bouche. On a dit cpie quand la nature essayait de remplir deux objets différents avec le même instrument, elle n'y réussissait qu'imparfaitement pour chacun des deux. Je demande si cette asser- tion se trouve vraie en l'appliquant aux différentes fonctions de la bouche. Cela est-il vrai de la langue, considérée comme Finstrument de la parole, l'organe du goût et l'un des principaux moyens de la déglutition? Assurément non I car sur mille individus, il y en a peut-être neuf cent quatre-vingt-dix-neuf chez lesquels la langue remplit très-bien ces trois fonctions à la fois. La chaleur et l'humidité constantes de la langue, la finesse de sa peau, et les papilles nerveuses dont sa surface est parsemée la rendent tout aussi propre à être l'instrument du goût, que la multitude inextricable de ses fibres musculaires la ren- dent propre à l'innombrable variété des mouvements rapides que la parole nécessite. Les animaux qui sont destinés è paître Theriicont la langue recouverte d'une peau percée d'un noaiiire infini de trous déliés, lesquels répondent à des hou|>es nerveuses qui transmettent la sensation de la saveur, mais qui, sous cette couverture, sont à l'abri des accidents que les pointes ou les barhes des graines ou de l'herbe pourraient leur occasionner.

La cavité de la bouche renferme une plus grande variété d'instruments destinés à diffé- rents objets qu'aucune autre partie du corps. Elle rcnfei'me premièrement les dpnts, do trois formes différentes , c'est-à-dire fK)ur couper, pour casser et pour triturer ou mou- dre ; des muscles artislement disposés pour le njouveraent composé de la mâchoire infé- rieure, lequel est à demi vertical et à demi latéral, afin que la trituration des aliments sous les dents molaires suit plus complète; des jets de salives destinés à se mêler aux aliments {tendant que la mastication a lieu; des glandes qui fournissent continuellement %

59 INTRODUCTION. 60

ces jets ; une contraction musculaire d'un genre tout à liiit particulier» laquelle a lieu dans rarrière-bouche» pour guider vers l'estomac les aliments broyés, contraction qui sa propage dans le gosier et le conduit de roBSophage, et force, s'il le faut, les aliments à re- monter, ainsi que nous l'observons dans un animal qui broute l'berbe.

La bouche renferme en second lieu un appareil absolument distinct de tout ce quejo Viens de dire, et dont le jeu va continuellement, sans se laisser déranger par l'action si- multanée de la mastication ; cet appareil est celui de la respiration et de la parole. La bouche sert d'entrée à un conduit du larynx, qui est principalement destiné à faire passer l'air dans le poumon. Le larynx est garni de certains muscles qui doivent produire, avec le concours de l'air et l'action de la langue, des sons modulés à l'infini, et avec une pré- cision et des nuances dont aucun instrument de musique n'est susceptible.

Ce qui me semble caractériser spécialement la bouche de l'homme comme un chef* d*œuvre parmi les machines, c'est que la yartie mécanique y est maintenue tout à fait distincte de la partie pneumatique ; nous respirons et nous parlons tout en mangeant. Ces deux merveilleux appareils, [associés sans confusion, occupent peu d'espace; leurs fonc* tions cheminent sans aucun embarras, et ce magasin de tant de parties diverses, de tant d'or^anesimportants, n'est qu'une simple cavité.

L'action de sucer ne peut pas avoir lieu en même temps que la respiration, par la bou* che seule. L'enfant nouveau-né n'aurait pas pu teter et respirer tout à la fois si l'inventeur des organes n'eût pourvu à un autre conduit pour l'air. Le nez était indispensable, lors même qu'il n'aurait point été destiné à être le siège de l'odorat. L'inventeur a employé à des fonctions utiles un organe qui d'ailleurs se trouvait nécessaire.

le reviens à l'objet qui doit principalement nous oc(*upef dans ce cliajntrc, savoir : la précision et la célérité des mouvements musculaires. Observons ce phénomène chez un homme qui joue des passages difficiles sur le violon. L'obéissance instantanée de ce nom- bre de muscles qui concourent avec une précision rigoureuse do temps et d'action h la for- mation des sons variés à l'inQni semble tenir du prodige.

Faites une observation qui est encore mieux h votre [K>rtée : contemplez les mouve- ments de votre main pendant.que vous écrivez. Arrôtez-vous & considérer le nombre des muscles qui concourent au résultat tracé sur le papier. Cinq cents traits sont façonnés dans une minute, et cependant il n'y a pas une lettre qui n'exige deux ou trois contrac- tions distinctes de certains tendons déterminés, lesquelles contractions doivent être d'une justesse minutieuse, afin que le bout de la plume, où le mouvement se trouve multiplié, ne parcoure que précisément l'espace qu'il faut. La preuve de cette obéissance prompte et exacte se trouve dans la parfaite ressemblance des caractères tracés par la même main.. Home a observé que les fonctions les plus délicates et les plus importantes dans le corps humain étaient remplies par des muscles d'une petitesse microscopique. Ainsi, les mus- cles du tympan, et ceux qui servent à contracter la pupille, sont si déliés qu'on ne peut les découvrir qu'à la loupe ; et cependant l'exercice de deux de nos Acuités les plus pré- cieuses dépend de leur jeu et de leur conservation.

' Il est K remarquer que les muscles agissent sur les articulations avec désavantage sous les rapports mécaniques ; c'est-à-dire qu'ils sont souvent attachés si près de l'articulation qu'il en résulte que la force musculaire a à vaiQcre une résistance très-considérable, occa- sionnée par la longueur du levier contre lequel elle agit. Si le Créateur, en fiibriquant le cor.ps humain, s'était proposé de nous faire mouvoir lentement un poids considérable dans un petit espace, il eut dû, pour accomplir cet objet, faire un autre emploi des le- viers, et une autre disposition des muscles; mais leur disposition et l'emploi des leviers tels qu'ils existent étaient également convenables pour accomplir le but des mouvements que nous sommes appelés à ûiire. N'est-il pas bien plus nécessaire que nous puissions porter la main vivement à notre tôle, qu'il ne nous est utile de pouvoir soulever lentement un poids de plusieurs quintaux? L'usage de celle force extraordinaire-ei d'un emploi très- lent peut être applicable de temps en temps ; mais nous avons un besoin continuel des

61 IMIRODUCTIOX 62

moaTements prompts. C*est ainsi qu'un ouvrier lait plus de travail avec un fléau, ou une tànXf instruments dans lesquels la vitesse se trouve multipliée, qu'il ne pourrait en fiûre avec des instruments dont la force serait plus grande, mais qui travailleraient dans un plus petit espace. La même observation est applicable à la construction des animaux : en général, ils auraient à perdre s'ils échangeaient la vivacité de leurs mouvements contre une force plus grande, une structure plus lourde, et des mouvements plus lents (6).

n est difficile de se faire comprendre des lecteurs qui ne sont point de l'art, en décrivant les mouvements de certains muscles spécifiques, surtout si l'on n'a pas le secours des figu- res^.J'essaierai cependant d'expliquer de quelte manière se produit l'action musculaire dont résulte le mouvement de la mâchoire inférieure. J'indiquerai du moins comment agit le muscle principal. L'objet à remplir était d'abord de tirer en bas la mâchoire inférieure, pour (aire ouvrir la boudie. L'expédient qui se présente serait d'attacher à la poitrine un muscle qui répondrait au menton, et qui, par sa contraction, ferait ouvrir la bouche. Mais il est évident que la liberté des mouvements du cou en aurait souffert, et que la conserva- tion des formes actuelles ne i^mportait pas un tel moyen. En conséquence, un certain muscle nommé digastrique part d'un os de la liice, au-dessus de l'articulation de la mâ- Jioire. En descendant, ce muscle se convertit en un tendon arrondi. La contraction d'un tel musde, s'il eût conservé sa direction en s'attachant à la mâchoire inférieure, l'aurait tenue soulevée, au lieu de la faire baisser. Il ftllait donc changer la direction de la force, en faisant passer le tendon sur une poulie : c'est ce qui a été fût. Ce tendon passe dans un anneau de l'os hyoïde, et vient s'attacher au menton, en sorte que la contraction du muscle lait ouvrir la boudie.

Rien ne saurait être plus véritablement mécanique que l'invention suivante, savoir : une gance fiûte au travers d'un tendon pour faire passer un autre tendon par cette gance ; c'est ce que nous voyons dans le mécanisme des doigts des pieds et des mains. Le long tendon qui lait fléchir la première phalange passe au travers du court tendon qui fait fléchir la seconde phalange. H en résulte beaucoup plus de liberté dans les mouvements qu'il n'au- rait pu y en avoir sans cela.

11 y a une circonstance de l'arrangement des muscles qui manifeste aussi dairemeut un dessein qu'il soit possible de l'imaginer : c'est la ligature des tendons du pied dans le bas de la jambe ; le pied faisant un angle très-considérable avec la jambe, il est évident que des lendons ou des cordes flexibles, passant en dedans de cet angle, se seraient soulevés à cha- que contraction des muscles dont ils sont le prolongement. 11 fallait donc les lier au bas de la jambe, sans cependant empêcher leur jeu : c'est ce qui a été fait, lis passent libre- ment sous un ligament très-fort qui les retient assujettis. La ressource de l'art humain aurait été exactement semblable.

Je demande comment le système de ceux qui prétendent que toutes les parties de l'ani- mal se sont formées par appétence^ c'est-à-dire par une tendance imperceptible dont l'effet a été prolongé dans une suite incalculable de générations, je demande, disje, comment ce système peut se oondlier avec le lait dont je viens de parler. Loin d'y avoir appétence ou tendance, il y a résistance et combat dans le cas du ligament qui assujettit les tendons du pied. La jn-ession du ligament agit sur les tendons; et ceux-ci, toutes les fois que le muscle se contracte, réagissent sur les fibres du ligament. 11 est impossible que le ligament ait pu Mre engendré par l'exerdoe des tendons, car cet exerdce a, au contraire, une tendance continuelle à en rompre les fibres

de ci6lé; la seconde observation, c*cst que rappUcation da levier le plus'désavantaseai, quant à la force, ^iC indispensable pour la conservation des formes : par exemple, si le muscle qui s^attache d*on côté k

avanirbras, an lieu d'èire agissant par contradioi*, . , aurait cnangé la forma

actecOe en une niasse uiangulaire de chair et d*os.

«5 INTRODUCTION. C4

On a observé, d'après Galien, qu'il y a dans chaque muscle dii circonstances distinctes à «onsidérer, qui toutes sont nécessaires à l'usage complet de chacun d'eux : 1* la forme du muscle, laquelle est en raison de sa destination ; 2'' sa grosseur, qui est également pro- portionnée ; 3* son point d*appui ; k'^ son point d^action ; 5* le rapport des positions de ses deux extrémités ; 6** la position du muscle considéré dans son ensemble ; T sa direction ; 8* l'insertion des nerfs dans ce muscle ; 9* l'introduction et la sortie des artères ; 10* Tintro- duction et la sortie des veines. Gomment des choses dont l'arrangement est si compliqué peuvent-elles être faites et disposées sans admettre de l'intelligence dans l'ouvrier ?

Je me suis étonné quelquefois de ce que le mécanisme des corps des animaux ne nous frappait pas, tandis que nous admirons beaucoup les machines des artistes humains. Une des raisons de cette différence est probablement que les corps des animaux sont formés de substances dans lesquelles nous ne sommes point accoutumés à chercher et à suivre un mécanisme quelconque, au lieu que les machines faites de main d'homme sont composées de bois, de métaux et d'autres substances dans lesquelles nous sommes accoutumés à suivre l'intention de l'ouvrier qui a modifié leurs formes pour obtenir un certain résultat. Mais enfin, il est bien évident pour celui qui veut y appliquer son attention, que les mê- mes lois de mécanique, les mêmes genres d'inventions et de moyens, se retrouvent dans les corps des animaux et dans les machines que les hommes exécutent.

J VI.

La circulation du sang, et tous les vaisseaux qui y ont rapport, dépendent d'un système et montrent une invention qui, l'un et l'autre, sont peut-être plus évidents pour nous qu'aucune autre partie de la constitution des corps. Le système lymphatique et le système nerveux peuvent être plus compliqués : il y a peut-être plus d'art encore dans leurs détails et leur ensemble ; mais nous ne les comprenons pas aussi bien.

Je suppose que l'on convient que la circulation du sang est une chose utile. Il résulte évidemment de cette circulation que la nourriture qui est entrée dans l'estomac, une fois élaborée et changée en san;;, se distribue avec une parfaite égalité dans toutes les parties du corps. Le problème mécanique à résoudre était celui-ci : faire en sorte de réparer con- tinuellement les pertes que le corps éprouve, et faire arriver sans cesse de la substance nouvelle dans toutes les parties d'une machine aussi compliquée. Le système qui y pour- voit offre deux genres d'objets à considérer : 1* les vaisseaux qui servent de conduits au sang ; 2** la construction de la machine qui chasse le sang dans ces conduits, depuis le centre jusqu'aux extrémités.

La disposition des vaisseaux sanguins relativement aux besoins du corps peut être con- sidérée comme la disposition des canaux de conduite qui distribuent l'eau dans une ville. Ce sont des canaux considérables, qui communiquent le fluide à des conduits d'un moindre diamètre, et ceux-ci à des tubes plus petits encore, lesquels se dirigent dans tous les endroits où il est nécessaire de faire parvenir l'eau. Mais il fallait ' pourvoir au retour du sang vers le réservoir, chose qui n'est point nécessaire pour l'eau qui fournit aux be- soins d'une ville. Il y a été pourvu par une disposition dans l'assortiment des vaisseaux tout opposée à celle dont je viens de parier ; c'est-à-dire que des ramifications très-déliées, qu'on appelle des veines, se réunissent dans les extrémités du corps aux ramifications des vaisseaux qui ont apporté le sang, et qu'on appelle les artères. Ces veines déliées se réunissent entre elles pour former des tubes de plus en plus considérables, et enfin ae gros vaisseaux par lesquels le sang revient au cœur, d'où il est parti. Tout cela est , je pense, bien évidemment du mécanisme.

Nos corps contiennent donc deux systèmes de vaisseaux sanguins, celui des artères et celui des veines. H y a des différences caractéristiques dans la constitution de ces vais- seaux, et ces différences répondent aux fonctions que ces vaisseaux ont à remplir. Le san j, partant du cœur et cheminant toujours d'un tube plus large dans des tubes plus étroits.

es INTRODUCTION. «G

puis rerenant des extrémités en passant de tnyaux étroits en tujranx de pius en phis l«tr- gest doit exercer nne pression bien plus forte sur les parois des artères que sur les parois des Teine^ : aussi Yoyons-nous que ces parois sont plus épaisses, plus résistantes, plus élasti- ques que celles des reines : Yoilà la première différence. L'autre annonce mieux encore, s*il est possible* la sollicitude et les soins de Touvrier qui a inrenté et exécuté tout cela. Comme les artères portent le sang arec une grande force, une piqûre ou un déchirement y est beaucoup plus dangereux qu'aux reines, dans lesquelles le sang coule d'une manière uniforme et douce. En conséquence, non-seulement Tenreloppe de Tartère est pi 113 épaisse, mais ces vaisseaux sont situés et disposés avec un soin tout particulier pour les préserver des accidents. Us rampent au-dessous des veines, dans des sinus profonds dé- coupés pour eux dans la substance des os. Ainsi nous voyons que les côtes ont été sillon- nées uniquement pour le passage des artères. Quelquefois elles sont garanties de part et d autre par des parapets élevés, comme on le voit dans les doigts de la main, où les artères sont nicbées dans des rainures si profondes qu'où peut se couper jusqu'à Tos sans les atteindre. Dans d'autres endroits, les artères passent dans des trous faits exprès au travers de l'os, pour éviter le danger de la compression par une courbure très-brûsque : nous en avons un exemple dans la mAchoire inférieure.

On a dit que le système entier des artères pouvait procéder du cœur comme la tige et les ramifications d'une plante procèdent de sa racine, et que c'était une manière d'ex- pliquer la formation du système artériel. Si ce raisonnement pouvait résoudre le prohleuic de l'existence des artères, je demande comment il résoudrait le problème de la formation du système veineux. SMl y avait quelque fondement dans la supposition, les artères s'allon- geraient ou croîtraient indéfiniment, en se subdivisant toujours; mais les veines, par quelle énergie du même genre out-«lles pu se former?

Nous avons maintenant à examiner le mécanisme du cœur, c'est-à-dire du grand réser- voir d'où part le sang, et où il revient. Quel que soit le principe d'action du cœur, il est . certain que les fibres musculaires qui le composent ont la faculté de se contracter et de se reUcber tour à tour, et de produire ainsi une suite de mouvements non interrompus. Voilà la force dont l'ouvrier avait à disposer; voyons l'usage qu'il en a fait.

Cn gros muscle creux, formé de fibres disposées en spirale, et qui se croisent entre elles, . contient des cavités dont les parois se resserrent et s'écartent alternativement. Dans la con- traction, le sang est chassé dans les artères comme il le serait par l'action d'une seringue : dans la relaxation, le sang rapporté par les veines remplit] les cavités qui se rouvrent. Voilà» en gros, de quelle manière le cœur agit.

A chaque contraction il se fait un mouvement progessif de la masse du sang dans les artères, qui équivaut à ce que contenait la cavité au moment de la contraction. Dans l'honim» lait, cette quantité est d'environ une once, soit deux cuillerées ordinaires. .Voyons à com- bien cela revient par heure.

Qiaque ventricule contient an moins une once de sang. Le cœu.r se contracte quatre mille fois par heure. 11 en résulte que quatre mille onces, c'est-à-dire trois cent cinquante livres de sang, passent au travers du cceur dans le cours d'une heure. La masse totale ou sang d'un homme adulte est d'environ vingt-cinq livres, en sorte qu'une quantité égale à la masse totale passe quatorze fois par heure au travers du cœur, c'est-à-dire de quatre mi- nutes en quatre minutes.

Qu'on se représente ce que c'est que ce mouvement chez les très-granas animaux. L'aorte, ou le tronc principal des artères d'une baleine, a un pied de diamètre; et à chaque contraction du cœur, ce canal reçoit tout à la fois une masse de cinquante à soixante pintes ée sang, qui coule avec une vélocité incalculable. Il y a assurément quelque chose d*in^ posant dans un semblable appareil.

Le cœur est le principfil agent de la circulation; mais un autre organe était également nécessaire pour mettre le sang, sinon cn contact, du moins cn proximité presque immé- diate avec l'air atmospliéric|ue, circonstance indi$pen<>able au maintien de !a vie, et dont

67 INTRODUCTION. 88

la raison chimique n*a pas encore été donnée d'une manière pleinement satisfaisante. Ce que Ton peut présumer d'après les pliénomènes , c'est que l'air atmosphérique est com- posé d'air pur et vital ( oxygène ) , et de gaz nuisibles à la respiration (acide carbonique, etc.). Lorsque nous inspirons l'air atmosphérique dans le poumon, et que nous le mettons ainsi en une espèce de contact avec le sang, celui-ci prend à l'air quelque chose qui lui est nécessaire (oxygène), et lui rend quelque chose qui lui est superflu ou nuisible (acide carbonique } : du moins , si nous comparons l'air qui a été respiré avec celui qui ne l'a pas été, nous voyons que la partie impure, ou non respirable, est augmentée dans l'air qui a passé par le poumon.

Il n'est d'aucune importance p<5ur l'objet qui nous occupe, de décider si l'explication chi- mique qu'on a donnée des effets de la respiration est satisfaisante, ou si elle ne l'est pas • il nous suffit de savoir que la plupart des animaux ne peuvent pas vivre sans que leur sang soit mis en proximité presque immédiate de l'air. Cette nécessité étant admise, voici la disposition que l'ouvrier a faite pour y pourvoir. Un organe qu'on nomme le jioumon contient des vaisseaux ou conduits destinés à l'air, et d'autres destinés au sang. Ces conduits sont appliqués les uns contre les autres : partout où il y a un conduit d air, il se trouve entre une veine et une artère, et tous trois suivent la même direction. Ces vaisseaux sont si multipliés, que toutes leurs surfaces internes, prises ensemble dans le poumon d'un homme fait, couvriraient un espace de quinze pieds carrés. II. s'agit main- tenant de faire passer et repasser le sang dans ces conduits nombreux et déliés : voici comment cela s'opère. Aussitôt que le sang a été au cœur par les veines, et avant que d'être chassé de nouveau par tout le corps, il est poussé par la contraction d'une des ca- vités, et par une artère spécialement destinée à cet office, jusque dans le poumon, oii il subit l'opération mystérieuse dont j'ai parlé. Il revient de là au cœur par une veine desti- née à ce retour, il est alors chassé de nouveau par tout le corps, jusqu'aux extrémités. Le cœur a donc deux offices distincts : l'un de la circulation pulmonaire, et l'autre de la circulation générale.

Pour que les deux systèmes de circulation pussent cheminer sans se nuire, il fallait quatre cavités dans le cœur; l'ouvrier les y a placées. Deux de ces cavités se nomment les ventricules : ce sont ceux-ci qui chassent le sang, savoir, J'un dans le poumon, et l'autre partout le corps ; les deux autres cavités se nomment les oreillettes : ce sont celles-ci qui reçoivent le sang, savoir : Tune, après que ce fluide a parcouru tout le corps; et l'autre, après qu'il a passé dans le poumon. Les oreillettes communiquent avec les ventricules; elles se contractent pour y faire passer le sang qu'elles ont reçu. Les ventricules se con- tractent, à leur tour, pour faire |iasscr le sang dans les artères.

Je sens bien que ceux de mes lecteurs qui n'ont point de notions d'anatomie ne peuvent recevoir de la description que je viens de faire quune idée très-imparfaite, mais cette idée suffit pour prouver l'invention qu'il y a dans la chose.

Un anatomiste a dit, avec beaucoup de raison, que la sagesse du Créateur ne se voit nulle part avec plus d'évidence que dans le cœur. En effet, ce viscère exécute ses fonc- tions avec une précision et une sûreté qu'on ne peut trop admirer. Un observateur, après avoir bien saisi le mécanisme du cœur, déciderait assurément qu'il doit cheminer, mais il craindrait que la complication de l'organe et la délicatesse de certaines parties n'amenas- sent bientôt son dérangement ou sa destruction. Et cependant cette étonnante machine peut conserver son mouvement pendant un siècle entier, à raison de cent mille bnttcmcuts par Vingt-quatre heures, ayant à chaque contraction une grande résistance h vaincre» et sans se déranger ni se lasser jamais.

Comment se fait-il, dit le lecteur qui ne connaît de l'organisation du cœur que ce que |e viens de lui xlécrîre, que, lorsque la contraction du ventricule a Hou, le sang ne rétro- grade pas dans l'oreillette, au lieu de cheminer dans l'artère? il y a donc des soupapes qui s'opposent h ce retour? — Précisément. L'on vrier.a placé, partout où cela a été nécessaire» «les soupapes qu'on nomme valvules^ lesquelles s'abaissent pour laisser passer le sang, puis

$9 INTRODUCTION. 70

se rdèTent pour empêcher son retour. Les yentricales et les oreillettes sont séparés par des soupapes semblables, n y en a également à la sortie des Yentricules, ou à rentrée de Tar- tère pulmonaire et de l'aorte. Ces Talrules sont d'une construction admirable. Qu'on se représente des cornets formés d'une membrane déliée, fixée d*un cAté et libre de Tautrc : quand le sang passe dans un sens, ces cornets s'appliquent exactement contre les parois du Taisseau, sans en diminuer le calibre d'une manière appréciable. Lorsque le sang tend à revenir dans l'autre sens, la partie libre de la yalTule se rclëTe, d'autres tsItuIcs placées sur les parois opposées du yaisseau se rdèTent en même temps : toutes sont bridées p^ir des fils d'une longueur déterminée, lesquels permettent à la Talvule de s ouTrir au juste point oà il le faut pour que toutes ensemble ferment complètement Je passage. Niera-t-on l'inTention ik-dedans? Il faudrait fermer les yeux à l'évidence même.

Le jeu de ces valTules n'est pas moins curieux que leur office n'est important : la vie même de l'animal dépend de la îuste longueur des fibres qui règlent l'ouTerture de ces soupapes. Ici nous pouvons répéter l'observation que nous avons faite, concernant de cer- tains ligaments ; c'est-à-dire que les valvules n'ont pas pu se former par l'influence pro- gressive du jeu des parties voisines. L'action continuelle que le sang exerce pour les sou- lever tend à les détruire plutôt qu'à les former. Or, comme ces soupapes sont évidemment utiles et même indispensables pour le mouvement de la circulation, elles ne peuvent qu'ê- tre l'ouvrage d'un Créateur intelligent.

11 se présente naturellement une réflexion relative aux importantes fonctions desquelles dépend la conservation de la vie, c'est que, grâce à la sagesse du Créateur, ces fonctions sont involontaires. S'il eût fallu l'intervention de la volonté, ou quelque attention , quelque soin de notre part pour en soutenir l'exercice, nous aurions à peine sufli à maintenir le eœnr en mouvement et l'estomac dans ses fonctions. Nous eussions été continuellement en souci et en alarmes ; et cette constitution eût nécessairement exclu le sommeil.

Cn organe d'une importance aussi sérieuse pour les fonctions vitales que l'est le coeur demandait d*être préservé des accidents extérieurs avec un soin tout particulier. En con- séquence le cœur a été placé dans un étui ou cavité membraneuse qui le protège, sans gènei ses mouvements, et qui entretient autour de lui une certaine quantité d'un liquide destiné à lubréfier la paroi externe du coeur. Je demande comment la formation de cette envekqype protectrice pourrait dépendre de l'action mécanique et prolongée du coecr lui- même.

Un des principaux objets d'utilité de la circulation du sang est la nutrition, c'est-à-dire l'entretien et le renouvellement de toutes les parties du corps. Nous ne pouvons pas percer notre peau avec une pointe d'aiguille, dans quelque endroit du corps que ce soit, sans faire couler du sang. Ce fût seul peut nous donner l'idée de la multitude de vaisseaux ou ramifications déliées dont notre peau est garnie. Bans l'intérieur du corps, la diffusion des vaisseaux sanguins n'est pas moins grande. Ils tapissent les membranes comme un réseau; ils pénètrent dans la substance des muscles et dans les os eux-mêmes. Chaque dent d'un animal reçoit par une artère le sang dont elle a besoin pour se nourrir, et rejette par ina veine la partie de ce sang qui ne lui est pas nécessaire.

Mais avant d'être convertis en sang, les aliments doivent subir certaines préparatic m auxquelles un autre appareil de vaisseaux est exclusivement destiné. Cet appareU est eus- eeptible d'être démontré dans la dissection du cadavre, et nous pouvons y suivre sa marche.

Les aliments descendent dans les intestins, en subissant deux préparations importantes : la première , la mastication , pendant laquelle ils se pénètrent de salive ; la seconde, la digestion dans l'estomac. Je ne dis rien encore de cette dernière opération qui fait une métamorphose, parce qu'elle tient à la chimie, et que je ne considère ici que la partie mé* canique des fonctions vitales.

La figure et la position de notre estomac sont calculées de manière à retenir les aliments assez longtemps pour que l'action des sucs digestifs soit suflisante. Il a la fi^re du sao d'uue cornemuse, et est placéde manière que le pylore» ou la sortie du sac>est un peu plut

71 INTRODUCTIO. 7S

élevé que Tcesophage, ou rentrée de l'estomac. En sorte que ce n est que par la contrac- tion de Tenyeloppe musculaire de ce sac, que les aliments en ressortent, après avoir subi

l'action du suc gastrique.

Par la mème»raison que je ne m'arrête point à examiner quelle est cette action du suc gastrique, je passe sous silence les effets opérés par la bile sur les aliments. J'observerai seulement qu'uu conduit a été placé pour transporter la bile, depuis les organes qui la ré- parent du sang jusqu'en dedans de l'intestin, qui est le prolongement de l'estomac; que dans cet endroit-là la bile se mêle peu à peu aux aliments à mesure qu'ils passent ; et je ferai remarquer que ce fluide, si nécessaire à la digestion complète, tant qu'il reste dans rintestin, occasionne des dérangements graves lorsqu'il reflue dans l'estomac.

Les aliments, parvenus dans le premier intestin, se trouvent convertis en une pulpe blanchâtre et homogène, suffisamment liquide pour que sa partie essentielle puisse être soutirée par d'autres vaisseaux, qu'on nomme lactés ou chylifères, parce qu'ils sont des- tinés à transporter le chyle, qui est une espèce de lait. Ces vaisseaux aboutissent par milliers aux parois du odual des intestins. Ils sont si déliés qu'on les nomme aussi tuyaux capil- laires, c'est-à-dire du diamètre d'un cheveu, et que la vue ne peut les distinguer que lors- qu'ils sont pleins de chyle. Toutes les petites branches de ces conduits se réunissent successivement pour en former de plus grosses, lesquelles se terminent par des glan- des. Le chyle, après avoir subi dans ces glandes un travail mystérieux, en ressort par d'autres vaisseaux d'un diamètre plus grand, lesquels se réunissent tous dans un réservoir, qui peut contenir à peu près deux cuillerées de ce liquide élaboré. De ce réservoir, le chyle remonte le long de la colonne dorsale, par un canal qu'on nomme thoracique, jusqu'à ce qu'il arrive à la veine sous-clavière gauche, dans laquelle il se verse peu à peu. Il se trouve alors mêlé au sang veineux, et chemine avec lui vers le cœur. Toute cette route peut être suivie à l'œil. La marche du chyle n'a rien de caché pour l'ob- servateur attentif.

L'ensemble de cet appareil a évidemment un but utile et très-bien rempli ; mais cer- taines circontances en sont remarquables, et font admirer de plus en plus la sagesse de l'inventeur. Ainsi, par exemple, il fallait donner du temps et de l'espace, multiplier les sur* faces pour que le chyle, qui n*aurait pas pu être absorbé par les premiers vaisseaux, pût l'être par les vaisseaux suivants : en conséquence, le canal intestinal a, chez l'homme, en« viron six fois la longueur de Tindividu. Une autre circonstance remarquable, c'est que les intestins ont un mouvement continuel, qu'on a nommé péristaltique, ou vermiculaire, parce qu*il ressemble aux contractions successives qui parcourent la surface d'un ver de terre lorsqu'il chemine. Ces contractions ou ondulations, qui dépendent de l'action d'un grand nombre de fibres demi-circulaires, ont pour objet de forcer les aliments en avant» afin que toutes leurs parties nutritives arrivent successivement en contact avec les bouches des vaisseaux lactés.

Observons encore qu'il importait que les orifices de ces vaisseaux lactés fussent d'un très-petit diamètre, afin qu'aucune partie grossière des aliments ne pût y pénétrer, parce quedans cette supposition, il aurait pu en résulter des obstructions dans ces conduits déliés. Mais, puisque ces vaisseaux devaient être si resserrés, il fallait qu'ils fussent prodigieuse- ment nombreux pour suffire au passage de la totalité du chyle nécessaire à la réparation du sang, c'est-à-dire, à une quantité qui va jusqu'à trois pintes par jour, dans un sujet bien portant et bien nourri. Le nombre de ces vaisseaux excède tout calcul, et leurs ori- fices sont si petits, qu'ils échappent à l'œil armé du microscope.

Le canal thoracique, ou conduit du chyle depuis le réservoir jusqu'au sang, est dans une position verticale. Le chyle ayant donc à vaincre U gravitation, ce canal a été garni de valvules dont l'ouverture est en haut et qui empêcheqt le retour du chyle à mesure qu'il a passé (7).

L'endroit où le chyle entre dans le sang, c'est-à-dire vers le cou, semble singulièrement

(7) L*ouvricr inteUigent et sage a placé le canal thoracique à cété d^une des principales artères du corps humain, alh) que le battement energ que de cette artère servit à faire monter le chyle dans ce canal, qui est étroiteiueiii emprisonné, et n'a pas de mouvement propre qui lui soit sensible.

1

^ rnnoMJcno!!. 74

rhuisi; mais c'était Tendroit le plos faTorable pour que ce fluide arrivât promptement au cœar. La reine sous-clayière est considérable, et par conséquent le mélange du chyle au sang 7 lait moins de sensation : mais surtout le chemin que cette liqueur nouTeUe a à parooQiir, ayant de reccToir dans le poumon la préparation qui en fait un Téritabie sang, est un chemin très-court. Sans doute il j aurait eu de rincouTénient à ce que cette li- queur, encore crue et imparfaite, circulât dans un grand espace avec la masse du sang. Qui est-ce qui aurait imaginé qu'il existât ainsi une communication directe entre les intestins et une yeine du col , pour le transport du fluide qui nourrit toutes les parties du corps ?

le n ai rien dit de la digestion, parce que je craignais que le détail de ce procédé ne nous fit perdre de Tue la marche des aliments, depuis la bouche jusqu'à leur entrée dans le sang. J'en riens à cette opération importante.

Le suc gastrique est ici l'agent immédiat et princii^al. Cest un dissolvant très-actif, et distinct, par sà nature, de la salive et de la bile. La digestion qu'il opère n'est point une pntrétaction : au contraire, le suc gastrique résiste puissamment à la tendance putride, et restaure même les substances déjà en putréfaction.

La digestion n'est point un prof*édé de fermentation : elle commence à la surbce des substances, et se propage vers le centre : au Heu que la fermentation commence vers lu centre et s*étend vers les surfaces. Le secours de la chaleur n'est point indispensable à Faction du suc gastrique, comme il l'est dans les digestions artificielles, car le suc gastri- que tiré d'un esturgeon ou d'un cabillaud, et parfaitement froid* dissout les écailles des crabes et des écrevisses de mer. En un mot, la digestion animale est un procédé êui geHeriêj et en dehors de toutes les opérations chimiques que nous connaissons. Le suc gastrique d*on oiseau de proie n'a aucune action quelconque sur le grain, pas même pour achever de dissoudre le grain déjà macéré dans le gésier d'un moineau qu'il mange. Chez les oi- seaux granivores, le suc gastrique n*attaque point le grain tant qu'il est entier, et que sa pellicule snlisiste ; mais du moment où le grain est entamé, l'action de ce suc est très-ra- pide. Le broiement du gésier est donc une préparation indispensable à l'eiTet du suc gas- trique : il faut la réunion des moyens mécaniques et des moyens chimiques.

Pour opérer ce broiement, ou cette trituration pré|)aratoire sur le grain, le gésier a été armé des muscles les plus forts, et doublé de cartilages solides. Le suc gastrique se forme daos cette poche, et suinte de là dans l'estomac pour y achever la digestion.

Chez les moutons, le fluide gastrique n'a aucune action digestive sur les plantes, à moins qu^elles n'aient été préalablement mâchées. Mais lorsque les plantes ont subi la mastica- tion, le suc gastrique de ces animaux les attaque avec tant de force qu'il en décompose très-promptemeat les nervures, et même les plus dures.

Le suc gastrique du mouton et du bœuf ne fait aucune impression quelconque sur les viandes. Hnnter a découvert une singulière propriété du suc gastrique des animaux carni- vores, c'est de demeurer sans action sur les substances animales vivantes, tandis qa'ii dé- compose promptement la chair des animaux morts. La fibre vivante n'a point à en souf- frir. Des vers y subsistent pendant des années, et les parois internes de l'estomac n'en sont point attaquées tant que l'animal vit; dans le cas de mort soudaine', pendant que l'estomac était vide, le suc gastrique a quelquefois corrodé les parois de l'estomac jusqu'à les percer d'outre en outre.

La vésicule du fiel est une invention très-remarquable. Ce n'est point un canal, mais un réservoir placé à portée du canal qui porte la bile depuis le foie jusqu'à l'intestin, lequel canal se nomme le canal hépatique. La vésicule du fiel communique avec ce canal, par un antre , nommé le conduit cystique ; au moyen de quoi le réservoir peut fournir au besoin ane augmentation de bile dans le duodénum. La positicm de la vésicule du fiel parait cal- culée avec soin et prévoyance pour cet office. EUe touche à la paroi externe de l'estomac. Lorsque ce viscère est distendu par une surchai^e d'aliments , la vésicule se trouve com- prianée. H en sort alors une plus grande quantité de bile, pour répondre à la quantité ex- traordinaire d'4diments sur laquelle la bile a à travailler. n est bien probable que la vésicule dn fiel a d'antres avantages, et une autre destination

I>ICT10!V5. D'A?(TBa0P0L06IC. 3

7Î5 INTRODUCTION. 7€

(i;jo celle que je viens de reinanjiier. 11 esl vraisemblable que le séjour que fait la bile tinns ce réservoir modifie la nature et les qualités de ce fluide.

L'insertion du conduit de la bile dans l'intestin offre à l'observateur une invention des- tinée à empêcher le retour du fluide. Ce n'est pas une valvule ou soupape qui s'oppose au •reflux; mais le conduit, après avoir percé obliquement la paroi externe du duodénum, che- mine l'espace d'un pouce entre les deux tuniques de l'intestin, avant de percer la seconde. Nous retrouvons la môme invention dans l'insertion des uretères près du col de la vessie. Ils clieminent également l'espace d'un pouce entre les tuniques de cette cavité, avant de .percer la paroi intérieure. Le but de cette invention est évidemment , dans les deux cas, dV.mpôchor le retour du fluide : la même force qui tendrait à faire refluer celui-ci tend également h appliquer la tunique interne sur la tunique externe, et à fermer par consé- quent le passage en comprimant le tube.

Parmi les vaisseaux du corps humain, il en est un très-remarquable par sa disposition, c'est celui qui conduit la salive depuis l'endroit où elle est principalement fabriquée jus- qu'à l'endroit où sa présence est nécessaire. Les glandes parotides, situées entre l'oreille et l'angle de la mâchoire inférieure, filtrent la salive, ou la séparent du sang. Un canal, de trois travers de doigt de long, et de la grosseur d une paille , est situé en dehors de la joue, puis traverse dans toute son épaisseur un gros muscle, pour pénétrer dans la bouche, et y lancer la salive, dont la sécrétion, le cours et le jet sont provoqués par la mastica-

«

tion.

Il y a, dans notre structure, un autre conduit extrêmement curieux, mais dont le méca- nisme est différent de ceux dont j'ai parlé, parce qu'il n'est pas destiné à contenir un li- quide», je veux parler du larynx et ae a trachée-artère.

Nous savons tous que nous avons dans le cou deux conduits différents : l'un qui mène h l'cslornac, et l'autre aux poumons : le premier est le canal des aliments; le second sert au passage de l'air, pour la respiration et la voix.

Nous savons tous aussi que ces deux conduits viennent aboutir dans l'arrière-bouche. Il s'agissait d'empêcher, que les aliments, surtout les liquides, n'entrassent dans le conduit qui mène à la poitrine : voici comment l'ouvrier y. a pourvu. Le passage des aliments s'ou- vre dans l'arrière-bouche sous la forme d'un entonnoir ; à l'entrée même du canal, est une fente qui communique au larynx. Cette fissure esl recouverte d'un cartilage mobile, ou d'une petitfc langue, qu'on nomme l'épiglolte, et qui ferme exactement l'ouverture, lorsque les aliments solides ou liquides passent par-dessus pour descendre dans l'œsophage. Le poids des aliments et l'action des muscles qui opèrent la déglutition concourent à mainte- nir cette langue appliquée sur l'orifice, tant que les aliments passent. A l'instant oii ils cessent de passer, le ressort de ce petit cartilage le fait relever un peu, afin que l'air ait un libre accès dans le poumon. Lorsqu'on réfléchit à la fréquence de la déglutition et h la continuité de la respiration, l'on s'étonne que ces deux fonctions se nuisent si rarement. Il semble que l'accident d'avaler de travers devrait être beaucoup plus fréquent qu'il ne l'est, puisque la moindre particule de matière solide ou liquide qui pénètre dans le larynx occa- sionne une toux incommode, et que cependant l'ouverture du larynx s'ouvre nécessaire- ment pour respirer, entre chaque eflbrt que nous faisons pour -avaler.

•On -ne prétendra pas que l'action des parties voisines ait pu former graduellement Tépî- f^lotle dans une suite de générations ; car l'espèce ne pouvait pas attendre la formation d'un organe dont la perfection est indispensable h la vie du premier individu.

Le conduit do l'air jusque dans le poumon a une structure très-particulière : il est com- posé d'une suite d'anneaux cartilagineux qui, par leur nature , maintiennent le passage constamment ouvert. La construction des autres vaisseaux du corps humain ne pouvait pas être appliiiible ici : des parois moites et flasques auraient mis le conduit en danger do se former par la compression des corps extérieurs, ou par celle des aliments descendant jmr l'œsophage ; cependant, comme ces aliments, pour descendre le long du gosier, ne de- vaient pas ôtr»^ gênis par le voisinage d'un conduit cartilagineux inflexible, le sage inven- teur de cet appareil a fait en sorte que le c6lé de la trachée-artère qui touche au gosier oùt céder, au besoin, à la pression des aliments : les cartilages ne font pas le cercle

n iimiODucTio^. t$

enlier; ils sont réunis par une membrane flexible, dans toute la longueur du cuuJuit.

La tracbée-artère, réunie au larjnr, forme un instrument de musique, c^es^à-dire une pièce de mécanique appropriée à la modulation des sons. On réussit à imiter le cri des ani- maux en soufflant dans la tracbée-artère enlevée è l'animal mort« et en resserrant ou re-^ lâchant le larynx. Les oiseaux, dit Bonnet, ont une anche semblable à celle d*un hautbois, et qui se trouve placée à l'extrémité inférieure de la trachée -artère, pour la génération du son que la trachée-artère et le larjnx doivent modifier.

I ai dit que l'action des poumons sur le sang était d'une nature mystérieuse, mais leur action, relativement à la formation des sons, est précisément celle* du soufilet dans la forma» tion des sons d'un oi^e.

Si j'ai considéré séparément la charpente, les muscles et le système vasculaire des corps vivants, c'est pour traiter la matière avec plus de méthode ; mais le lecteur doit sentir que c'est aflaiblir rarement de l'intention et de la sagesse du Créateur, que de séparer ainsi les objets. L'intelligence et le dessein brillent surtout dans le concours de tous les moyens vers un certain but d'utilité : c'est l'action collective, c'est la mutuelle dépendance de tou* les les parties de l'ensemble, que l'on doit surtout admirer.

Quelqu'un a dit, avec raison, que la seule action de porter la main au visage sufiit à un homme pour lui démontrer l'existence de Dieu. Réfléchissons en eflet aux principales con- ditions nécessaires pour ce simple mouvement. Il a fallu pourvoir à des cylindres inflexi-> blés qui pussent s'articuler ensemble, et qui donnassent au bras sa solidité. Il a fallu pla- cer une articulation à l'épaule pour soulever le bras, et une autre au coude pour le olier. il a fallu nourrir le liant de ces articulations par un mucilage qui les abreuve, et en assu- rer la solidité par des ligaments sufBsamment forts. Il a fallu implanter des tendons dans les os, aux endroits convenables pour produire les mouvements que permettent les arti- culations, et faire de ces tendons le prolongement de certains corps que l'on nomme muscles, et qui ont la propriété de se raccourcir en se contractant. Voilà en gros le méca^ nisme du bras; et il y en a assez de cette connaissance jiour conclure à l'existence d'un Créateur : mais ce n'est pourtant encore là qu'une pièce de mécanique dépourvue de vie et d'action. Il a fallu mettre cette pièce de mécanique en correspondance avec le cerveau, pour que la volonté de l'individu pût agir sur elle. Cette correspondance existe par les nerfs : nous en avons la certitude, [larce que nous voyods ces fils de çomiz^iinication, et que nous savons que la section de ces fils paralyse les membres où ils aboutissent; mais par delà ce fait, nous savons bien peu de choses sur l'oi^anisation des nerfs : elle est trop sub- tile pour nos moyens d'observation.

A tout ce que je viens d'indiquer comme indispensable pour qu'un homme puisse por- ter 3» main à son visage, il faut ajouter tout ce qui est nécessaire à l'entretien et à la répa- ration des forces du bras, et par conséquent du corps entier : il faut que le sang circule ; eue les sécrétions et les excrétions se fassent ; que l'équilibre soit maintenu dans le système des diverses humeurs du corps comme dans le système nerveux ; en un mot, ilfhut que le miracle de la vie se soutienne, pendant que le mouvement dépendant deJa volonté s'exécute.

i VU.

On est frappé d'admiration lorsqu'on réfléchit quelques instants au nombre et à la variété des instruments mis en ceuvre vers un certain but , dans le corps de l'animal vivant. Un petit oiseau qui pèse une onc« est pourvu d'instruments pour manger, pour digérer, pour assimiler la nourriture en sa propre substance, pour respirer, pour chanter, pour se repro- duire, pour marcher, pour voler, pourvoir, pour entendre et pour sentir. Chacun de ces instruments est distinct de tout le reste, et merveilleusement approprié à son objet.

Le corps d'un animal vivant, considéré dans son ensemble , donne lieu à trois observa- tions principales qui m'ont toujours paru des preuves éridentes de l'attention et de l'exacti- tude de l'ouvrier 'dans l'accomplissement du dessein qu'il avait en formant l'animal.

La première observation à foire, c'est la correspondance exacte des deux côtés de l'ani- mal. Chaque partie répond à l'autre avec une précision qui fait une des grandes difficultés du statuaire et du peintre.

L'ostéologie démontre le soin qni a été pris pour que les treize os de la foce humaina

79 INTRODUCTION. 80

fussent placés dans une parfaite symétrie, savoir : sii d'un côté , sii de l'autre , et le trei- zième au milieu.

Quand on compare rœil d'un individu avec Tœil de divers individus successivement, on admire la prodigieuse variété de formes et de teintes qu'admet cet organe. Sur dix mille yeux^ il serait impossible peut-être d'en assortir deux qui n'appartinssent pas au même indi- vidu , et cependant l'assortiment de cet organe compliqué est rigoureusement exact chez chacun de nous.

La symétrie existe partout où elle sert à l'utilité ou à la beauté : partout ailleurs , elle n'existe pas. Elle n'est point nécessairement dans la nature du sujet ; sans cela , elle serait universelle. Les deux ailes d'un oiseau sont semblables ; mais les deux côtés d'une plume ne le sont pas. Dans les insectes qui ont un grand nombre de jambes , il n'y a pas deux jambes du même côté qui soient exactement semblables , et les jambes qui se correspon- dent le sont rigoureusement.

La seconde observation que je fais, c'est que, tandis que les cavités du corps sont confor- mées extérieurement de manière à produire la symétrie la plus exacte , les parties conte- nues dans ces cavités ne sont point entre elles dans les mômes rapports. La section verticale du thorax, par le centre du sternum, divise la poitrine en deux parties, dont les formes extérieures sont exactement semblables ; et cependant les parties intérieures ne le sont point. Le poumon est à droite, et le cœur à gauche ; mais les formes et la masse de ces organes sont tout à fait différentes. La même chose se remarque dans la cavité de l'abdo- men. Le foie est à droite, mais il n'y a point , h gauche , de viscère correspondant : la rate n'a aucun rapport au foie, pour la forme et le volume. L'estomac a une construction régu- lière, une position oblique. Les intestins sont repliés et redoublés sans aucune symétrie entre la droite et la gauche ; cependant cette correspondance de forme est conservée sur toute la surface du tronc , avec un soin d'autant plus remarquable que les muscles ont une souplesse et une variabilité de proportions qui rendaient la chose beaucoup plus difficile. La forme extérieure ne résulte point ici de la pression mécanique des parties contenues ; cette forme symétrique résultf de la correction des inégalités, des compensations étudiées et minutieusement exactes, entre diverses formes irréguiières pour obtenir des formes qui soient symétriques dans leurs moindres ondulations.

La troisième observation importante, c'est que les vaisseaux par lesquels se fait la nutri- tion sont disposés et distribués de manière à ne point produire d'inégalité entre les parties qui doivent se répondre. Les deux bras sont symétriques ; et, cependant, il n'existe aucune symétrie entre les vaisseaux qui leur portent le sang ce ne sont pas deux artères d'égal diamètre, se bifurquant d'un tronc commun, et sous des angles égaux, qui abreuvent nos deux bras de leur fluide nourricier ; cependant , le résultat est exactement le même pour l'un et pour l'autre. On voit que la symétrie a été un des objets de la sollicitude de l'ou- vrier intelligent qui a façonné cet ouvrage.

Je ne sache pas qu'on ait jamais considéré avec une attention suffisante l'art avec lequel toutes les parties du corps humain sont placées, serrées, contenues, sous le moindre volume possible, et pourtant avec une sûreté parfaite. Voyez combien de différentes choses, toutes importantes, compliquées et délicates , se trouvent renfermées dans le tronc de l'homme. Réfléchissez au danger du moindre dérangement dans les fonctions vitales , par l'effet des compressions, des blessures, des obstructions, des viscères ou des vaisseaux ainsi serras en masse les uns contre les autre''. Considérez cette pompe placée dans la poitrine , et qu donne quatre-vingts coups de piston par minute ; ces deux appareils de vaisseaux pour por< ter et rapporter le sang dans toutes les parties du corps ; le poumon , qui distend et con tracte sans cesse des milliers de vaisseaux de deux espèces, pour agir mystérieusement sur la nature intime du sang ; le laboratoire de l'estomac dissolvant et modifiant les substan- ces ; les intestins chassant peu à peu la pulpe en digestion , et aspirant sa partie essentielle (!t nutritive pour réparer le sang. Le foie, les reins , le pancréas , et des milliers d'autres glandes, séparant du sang certains sucs nécessaires ou nuisibles. Toutes ces opérations , et un grand nombre d'autres dont les détails nous échappent par leur subtilité , cheminent ensemble. Quand on réfléchit à cette com[)]ication, et qu'on voit cependant le tronc , ou le

WTRCM)UCTION. 8Î

ballot qui contient tant d*organes délicats, heurté, froissé , plié, secoué de la manière la plus Tiolenle sans qu*il en résulte aucun dérangement, on reste confondu. Un sauteur, un danseur de corde, un faiseur de tours, au milieu des secousses les plus rudes , et des con- torsions les plus extraordinaires, n*éprouTe ni déplacement dans les yiseères, ni suspension dans TacÛTité de chaque organe de la nutrition et de la rie. ÀTec quel art tant de parties diverses ne sont-elles pas assujetties, maintenues en sûreté , et comme emballées en uu petit Tohime dans le tronc de l'homme !

Je désire m*arréter un moment à faire sentir à mes lecteurs les précautions prises poui prévenir les déplacements des viscères et des oi^anes importants à la Yîe , dans les deux carîtés du tronc de Thomme, quoique ce détail m'oblige à employer certains termes tech- niques que j aurais Youiu pouvoir éviter.

Lecœur est fixé 4lans la poitrine, entre les deux lobes du poumon. Il est attaché au médiastin et au péricarde. Celui-ci, qui est une membrane extrêmement forte, adhère à la duplicature du médiastin , et est assujetti par sa pointe à un tendon du diaphragme. Lq coeur est encore maintenu en place par les gros vaisseaux sanguins qui eu sortent.

Les poumons sont liés au sternum par le méJiastin, dans leur partie antérieure , et aux vertèbres par la plèvre, dans leur partie postérieure. Le médiastin est une cloison qui par- tage la poitrine et parait destinée à prévenir le déplacement des parties contenues dans cette cavité, comme aussi à empêcher que Tun des lobes du poumon ne presse sur l'autre, lors- que nous sommes couchés sur le cêté. Le foie est assujetti par deux ligaments ; le premier, qui est très-fort^ pénètre dans sa substance même , et tient au diaphragme ; Tautre lien est la veine ombilicale, qui, après la naissance, se convertit en un ligament. Le premier fixe le foie dans sa position quand nous nous tenons debout : le second cm{.éche que ce viscère ne presse contre le diaphragme lorsque nous sommes couchés sur le côté. Quand nous sommes étendus sur le dos, les deux ligaments concourent également à empêcher que le tne ne comprime la veine cave, à laquelle appartient la fonction importante de rapporter le sang au cceur.

La vessie est attachée à Tombilic par un ligament qui , dans le fœtus, était le conduit. Le péritoine empêche que les intestins ne pressent trop fortement la vessie , ou ne se confon* (lent avec elle ; car une duplicature du péritoine est spécialement destinée à séparer lof reinset la vessie des autres parties contenues dans l'abdomen.

Les reins sont logés dans un lit de graisse.

Le pancréas est fortement attaché au péritoine , ou membrane adipeuse qui enveloppe tous les viscères contenus dans le bas-ventre.

La rate est fixée à sa place par une adhérence au péritoine, au diaphragme et àl'épiploon. On a été embarrassé d'expliquer l'usage de la rate : il est possible que ce soit un corps de remplissage, uniquement, et sans lequel il j aurait du ballottement dans les parties voisi- nes, en cas de seeousses violentes. Lors même que la rate n'aurait pas d'autre destination , il fandrait toujours qu'elle eût une circulation et une nutrition , pour être maintenue en vie ; c'est-à-dire avec les attributs des corps vivants.

L'épiploon est un tablier redoublé ou relevé dans sa partie inférieure. Son extrémité supérieure est adhérente à l'estomac, à la rate et à une partie du duodénum. Le bord de la partie redoublée s'attache au colon et à Tintestin voisin.

Voilà quelques notions sommaires sur les précautions prises contre le déplacement des principaux viscères ; mais ceUe de toutes les précautions qui annonce, ce me semble, le plus de soin et d'art, c'est celle qui a été piise pour empêcher les accidents du canal des intestins. Cn tube flexible, qui a cinq ou six fois la longueur de l'homme, qui a été replié snr lui-même en circonvolutions nombreuses, semblait devoir être exposé à des déplace- ments, des noeuds, ou des compressions fondées dans les secousses brusques et les mouve- ments variés du corps qui le contient*, il devait au moins être exposé k se déranger de t ordre dans lequel il a été plié et disposé pour remplir les importantes fonctions qui lui Miut dévolues. Voici la précaution que l'ouvrier a prise pour prévenir les accidents. Le canal des intestins est cousu, dans toute sa longueur, à une bordure ou fraise membraneuse et grasse, nommée le mésentère. Mais couimelc canal iutestinal est quatre fois plus long que lo^

S3 INTRODUCTION. W

mésentère, Tintestin a été froncé, pour pouvoir lui être rai)porlé et faire corps avec lui. Le mésentère étant une substance grasse , souple, et ayant une forme aplatie , a pu être re- doublé plusieurs fois sur lui-raôrao sans les inconvénients qu'on aurait dû craindre si l'intestin ne lui avait pas été réuni. Cette fraise est d'ailleurs le dépôt d'un nombre infini de glandes etdc vais^aux, et surtoutde vaisseaux lactés ou chylifères, qui pompent l'essence du chyle k mesure qu'il chemine dans l'intestin. Enfin, cette substance membraneuse, qui est le dépôt de l'appareil alimentaire et le garant de la sécurité de Tintestin , est attachée so- lidement aux trois premières vertèbres lombaires^

Une autre propriété générale des corps des animaux, c'est la beauté. Je n'entends pas ici la beauté relative, c'est-à-dire l'avantage que tel individu ou telle espèce peut avoir à cet égard , je parle de la précaution prise pour adapter l'apparence extérieure des animaux aux perceptions des autres animaux avec lesquels ils sont en rapport. Dans notre espèce, par exemple, si Ion considère quels sont les matériaux et les parties intérieures du plus beau corps, on voit évidemment qu'il a été pris un soin particulier de réduire le tout ea une masse symétrique et d'un aspect agréable pour nos perceptions. Les formes sèches , anguleuses des os« ont été dissimulées ; les intestins, les viscères ont été cachés ; les mus- cles ont été arrondis, entrelacés avec art ; et le tout ensemble a été enveloppé d'une mem- brane cellulaire ou tissu graisseux, placé immédiatement sous la peau, et qui lui sert comme de doublure. Le tissu mou, glissant, compressible, remplit partout les interstices des muscles, arrondit les contours, et produit toutes ces formes ondoyantes et gracieuses qui convertissent des matériaux dégoûtants en un objet plein de charmes, et sur lequel du inoins la vue s'arrête avec satisfaction.

Tout cela montre avec une extrême clarté le dessein de l'ouvrier. La considération de la beauté une fois démontrée dans l'intention du Créateur pour un seul de ses ouvrages, il parait bien probable que cette même considération est entrée dans ses desseins pour d'au- tres ouvrages de la nature, et qu'ainsi les teintes des fleurs , le plumage des oiseaux , les fourrures de certains quadrupèdes, les écailles des poissons, les couleurs brillantes et va- riées des insectes ont été distribués avec l'intention d'embellir les espèces et les indivi- dus,^ c'est-à-dire de les rendre agréables aux perceptions des espèces et des individus avec lesquels ils sont en rapport.

Il y a dans les animaux certaines parties qui sont belles, d'une manière évidemment in- dépendante de l'utilité: pai^ çiemplc, l'iris des yeux, dans presque toutes les espèces de quadrupèdes et d'oiseaux, est d'une beauté remarquable ; il n'en résulte cependant point une perfection plus grande dans la vision; mais l'ouvrier ne pouvait pas employer son pinceau plus avantageusement par rapport à la beauté des nuances , parce que c'est la par- tie qui se préseiite la première aux re;$ai;ds de l'observateur.

Chez les plantes, et surtout dans le^ fleurs des plantes, le principe de la beauté parait avoir été pris en considération avec plus de soiix encore que dans toute autre partie de la créa- tion. Pour choisir un exemple entre mille, quelle peut être la raison pour laquelle la^co- rolle d'une tulipe change de couleur quand elle arrive à un certain point de son dévelop- pement? Le but de la nutrition et de la maturité delà graine aurait pu s'accomplir égale- ment lorsque les pétales auraient conservé la couleur verte. Si les lois de la végétation exigeaient un changement de couleur^ pourquoi cette riche variété de teinles qui charme les yeux? On a prétendu que c'était là un effet nécessaire de la décadence de la plante «. une maladie de TAge, semblable à celle qui fait jaunir les feuilles en automne; mais il n'y a aucune vraisemblance à celte explication du phénomène, car la plante est en pleine vigueur, et la sève dans toute son activité, lorsque le développement des tQintes se mani- feste. Il parait évident que ce déploiement de couleurs est indépendant des besoips de la plante, étranger au but d'utilité, et uniquement destiné à embellir la fleur

On a objecté que la beauté en elle-même était un mot vide de sens, et que ce que nous sommes accoutumés à trouver agréable , quant aux formes et aux couleurs , est beau , quèIiC3 que soient ces couleurs et ces formes. Nos idées 4e la beauté sont susceptibles do

tS INTRODUCTION. 85

tant de modificalionsy par l'habitude, par Texeinple, par la mode, ou par l*eipérieuce de 1 arantage et du plaisir, à laquelle expérience se lient certaines impressions, que Ton a pu douter, en effet, si la notion de la beauté existerait indéi.endamment de toutes ces causes influentes. Mais c*est, Cv me semble, abuser du raisonnement, que de nier l'existence du principe (c'est-à-dire d'une certaine capacité native de recevoir la perception de la beauté), de nier, dis-je, ce principe, par la raison qu'il est soumis à Tinfluence des causes accidentelles : d'autres principes, dont l'existence n'est nullement contestée , sont égale- ment soumis à cette influence, et susceptibles d'êlre modifiés par elle. Voici, je pense, ce qu indique l'analogie.

Cliacun de nos sens et des sens des animaux distingue ce qui est agréable et ce qui est désagréable. Il y a certains goûts qui répugnent au palais, et d'autres qui le flattent : cette distinction du goût des aliments est plus marquée et plus régulière chez la brute que chez l'homme. Tous les chevaux, tous les bœufs, tous l^s moutons recherchent et rejettent invariablement certaines plantes. Certains insectes ne mangent que des végétaux déter- minés et meurent plutôt que de changer de nourriture. C'est donc une préférence décidée du sens pour certaines substances, et un éloignement non moins marqué pour d'autres. Nous voyons de même que le sens de l'odorat est flatté de certaines odeurs, ou qu'il y répujine. Certains sons, ou simples, ou composés, sont délicieux à l'oreille, tandis que- d'autres en font le tourment. L'habitude peut beaucoup, sans aoute, pour modifier tout cela, et c'est fort ueureux, car nous sommes souvent appelés à nous accommoder avec la né(;essité; maL« en résulte-t-il donc que la distinction entre ce qui est agréable et ce qui est désagréable soit tout à fait illusoire. Or je dis que tout ce qui est vrai de tous les autres sens est également vrai du sens de la vue, c'est-à-dire que nous en recevons cer-. laines impressions qui sont agréables et d'autres qui sont pénibles.

Mais de quelque manière que nous arrivions à avoir la perception de la beauté, c'est un4 lail que nous l'avons. Peu importe au raisonnement que cette perception dépende de l'or-^ ganisation native ou de la réunion des causes accidentelles. Ce qu'il y a de certain, c'est- qae les formes et les couleurs des objets ne nous sont pas indifférentes ; que ceux-ci nous sont agréables ou désagréables à voir. Ce n'est pas l'effet de l'habitude que de trouver beau ce qui ne Test pas, car souvent ce que nous trouvons beau est très-rare. L^habitude nous fiait supporter ce qui est désagréable à la vue, mais c'est tout ce que l'habitude peut faire. Je dis donc que, soit que la perception de ce qui est agréable à la vue dépende de la consti- tution native du sens, ou bien que cette perception résulte d'un grand nombre de causes accidentelles, c'est un fait cpie nous en avons la capacité , et que l'aspect des animaux et des Tégétaux a été déterminé par le Créateur de manière à être dans de certains rapports avec cette capacité.

La peau oes animaux est la partie de laquelle dépend essentiellement leur aspect, et relie qui a été la plus généralement ornée par la main du Créateur. Mais en comptant la beauté pour rien, les té^juments qui enveloppent notre corps ont une utilité bien évidente : c'est de cacher le jeu de notre organisation interne. Si nous pouvions voir le mécanisme dont dépend l'entretien des fonctions vitales, noiu serions singulièrement effrayés. « Ose^ rions-nous faire un pas, un simple mouvement, dit .un auteur, si nous voyions notre sang couler dans nos veines , nos muscles • nos tendons se contracter et se relâcher tour à tour, nos poumons se remplir et se vider d'air et de sang, nos humeurs se filtrer dans les glan- des, et tout cet incompréhensible assemblage de fibres, .de canaux, de pompes, de valvules, de courants et de pivots, qui maintient l'existence d'un animal à la fois si frêle et si pré- somptueux 7

Il y a une autre faculté des animaux, considérée dans leur ensemble, et qui est particu- lièrement admirable chez les bipèdes ; c'est la faculté de se tenir debout. Celte faculté est bien plus merveilleuse qu elle ne le parait. La statue d'un homme debout, que l'on placerait en équilibre sur son piédestal, ne pourrait pas y tenir : il faut la fixer par des vis et dos étrotts, ou bien le premier coup de vent la renverse. Cenendant <îcttc statue rend exacte-

97 INTROIHiCTiON. «S

ment les proportions du corps humaiR. Ce n'est donc pas seulement de la précaution de placer le centre de gravité en dedans de la base, que dépend la faculté de se tenir debout» A quoi tient cette faculté? Elle tient à un ensemble de mouvements compliqués que nous faisons sans nous en apercevoir, et qui maintiennent le centre de gravité en dedans de la base, malgré la variété des attitudes que nous sommes appelés à prendre. Un corps mort que l'on place debout tombe par son propre poids : il faut donc plus que l'arrangement des poids et des pressions : il faut cette mystérieuse faculté qu'on appelle la force.

J'ai dit que les mouvements que nous faisons pour maintenir notre centre de gravité en dedans de la base se font sans que nous nous en apercevions. Il faut, il est vrai, un appren- tissage : l'enfant qui apprend à marcher s'exerce à des équilibres que l'habitude lui rend faciles ensuite; mais il faut une aptitude native qui puisse se perfectionner par l'usage : sans la capacité première donnée par le Créateur, l'habitude ne pourrait point s'acquérir.

Quelles sont les parties principalement employées à maintenir l'équilibre dans la variété des mouvements que l'homme est appelé à faire? Cela est difficile à expliquer. Peut-être les petits os du pied y ont-ils la principale part. Chaque mouvement que nous faisons les met en action, et il concourt à rétablir l'équilibre à mesure qu'il se dérange. Il est du moins très-remarquable que le pied ait été composé d'un grand nombre de petits os de figures irrégulières, qui reposent les uns sur les autres, et s'articulent ensemble, au lieu d'être formés d'une ou deux pièces, en forme de semelle.

il serait bien difficile, cependant, de faire tenir debout une figure organisée, et dans laquelle on aurait exactement imité la disposition des os du pied. 11 faut le concours des articulations du genou, des hanches , et des vertèbres, pour maintenir l'altitude verticale et l'équilibre du corps. Il faut surtout la parfaite flexibilité de la colonne dorsale, dont chaque vertèbre peut se mouvoir précisément au point convenable, pour rompre la vio- lence des chocs, et conserver l'aplomb dans tous les moments. Il faut également un certain degré de tension dans les nerfs, les muscles et les tendons, pour maintenir l'attitude ver- ticale. Or ce résultat dépend d'une merveilleuse combinaison de facultés, et d'un grand nombre d'opérations compliquées.

Si la faculté de se tenir debout est une chose admirable chez l'homme, elle l'est peut-> être davantage dans les oiseaux. Une poule sortant de la coquille se met à courir. Cependant un poulet, considéré géométriquement, et par rapport à son centre de gravité, sa ligne de direction et son équilibre, est un solide tout à fait irrégulier. Qui est-ce qui adonné à ce solide l'admirable faculté de l'équilibre? Na-t-il pas fallu dans l'ouvrier un soin tout parti* entier j^our balancer ainsi le corps sur ses pivots?

11 y a une partie du mécanisme des jambes de la poule qui mérite notre attention sous ce rapport : c'est que quand la jambe se replie, les doigts du pied se referment d'eux- mêmes; c'est avec les jambes repliées que la poule dort sur sa perche. La contraction machinale des doigts des pieds assure ainsi sa position pendant le sommeil (8).

Si nous considérons l'ensemble des analogies du corps humain, nous y remarquons des suspensions ou des interruptions qui ne peuvent s'expliquer que par un dessein chez l'in* venteur de la construction humaine. Je vais donner quelques exemples.

Tous les os de notre charpente ont un périoste : les dents seules sont exceptées. Au lieu d'un périoste, les dents ont un émail d'une dureté extraordinaire. Qui est-ce qui peut douter que cette exception à une règle,^ d*ailleurs invariable, n'ait un but ? N'est-il pas évident que si une membrane aussi sensible que l'est le p^ioste eût recouvert les dents, l'animal eài été continuellement exposé à souffrir 1 II leur fallait une enveloppe dure, insensible t impénétrable ; et c est précisément ce qui leur a été donné.

La peau qui enveloppe toutes les parties du corps cède la place, dans les extrémités des doigts, à une substance d'un tout autre genre, savoir, les ongles. Si la règle d'après laquelle

(t) Il y a un fait pliia fràj^^t eiicore : o*e9t i|u'il v a beaucoup d'oiseaui qui dorment habltaellemenl, non pas accroupis sur les deux jambes , mais debout sur une seule et en équilibre sur leur branche^ Ne semble-t-il pas y avoir quelque chose de miraculeux dans cette faculté de conserrer un éauilibre par- fait, qaal<|iie lea fondions des organes des sent soient suspendues, et malgré les causes accidentelles qui* peuvent déplacer la centre de gravité, comme par exemple le vent, nui fait balancer la branche sur laquelle roiseau dort !

tt INTRODUCTIOX W

les corps sont recoaTerIs de peau était nécessaire, ou bien que la déviation de la règle fût îji parement accidentelle, cela ne serait point ainsi. J'entends par règle nécessaire un concours de causes aveugles agissant indépendamment de tout desseiu. On ne pourrait alors expliquer pourquoi la formation de la peau serait interrompue au bout des doigts, et seulement d'un c6té des doigts. Si, d'autre part, la déviation était purement accidentelle, si elle n'était pas l'eOét d'une intention, nous verrions paraître des ongles sur toutes les (parties du corps, comme on y voit paraître accidentellement des boutons ou des verrues. Toutes les grandes cavités du corps sont entourées de membranes, excepté la cavité du crâne. Pourquoi le cerveau n'est-il pas garanti parle même genre d'enveloppe que les autres organes principaux de la vie? Le cceur, les poumons, le foie, l'estomac, les intestins sont entourés de té^niments flexibles. Je ne sais voir aucune raison de cette diflérence que dans la cause finale. Le cerveau est une substance si molle et si délicate , sa conservation est d'une telle importance à la vie, qu'il a été renfermé dans un étui solide. Si un anatomistc observait que Texception n'est pas en laveur du cerveau seul, et que la moelle épinière est garantie de la même manière, je lui répondrais qu'il ajoute à la force de l'argument. S'il cite la poitrine comme également protégée par une enveloppe solide, je lui réponds : que les côtes servent à la fois de protection aux organes contenus dans la poitrine, et de charpente au soufflet du thorax, puisqu'elles s'articulent avec les vertèbres, pour pouvoir s'élever et s'abaisser. Ce qui distingue la cavité du crâne, c'est qu'elle est entourée d'un os qui sert exclusivement à défendre le cerveau. Les protubérances et les cavités du crâne répondent exactement aux dépressions et aux renflements des lobes du cerveau, de manière à les protéger contre toute secousse violente.

i \m.

Je ne pense pas qu'il existe de preuve plus certaine d'un dessein que la préparation, c'est-à-dire les dispositions relatives à des choses qui ne doivent se réaliser que dans un temps plus ou moins éloigné : la contemplation de l'avenir n'appartient qu'à Tintelligence.

Le corps des animaux fournit plusieurs exemples de cette prévoyance.

-Chez l'homme, le développement des dents est gradué de manière à prouver que le complément de l'exécution a été suspendu avec dessein. Les dents sont déjà formées dans les gencives; mais elles s'y arrêtent. Si elles sortaient trop têt, elles seraient non-seulement inutiles à l'eniant, mais extrêmement embarrassantes pour sa nourrice. Au moment oîji elles deriennent nécessaires, elles paraissent. La nature, c'est-à-dire cette intelligence qui a été employée dans la création, a regardé au delà de la première année de l'enfant ; et tandis qu'elle préparait des instruments pour des fonctions à venir, elle prenait soin que ces instruments ne fussent point un obstacle aux fonctions du moment. Observons que toutes les parties de la bouche sont parfaites, tandis que les dents ne sont point encore développées. Les lèvres, la langue, les joues, le palais, le larynx sont parfaits, et les dents ne le sont pas. Toutes les parties parfaites sont employées et nécessaires : les dents ne se- raient qu'un obstacle à l'allaitement.

Lorsrpi'un ordre contraire se trouve convenable, il prévaut : chez les vers qui nais- sent des CBuls de certains insectes, les dents sont le premier organe qui arrive à sa per- fection ; Finsecte commence à ronger aussi têt qu'il est né, quoique d'ailleurs ses organes ne toieni pas complets.

Ce que j'ai observé des dents de l'homme est vrai des cornes de certains animaux. Les cornes du veau ne poussent que lorsqu'il est capable de paître; si elles parais* saient plus têt, elles blesseraient la mère , quand l'animal frappe les mamelles pour laire couler le lait qu'il suce.

La nature na pas seulement pourvu à un assortiment de dents pour le moment où ces instruments deviennent nécessaires à l'enfant, mais elle a préparé d'autres dents mi germent et se développent avec lenteur pour être employées plusieurs années après. Il y avait, dans le mécanisme de la bouche, un obstacle très-dilBcile à surmonter, il dé- pendait de l'accroissement de la mâchoire, qui a eu lieu en même temps que le dévelop-.

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Il ea diflk'îie de *e r'-[^ré*eiiter qnelque rf*<rte qaî prouve p!a5 cc'îri;-!éteii;ent llnte!- lr//rfàfe jHétorêoie que la fr/raadoo do lait efjez le* feacf- !!e5 des aiiician TÎTipares. A rira'ani cù raoiinal oalt^ ^a nourrstare e^t pfêt*», et U>a* Ie< détails de celte disposition ¥fuitrêifif9ul%. D'êlffjr4 le liqaide pré^faré font le jeune animal est d*one nature nour- ris%su%ihf ce en quoi il tUffére fie tOtt% !es autres prr>]ait5 des «é-.TéÛMas d« corps; et la nature dani^ la eoinpr^ition de ee flaide n*a point été imitée: personne na réu5si à laire da lait parde^ proeéflés chimiques, arec des herbes. Il tant obserrer, en second ÏUsUf Vorjf^ne destiné h le séparer da san^, et les coudai ts par lesquels Tenfant Teitrait da Mrio. Enfin , il faut remarquer que le lait ne se forme que dans les moments où il 4l<;vient nkte^saxre. Il n*f a, daas Tétat d^nne gestation arancée , aucun rapport qui nous *oil inUtWv^ïAe arec la sécrétion du lait. Lorsqu*une partie du corps a besoin d*un sup- plément de nouniiHre et l'attire» il ne parait pas probable qu'une production nouTelle de nourriture se forme dans une autre partie du corps, c'est ce que personne ne conjec- tarerait d'aranee %am avoir eonnaissanee du fihénomène. Tout le système lacté est un Ufirade prolongé. Ce qui doit ajoutera notre admiration, c'est que le nombre des ma- melons f chez les femelles , est proportionné au nombre des petits que la femelle doit faire. Lacbienise, la laie, la femelle du lapin, du diat et du rat, ont les mamelons disposés en grand nombre sous le Tentre, parce que les portées sont nombreuses. Dans la Tache, la jument, etc., les mamelons sont rassemblés et en petit nombre. On ne peut expliquer ces proportions raisonnées qu*en les rapportant à un Créateur intelligent.

Dans la matière qui nous occupe, c'est-à-dire les inventions qpii supposent prévoyance, il importe de (tomuiéret les corps avant le moment oii ils sont animés.

Avant la naissance du fœtus, Tœil est déjà tout formé, et cependant il est inutile. Ce^t une lunette dans une prison où la lumière ne pénètre pas; c'est un instrument géométriquement et physiquement en rapport avec un élément avec lequel il n*a point do communication ; mais cette communication va s'établir , donc il y a une intention. C*est une provision faite pour une époque prévue : cette époque sera celle d'un chan- gement complet dans la position et les circonstances de l'animal. Est-il probable que Tœil ait été formé sans la prévoyance de ce changement , après lequel l'aûl devient abso- lument nécessaire, au lieu qu'il était inutile auparavant? £st-il probable que l'œil ait été formé sans l'intention de le mettre ensuite en contact avec cet élément qui le rend utile, cl qui avait été exclu jusqu'à un certain moment fixé ? Un jeune homme fabrique des lunettes pour le temps où sa vue baissera. Quand elles sont faites, il ne peut pas s'en servir, elles rendent sa vue trouble ; mais, puisqu'il a fait une lentille convexe au point convenable pour corriger l'aplatissement du globe de l'œil, il sait que l'âge amènera le défaut delà vue qui résulte de la moindre convexité de la cornée; nous compre- nons qu'il a prévu le changement qui devait survenir, qu'il y a réfléchi, et qu'il y a travaillé an conséquence ; tout cela appartient à un être qui raisonne : mais la créa- lion de l'œil , pour un terai)s qui n'est pas venu , et pour un état qui n'existe point encore, appartient non moins évidemment à un être qui raisonne.

Ce que je viens de dire est également a[)plicable aux poumons. Cet organe de la res- piration n a aucun jeu tant que l'air est exclu. Tout ce bel appareil de vaisseaux aériens et do vaisseaux sanguins demeure sans usage tant que l'enfant n'a pas vu le jour ; mais c est une machine prête à jouer, à l'instant nécessaire ; c'est une machine en magasin, et i|ui doit être employée quand le moment en sera venu. Cela prouve que l'ouvrier a prévu ce moment ; or c'est là le propre de rintelligence. Si Ton considère l'état de ranimai dans le soin de sa mère , les poumons paraissent aussi déplacés que le serait un suufllot do forge au fond de l'eau ; ils sont également hors de tous rapports avee rélérnent qui les entoure; ils sont évidemment faits pour un autre élément et up autre état.

« INTRODUCTIOX. «^4

Indiquons un détaU qni appartient au même appareil , et qui proclame également fin- telligence préyojraote et la «fllicilude de l'ouvrier. J'ai dit que tant que l'enfant n'a pas respiré , les raisseaux sanguins des poumons restent sans usage. Mais , en parlant de la m&rche de la circulation, nous ayons vu que le sang, chassé du ventricule droit, fM>- sait dans le poumon avant de revenir au ventricule gauche; comment donc se faii l.i circulation dans le fœtus 7 Elle se fait au moyen d'une comoiunication temporaire enlr«> un ventricule et l'autre, par un trou nommé botal ou otale, et par une artère qui joint l'artère pulmonaire à l'aorte. Mais, tout cela est tellement provisoire cjue, dès que l'en- tàDt a respiré , le trou botal se ferme de lui-même , et l'artère se convertit en un liga- ment. Si cela n'est pas de l'invention, des ressources , des expédients, je demande ce que c*est.

Mais, dira-t-on, l'action secrète de l'air sur le sang, par le contact presque immédiat dans le poumon, n'est donc pas si nécessaire à la vie de l'animal qu'on Ta prétendu, puisque le f(£tus vit sans cela; et, puisque l'animal peut vivre sans cela, pourquoi la communication la plus courte n'est-elle pas conservée? La réiK)nse h celle objection , c'est que le sang qui nourrit le fœtus est le sang de la mère, et que c'est aans le pou- mon de celle-ci que ce sang a subi la préparation qui lui est indispensable. Au moment de la naissance, l'instrument de la respiration, qui était tout prêt, se met en jeu par le seul effet du contact de l'air.

I IX.

Nous avons essayé jusqu'ici de donner un aperçu des merveilles du corps humain et des traits innombrables de bonté , de prévoyance et de sagesse que nous présente son admirable organisation. Nous ne terminerons pas sans recueillir quelques-uns de ces y blimes témoignages rendus à la beauté, à l'excellence du corps de l'homme, afin de célébrer l'auteur de toute chose dans la création de son chef-d'œuvre. Ecoulez Bossuet commentant ces paroles de la Genèse : Faisons rHomme. ^ Faisons ! Dieu prend conseil en lai-même, comme allant fa!ro un ouvrage d'une plus haute perfection, et, pour ainsi dire, d'une industrie particuiii're, où reluisît plus excellemment la sagesse de son au- teur. Dieu n'avait rien f:iit sur |.i terre , ni dans la nature sensible , qui pût entendre les beautés du monde qu'il avait !*âh, ni les règles de son admirable architecture, ni qui pût s'entendre soi-même h l'exemple du Créateur, ni qui de soi-même pût s'élever à Dieu et en imiter rintelligence et l'amour, et comme lui être heureux. Pour donc créer une si belle image, Dieu consulte en lui-même, et voulant produire un animal capable de conseil et de raison , il appelle en quelque manière à son secours un autre lui-même, à qui il dit : Faisons. »

Et un peu plus loin :

■ Dieu nous montre^dan^ la formation du corps de l'homme, un dessein et une attention particulière. Cest parmi les animaux le seul qui est droit, le seul tourné vers le ciel, le seul oià reluit par une si belle et si singulière situation, l'inclination naturelle aux choses hautes, c*est de là aussi qu'est venue à l'homme cette singulière beauté sur le visage, dans les yeux, dans tout le corps. D'autres animaux montrent plus de force, d'autres plus de vi« tcsse et plus de légèreté, et ainsi du reste ; l'excellence de la beauté ai^iartient à Tbomme, et c'est commo un admiraue rejaillissement de l'image de Dieu sur sa face (9). »

EcoutOQS lès Pères de l'Eglise expliquant ce même verset de la Genèse :

« Dieu, qui d'une seule parole avait fait sortir l'univers du néant, délibère au moment OÙ il s'agit de créer l'homme; il tient conseil, il semble dessiner h l'avance l'ouvrage nou- veau qui va sortir de ses mains. Il s'arrête, se parlant à lui-même : Fiisons^ dit-il, Vhommt à noire image; qu'il commande à tous les animaux^ qu'il exerce son empire sur toute la terr^ Chose remarquable! le soleil, le fifmament, les deux productions jusque-là les plus admi-

9) Etisatiotu $ur tes Mf/êîeref^ iv* Semaine.

9$ INTRODUCTION. 96

râbles de ses mains divines, ont été formés sans nul préliminaire. L'écrivain sacré ne nous apprend point de queUe manière ils ont été produits autrement que par la féconde parcXr du Tout*Pui5saiit. Pour Thomme seul un conseil, un examen réfléchi, une nature préexis- tante, un dessein particulier qui exprime la forme dans laquelle il va paraître, et le magni- fique original dont il doit recevoir Tempreintel Parce qu'il est destiné à l'empire, son au- teur en a tracé les caractères s»ur tout sou être, tant dans les qualités de son Ame que dans la forme de son corps. Tout en lui respire le commandement, tout annonce le roi de la na- ture (10).

« Quand l'empereur doit faire son entrée dans une ville, toutes les personnes attachées è son service prennent les devants, afin qu'à l'arrivée du maître tout se trouve disposé à le recevoir. Ainsi Dieu en a-t-il agi à l'égard de celui qu'il établissait le roi de l'univers. Par ses ordres le soleil s'est empressé de naître, le ciel de se développer, la lumière de dissi- siper les ténèbres pour éclairer et pour embellir son entrée triomphale (11). •

« Faisons Vhomme: quelle expression nouvelle, ex traordinaireî Quel est donc l'être qui va être créé, pour qu'il faille que le Créateur se consulte et délibère auparavant avec lui-même? Votre étonnement va cesser. De toutes les créatures visibles, l'homme est la plus noble, la plus excellente; c'est pour luiqu'onl été faits le ciel, la terre, les mers, les astres du fir- mament, et tous les animaux. C'est en raison de sa supériorité qu'il ne fut créé qu'après tous les autres. Faisons Vhomme à noirs image^ c'est-à-dire que comme Dieu ne connaît point de maître dans le ciel, ainsi l'homme n'en a point sur la terre.

« 11 n'a point encore paru, et déjà il est investi de la souveraineté. Indépendamment du privilège de la raison qui assure notre supériorité sur tous les animaux, la seule forme de notre corps démontre notre excellence, tant nous l'emportons sur eux par la noblesse de la stature, la majesté des traits, la beauté et les rapports des parties diverses dont le coips humain se compose, digne séjour de TAme intelligente à laquelle il est uni (12).

« Reconnaissez donc les tendres soins du Dieu qui, dès votre entrée dans le monde, vous a investis de l'empire et d'un commandement perpétuel, et contre lequel rien ne peut pres- crire. Un homme qui reçoit la puissance d'un homme est un mortel qui reçoit d'un mortel, qui emprunte à celui qui iui-m6me ne possède que d'emprunt, condamné à perdre aussi- tôt qu'il reçoit. Vous, c'est de Dieu que vous tenez votre puissance; les titres en sont inef- façables, papce qu'ils ne sont pas écrits sur des tables de pierre, sur des chartes périssables, que la corruption menace, qu'ils sont imprimés dans cette parole souveraine : Qu'il com^ mande! Dès lors, tout a été assuietti à l'empire de l'homme, et l'est jusqu'à la consomma- tion des choses (13). »

. « Dieu, en créant l'homme à son image, a déployé sur sa personne toute sa magnificence, il en a fait un être privilégié, le chef-d'œuvre de ses mains, devenu par là un objet digne de ses complaisances. L'homme est donc aimé de Dieu (U). »

« Lève les yeux vers le ciel, A homme, s'écrie Herder, et réjouis- toi, en remolant, de l'immense supériorité que le Créateur du monde t'a donnée, et qu'il a établie «ur un principe aussi simple que la station droite. Si tu marchais incliné vers la terre

l

même - ,.

core paru dans le monde... Comparez la formation de Tbomme avec celle des autres ouvrages de la

niaÎD qui Ta mise en couvre, et vous vous écrierez , avec Saiomon : Ct$l quelque cho$e de grand que l homme! i

(11) Saint 3i\ji Chrtsosto», serm. 3 m Gffi., et hom. 8 in €en

(li) Saint Jean Corysostohe, hom. 11 ad Pap. Antiock.

(13) Saint BÀSirE.

(Il) CUMc.'iT iVAlexandric.

f7 INTRODUCTION. M

i«

rommc ranimai, si ta tête était grossièrement formée pour le (roût et Todorat, si la struc- ture de tes membres répondait à ces transformations, que deviendrait la puissance immor- telle de ta pensée? Combien Timagede la Divinité en toi ne serait-elle pas dégradée?... Mais en formant tes membres pour Tattitude droite, la nature a tracé les nobles contours de ta tète; elle en a marqué dignement la place, et a commandé au cerveau, ce germe délicat et éthéré du del, d'en remplir les capacités et d'étendre au loin ses branches. Le front s*élève, riche de pensées et de souvenirs; les organes animaux se retirent et font place à la forme humaine. A mesure que le cerveau s'élève, l*oreille descend : elle est plus étroitement unie k l'oeil, et ces deox sens ont un fccès plus intime auprès de l'enceinte sacrée où se forment les idées. Le cervelet, la moelle épinière et les principes vitaux des sens qui dominent dans l'animal sont subordonnés à l'encéphale. Les ravons qui, par leur arrangement mer- reilleux forment les corps striés (15), sont mieux marqués et plus délicats dans l'homme; ce qui indique qu'une lumière infiniment plus pure se concentre dans cette région et part de là en divergeant. C'est ainsi, pour me servir de cette image, que se forme la plante qui, donnant naissance au bouton de la moelle épinière, s'épanouit en une fleur éthérée dont le germe ne pouvait se trouver que dans cet arbre céleste, m

Nous ne pouvons mieux terminer ces considérations si incomplètes sur l'homme or- ganique que par un morceau de Bossuet, qui sera comme le magnifique couronnement de celte Introduction :

« Quiconque connaîtra I*homme verra que c'est un ouvrage de grand dessein, qui ne pouvait être ni conçu ni exécuté que par une sagesse profonde.

« Tout ce qui montre de l'ordre, des proportions bien prises, et des moyens propres k produire certains effets, montre aussi une fin expresse, par conséquent un dessein formé, une intelligence réglée et un art parfait.

« C'est ce qui se remarque dans toute la nature. Nous voyons tant de justesse dans ses mouvements et tant de convenance entre ses parties, que nous ne pouvons nier qu'il n'y ai! de l'art ; car s'il en faut pour remarquer ce concert et cette justesse, à plus forte raison pour rétablir. C'est pourquoi nous ne voyons rien dans l'univers que nous ne soyons portés k demander pourauoi cela est, tant nous sentons naturellement que tout a sa convenance et sa fin.

« Mais, de tous les ouvrages de la nature, celui où le dessein est le plus suiri, c'est sans doute l'homme. Son corps devait être composé de beaucoup d'organes ca|:ables de recevoir les impressions des objets et d'exercer des mouvements proportionnés à ces impressions. Ce dessein est parfaitement exécuté.

■ Tout est ménagé dans le corps humain avec un artifice merveilleux. Le corps reçoit da tous les cdtés les impressions des objets sans en être blessé. On lui a donné des organes pour éviter ce qui l'ofl^ense ou le détruit, et les corps environnants qui font sur hii cet effet» font encore celui de lui causer de l'éloignement. La délicatesse des parties, quoiqu'elle aille k une finesse inconcevable, s*accorde avec la force et avec la solidité. Le jeu des res- sorts n'est pas moins aisé que ferme; à peine sentons-nous battre notre cceur, nous qui sen- tons les moindres mouvements du dehors, si peu qu'ifs viennent à nous; les artères vont, le sang circule, les esprits coulent, toutes les parties s'incorporent leur nourriture sans troubler notre sommeil, sans distraire nos pensées, sans exciter tant soit peu notre senti- ment : tantlNeu a mis de règle et de proir-ortion. de délicatesse et de douceur dans de si grands mouvements.

< Ainsi nous pouvons dire avec assurance que, de toutes les proportions qui se trou- vent dans les corps, celles des corps organiques sont les pins parfaites et les |dus palpables.

« Tant de parties si bien arrangées et si propres aux usages pour lesquels elles sont faites, la disposition des valvules, le battement du cœur et des artères, la délicatesse des

(15) On appelle ainsi une portion du cerveau.

09 INTRODUCTION. IM

parties du cerveau, et la variété de ses mouvements, d'où dépendent tous les autres ; la distribution du sang et des esprits, les effets différents de la respiration, qui ont un si grand usage dans le corps ; tout cela est d'une économie, et, s'il est permis d'user de ce mot, d'une mécanique si admirable, qu'on ne la peut voir sans ravissement, ni assez admirer la sagesse qui en a établi les règles.

« Il n'y a guère de machine qu'on ne trouve dans le corps humain. Pour sucer quelque liqueur, les lèvres servent de tuyau, et la langue sert de piston. An poumon est attachée la trachée-artère , comme une espèce de flûte douce d'une fabrique particulière, qui, s'ouvrant plus ou moins, modifie l'air et diversifie les tons. La langue est un archet qui, . battant sur les dents et sur le palais, en tire des sons exquis. L'œil a ses humeurs et son cristallin ; les réfractions s'y ménagent avec plus d'art que dans les verres les mieux taillés. Il a aussi sa prunelle, qui se dilate et se resserre ; tout s'englobe, s'allonge ou s aplatit , selon l'axe de la vision, pour s'ajuster aux distances, comme les lunettes à longue vue. L'oreille a son tambour, où une peau aussi délicate que bien tendue résonne au mouvement d'un petit marteau que le moindre bruit agite ; elle a, dant un os fort dur, des cavités pratiquées pour faire retentir la voix de la môme sorte qu'elle retentit parmi les rochers et dans les échos. Les vaisseaux ont leurs soupapes ou valvules tournées en tous sens; les os et les muscles ont leurs poulies et leurs leviers : les proportions qui font et les équilibres et la multiplication des forces mouvantes, y sont observées dans une jus- tesse où rien ne manque. Toutes les machines sont simples; le jeu en est si aisé, et la structure si délicate, que toute autre machine est grossière en comparaison.

« A rechercher de près les parties, on y voit de toutes sortes de tissus; rien n'est mieux filé, rien n'est mieux passé, rien n'est serré plus exactement.

«c Nul ciseau, nul tour, nul pinceau ne peut approcher de la tenuresse avec laquelle la nature tourne ei arrondit ses sujets.

«t Tout ce que peut faire la séparation et le mélange des liqueurs , leur précipitation, leur digestion, leur fermentation, et le reste, est pratiqué si habilement dans le corps hu- main, qu'auprès de ces opérations la chimie la plus fine n'est qu'une ignorance grossière.

« On voit à quel dessein chaque chose a été faite, pourquoi le cœur, pourquoi le cer- veau, pourquoi la bile, pourquoi le sang, pourquoi les autres humeurs. Qui voudra dire que le sang n'est pas fait pour nourrir l'animal; que l'estomac et les sucs sécrétés par les glandes ne sont pas faits pour préparer par la digestion la formation di^ sang; que les artères et les veines ne sont pas faites de la manière qu'il faut pour le contenir, pour le porter partout, pour le faire circuler continuellement; que le cœur n'est pas fait pour don- ner le branle à cette circulation ? Qui voudra dire que la langue et les lèvres, avec leur prodigieuse mobilité, ne sont pas faites pour former la voix en mille sorte d'articulations, ou que la boucfie n'a pas été mise à la place la plus convenable pour transmettre la nour- riture à l'estomac; que les dents n'y sont pas placées pour rompre cette nourriture et la rendre capable d'entrer, que les eaux qui coulent dessus ne sont pas propres à la ramollir et ne viennent pas pour cela à point nommé, ou que ce n'est pas pour ménager les organes et la place que la bouche est pratiquée de manière que tout y sert également à la nourri- ture et à la parole? Qui voudra dire ces choses, fera mieux de dire encore qu'un bfttime&t n'est pas fait pour loger , et que ses appartements, ou engagés ou dégagés, ne sont pas construits pour la commodité de la vie, ou pour faciliter les ministères nécessaires ; en un mot, il sera un insensé qui ne mérite pas qu'on lui parle.

«( Si ce n'est peut-être qu'il faille dire que le corps humain n'a point d'architecte, parce qu'on n'en voit point l'architecte avec les yeux, et qu'il ne suffit pas de trouver tant de raison et tant de dessein dans sa disposition, pour entendre quil n'est pas fait sans raison et «ans dessein.

a Plusieurs choses font remarquer combien est grand et profond l'artifice dont il est construit.

« Les savants et les ignorants, s'ils ne sont tout à fait stupides, sont également saisis d'admiration en le voyant. Tout homme qui le considère par lui-même trouve faible toul ce qu*il a ouï dire, et un seul regard lui en dix plus que tous les discours ef tous les livres.

101 nnnoDUcmN. los

« Depuis tant de temps qu*oo regarde et qu*on étudie curieusement le oorps bornai u, quoiqu'on sente que tout y a sa raison, on n a pu encore panrenir à en pénétrer le fon*f . Plus on le considère, plus on trouTe de choses nouTellcs , plus beUes que les premières, qu'on avait tant admirées; et quoiqu'on trouve très-grand ce qu'on a d^k découvert, on voit que ce n'est rien en comparaison de ce qui reste à chercher.

« Par exemple, qu*on voie les muscles si forts et si tendres, si unis pour agir au concours, si dégagés pour ne se point mutuellement embarrasser, avec des filets si artistement tissus et si bien tors, comme il faut pour faire le jeu ; au reste, si bien tendus, si bien soutenus, si proprement placés, si bien insérés où il faut , assurément on est ravi, et on ne peut quitter un si beau spectacle, et, malgré qu'on en ait, un si grand ouvrage parle de son artisan. £t cependant tout cela est mort, faute de voir par oii les esprits s'insinuent, comment ils tirent, comment ils relâchent, comment le cerveau les forme, et comment il les envoie à leur adresse fixe, toutes choses qu'on voit bien qui sont, mais dont le sei^ret principe et le maniement n'est pas connu.

« Et parmi tant de spéculations faites par une curieuse anatomie, s'il est arrive quelque*" fois à ceux qui sy sont occupés de désirer que, pour plus de commodité, les dioses fussent autrement qu'ils ne les voyaient, ils ont trouvé qu'ils ne faisaient un si vain désir que faute d'avoir tout vu; et personne n'a encore trouvé qu'un seul os dût être figuré autrement qu'il n'est, ni être articulé autre part, ni être emboîté plus commodément, ni être percé Ml d'autres endroits, ni donner aux muscles dont il est l'appui une place plus propre à s'y enclaver, m enfin qn'il y eût aucune partie dans tout le corps à qui on pût seuleiçent dé* sirer ou une autre constitution on une autre place.

« Ainsi, nos corps, dans leur formation et dans leur conservation, portent la marqua d'une invention, d'un dessein, d'une industrie admirable. Tout y a sa raison, tout y a sa fin , tout y a sa proportion et sa mesure, et par conséquent tout y est fait avec art et avec une sagesse profonde. »

IX.

Qu'on nous permette un dernier mot, non plus sur l'organisation, mais sur la puissan.^e et la grandeur de l'homme au sein de la nature terrestre.

Peut-être méditant sur l'homme, dans les accès d'une sombre misanthropie, vous est-il arrivé quelquefois d'abaisser jusque dans la poussière le diadème de sa destinée ; eh bien ! malgré ses fidblesses, malgré ses misères, l'homme est une (Buvre grande et sublime, il est vraiment le vice-roi de la nature. Considéré organiquement, il est le centre vers lequel rayonnent toutes les formes de la série des êtres animés, comme étant sur la terre la beauté la plus parfaite et l'image la plus élevée de la Divinité. Ainsi, dans l'air et au fond des cmx, sur les hauteurs et dans les abtmes, les êtres innombrables appartenant à la création animée peuvent être regardés comme autant d'expressions des pensées de Dieu et de ses inventions, conformément à un type suprême d'art et de sagesse, et nous voyons, pour ainsi dire, les animaux s'avancer vers l'homme, comme ils s'avançaient vers le premier père de notre race, et s'approcher pas à pas de sa forme.

QuanJ l'Auteur des choses eut achevé son ouvrage, et qu'il eut épuisé en apparence toutes les formes fiossibles sur notre terre, il s'arrêta et contempla le produit de ses mains ; et comme il vil que la terre manquait encore de son principal ornement, de son souve- rain et d'un second créateur, il prit conseil en lui-même, il combina entre elles les formes et composa son chef-d'œuvre, la beauté humaine. Avec une affection de père, il tendit la main à la dernière créature de sa pensée, et lui dit : Sois debout sur la terre ! abandonné à toi-même, tu eus été un animal semblable aux autres animaux; mais, par mon appui et mon amour, marche la tête levée, et sois le dieu des animaux.

L'homme, sur la terre, achève l'ouvrage que Dieu l'a chargé de terminer : sa main se promène avec une infatigable persévérance sur la surface rude et ébauchée du globe pour (n |K)lir ; et si le monde terrestre est l'œuvre de Dieu, il est aussi en un certain sens l'œuvre liç l'homme; car partout déjà sa volonté et sa puissance ont laissé leur trace et leur em-

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prcinte (16). Aui brausMÎRes et aux forêts, qui hérissarent le front de notre planète couimo une crinière sauvage, succède une douce et ondoyante chevelure de moissons et de prai- ries ; les fleuves obéissent à la voix et reçoivent de nouveaux lits ; les torrents vagabonds dans les plaines se resserrent entre des rivages escarpés comme une digue de rochers; de nouvelles lignes d*eau se dessinent et sillonnent la terre de leurs bassins et de leurs canaui; l^s montagnes s*aplanissent ; tes rochers, frappés par la verge des sondeurs, laissent jaillir des fontaines ; et Thomme, devenu créateur de la lumière, éclaire dans la nuit la face de sa planète, qui, parée de ses lanternes, se promène silencieusement parmi les ténèbres de Tespace.

L'homme tient à tout, il est la chaîne de communication entre tout ce qui existe. L'ani- mal, la plante, sont circonscrits dans leur sphère; la nôtre embrasse l'univers par nos be- soins naturels ou factices, par nos connaissances et par le commerce; nous sommes l'âme du monde physique. L'homme, par le nombre et par ses flicultés, s'est a^cquis la prépondé- rance sur la terre; il est devenu le dominateur des continents et des mers. C'est à lui seul qu'appartient, dans la nature, le droit de vrincre et de régner; il en est digne par son génie et maître par ses facultés. Quels animaux peuvent lui disputer le trône? 11 n'a point fondé ses droits sur la violence, mais ils sont établis sur son mérite et sur ses qualités. Si Tempire appartenait uniquement à la force, le lion et Téléphant combattraient pour le sceptre du monde, la baleine et le requin se disputeraient la domination de l'Océan; mais tous reconnaissent la supériorité de ihomme; sa main sait asservir le tigre, soumettre l'éléphant, harponner la baleine; la balle va dompter l'orgueil de l'aigle au sein des airs; les bêtes les plus farouches, les tyrans de la terre et des airs, les monstres ae l'Océan fuient sa présence ou tremblent à sa voix. Il donne la loi aux puissantes baleines, et fait agenouiller l'éléphant à ses pieds 1 Sa supériorité est telle sur les animaux, qu'il leur est plus avantageux de s'en faire oublier, comme l'insecte, que de lui résister, comme le lion et le rhinocéros (17).

A mesure que l'homme s'est répandu sur le globe, non-seulement il a diminué l'étendue sur laquelle s'étaient retirés les animaux encore libres, mais toutes leurs forces ont été, pour ainsi dire, comprimées par le défaut d'espace, de sûreté et de nourriture. Leurs associa- tions ont'été dispersées à l'approche de la société humaine, qui n'a pas souffert de rivale (18). Son génie a dompté tous ceux dont il a cru pouvoir tirer quelque servicéf : il a modifié leur naturel, altéré leurs goûts, cliangé leurs appétits; il les a dominés au point de n'avoir plus besoin d'autre chaîne que celle de l'habitude pour les retenir auprès de sa demeure. Il lef a faits ses esclaves, et, après s'être emparé de leurs forces, de leur adresse ou de leur agilité, il a donné à l'agriculture le bœuf, au commerce l'Ane, si patient, et le chameau, ce vaisseau vivant des immenses mers de sable; à la guerre, l'éléphant; à l'agriculture, au commerce, à la guerre, à la chasse, le cheval généreux et le chien fidèle ; à ses goûts, le lièvre, le cabiai, le cochon, le chevreuil, le pigeon, le coq des contrées orientales, le faisan de l'antique Colchide, la pintade de l'Afrique, le dindon de l'Amérique, les canards des deux mondes, les perdrix, les cailles voyageuses, l'agami, les tortues, les poissons; aux arts, les fourrures, les martres, les dépouilles du lion, (Ui tigre et de la panthère, les poils du castor, ceux de la vigogne et des diverses chèvres, la laine des brebis, l'ivoire de l'élé-

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(IG) Dieu nous a donné la substance des choses; il en a abandonné les modifications à notre travail et à industrie de Thommo. Par exemple, il a fait croître le blé, c'est à Tbomme à le chanser en paiii.

Dieu nous donne la vigne ; il ne nous donne pas le vin ; la laine qui sert à nous vèlir , c'est à nous â faire le vêlement; la pierre, et non Tédifice. Parce qu'il créa Thomme à son image, il semële rassocier à l'œuvre de la création. C'est lui qui a produit les matériaux ; c'est par les mains de l'homme qu'il achève la création et embellit la nature. Tout-puissant parce qu'il est Dieu, il a fait éclore du sein du néant cha- cune des substances génératrices ; l'Iuimme fait naître de leur sein ce qui