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BULLETIN
DE LA
f r
SOCIETE DE GEOGRAPHIE
Cinquième Série.
LISTE
DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA SOCIÉTÉ (1).
MM.
* Marquis de Laplace. ^Marquis de Pastoret. *V^« de Chateaubriand. •C'« Chabrol de Volvic. *Becqoey.
*0^ Chabrol de Chousol.
* Baron Georges Cuvier.
* B»" Hyde de Neuville.
*DUC de DOUbEAUVILLE.
* Comte d'Argout. *J. B^Eyriês.
* Le vice-amiral de Rigny. •Le cont.-ani. d'Urville. *Duc Decazes.
* Comte de Montalivet. Baron de Baramte.
* Le général baron Pelet.
I MM.
GUIZOT.
*De Salvandy.
* Baron Tupinier. Comte Jaubert.
* Baron de las Cases, vzllk^ain.
"^ Cunin-Gridaine. "^ L'amiral baron RoussiN. *L*am. baron de Mackau. *B°" Alex, de Hijmboldt. *Lo vice-amiral Ualgan. •Baron Walckenaer. •Comte MOLÉ. De la Roquette.
•JOUARD.
Du»AS.
Le contre-amir. Mathieu.
MM.
Le vice-amiral la Place.
•Hippolyte Fortoul.
Lefebvre-Duruflé.
guigniai't.
•Daussy.
Le général Dauvas.
Ëlie de Beaumont.
S. Exe. M. ROULAND.
*S. Exe. Pam.DESFOSSKS. Le comte de Grossoles-
Flamarens. S. Ëxc. M. le duc de Per-
SIGNY.
Le contre-amiral de la RONaÉRE le Noury.
S. Exe. M. le comte Wa- lewski.
COMPOSITION DU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ
POtIR 1866-18C7.
Président S. Exe. M. le marquis de Ghamkloop-Laubat, ministre de 1^
marine et des colonies. V j \i I ^ ^* ^i^u^^ Chevauer, sénateur, membre de l'Institut. vtce-prestaents j ^ Herbet, coneUler rsttt, ministre plénipotentiaire. Q f . i M. Eugène Cortambert.
scrutateurs.. . | m. Théodore Delamarre.
Secrétaire M. Wiluah Hûbeb.
ARCHIVISTE-BIBLIOTHÉCAIRE : M. V. A. Barbie du Bocage
TRÉSORIER DE LX SOCIÉTÉ : H. Meignen, notaire, rue Saint-Honoré, 370.
AGENCE : Au siège de la Société, rue Christine, 3.
M. N. Noibot, agent.
M. Ch. Adbby, agent-adijoint.
(1) La Société ■ perdu tous les PrésidentA dont les nomi sont préeédM d*nn ••
BULLETIN
D£ LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
RÉDIGÉ AVEC LE C0NG0DB8
DE LA SECTION DE PUBLICATION
PAH MM.
C. MÂUNOm
Secrétaire général de la Commission centrale
R. CORTAMBERT et T. t)E ROSTAING
Secrétdres adjoints.
CINQUIÈME SÉRIE. — TOME TREIZIÈME
ANNÉ& 1867 lANVIER — JUIN
PARIS
AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ
Rue Gbristiiie^ 3 ET CHEZ II. ARTHOS BERTRAND, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ
Rue Hauteféuille, 21
1867
COMPOSITION DU BUREAU ET DES SECTIONS DE LA COMMISSION CENTRALE
POUR 1867.
BUREAU.
Président M. de Quatrefages, membre de Tlnstitat.
Vice-présidents M. Jules Duyal.
M. D*Ayezac, membre de rinsUtut. Secrétaire général. . . M. G. BIaunoir. Secrétaires adjoints. . M. R. Gortambebt.
M. T. de RosTAiNG.
Section de correspondance.
Président... M. Vivien de Saint-Martin. Secrétaire» • . M. Bourdiol.
MM. Alexandre Bonneau. { MM. Vice-amiral Paris, de Tlnstitut. G^o d'Escayrac de Lauture. Martin de Moussy.
Guigniaut, de l'InsUtut. \ SédiUot.
A. Maury, de l'Institut. i Trémaux.
Adjoints : MM. E. de Froidefond des Farges, Grimoult et William Huber.
Section de publication.
Président. • . M. Eugène Gortambert. Secrétaire.., M. Elisée Reclus.
MM. A. d*Abbadie, corresp. de Tlnst Alflred Demersay. Ernest Desjardins. Victor Guérin. S. Jacobs.
MM. De la Roquette. Morel-Fatio. Ernest Morin. Reinaud, de l'Institut.
Adjoints : MM. Lucien Dubois et Georges Perrot.
Section de comptabilité.
Président. . . M. Lefebvre-Duruflé. Secrétaire... M. Maximin Deloche. MM. Edouard Gharton. ' | MM. V. A. Malte-Brun.
Gabriel Lafond. | Poulain de Bossay.
Adjoints : MM. Artbus Bertrand et J. J. Dubochet.
BULLETIN
D£ LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
JANVIER 1867.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 14 DÉCEMBRE
DISCOURS D'OUVERTURE
DE M. MICHEL CHEVALIER
VICB-PR^IDIMT DE LA SOdéré
Messieurs,
C'est à uo accident fort heureusement sans gravité, l'état de soufifrance où est aujourd'hui notre éminent président, M. de Ghasselôup-Laubat, que je dois l'in- signe honneur de vous présider ce soir. J'ai à vous ex- primer tous ses regrets ; vous connaissez l'importance qu'il attache à vos travaux, la sollicitude avec laquelle il se plaît a y prendre part, autant que ses hautes fonc- tions dans le gouvernement le lui permettent ; vous
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savez le concours qu'il aime à vous donner dans vos travaux et vos entreprises ; vous regretterez son absence non moins vivement qu'il le fait lui-même.
Un des plus grands philosophes de l'antiquité a en- seigné, comme la règle suprême de la sagesse, cette maxime : j\â>Bt ^caurov, connais-toi toi-même. Je n'ai garde de contredire cette grande autorité-, mais, après la connaissance de nous-même et de nos semblables, ce qui importe le plus à Fhomme, c'est la connaissance de la planète sur laquelle la divine Providence l'a placé, qu'elle lui a assignée pour demeure , qu'elle lui a octroyée pour domaine.
La géographie a pour objet cette connaissance de no- tre planète : elle étudie et décrit la forme extérieure de la terre, les accidents de sa surface les ^ eaux qui la couvrent à l'état de nappes indéfinies, comme celles qui la parcourent , de même que des chemins qui marchent y à l'état de fleuves, de rivières et de ruis- seaux ; les chaînes desr montagnes qui la hérissent et la divisent en régions diverses et en empires distincts; l'atmosphère qui l'entoure et la baigne; les courants d'air et les vents qui la balayent, transportent les nuages, provoquent la pluie , renouvellent l'air respirable ; les tenrains qui sont, oa- peuvent être l'objet de la grande vs^rlété des travaux de l'agriculture. Elle fiait connaître las richesses minérale» qui peuvent être enfouies au'-dessous de la terre végétale, dans le sein des rochers, en filons, en amas et en couche»; les plafites qui l'embellissent, l'abritent et l'enrichissent, et, par leur action incessante sur la composition de l'atmo- sphôre, maintiennent celle-ci dans les conditions les
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meilleures pour les poumons de l'homme; les ani- maux qui sont distribués dans ses diverses zones, les uns apprivoisés, dociles serviteurs de l'homme, tra- vaillant pour lui ou réservés à satisfaire sa faim; les autres, ennemis violents ou perfides, destinés à tenir en éveil sa vigilance ou son courage. Dans la géogra- phie, les races d'hommes éparses sur la terre occu- pent une grande place, et le géographe est encore dans son droit quand il rend compte de la manière dont ces races y sont réparties en nationalités et en états poli* tiques, et quand il examine et dit T usage qu'elles font des ressources naturelles mises à leur portée, pour leur bien propre et pour celui du genre humain. C'est donc une vaste science, une science multiple et complexe, et la tâche qui incombe aux sociétés telles que la nôtre, qui se donnent la mission de cultiver et de propager la géographie, est nne des plus ardues. Aussi, messieurs, c'est avec une vive émotion que j'occupe, même accidentellement, le fauteuil de la présidence. Je fais avec effroi la comparaison du peu que je sais avec tout ce qu'il faut avoir appris et posséder dans son esprit pour être un bon géographe. Heureusement pour moi, j'ai pour me rassurer votre indulgence infinie.
La géographie a été étudiée de tous temps. Les pre- miers documents littéraires et historiques de la civili- sation sont remplis de géographie; il en est de même des livres qui senties fondements des religions : Homère et Hérodote sont des géographes ; la Bible contient des renseignements géographiques des phis précieux. Dès les premiers temps historiques, les grandes expéditions des héros ont servi la géographie. Les Argonautes
(8) rapportèrent eo Grèce des notions géographiques jus- qu'alors ignorées, qui excitèrent parmi les Grecs le désir de connaître la terre dans ses parties plus éloignées.
Mais la géographie, par l'efifet des obstacles maté- riels qui, dans les temps primitifs, s'opposaient à la locomotion de Thomme , n'avança d'abord qu'avec beaucoup de lenteur. Les écrivains de Tantiquité la plus reculée avaient acquis une connaissance du cœur humain et de la nature humaine à laquelle il a été ajouté peu de chose. Les scènes dramatiques de Y Iliade et même de Y Odyssée mettent enjeu les passions avec un art que n'ont pas surpassé les auteurs des tragédies modernes, s'appelassent-ils Corneille et Racine. Au contraire, la géographie d'Homère est incorrecte dès qu*il s'écarte du-milieu hellénique, et elle l'est d'autant plus qu'il s'en éloigne davantage. Homère n'a aucune idée de la véritable forme de la terre : il suppose que c'est une surface plate, un disque; il ne soupçonne pas que la planète soit une sphère. Quant au mouve- ment de la terre autour du soleil, quoique j'aie entendu dire à mon illustre confrère, M. Cousin, à l'Institut, que le philosophe grec Philolaus Favait entrevu et même vu en plein, on peut considérer que c'est une acquisition moderne, tellement que Galilée, qui est presque un contemporain, fut réputé un mortel auda- cieux et impie, et, sans égards pour ses rares talents et l'éclat de sa renommée, traîné comme un sacrilège devant le tribunal de l'Inquisition, pour avoir soutenu que la rotation du soleil autour de la terre n'était qu'une apparence, et qu'en réalité c'était la terre qui tournsdt autour du soleil.
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Après Homère, le peuple grec fit cependant beau- coup avancer la géographie. Il eut des voyageurs d'une grande perspicacité, comme Hérodote et plus tard Pythéas; il eut des savants du premier ordre, comme Hipparque et Eratosthène, sous l'impulsion desquels la science fit de grands pas. Un grand homme qui parut sur la terre comme un météore éblouissant, pour dis- paraître presque aussitôt, non sans laisser derrière lui une longue trace lumineuse, Alexandre le Grand, eut souci de la géographie. Pendant le cours de ses campagnes et de ses exploits militaires, il avait soin d'envoyer à son précepteur, le grand Aristote, tous les matériaux des sciences qu'il supposait pouvoir l'inté- resser et lui faire connaître les pays traversés et con- quis par les Macédoniens. En pénétrant jusque dans rinde, il ouvrit un champ beaucoup plus vaste aux études des Grecs , le peuple le plus intelligent qui ait jamais existé. Déjà, dans les temps antiques, le com- merce avait poussé les hommes entreprenants à s'é- carter des lieux qui les avaient vus naître pour décou- vrir des contrées où ils trouvassent des objets d'un échange avantageux. Les commerçants phéniciens par- couraient tous les rivages de la Méditerranée, et péné- traient même dans l'Océan jusqu'aux îles Britanniques, où ils achetaient Tétain sorti des mines encore aujour- d'hui exploitées du comté de Gomouailles. Les Car- thaginois faisaient de même et, plus hardis encore, ils exécutaient le célèbre voyage qui est connu sous le nom du Périple d'Hannon.
Je n'ai pas ici à refaire, même en raccourci, l'his- toire de la géographie. Je parle à des hommes qui la
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savent mieux que moi. J'arrive donc^ sans plus de dé- tours ni de stations intermédiaires, à l'époque actuelle, où le XIX® siècle a déjà accompli les deux tiers de sa course. J'y arrive, mais nous devons au préalable sa- luer avec un profond respect la mémoire des hommes, les uns renommés, les autres ayant mérité de l'être, qui, soit par leurs voyages périlleux, tout au moins difiiciies, soit par la science qulls ont déployée, ceux- ci sur le champ de l'action, ceux-là dans le cabinet à titre d'auteurs, d'autres enfin comme rédacteurs de cartes géographiques, ont porté au point d'avancement où elle est, la science que votre Société représente si bien.
Donnons donc en passant un respectueux souvenir aux nombreux voyageurs, tous courageux, et plusieurs héroïques, qui ont marqué cette longue suite de siècles, en donnant à la science géographique une impulsion non interrompue. En prenant seulement pour point de départ la chute de l'empire romain, nous aurions ainsi à décerner une palme de reconnaissance et à ces intré- pides Scandinaves qui, les premiers des Européens, mirent le pied sur le sol du nouveau monde dès le X' siècle, puis aux chroniqueurs des croisades. Fran- çais, Vénitiens, Génois, puis à ceux qui parcoururent l'Asie, les uns envoyés par le souverain Pontife ou par des souverains de rEuroi)e effrayés des conquêtes des Tartares, et désireux de se concilier ces terribles envahisseurs ; les autres poussés par Tesprit d'aven- ture commerciale. C'est Ascelin, c'est Jean Garpin, c'est llubruquis, c'est Mandeville, c'est André de Long- jumel, c'est le célèbre Marco Polo, dont le récit exerça
( 41 ) tant d'influence sur l'esprit de Christophe GolcHnb. Avant cette liste, c'était le juif rabbin Benjamin de Tndèle en Navare. Bientôt après ce sont les navigateurs partis de la péninsule ibérique. Les uns» comme les Portugais Bartholomé Dias et l'illustre Yasco da Gama, découvrant le cap de Bonne-Espérance et se portant à l'est, jusque dans l'Inde pour la conquérir; les autres, Espagnols et encore Portugais, et un peu plus tard Français, Anglais et Suédois, allant sur les traces de Christophe Colomb, découvrir et explorer les diverses parties de l'Amérique, et puis les Hollandais se répandant dans les mers de l'Inde et de la Chine. Il y aurait à citer ici beaucoup de braves gens qui ont fait les voyages les plus pénibles et les plus périlleux dans l'intérieur du nouveau monde; tels furent entre autres tes Cabot, les Champlain, les CarUer, Frontenac, le vaillant Lassalle, assassiné après avoir découvert l'embouchure du Mississipi, et les héroïques missionnaires qui partageaient leurs fatigues et lenrs dangers. Ensuite c'est Cook et ses savants com- pagnons, Cook dont notre compatriote Bougainville fut le digne émule. Dans les temps plus rapprochés de nous, les Français Freycinet, Duperrey, Dumont-d'Urville, l'Américain Wilkes,leâi Anglais Parry, Ross et Franklin, cherchant, avec la persévérance indomptable qui est le caractère de leur nation» un passage au nord de l'A- mérique ; les Russes Krusenstern et Lysianski, Kotze* bue, Lazarew, Lutke. N'oublions pas l'illustre Hum- boldt, qui a écrit la majeure partie de ses voyages dans notre propre langue, si bien qu'il a été considéré comme un savant français et qu'à ce titre il a été placé
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dans le musée historique de Versailles. Pour l'Afrique en particulier, la liste serait trop incomplète, si je n'ajoutais ici les noms de notre compatriote Vaillant, de Mungo-Park, de Clapperton, de Denham, des frères Lander, de Caillié, et de cette pléiade d'explorateurs tout récents qui ont été jouer leur vie dans ces contrées, où la violence du climat défie la race blan- che de montrer sa supériorité. Barth, Vogel, Burton, Livingstone, Speke, Baker, les frères d'Abbadie,Lejean, Combes, Tamisier et tant d'autres qui méritent bien plus que la mention éphémère que je puis faire de leur mérite et de leur dévouement. Mais quelle injustice ne serait-ce pas si l'on signalait comme ayant seuls fait avancer la géographie, les hommes qui ont parcouru la terre 1 Quelque infatigables qu'ils se soient montrés, quelque habiles explorateurs qu'ils aient été, ils ne sont pas les seuls qui aient des droits à nos hommages. II est aussi un géographe rendant des services considé- rables, c'est celui qui, rapprochant et remaniant les matériaux rapportés par les voyageurs, les complétant et les contrôlant les uns par les autres, dresse des cartes et publie des livres méthodiques au moyen desquels la science de la géographie se répand et tombe dans le vul- gaire. La France, l'Angleterre, TAUemagne, comptent un grand nombre de ces illustrations scientifiques, trop peu encouragées par le public. Ce qui se fait de travaux en ce genre est infini en ce moment, et dans les personnes qui me font l'honneur de m'écou- ter, j'en distingue plusieurs qui, à cet égard, méritent nos louanges, d'autant plus que leur modestie les re- cherche moins. Tout récemment, à ces travaux sont
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venus se joindre les publications météorologiques» émanées presque quotidiennement de l'observatoire de Paris et de celui de Londres, dont l'utilité pratique est déjà très-grand et s'accroît tous les jours. Les noms de M. Le Verrier et l'amiral Fitzroy les présentent ici tout naturellement à nos éloges, avec celui du capitaine américain Maury, dont les travaux météorologiques ont tant servi la grande navigation.
Dans l'état actuel des choses, la grande activité des recherches géographiques est dirigée sur les points suivants :
l** Un grand effort est fait vers le centre de l'Afrique. Des bommes généreux, d'une intrépidité sans égale, et avec eux, — il est bon de le proclamer, — quelques per- sonnes qui appartiennent à ce sexe qu'on est convenu d'appeler faible» quoiqu'il ne. le cède pas au sexe qua- lifié de fort, en zèle pour l'humanité, et qu'il l'emporte sur lui en dévouement, des voyageurs généreux et intré- pides se sont proposé de pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique, d'en étudier la configuration, d'en observer la religion, les mœurs, les usages. Ces voyages, héris- sés de tant de dangers, sont inspirés par la pensée de répandre les germes d'une civilisation meilleure parmi les infortunés rejetons de la race de Gham, afin d'ex- tirper dans sa racine la détestable institution de l'es- clavage, qui a vicié la constitution politique et sociale de plusieurs contrées où domine la race européenne ou caucasienne.
A l'occasion de ces voyages en Afrique, il m'est im- possible de ne pas rappeler ici que constamment vous les avez encouragés, que plusieurs ont été accomplis par des membres de la Société de géographie, et pour
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ne parier quie des derniers, que les explorations toutes récentes de M. Henri Duveyrier et de M. Mage en Afrique ont fixé l'attention de l'Europe.
2'' Une autre campagne organisée sur une grande écbelle, avec le concours plus ou moins armé des plus grands gouvernements du monde, ceux de la France, de l'Angleterre, des États-Unis, de la Russie, a pour objet de connaître, mieux que cela, de se rattacher, par des rapports étroits de commerce, les deux empires les plus puissants de l'Asie extrême, la Chine et le Japon. Il y a là plus du tiers de la population delà terre, formée d'hommes très-civilisés à quelques égards très-indus- trieux, d'une dextérité incomparable, ayant une littéra- ture à eux, des sciences qui leur sont propres, des cou- tumes méthodiques et des procédés que nous ignorons.
En joignant à la Chine et au Japon, comme je crois qu'il convient de le faire ici, Tlnde et le Thibet et quel- ques empires voisins, c'est la moitié du genre humain, cette moitié qu'on peut comprendre sous la dénomina- tion un peu élastique de la civilisation orientale, qu'il s'agit d'étudier et de mettre en relations suivies, en échange de productions et d'idées avec la civilisation occidentale, c'est-à-dire avec l'Europe et l'Amérique. Ici le caractère utile, le caractère commercial, le caractère politique y le caractère moral, apparaissent avec un éclat extraordinaire, en même temps que le caractère scien- tifique. Il y a lieu d'attendre des résultats magnifi- ques et éminemment heureux, d'un rapprochement entre les peuples composant la civilisation occidentale et cet immense foyer d'activité, cet inépuisable réser- voir d'hommes industrieux que renferme l'empire du Milieu, comme la Chine se nomme elle-même. Cette
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population économe, sobre, patiente, inratigable au travail^ ingénieuse, qui cultive si bien la terre, qui est si adroite à s'approprier les arts utiles, n'est pas seu- lement destinée à fournir à nos industriels un grand débouché, et à nous envoyer en retour des produits qui nous conviendront fort; elle doit devenir beaucoup ce qu'elle a déjà commencé d'être, une ressource iné- puisable pour les Européens et les Anglo- Américains dans leurs œuvres de colonisation qui sont devenues si vastes. On ne les a pas toujours traités, à beaucoup près, avec les égards qu'ils méritent, ces laborieux Chinois. Il y a môme, sous ce rapport, de tristes pages dans l'histoire contemporaine de la Californie et de l'Australie. Mais vous vous refuserez à croire, de même que moi, que ces deux grands peuples de la race anglo- saxonne, les Anglais et les Américains des États-Unis, ne viennent pas bientôt à résipiscence, de manière à faire un bon accueil à d'aussi bons auxiliaires. Le moyen de faire aimer aux Chinois nos mœurs et nos habitudes, afin qu'ils les imitent, n'est pas de les traiter comme des misérables parias qu'ils ne sont pas.
8** Deux États investis d'un territoire pour ainsi dire illimité, très-différents d'institutions politiques, et qui semblent appelés l'un et l'autre à un fort grand avenir, la république des États-Unis et l'empire de Russie, se livrent chacun chez soi à une exploration intelligente qui enrichit chaque jour le domaine de la science géo- graphique. L'un et l'autre ont fait des acquisitions ter- ritoriales très-considérables à l'égard desquelles on était dans une ignorance complète. C'est le champ sur le- quel se portent leur industrie et leurs explorations géo- graphiques.
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L'avancement de la géographie a, de nos jours, des encouragements plus étendus que jamais et de genres très-divers. En premier lieu, les moyens de locomotion sont extrêmement perfectionnés. Le chemin de fer sur les continents, le navire à vapeur sur les mers, donnent des ailes à la science comme au commerce. Des isthmes, qui étaient des obstacles au transport des hommes et des choses, sont tranchés ou vont l'être par la main des ingénieurs. L'isthme de Suez tardera peu à être ouvert; l'isthme américain, où cependant le canal maritime qui serait le pendant du canal de Suez n'existe qu'à l'état de projet fort nuageux encore, aura certaine- ment le même sorl à son tour. Dans ces données nou- velles, ce ne seront plus des individus isolés, des exceptions par leur audace, ce seront des myriades d'hommes qui aideront à l'exploration de la terre et par cela même au progrès de la géographie.
Une autre force, celle-ci de l'ordre moral, et par con- séquent d'un ordre supérieur, donnera une impulsion énergique à cet avancement. Depuis un siècle bientôt, un esprit nouveau souille sur le monde ; c'est le double esprit de la liberté et de l'égalité, jumeaux inséparables Tun de l'autre au gré des nations modernes. Sous celte puissante inspiration, les efforts des individus et des sociétés ont une intensité irrésistible. Les hommes abondent pour faire des recherches même périlleuses, et celui qui succombe laisse dix émules heureux de le remplacer. . . Uno avulso non déficit aller.
Sous cette même impulsion, les nations civilisées cessent d'attendre toutes choses de leurs gouverne- ments, et il faut ajouter que c'est pour ceux-ci un sou- lagement bien opportun. Disposer de tout semble un
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doux privilège; il semble qu'ainsi l'on soit assimilé à la grandeur et à l'autorité de la divine Providence ; mais avoir à faire tout est un bien pesant fardeau, et il y a tant à faire dans les sociétés actuelles, que la tête la mieux organisée et Fesprit le plus actif ne sauraient y suffire. Les associations scientifiques comme la nôtre ont ainsi été appelées tout naturellement à prendre une certaine initiative ; elles se sont mises à provoquer des entreprises de leur compétence en assumant la responsabilité d'en fournir la dépense matérielle. A cet effet, elles adressent au public des appels auxquels le public s'empresse de répondre. L'Angleterre et T Al- lemagne pourraient en citer des exemples remarquables. Nous en faisons nous-mêmes Texpérience avec succès pour un voyage à entreprendre dans l'intérieur de l'Afrique. Vous savez que la souscription que nous avons ouverte pour cet objet réussit parfaitement.
Dans un instant, un des membres du Comité vous fournira à cet égard des détails qui ne peuvent man- quer de vous intéresser vivement. C'est la première fois que la Société de géographie fût une pareille tentative, et elle a grandement lieu de se féliciter de n'avoir point désespéré du public français. Si j'osais m' approprier, en les modifiant un peu, les paroles d'un grand ora- teur Je dirais, comme le général Foy , qu'il y a de l'écho en France toutes les fois qu'il s'agit d'une idée géné- reuse qui touche au progrès d'une partie au moins du genre humain.
XIII. JANVIER. 2.
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RAPPORT
SDB
LES TR4VAIIX DE LA SOCIÉTÉ DE fiÉiKiRAraie
ET $C%
LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES
pt^DA^T l'année 1866
w k l'amisbue cÉstmiLi Dr 14
PAR M. V. A. BARBIE DU BOCAGE.
S«(réUire adjoiat 6e la Onuùssàoa ceatrale.
Messieurs,
Chargé de remplacer auprès de vous, dans cette séance solennelle , notre secrétaire général , auquel des raisons de santé n'ont pas permis de s'occuper, cette année, du compte rendu des travaux de notre Société et des progrès des sciences géc^raphiques qu'il avait la missioQ de vous faire , je réclanœ votre indulgence à plusieurs titres. Je prends pour la pre- mière fob la parole devant une aussi imposante ^assem- blée, je viens après lui, et les circonstances m*ont mesuré le temps que j'sd pu consacrer au travail que je vais vous lire.
En commençant, messieurs, et en cela je suis pleine- ment dans mon sujet, qu'il me soit penms de rendre hommage à celui dont j'occope provisrânement la place. Vous connaissez tous les travaux aossi nombreux
qu'utiles de M. Malte^Bruu. Le nom qu'il porte était déjà une des gloires de la géographie ; la t&che qu'il lui impose est lourde, vous savez aussi bien que moi clau9 quel$ termes il 1^ remplit, Chaque pag^ de notrç Bulletin porte la trace de $^6$ patientes études, il s'y trouve peu de cartes où sqq ngm nQ figure ; mais, pour se rendre bien compte de son zèle, il faut penser qu'il rédige aus^i les Annales des voyages^ ^i qu'il a su créer avec un grand nombre de géographes étrangers des rapports dont nos public$^tiops recueillent inçes- swimQnt Iqs fruits.
AFRIQUE.
Pepuis la grande époque du passage du cap de Bonne-Espérance et de la découverte de l'Amérique, l'histoire ne compte aucune période plus fructueuse pour la science que vous afieçtionnejs, messieurs, que le demi-siècle qui vient de s' écouler. Le§ découvertes fiâtes depuis soixante ans, h l'intérieur des continental ont mis à la portée de l'homme civilisé la seconde moi- tié de 8Qn domaine* Certes, le xjx'' siècle a vu, dans tous les genres, s'accomplir d'immenses progrès ; mais je crois qu'aucune branche des connaissances humaines n'en a tant fait que la géographie* Que de continents ouverts depuis soixante ans , que de déserts tr^verséa que nos pères réputaient inabordables, que de mon- tagnes in^^^cessibles dont on ^ franchi les cols les pins élevés; mais, par-dessu; tout cela,, quelle luxueuse pianifestatien de la bonté de 1^ Providd^ee dans c«s réyélatiQM de cpntréçp fertiles epupée» de» fleuves n*r.
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Vîgables, parsemées de lacs vastes comme des mers! Certes, messieurs, la renommée est grande, dès aujour- d'hui, de ces voyageurs qui, pour avancer la science, bravent tous les dangers; mais combien plus digne d'envie sera-t-elle au jour où le laboureur paisible tracera de profonds sillons sur les bords du Zambèse ou de rOgowaï; au jour où de populeuses cités s'élèveront sur les rives du haut Nil ou du Niger. Alors» messieurs, les Caillié, les Barth, les Vogel, les Livingstone auront des statues dans le centre de cette Afrique que leurs patients labeurs auront ouvert au christianisme, à la civiUsation, comme en ont aujourd'hui les Colomb et les Gama qui, jadis, nous ont ouvert l'Amérique et les Indes.
Mais, à côté de ces illustres, il y a place encore pour beaucoup d'honneur, et ce sera votre lot, à vous mes- sieurs, qui les avez encouragés par tous les moyens, qui vous êtes faits leurs interprètes, leurs justes appré- ciateurs ; à vous, dont les travaux donnent un nouveau lustre à la science géographique , à vous qui popula- risez les grandes découvertes.
L'année 1866, où s'est arrêté M. Malte-Brun dans ses comptes rendus, bien que surpassée par quelques- unes des précédentes, aura sa part dans les annales dont je viens de vous entretenir. L'hydrographie du Sahara a récemment fourni à l'un de nos collègues, dont le nom nous est cher à tant de titres, M. Henri Duveyrier, le thème d'un nouveau travail publié dans les Armales des voyages. Il s'agit d'une de ces discus- sions scientifiques où la géographie n'a qu'à récolter. M« Duveyrier répondait à M. Gerhard Rohlfs, autre
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voyageur bien connu de vous pour son exploration, en 1863, au Touât et à In-Çâlah (1). M. Rohlfs parcourt encore en ce moment les plaines brûlantes du grand désert d'Afrique ; mais, pour la seconde fois, il a dû renoncer à gagner Tombouctou, dont la route lui est fermée par l'état de guerre des indigènes, et, aux der- nières nouvelles, il se dirigeait sur le Waday, avec l'espoir d'un sort plus heureux que Vogel, dont il pense retrouver et les traces et les documents.
Parmi les travaux géographiques, ou les récits de voyages sur l'Afrique septentrionale qui doivent trou- ver place dans ce rapport, il importe de citer l'ouvrage qu'a publié M. de Flaux, sous le titre Ae Régence de Tunis au xix*» siècle : M. de Flaux a pu vaincre les obstacles qui, dans la Tunisie, arrêtent si souvent les explorateurs ; il a triomphé des scrupules d^une popu- lation fanatique et jalouse ; aussi a-t-il bien vu et fait- il bien voir au lecteur.
Tandis que les Anglais, pour soulever le voile qui, naguère encore, couvrait presque tout le continent africain, se sont particulièrement attachés aux pays du haut Nil ou à TAfrique australe, vous le savez, mes- sieurs, nos compatriotes, obéissant à une intelligente et haute impulsion, ont pris la région du Sénégal pour théâtre de leurs travaux. Là, nous sommes sur un terrain réellement français, où chaque pas en avant favorise à la fois et les progrès de la science et ceux de notre domination. Nos officiers l'ont compris, et
(t) Voir dans les Annales des voyages le résumé historique etgéo- graphiqoe de cette eiploratioD, publié par M. Malte-Bma, diaprés le docteur A. PetermaoD, mai. Juin, juillet 1866.
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longue est la liste de ceux d'entre eux qui^ par dévoue- ment pour leùi'drétpeaU, pouf sa gloire etpôiir laleut*^ ont fait jplus que leur devoir. Je me eers de cette ex» pression» car elle me semble ici la plus appropriée: quand Tbonneilr militaire demande la vie d'un officier^ il la donne sans mtirmurer^ c'est son devoir ; mais, quatid l'honneut^ étant complet, on demande plus encore à cet officier, quand on lui demande d'accepter volontaire- ment d'immenses fatigues, la faim ^ la soif^ la misère, de longues années de détention, et quelquefois la mort au bout du chemin, car tel est trop souvent le sort des voyageui^s dans l'Afrique intérieure, accepter, je le répète, o'e^t faire plus que son devoir, e^est acquérir un droit au respect de tous! Je parie de MM. Vincent, Bourrelé Lambert, Brat>tté2ec, PasclU> el en&n^ de MM; MageetQuintin, qu'il y a peu de jours vous féli- eitiez de leur heureux retour.
M. le général Faidherbe, dont le nom est désormaiis iiiséparable des explorations ^scientifiques accom[4ies daus la Sénégambie^ a publié den^ièrettieiit, dans la Revue maritime et cèhniaie^ À pl:t)poS du voyage de MM. Mage et Quintin, une céurt^ notice, où il donne, sur Tétat politique du. {^ys, des tnenseignements pré* eieuK. D'a^s lui, c'est la race ^ul^ connue sous le nom de Toucoulean depuis son croisement avec les races Ouotof et M«M^Dgue^ ^ui domîM dans l'Afrique ooctdentalei AidéÀ par un commencement de civilisa- tion-, et pousMs par le fMatisAne religieux ^u'on trouve toujours chez les Musulmans récemment convertis, les Pouls ont fondé deux ^ands empires : l'un entre le Niger et le lac TcIhmI, vers la fin du xviir mëcle, eut
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pour créateur le marabout Othmâtt-dan-Fodiè ; 1* autre, assis sur le haut Sénégal et le haut Niger, doit sôtt existence au plus vigoureux ennemi que nous ayônd rencontl-é danâ ces parages, au célèbre-El-Badj-Omar, qui, vaincu par ttous, tourna ses armes contre léâ indigènes. En 1862, le pays qu'il avait conquis, dit M. Faidherbe, ne mesurait pas moins de 80 000 lieues carrées ; TomboUôtou même lui obéissait. C'est à ce tetrible potentat, dont l'empire touche à nos posseâ- sîons, que furent envoyés MM. Mage et Quintin. Le but de leur vbyage était à la fois d'étendre nos relations commerciales et nos connaissances géographiques. Des fatigoes et des dangerà sans nombre attendaient nos explorateul'â. Parvenus à Ségou le 28 février 1864, ils trouvèrent cette ville gouvernée par Ahmédoù-eK Mekki, fils d^El-Hadj-Omar. Ce deruîèr, parti pout* réprimer une des nombreuses révoltes qui menaçaient incessamment sa domination, venait d'êtte tué. La mort du fondateur de l^empirë eut pour résultat na- turel d* encourager rinsutréctîoU ; aussi là route entre SêgoU et le Sénégal fut-elle fermée, et leâ Voyiâ^eurâ restèreut-ils saUs communicatiôUs avec nos établisse- iuents, au point qu^ou les crut morts. Deux fois M. Mage, pout- se concilier lès bobneâ gfàôes d'Ahmèdou, dut lui prètef le secours de soU épéé, taudis que M. Quintin, chirurgien dô marine, mettait son art au service de seâ blessés. La seconde fols mètae, M. Mage fUt légère- ment frappé en entrant des premiers dans le village attaqué. Cette sltUatlôU, pleine d* angoisses, où l'isole- ment, la maladie, leâ privatiooâ eussent découragé de moins intrépides, dura deux ans et tiDls mois; le
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»
7 juin 1866 seulement, Âbmédou fit reconduire nos officiers au poste français de Médine; il leur fallut, pour s'y rendre, vingt journées de marche et une escorte de AOO cavaliers. Bien qu'arrêtés dans leurs projets, MM. Mage et Quinlin ont pu remplir la partie politique de leur mission, et nous savons, d'après le court récit que M. Mage en a donné dans une des der- nières séances de votre Commission centrale, que leur long séjour au milieu des populations africaines leur a permis de faire toutes les observations scientifiques qu'on était en droit d'attendre de voyageurs aussi ex- périmentés.
La géographie a, comme toutes les sciences, un côté essentiellement pratique : en faisant connaître la confi- guration de la surface du globe, elle indique les points où il est avantageux aux commerçants d'établir leurs comptoirs ; elle montre aux hommes d'État quels sont les éléments de prospérité qui les engagent à créer des colonies sur telle ou telle partie des continents encore inoccupés. Les voyages entrepris le long des côtes par nos officiers de marine ont souvent pour but d'éclairer ces questions, et je pourrais vous citer un grand nombre d^études de ce genre, dont les conclusions ont été les premières attaches d'une des branches de notre pros- périté nationale. C'est le récit d'un voyage exécuté dans nos établissements de la côte d'Or, par M. le lieutenant de vaisseau Desnouy, commandant l'aviso à vapeur C Archer^ qui ramène mon esprit vers ce but pratique de la géographie. Cette narration, publiée dans la Revue maritime et coloniale (1), contient sur
(1) Novembre.
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chaque village, sur les routes qui y conduisent de Tin- térieur, des renseignements précieux. C'est, à propre- ment parler, un tracé des débouchés commerciaux actuels et de l'avenir réservé à nos comptoirs des grand et petit Bassam et d' Assinie. Vous vous souvenez sans doute, messieurs, d'avoir entendu, il y a quelques mois, dans une des séances de notre Commission cen- trale, le touchant récit que nous fit le Père Borghero de la vie et des travaux des missionnaires de la côte de Guinée; il semblait, à l'entendre, et sa modestie l'em- pêchait de tout dire, qu'un Européen dût fuir pour toujours ces pays fiévreux. Valeureux soldat du Christ, il est cependant retourné à son poste. 11 y a peu de mois, il envoyait et dédiait à M. d'Avezac une bonne carte de la côte des Esclaves, ainsi qu'une notice explicative qui ont trouvé place dans votre Bulletin (1) .
L'établissement français du Gabon et les contrées voisines appellent celte année votre attention d'une manière toute particulière. Vous venez de décider, messieurs, qu'un grand voyage de découverte serait entrepris sous votre patronage, et le but que vous vous proposez d'atteindre par cette exploration est d'arriver à connaître les pays, qu'un Européen n'a jamais traversés, qui séparent le Gabon de la région du haut Nil, ou des grands lacs récemment découverts par Burton, Speke, Grant et Baker. Vous voulez inscrire un nom français de plus dans cette liste déjà longue des découvreurs de l'Afrique ; c'est une noble
(1) Juillet. CitoDS aussi, comme cootenae dans notre numéro de novembre, une note de M. Béraud sur le Dabomé.
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tâche, et vos concitoyens, chez lesquels rhoiltifeWr national trouve toujours nn écho» l'ont jugé àîttsî, puisque chaque jour aide à notre œuvre par des sous- criptions nouvelles. Il ne faut pas se dissimuler cepen- dant qu'un Anglais, M. Walker» qui voyage dâhs ces régions, sous les auspices de la Société géographique de Londres, aura, sur votre voyageur, une avance de plue d'une atinée (1). M. Du Chaillu, auquel son cou- rage et son opiniâtreté ont donné de la célébrité, avait compris, dès avant votre récente décision, l'importance géographique d'une exploration qui relierait TAtlân-^ tique aux grands lacs de l'Afrique intérieure. Parti d'Ati- gletei're au mois d'août 1863, il raconte qti'il se rendit à l'embouchure du Fernan^Vaz, large cours d'eau, peu distant de notre colonie du Gabon et qui se jette dans la mer^ au sud et non loin de l'Ogov^at. RetaMé parla perte de ses instruments, il perdit, à l'embouchure du Fernan-Vaz, un temps précieux, puis, enfin, atteignit à 177 kilomètres dans le fleuve la capitale du pays d' Achira et, enfin, les cataractes de Samba Nagoshi, à 80 kilomètres au N.-N.-E. du principal village d' Achira. La limite de son premier voyage était dépassée. Après avoir traversé les rivières Ovîgui et Rembo, il parvint au village de Suba, dans la tribu des Avia, au delà de la région des rapides et des chutes. Le spectacle de ces grandes cataractes est un des plus imposants que pré- sente l'Afrique aux yeux des explorateurs. Revenu au pays des Achira , Du Chaillu entreprit une nouvelle pointe à 64 kilomètres dans Test-sud-est, jusqu'au vil-
(I ) Définis que cw Ugiics sont écriles, ou a A\\pth que le voyage de M. Walker avait échoué.
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lage de Mayblo ; puis, de là, ûh allant directement Verâ l'est, aii pètys des Àthàtigo, ddlit tin dfes villages, celui de MoDgo, se trouve àîtué, d'après reslimation du voyageur, à 426 kilomètres de l*embouchure dû ÎPer- nan-Vaz et par 753 mètres d'altitude. Lepayspàrcôutu parait être essentiellement pluvieux et présente Une succession de collines d*une direction générale nord el sud qui s'élèvent de plus en plus. Le village de Mouaou Kombo, à 708 kilomètres du Femati-Vâi, fut le point extrême atteint par le voyageur. Une querelle survenue entre les gens de son escorte et les indigènes souleva la population, et il fut forcé de rétrograder. t)ans les premiers moments de sa retraite, il eut à soutenir uti Véritable combat : il fut deux fois blessé et , pour comble de malheurs, ses porteurs épouvantés , pour se sauver plus vite, jetèrent, sur le champ de bataille, ses tîollectlons , ses instruments, ses photographies, qui Furent irrévocablement perdus. C'est à la fin de septembre seulement que M. Du Chaillu rejoignit le Rio Fernan-Vaz.
La graude nation des PahouinSi qui habitent sur les bords de la rivière Como, principal affluent du Gabon, et qui nous est dépeinte, par les voyageurs et officiers de marhie qui ont péttétré sur leur territoire, comme une race adonnée à l'agriculture et au commercé, vient d'envoyer à Tamiral Fleurîot de Lârigie, commandant la station des côtes occidentales d'Afrique et ttotre col- lègue, une députation chargée de lui demander l'auto- risation de se rapprocher de la mer et dé s'établir sur le territoire de notre colonie. Ils se proposefat d'envoyer leurs enfants à l'école des mîssiohnairéS. L'établisse-
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ment du Gabon ne peut que gagner à ce voisinage, et rinitiation à la vie civilisée d'hommes qu'on dit géné- ralement grands, forts et intrépides chasseurs, favori- risera, par la suite, nos relations avec l'intérieur du continent.
En continuant à suivre vers le sud le rivage africain, je dois rappeler que notre Bulletin renferme cette année, sur les colonies portugaises de cette région, une notice de M. Bourdiol, que nous avons tous lue avec intérêt.
Plusieurs changements viennent d'avoir lieu dans la géographie politique de l'Afrique australe. Vous savez, messieurs, combien le guano naturel est devenu pré- cieux pour l'agriculture dans toute l'Europe. L'amener à bon compte sur nos marchés est, aujourd'hui, un des buts les plus sérieux que doivent se proposer les gou- vernements; aussi, n'avez-vous pas été étonnés d'ap- prendre que l'Angleterre vient de réunir, à sa colonie du Gap, une série de petites îles couvertes de cette précieuse matière. Elles se trouvent situées dans l'At- lantique, le long du pays des Namaquas, entre les 25'' et 27* degrés de latitude sud.
La république d'Orange vient de faire, sur les Bas- soutos, ses voisins, une importante conquête : il s'agit d'une région grande comme la Gafrerie britannique, où ses habitants, les courageux Boêrs, descendants des colons hollandais, pourront cultiver le blé et les cé- réales que le sol de leur pays se refuse à produire. La colonie anglaise de Natal s'est annexé, sur ses limites méridionales, un territoire évalué à 900 milles carrés, auquel on a donné le nom de No man's landy sous le
prétexte qu'il n'appartenait à personne, un certain temps s' étant écoulé entre la cession par le chef indigène et l'acceptation par la reine d'Angleterre. La contrée est boisée, abondamment pourvue d'eau, et propre, sur la côte, aux cultures des pays chauds ; dans les monta- gnes de Fintérieur, elle admet celles des zones tempé- rées. La Société a reçu, cette année, une très-bonne carte en quatre feuilles, de la colonie anglaise de Natal : c'est celle du capitaine Grantham, revue et augmentée par le colonel sir Henry James.
Dans les mêmes parages, une autre république, sœnr de rÉtat libre d'Orange, attire encore notre attention : c'est celle du Transvaal. La direction des consulats et affaires commerciales nous a communiqué, à ce sujet, au nom de S. Ex. M. le Ministre des affaires étran- gères, une importante notice, que vous avez insérée dans votre recueil. On vient, dit-on, d'y découvrir des mines d'or qui appelleront sur elle l'attention des émigrants européens. Ils y trouveront aussi de la houille à fleur de terre, et si facile à prendre que les Boërs, après les grandes pluies, viennent, le long des torrents, ramasser les morceaux que les eaux ont détachés du haut pays et précipités dans la vallée.
Aux dernières nouvelles, le bruit de l'existence des ruines d'une grande ville, entourée de murailles, con- struite en pierre, et renfermant un grand nombre de statues d'hommes et d'animaux, également en pierre, courait à Port-Natal. Cette cité problématique des vieux âges se trouverait au nord de la baie da Lagoa et du fleuve Limpopo, qui forme une partie de la frontière de la république de Transvaal. Une expédition, com-
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posée de missionnaires allemands, aurait tenté, mais en vain, de vérifier le fait. Les indigènes se seraient op- posés à son passage, Espérons que ces explorateurs n'en resteront pas là, U serait assurément bien curieux de retrouver, au centre de l'Afrique aqstrale, les restes d'une civilisation avancée.
Au nord des colonies anglaises de Port-Natal et des républiques d'Orange et de Transvaal, on entre dans une vaste région, qu'on pourrait appeler la Living- stonie. Jamais couronne ne fut mieux méritée ; le cours immense du Zambèse, celui du Chiré, les lacs Chirwa et Nyassa sont des fleurops qui ne dépareraient pas le front d'un roi ; cependant Livingstone , le courageux explorateur, n'est pas encore satisfait ; sa vie entière sera consacrée à la grande œuvre dont il s'est fait l'ouvrier. L'année 1866 le retrouve dans cette Afrique australe, dans ce pays qu'il dit être riche comme Tlnde, avec un climat plus sec et, par conséquent, beaucoup moins meurtrier. Il se propose, cette fois, d'explorer, à l'ouest du lac Nyassa, le cours delà Rovuma, qu'il a déjà remontée jusqu'à 150 milles de son embouchure; puis celui de la rivière Loapula, qui forme plusieurs petits lacs, avant de se jeter dans le grand lac de Tanganyka, découvert par Burton et Speke, «Il est pos- sible, disait-il, il y a quelques mois, dans une réunion tenue à Bombay, dans le local de la Société orien- tale, que les eaux du Tanganyka s'écoulent comme celles du Victoria-Nyanza, dans le nouveau lac Albert- Nyanza, découvert par Baker. Dans ce cas, le Tanga-
(i) Septem|>re 1866.
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nyka ou» du moiDS, un de ses affluents, serait la se- conde des grandes sources du Nil.»
Vou$ voyez, messieurs, quel service le nouveau voyfige de Liviogstoue doit i^udre à la science géogra- phique. L'assemblée devant laquelle ces projets furent exposés en coippritr importance, car une souscription, destinée aux frais de cette entreprise, produisit, séance tenante, une somme de 3000 roupies (7000 francs) .
Dans une de ses dernières séances de 1865, la Société royale géographique de Londres s'est occupée d'une contrée avec laquelle les relations devraient être le privilège presque exclusif de la Société géographique de France, parce que son passé est français et que ses destinées semblent noua avoir été confiées, parce que nos nationaux Tout étudiée les premiers, et que les premiers nous avons fait de nobles efforts pour Tinitier à la civilisation ; parce que, depuis la prise de posses- sion faite en 16/i2, sous le ministère du cardinal de Richelieu, nul autre que nous n'y a possédé un coin de terre et n'a le droit d'en posséder (1). 11 s'agit de la grande tle de Madagascar, qui vient d'être explorée sur deux points : d'abord par le capitaine Rook, qui a visité la zone de terres basses et de lagunes qui s'é- tend le long de la côte orientale; ensuite par le docteur EUis, qui a parcouru la province centrale d'Ankova, où sont concentrés les Hovads, et dans laquelle se
(1) Nous saisissons ici ToccasioD de rappeler ce que nous avons dit dans le sein de la Commission cenlrale : c'est indûment que sur les cartes anglaises et certaines cartes françaises , le port Louquez, ao nord de la C6te orientale, est marqué comme appartenant aux Anglais. Us ont reconnu eux-mêmes n'y avoir aucun droite et ils nous roDt ofûciellement rendu.
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trouve Émirne, la capitale du pays et la résidence de la reine.
Si nous voyons quelquefois revenir les hommes cou- rageux qui jouent leur vie pour favoriser l'extension de la science, combien en est-il dont nous déplorons la fin prématurée! Gomme d'autres années, 1866 aura ses victimes, et l'Afrique, qui nous en a tant pris, de ces braves, comptera, dorénavant, quelques morts de plus; bientôt, nous connaîtrons les secrets qu'elle cachait aux âges précédents , mais à quel prix ! Les derniers comptes rendus vous avaient fait connaître, messieurs, le départ pour l'Afrique orientale de M. le baron Charles Colas von der Decken ; je viens vous dire aujourd'hui quelle fut la triste fin d'une expédi- tion entreprise avec toutes les chances de succès, et dont rien ne pouvait faire prévoir le dénoûment tra - gique.
M. de Decken qui, deux fois déjà, en 1860 et en 1862, avait exploré la partie du continent située entre Zanzibar (1) et le lac Victoria-Nyanza, voulait compléter ses recherches. Il espérait terminer la reconnaissance qu'il avait faite précédemment du mont Kilimandjaro et porter ses pas jusqu'au mont Kénia, le second de ces grands pics d'où sortent probablement les aflluents orientaux du lac Victoria-Nyanza, et qui sont assez élevés pour que les feux mêmes de Téquateur n'en puissent fondre les neiges. M. de Decken, décidé à
(1) Notre BulleUn de novembre reoferme, sur Ptle de Zanzibar, une monographie pleine d'intérêt due à M. Jablonski, drogman, chan- celier du consulat. (Communication du Ministère été affaires étran- gères.)
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remonter la Djuba, qui se jette dans l'Océan sous cette latitude et lui offrait un chemin vers l'intérieur, par- tait donc avec deux navires à vapeur : l'un, le Welf^ mesurant 120 pieds de longueur et calant 3 pieds 3/A; l'autre , le Passe-Partout, destiné à éclairer la route. C'est le 80 juillet 1865 que cette flottille arriva en vue de la barre de la Djuba, où l'attendait le baron, qui venait d'explorer l'entrée du fleuve. Pour franchir l'obstacle, on avait attaché le petit vapeur au grand ; mais, au moment du passage, lorsque le Welf avait déjà pénétré dans la rivière, les câbles se rompirent, le Passe-Partout fut poussé vers la haute mer et sombra, entraînant avec lui l'ingénieur hanovrien Hitzmann, qui n*avait pas voulu l'abandonner, et qui périt victime de son dévouement. Son corps même ne put être re- trouvé. C'étaient là de tristes commencements! Les explorateurs ne perdirent cependant pas courage, et, le 19 septembre, après un mois de navigation sur la Djuba, on les retrouve à Berdera, bourgade indigène de quelque importance. Leur voyage avait été des plus pénibles, car le Welf était trop long pour tourner facile- ment au milieu des bancs et des récifs qui obstruaient le cours du fleuve et, surtout, il demandait une trop grande profondeur d'eau. Bien que les habitants prétendent que le fleuve devient plus navigable dans le haut de son cours, c'est en sortant de Berdera que l'expédition rencontra les plus grands obstacles. Le Welf échoua, le 26 septembre, à A ou 5 milles alle- mands au delà de cette ville. Le malheur paraissait irrréparable avec le peu de moyens dont disposait M. de Decken. Le navire s'était fendu et 3 pieds d'eau xm. XA1IVIER.3. 3
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avaient pénétré dans sa cale; aussi, le baron, accom- pagné du docteur Link et de quelques-uns de ses noirs, retourna-t-il en canot chercher des secours à Berdera, laissant à M. de Schickh la garde du Welf et celle du camp établi sur la rive droite, où Ton avait débarqué le matériel. Ce côté du fleuve appartient aux Galla, qui s'étaient montrés favorables à l'expédition; l'outre est la propriété des Somalis, dont il y avait tout à re- douter. On était donc séparé de ces derniers par le fleuve, et quel fleuve, un pavé de crocodiles 1 On devait se croire en sûreté, lorsque, le dimanche 1" octobre, les Somalis parurent sur la rive gauche, voulant en- tamer des négociations : elles furent repoussées. Pen- dant ce temps, une autre de leurs bandes passait le fleuve à quelque distance et venait attaquer le camp- sur la rive droite. «En promenant mes regards vers le côté inférieur du camp, dit M. Deppe, un des compa- gnons de l'infortuné Decken, je vis trente ou quarante indigènes qui arrivaient au trot, sans bruit, brandis- sant leurs lances au-dessus de leurs têtes. Aussitôt je crie : a Une attaque 1 des fusils ! d Je saisis quelques carabines chargées et me rends en toute hâte au lieu du combat. Arrivé là, je vois un Européen, M. Trenn, tomber et rouler à terre. Nous autres nous ouvrons un feu bien nourri. Je recule pour rejoindre Brenner le chasseur, qui, muni d'un fusil à culasse, était en état de tirer coup sur coup. Malheureusement, les munitions dont je disposais étaient épuisées; et, en ce moment, j'éprouvais, je l'avoue, un certain malaise qui m'avait été inconnu aussi longtemps que j'avais possédé une balle. Le chemin de la tente aux munitions était à peu
( 35 ) près libre, bien que les indigènes se montrassent der- rière elle, et à peu de distance. J'y cours; j'ouvre une tonne à munitions et je m'empare de quelques paquets de cartouches. Par malheur, les capsules de ce baril, déjà ouvert une autre fois, avaient été portées dans une tente bloquée par les indigènes, A peine revenu en plein air, j'aperçois un Somali à huit ou dix pas de moi, qui se prépare à me jeter sa lance. A l'instant, je couche en joue, la carabine non chargée ; j'avance d'un pas, en criant : hourra! et le nègre, distrait par cette manœuvre, manqua son coup; sa lance s'enfonça dans une planche sous mes pieds. J'avance encore d'un pas et le nègre se retire. Au même moment, je vois un second indigène, armé d'un arc et de flèches, qui, pro* tëgé par quelques palmiers et des basses broussailles, avait pu me suivre furtivement, et qui est sur le point de m'attaquer par derrière. Je répète la manœuvre, et cet ennemi aussi se laisse tromper et se retire. Efl^rayés parle grand nombre de leurs morts et de leurs blessés, les Somalis renoncèrent, pour Tinstant, à la continua* tion de l'attaque. »
Dès le commencement du combat, les nègres de l'expédition s'étaient enfuis. On parcourut alors le champ de bataille; M. Trenn était bien mort et, avec lui, M. Kanter, le machiniste autrichien. Ce dernier avait dans le dos une large blessure. Comme les agresseurs avaient été reconnus pour être de Berdera, on pensa que MM. de Decken et Link avaient été également assassinés ; et, comme les Somalis prépa«- raient une nouvelle attaque, on dut charger dans le grand canot les munitioDs, les vivres» les objets de
( JB)
valeur et les papiers, el redesceodr"? le fleuve pour porter à Zanzibar la nouvelle du désastre, et chercher des secours, s'il en était temps encore. Les cinq Enro- péens survivants et huit nègres qui atontaîeni cette embarcation mirent quatre noits et cinq jours ponr arriver à l'embouchure de la Djuba. A la fin d'octobre seulement ils parvinrent à Zanzibar; là, s' étant reposés quelques jours, et ponrvus de nouveaux vivres, ils repartirent pour le nord, à la recherche de Deckenet de son compagnon : mais, bieulôt, ils renconlrërent un des nègres qui avaient suivi le baron, et apprirent de lui que ces deux malheureux avEÛent été assassinés peu de temps après l'attaque du camp. Onze autres nègres ont, depuis, certifié la triste fin du chef de l'expédition, bien qu'ils prétendent, pour la plupart, n'en avoir pas été les témoins. Le fait est plus que probable, miùs la certitude absolue fait encore défaut. Espérons dans les elforts tentés maintenant par le consul anglais de Zanzibar el, dit-on. par un autre voyageur allemand, qui se rend dans ce but à Berdera. D'après les derniers rapports, ce voyagenr ne serait autre que M. Breiiner le chasseur.
ASIE.
Messieurs, si de l'Afrique, dont la plus gi-ande partie forme un monde relativement plus nouveau que celui auquel nous avons l'habitude de donner ce nom, nous passons au vieux monde asiatique, un spectacle tout dilTérent, mais dont l'intérêt est nu moins égal, s'offre à nos ynux. IJi. encore, le xix* siècle aura de longues
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pages dans Tbistoire. Eq Afrique, nous assistons à la lutte de la civilisation moderne contre une nature vierge; en Asie, nous voyons les Européens attaquer de front, et sur un immense pourtour, les restes de civilisations plus vieilles que la leur, mais dont l'excès a, dès longtemps, causé la décadence. Bien des faits des annales européennes passeront, mais notre grande gloire sera d'avoir essayé de rendre à l'Asie cette civi- lisation, dont jadis elle nous avait transmis les germes. Ce que la science gagne à une pareille œuvre, vous le savez du reste. Quand la Russie, l'Angleterre et la France concentrent leurs efforts vers un but commun, il est difficile de douter du résultat ; cela devient impossible, lorsque ces efforts tendent à sortir de la barbarie la moitié de l'espèce humaine, à étendre les bienfaits du christianisme. C'est alors une croisade où la Providence marche à leurs côtés. Une lutte s'est établie en Asie, entre les grandes nations de l'Occi- dent, mais une lutte digne d'éloges où il ne doit y avoir que des vainqueurs; les Européens y étendent leur puissance^ et s'ils en usent, comme Je dit Bossuet, c( pour le bien du monde » , les Asiatiques y gagneront cette vie sociale, cette sécurité et ces hautes aspira- tions qui leur font défaut.
En Asie, les Russes reculent chaque jour les limites de leur domaine, soit au centre par la Tartarie indé- pendante, soit au nord par la Sibérie et le bassin de l'Amour ; encore quelques années et ils seront en con- tact avec les Anglais qui viennent du sud par l'Hindous- tan et le bassin de l'Indus. Les premiers en sont encore (I la période de conquête, et la géographie fait à leur
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suite des pas de géants ; grâce à eux, nous saurons bientôt les grands traits de ce continent que les Orien- taux se refusaient à nous laisser pénétrer. Les seconds sont entrés dans la période de défense de leurs vastes colonies de Tlnde ; défense au dedans, défense à la frontière, d'où ressort pour eux la nécessité d'aborder la géographie exacte, la géographie des détails. Le temps des grandes découvertes est passé, c'est la géo- désie, la topographie sur lesquelles rouleront désor- mais leurs études. La nation française est la troisième qui ait pris pied dans l'extrême Orient. Ses vues sont moins étendues, mais elle y a le noble rôle de défen- seur du christianisme et de la civilisation. Victorieuse en Chine, elle n'y a demandé que la place pour quel- ques églises et le droit d'étudier. De la Gochinchine elle peut, participant de l'un et de l'autre, fourair à la science des faits nouveaux sur des pays entièrement inconnus et relever avec soin la contrée sagement res- treinte où elle s'est établie.
Dans le Turkestan, l'empire du txar s'étend désor- mais sur les rives du Sir Daria ou Yaxartes, qu'a ré- cemment remonté l'amiral BoutakofT, de l'Amou-Daria ou Oxtis^ et bientôt, si ce n'est déjà fait, le drapeau russe flottera sur les villes autrefois célèbres de Bou- khara, Samarcand et Khokand.
De récentes découvertes de mines de houille sont appelées à donner une vie nouvelle à ces pays jusqu'ici privés de combustible, que leur position sur le chemin de l'Europe appelle à de hautes destinées (1). Dans
(1) Il vient de paraître, en Russie, une carte de l*Asie centrale faite à l*échelle de centyerstes aa pooce. Elle sort des ateliers de MM.Pol-
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quelque temps, les pays sur lesquels le voyage d'Her- mann Vambéry avait appelé l'attention, nous seront mieux connus, iM. de Khanikoff devant publier la pré- cieuse relation d'un anonyme, George Ludwig von X.,. , dont il a mis récemment sous vos yeux la carte itiné- raire.
Toutes les revues géographiques ont annoncé, mes- sieurs, et vous avez vous-même donné place à cette nouvelle dans votre Bulletin^ qu'une expédition russe se préparait à explorer le cours inférieur de l'Yénisséi. La Société de géographie de Saint-Pétersbourg con- tribue pour une large part aux frais de ce voyage dont ladirectionestremiseàM. Lopatine. Bien des données scientifiques seront le fruit de cet entreprise. La géo- logie et la paléontologie n'en retireront pas moins de profit que la géographie. D'autres recherches vont être faites par les savants russes dans les provinces situées au sud du cours moyen de la Lena ; elles ont pour but l'établissement de routes destinées au transport dans le nord de la Sibérie des produits agricoles et des bes- tiaux si nombreux dans la Transbaïkalie. Cette der- nière province renferme, dit-on, un grand nombre de source minérales ; elles viennent d'être l'objet de sérieuses études. Enfin le sud-est de la Mandchourie a été exploré tout récemment par M. Budischeff. Ce voyageur avait surtout en vue la topographie et la botanique de la région comprise entre TOussouri, la Corée et l'Amour, et il a rapporté de précieux travaux et une bonne carte. Il résulte de ces documents que
toratzky et IlQoe. Espérons que nous aurons bienlùt une traduction française de cet important document.
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la chaîne de montagnes la plus élevée de cette contrée se trouve entre l'Amour et la Manche de Tartarie; cpie le plus grand lac, qui porte le nom de Hanchaï, s'é- tend sur une surface qui n'est pas inférieure à 600 000 hectares. La température varie entre + ô"" à Possiet, port de Corée, et — 2%6 à Nikolajefsk. M. Budischeff, au point de vue de la végétation, par- tage en trois zones le pays qu'il a parcouru. Dans les deux premières, qui sont les plus voisines de la mer, le grand froid et les vents violents ne permettent pas aux arbres fruitiers de pousser ou empêchent leurs produits d'arriver à maturité ; dans la troisième, la plus méri- dionale, mais en même temps la plus montagneuse, prospèrent la vigne et d'autres arbres fruitiers. Nulle part on ne remarque de grandes cultures. Les habitants, pour la plupart Chinois, ne labourent du sol que juste ce qui est nécessaire à leur existence. Le pays qui s'é- tend sur les frontières de la Corée, desséché en été, est impraticable pendant la saison des pluies. Entre l'Ous- souri et la mer on trouve de très-riches mines de houille, de fer et d'argent. — Si le centre de la Sibérie commence à se peupler, les Russes sont encore bien peu nombreux dans le bassin de TAmour et dans tous les territoires qu'ils ont enlevés aux Chinois ; mais ces pays présentant par leur position géographique, leurs fleuves et leurs montagnes, par leurs mines et leurs pro- duits animaux ou végétaux, de telles conditions de prospérité, qu'ils sont appelés, dans un avenir relative- ment prochain, à jouer dans le monde un rôle consi- dérable. Sans les nombreux Cosaques que le gouver- nement russe place comme colons dans tous ses postes
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avancés, des rives du Don et du Volga à celles de l'Amour et de TOussouri, il lui eût été impossible de pousser aussi loin les limites de sa domination. Le sabre ou la bêche en main, cette milice agricole forme sur ses frontières une muraille plus longue et plus so- lide que celle qui défendait jadis l'empire chinois.
Je ne puis quitter le nord de l'Asie sans vous parler, messieurs, de la grande entreprise du télégraphe russo- américain. Les recherches faites en vue de son établis- sement ayant lieu dans des pays presque inconnus, sont de véritables explorations géographiques. En Asie, il aura bientôt rejoint l'embouchure de l'Amour, en Amérique, le long de la Colombie anglaise et des pos- sessions russes, le fil est posé à l'heure actuelle sur près de 800 milles. Une commission composée de plu- sieurs groupes de voyageurs et de savants vient d'ex- plorer les parages du détroit de Behring et de la mer d'Okhotsk, où la pose du télégraphe est reconnue re- lativement facile. Encore un pas» et l'étincelle électri- que fera le tour du monde.
Nous aurons peu à parler cette année de l'empire chinois. Une grande insurrection musulmane vient d'é- clater dans les provinces centrales et occidentales de ce vaste État, où elle rend toute exploration scienti- fique impossible ; nous dirons seulement que la Revue maritime et coloniale a continué (1) la publication de la notice hydrographique de M. le capitaine de vais- seau Bourgois sur la baie du Pei-Ho. Tous les voya- geurs qui ont longé les côtes de la Chine, au milieu
(I) Août ei septembre.
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de bancs de sable et de récifs à peine connus, savent quelle est l'utilité d'un pareil travail.
En 1806, l'attention s'est portée plus vivement sur le Japon, pays où chaque pas d'un Européen livre à la publicitéquelque fait nouveau. Les ambassadeurs japo- nais qui assistaient à notre dernier banquet, ont re- haussé encore à vos yeux l'intérêt qu'offre l'étude de leur pays, aussi avez-vous lu aveô plaisir la notice de notre honorable collègue, M. le comte de Montblanc, par laquelle commence votre Bulletin de cette année. Les considérations auxquelles il se livre sur l'état ac- tuel du Japon sont remarquables à plus d'un titre, c'est une page d'histoire géographique qui figure heureuse- ment dans nos publications. Une partie des côtes de l'île Yésso a été étudiée récemment par M. le com- mandant Forbes, accompagné de trois Européens, un Chinois et cinq Japonais. Il a exploré avec un soin tout particulier quelques-uns des nombreux volcans que le pays renferme, et il estime à 5700 mètres la hauteur de l'un d'eux, le Ushiuruyama. Son exploration l'a mis en contact avec les Aïnos qui peuplent l'intérieur de Yésso, et il a pu recueillir sur eux des détails pré- cieux pour l'anthropologie (1).
La première livraison du grand Dictionnaire français japonais- anglais, composée par M. l'abbé Offre Mermet de Cachon, et publiée par les soins de MM. A. Legras et Léon Pages, vient de paraître. Ce travail comblera dans la science une lacune qui se faisait vivement sentir.
(I) On doit à M. de Charencey la notice suivante : Hecherches
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Notre colonie de Cocbincbine nous offre cette bonne fortune à nous tous, messieurs, qui sommes de grands curieux, de renfermer encore beaucoup d'inconnu aux di£férents points de vue de la géograpbie, de Thistoire, de l'etbnographie. Aucun point du globe ne pouvait être mieux choisi pour favoriser l'extension de la science que celui que nous occupons dans cette Indo-Chine, où nous trouvons, à côté de restes de vieilles civilisations qui se perdent dans la nuit des temps, les races d'hommes les plus variées, et cela au centre d'une végétation luxuriante et d'une faune innombrable. Quand bien même notre intérêt national ne nous ferait pas un devoir d'accueillir avec satisfaction tout ce qui tend à favoriser l'extension de la civilisation dans ce pays désormais nôtre, nous devons à notre Prési- dent d'honneur, qui a su en deviner les hautes desti* nées, d'en faire l'objet d'une sérieuse étude. La recon- naissance du Gambodje est, sans contredit, le premier des problèmes qui restent à résoudre en Gochinchine. L'étendue de ce fleuve, son débit considérable, son voisinage présumé, dans le haut de son cours, du fameux Yang-tsé-Kiang, et l'espoir qu'il sera un jour une des grandes routes qui mettent le centre de l'empire chi- nois et le Thibet en communication avec l'Océan, mé- ritent à coup sûr tous les efforts que peut faire pour le mieux connaître une administration éclairée ; aussi, messieurs, suivrez-vous avec un vif intérêt les progrès de la mission chargée de l'explorer. Plusieurs rapides ou cataractes s'opposent au passage de l'expédition
ethnographiques sur les Ainos ou habitants des Kouriles. Ver- sailles, 1866, 1 feuille iQ-8°.
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entre les 12'' et 13« degrés de latitude dans les parages de Sambor, mais on a l'espoir qu'ils seront franchis d'une manière ou d'une autre, et d'ailleurs on s'ac- corde à dire qu'ils ne forment pas pour l'avenir un obstacle insurmontable. Que le parcours du Gambodje soit un jour libre de toutes entraves, et les produits de son immense et riche bassin, qui seront forcés de pas- ser par notre colonie de la basse Cochinchine, en feront un des établissements européens les plus prospères (1). Parmi les publications récentes ayant trait à la Cochin- chine, nous remarquons : dans notre Bulletin, une bonne notice de M. G. Le Mesle Sur les Cambogiens; dans la Revue maritime et coloniale (2), un article intitulé : Coup d'œil sur la flore de la basse Cochin- chine^ ainsi qu'un travail sur Saigon et ses environs au commeîicement de 1866, par M. P.-C. Richard, lieutenant d'artillerie de marine (3); enjQn, dans les Annales des voyages (4), une note de M. L. de Coincy portant cette désignation : Coup d'oeil géographique et topographique sur la Cochinchine française en 1866. Il a été lu, il y a peu de temps, dans une assemblée générale de la Société industrielle d' Amiens,
(1) La mission^ soas les ordres de M. de Lagrée, capitaine de fré- gate, se compose de MM. Garnier, lieutenant de yaisseau; de Laporte, enseigne de yaisseau; Jonbert, chirurgien de 2' classe; Tborel, chi- rurgien de 3' classe; de Carné, altaché au ministère des affaires étrangères; deux interprètes : le Français Séguin et le Cambodgien Alexis Om. L*eftCorte est formée du sieur Charbonnier, sergent au 3* régiment d'infanterie de marine^ d'un soldat du même régiment, de quatre matelots, d'un Dol annamite et de six militaires annamites.
(2) Avril.
(3) Novembre.
(4) Juillet.
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par M. le lieutenant de vaisseau Bertrand de Puyra-^ mond, un rapport sur la constitution, les produits et rindnstrie de la Cochinchine. Ce rapport vient d'être publié. Le P. Le Grand de la Liraye a fait imprimer à Saigon : Notes historiques sur la nation annamite. Nous dirons en terminant cette nomenclature que \ Annuaire de la Cochinchine pour 1866 vient de paraître.
Il est d'autant plus intéressant pour nous d'avoir une connaissance parfaite du cours du Gambodje et d'en faire une des routes commerciales de l'Asie, que les Anglais essayent, en ce moment, d'arriver par la Bir- manie et l'Irraouaddy au même résultat. Comme géo- graphes, nous ne pouvons que nous réjouir d'une lutte qui doit tourner au profit de la science. Les avantages qu'offrent les deux fleuves au commerce européen semblent devoir être à peu près les mêmes. Si d'un côté les embouchures de l'Irraouaddy sont un peu plus près de l'Europe que celles du Cambodje, ce dernier est, dans le haut de son cours, plus voisin de la Chine propre que le haut Irraouaddy. La chambre de commerce de Liverpool, qui se préoccupe beaucoup de cette question, vient d'expédier dans ces parages un bateau à vapeur monté par des Européens en armes, dont la mission est de pousser aussi haut que possible en remontant le grand fleuve de la Birmanie. La rela- tion de ce voyage sera pleine de faits dignes d'intérêt, si surtout les explorateurs parviennent jusqu'aux pays des Khakiens, sauvages sur lesquels le P. Bigandet, missionnaire apostolique en Birmanie, a récemment
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donné des détails dans les Annales de la propagation de la foi (1) .
Les Anglais comptent explorer aussi prochainement le cours supérieur du Salouen, qui, après avoir arrosé les pays totalement inconnus entre le haut Cambodje et le hautirraouaddy, forme, en se jetant dans le golfe du Bengale, la limite entre la Birmanie et le pays de Martaban.
Puisque je me suis occupé des fleuves qui, du nord de l'Himalaya, descendent dans Tocéan Indien , je dois vous rappeler, messieurs, que Daba, Tune des principales villes du Thibet, a été visitée, en août 1865, par le capitaine Adrien Bennett. Aucun Européen n'y avait pénétré depuis 1810. Cette cité, construite en pierre, est, au dire du voyageur, d'une architecture gracieuse; mais la température y est très- froide : il y gèle presque toutes les nuits. Le pays environnant est stérile et complètement déboisé.
La presqu'île de l'Indoustan où, comme nous l'ob- servions plus haut , la géographie est presque devenue de la topographie, se couvre de plus en plus de voies ferrées. Les projets étaient d'en établir 8000 kilomè- tres; en 1865, il y en avait déjà 5360 livrés à la circulation. Us avaient coûté 60 6Â6 000 livres sterling. On peut, sans crainte d'être taxé d'exagération, avancer qu'un pareil réseau va doubler la richesse déjà si grande de cette vaste contrée.
Vous apprendrez avec plaisir, messieurs, que notre collègue, M. Guillaume Lejean, vient d'arriver à
(i) Reproduit en août daot let Annales des voyages.
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Bombay. Parti de Constaiitinople, en octobre 1865, il a successivement visité l'ancienne Bitliynie, la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie , la Mésopotamie , TAssyrie. De là il s'est rendu à Lahore, à Peichawer, et a vaine- ment essayé de pénétrer dans le Kafiristan. Repoussé sur ce point, il a tenté, mais sans plus de succès, de gagner l'Asie centrale par le Cachemir. Vous savez de quelle manière voyage M. Lejean; aussi attendez-vous de cette exploration une série de documents scientifi- ques.
Je ne puis passer à travers l'Asie occidentale sans me souvenir qu'un autre voyageur, M. le docteur G. Radde, célèbre par ses longues et savantes explorations en Sibérie, parcourt aujourd'hui les provinces situées au sud du Caucase.
Le Ghilan, une des provinces persanes du sud de la mer Caspienne, a été, jusqu'à ce jour, peu étudié; aussi l'essai que M. £. Guilliny a publié sur elle dans votre Bulletin (1) a-t-il été lu avec satisfaction.
Notre attention doit se porter maintenant sur une des parties de l'Asie dont les Européens se sont [con- stamment occupés, et sur laquelle il reste cependant beaucoup à apprendre et beaucoup à dire, car elle est le berceau de notre religion et, par suite de sa position géographique, elle a subi les conséquences de tous les événements qui, depuis les temps les plus reculés, ont modifié l'Orient. Je veux parler de la Palestine et des contrées voisines, où l'histoire tient, à côté de la géo- graphie, une si large place, qu'il se passera bien du
(1) Févrie, mars^
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temps, malgré les nombreuses explorations des Anglais, des Américains et des Français, avant qn*un atlas, ayant une page pour toutes les époques, ait été accepté, comme le dernier mot, par le monde savant. De nom- breux travaux aideront cependant à la confection de cette œuvre; la fin de Tannée 1865 et le commence- ment de 1866 en comptent plusieurs et des meilleurs, parmi lesquels nous trouvons deux cartes : Tune du cours inférieur du Jourdain et de la mer Morte, l'autre du Wady-Arabah et du lit du Wady-el-Jeib, dressées par M. le lieutenant de vaisseau Vignes, assisté de M. le docteur Combe, pendant leur voyage avec M. le duc de Luynes, et sous ses auspices (1). L'histoire sacrée et Thistoire profane retireront grand profit de ces deux cartes; mais tous ceux qui se sont occupés de recherches sur le commerce dans Tantiquité savent de quelle importance est la seconde, la dépression qui semble unir la mer Morte au golfe Akabah ayant été, à certaines époques, une des grandes voies par les- quelles les marchandises indiennes pénétraient en Occident. Je ne vous parlerai pas, messieurs, du voyage en Terre sainte de M. de Saulcy. M. V. Guérin, que ses courses dans la même région font le meilleur rap- porteur pour une telle œuvre , vous en a déjà rendu compte, et vous avez décidé l'insertion, dans notre Bulletin^ de ses justes appréciations. M. Guérin lui- même a récemment donné , dans les Annales des voyages, une description de Gaza, qui porte le cachet
^^(1) Une rédaction de ces cartes et une carte itinéraire da Toyage de Tripoli à Homs, Hamah et Palmyre vieDoeot d'être données, il y a pea de Joars, par les mêmes antears.
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de scrupuleuse exactitude que cet auteur met dans tous ses ouvrages. Enfin » messieurs» yotre Bulletin de juin dernier contient le récit de la Reconnaissance de la montagne des Ansariés^ par M. G. Rey. C'est le ré- sultat des travaux et des explorations de ce voyageur en 186/k et en 1865. Vous connaissez sa persévérance ; et l'ouvrage qu'il a déjà publié sur le Hauran ne laisse aucun doute sur la portée scientifique de ses recherches actuelles. La géographie syrienne lui devra de bonnes pages.
Vous savez qu'il a été institué, à Londres, une Société pour l'exploration scientifique de la Palestine et des pays voisins. Cette Société continue ses tra- vaux ; et les documents qu'elle a reçus de M. Wilson, capitaine au corps royal du génie, aideront puis- samment à la rectification de certaines données histo- riques.
Je dois signaler ici la publication» en italien, des itinéraires de M. C. Guarmani au Neged. La carte que vous avez fait graver lorsque, les premiers, vous avez donné ce travail dans votre Bulletin ^ accompagne cette traduction.
Les Annales des voyages ont publié, cette année, un article sur le Hedjaz, par M. le docteur Daguillon (1) , et deux notices sur le voyage de Palgrave en Arabie. Ces deux notices émanent des deux hommes les plus aptes à porter im jugement en pareille matière : MM. Antoine d' Abbadie (2) et Henri Duveyrier (3).
(1) Janvier.
(2) Octobre.
(3) Féfrier.
XIÎI. JANVIEB. à. à
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ÀMÉUQUB.
II est loin le t^iDp9 où cbaqiïe paquebot vepapt d'Amérique ûou3 apportait la relation de quelqw grande exploration géograpbiqae ou 1^ nouvelle dfi quelque publication intéressante. Aujourd'hui, sur oe vasie contioentp la guerri^ faite ou à faire al)9orbe touto la vitalité des peuples, et il e^èt à craindre que de long'* temps nous ne devions en attendre d'autre mouveu^ent scientifique que celui qui touche à l'amélioration des nrmes de guerre. A quoi sert, en effet, la découverte de territoires nouveaux lorsqu'on n'a qu'une pensée, mas3acrer le mieux et le plus possible une partie de 1$ population ? Nous ne pouvons citeren 48^, pour l'Amé^ rique du Nord, aucun voyage d'un int^èt sçientifiqiM réel ; rejetons-nous donc sur la géographie industrii^Ud» et parlons de chemins de fer, de canaux, de mmes»
La grande question, dans cet ordr? d'idées^ est loun jours, aux États-Unis, celle de rétablissement de cbe<^ mins de fer mettant l'Atlantique en communication avec le Pacifique. Trois projets ont été proposés, et ie gouvernement semble sètxe arrêté au dernier, qui est en voie d'exécution sur plusieurs points. Gss projets sont les suivants : partir du lac Supérieur, traverser le Wisconsin, le Minnesota, et déboucher sur l'Orégon^ ou bien prendre le Texas comme tête de ligne, tri^ verser le Nouveau-Mexique et l' Arisona, et déboucher en Californie, ou, enfin, s'appuyer au Mississipi, et courir dans le Kansas, le Nebraska, le Colorado, TUlah et la Nevada jusqu'à la Californie. Celles de ces ifw U^ea
( Bl ) qu'on refuse aujoard'bui sont, avec quelques fariantes, coauue celle qu'on accepte, dans les nécessités de l'avenir s la première sera la ligne Canadienne; la seconde^ la ligne du Haut^Meiique et de la Vieille- Galifomie.
En Amérique, l'étude des canaux à creuser marche de pair avec celle des chemins de fer à construire. Là encore on rencontre trois projets qui ont pour but de faire communiquer le SaintrLaurent avec le Mississipi ]var le lac Michigan et les rivières Illinois, Fox ou Rock. I> premier est évidemment le plus court et d^une «éeution plus facile ; en outre, la prise d'eau aurait lieu à Textreme sud du lac Michigan, mais eooune le canal serait entièrement compris dans TÉtat d'IUinoia, kt États voimns refusent leur concours, et il est probable que c'est le projet qui utilise le Rook-^ River qui sera nue à exécution. Il a l'afaotage de fa- voriser également les États d'UUnois et de Wis-
Barmi les produits qui aident au dévetoppement de y industrie dans T Amérique du Nord, nous ne devoss pat oublier iee mhies de bouille de la NouveAle<-Écosse el particidièreaieQt du cap Breton} leur prodoclîoD aHgmaite chaque jour» Si l^oo jrâit aux riebesses ^'en en peut tirer, celles que produisent les aorn-^ bsenr réservoirs nalureb de pétrole, el eà^ifin les aine» é'or, on oonoevi» ïattraîl qu'ont pour les émôgnuite c«a insMiises ré|^ne; waaai la popataticm ugoieDle trës-vita éana 111e Yascouvet ei dana la CelomUe britannique. A côté de la houille, on y trouve des pla- cera d'une incalculable richesse. Les derniers rappofrts
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citent particulièrement celui de Big-Bend. La produc- tion du précieux métal n'est donc pas près de cesser, et cependant la quantit<3 mise en circulation est énorme. On peut s'en faire une idée en apprenant que les mines du monde entier, il est vrai, en ont donné, en 1864, pour une valeur de 876 000 000 francs.
A la requête de M. Antoine d'Abbadie, M. l'abbé Do- menech vous a communiqué, et vous avez publié ré- cemment dans notre Bulletin (1), un itinéraire de Mexico à Durango, travail précieux à plus d'un titre. Parmi les publications qui ont trait à l'Amérique cen- trale, je dois vous citer d'abord, messieurs, une Étude géographique^ ethnographique et statistique sur le- Honduras due à M. Henri de Suckau, elle porte le titre de Voie nouvelle à travers f Amérique centrale ; en- suite une ru>te de M. Jules Flachat sur le fleuve du Darien et sur la configuration du sol au point de vue. du tracé d!un canal interocéanique entre le Rio- Grande del Darie^i et VAtrato. A côté de tous ces tra- vaux nous notons, comme une œuvre des plus remar- quables, au point de vue de sa parfaite exécution, les Anciens monuments du Mexique. Palenqué et autres; ndnes de f ancienne civilisation du Mexique. Collée-* tion de vues, bas-reliefs^ morceaux d architecture y coupes^ vases^ terres cuites, cartes et plans dessinés diaprés nature et relevés, par M. de Waldeck. C'est, croyons-nous, ce qui a été fait de plus achevé dans ce genre. Notre savant confrère, M. Brasseur de Bour- bourg, a ajouté un texte à ce magnifique album.
(1) Septembre 1866.
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En productions scientifiqaes datées de la fin de 18d5 ou de 1866, l'Amérique du Sud est plus riche que les derniers pays que nous venons de parcourir. J'y re- marque l'atlas de M. le général Tomas de Mosquera, qui a été consciencieusement étudié par une commis- sion que vous aviez nommée à cet effet, dont M. Elisée Reclus a été l'interprète. Ce rapport est inséré dans votre Bulletin du mois d'août dernier. L'expédition, qui a pour chef M. Agassiz, continue ses explorations dans le vaste empire du Brésil. Avant de se lancer dans l'intérieur du pays, ce savant a constaté qu'aux époques géologiques il avait existé des glaciers aux environs de Rio-Janeiro. La Société géographique de Londres s'est occupée, cette année, delà belle ex- ploration du Rio-Purus, affluent de l'Amazone^ par M. Chandless; mais M. Malte-Brun vous en ayant fait connaître les résultats dans son dernier rapport, je n'ai pas à vous en entretenir ; je dois vous parler d'un autre voyage, tout récemment fait, par un jeune Péruvien de vingt-trois ans, don Juan Tirado, qui, chercnant aussi une communication entre le haut Amazone et la côte du Pacifique, vient de traverser seul un pays in- connu, peuplé de tribus aussi féroces que les bétes fauves qui vivent à leurs côtés. Parti de la rivière Napo, dans le bassin du grand fleuve, il est parvenu à Guayaquil dans la république de l'Equateur. Ce voyage ouvre une voie commerciale longtemps cherchée, et met les deux océans en communication.
Notre compatriote, M. Liais, vous a remis cette année, et vous avez inséré, dans votre Bulletin, une série de considérations sur le bassin du San Francisco,
( &4) coura d'eau brésilien jusqtfici peu étudié. M. Liais doqn^ au San Frwacisco une iwguetir de 8900 kilo- inètres; malheuresement il n'est navigable que jus- qu'à SOQ kilomètres de la mer. A cette distanqe, on rencontr* un^ aérie de chutes dont renswable tf a pas moins de 8A mètres de hauteur^ qui interceptent entiè- rement le passage. Le touriste trouve admirables tes effets de cette eau qui bondit de rochers en rochers ponr s'encaisser ensuite dans un étroit canal de granit; mais rèconomistQ brésilien est en droit de regretter qu'ils privent son pays d'une artère oomsMreiale de F^inier ordre« L'ouvrage entier, publié par M* Liais, porte iQ titre suivant : Expirations scientifiques mi firéeU, Hydrographie du haut SaH-Franeiseo et du jUo dos VelhaSy ou réêutt^ts au poitit de vue hpdro- graphique d'un voyage effmtui dans la prwime de MinaS'Geraès^
No^ ç^nsul§f» è Fernamboiie et à Babia» ont de- mandé des instructions sur les deÂâerata de la «ûenoe géographique dans le pays qu'ils habitent, et c'est {Mi. Mdrtin do Mompy que vous aves obargô du soin de Ij^ur répondre. Elspéi'ons que» di biea guidés, ms agents ponrpront noos envoyer des documenta nou'* YWVf^ wr cetlB contrée» e4 il y a encore tant d'^jete
Je ne dois pae qfê^àf \» Bréi^l saes vons ëgnstor 1» remarfuaWes travem hydrographiques du ospîiauM de frégate E. Alooch^i qm$ pendant troi$ campagnes qui n'ont pas duré moine de quinie ans^ a relevé les côtes de cet en^re de l'embouchure du Rio de 1^ Pl^ ik eeUe de ^'Amazone. La Bévue maritime et
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eoloniale doDnlul réoemment un résumé de ses travatit qui wi mérité TulteDlion de Y académie des scienoeê. . H» Martin de Moussy« qui a tant fait déjà pour la géographie du bassin de la Plata, vient d'y ajouter en- corei en donnant une brochure stir Y Industrie indienne et tétat social de la populcUion dans ces pays au mth- tnkent de la conquête^ et surtout en livrant à la publl- cslé qualqoes*4ine8 des cartes de l'atlas qui doit A€60Bipagner son grand ouvrage t Descripiion géogra-- phiqtiê et staéi$tique de la Canfédérùêion Argentine. EnflUi niessieurs» je dois vous signaler : le récit dont M« Martin de Moqssy vous a donné Tanalyse du voyage de M. le vicomte Onffroy de Tboron dans la partie équatoriale de l'Amérique $ et uo article plein d'intérêt de M. le docteur Camille Ricque sur Haïti et les Haïtieile^ publié dans les Annales des voyages (1).
Le Zeitschrift fur Allgemeine Erdkunde a donné, et les Annales des voyages ont reprodiiit eette année, )e récit d^aQ6 e;(ploration çxécutée en 1861 par M. le doc- teur Oarle Semper dans le pord de l'tle Luçqu. On sait combien certaines parties de l'archipel de^ Philippines et les races qui les peuplent sont encore, peu cc^nues, aussi le public accueille-t-il avec recomutiçsance tout ce qui tend à mieux étahlû* la géographie de ces con- trées. C'est une bopne pensée d'avoir traduit en fran- çais ce compte rendu dans lequel M. Semper a placé beaucoup d'utiles remarque^ çt^W>grapl)i4Ue8« y})e
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LuçoD n'est cependant pas la contrée de l'Océanie sur laquelle dous ayons le plus à apprendre ; bien qu'une partie des côtes de la Nouvelle-Guinée ou Terre des Papous ait été visitée par de nombreux navigateurs européens, depuis le temps des découvertes portu- gaises jusqu'à nos jours, nous ne savons rien ou pres- que rien de l'intérieur de cette grande île. Les Papous qui en habitent les bords, les Harfours qui en peuplent le centre, sont peut-être les sauvages les plus sauvages ,du monde entier, aussi avons-nous grand intérêt à les connaître, et M. Malte-Brun a rendu un véritable ser- vice en donnant sur eux, d'après l'ouvrage de M. le docteur Friedmann, la Papouasie et ses habitants^ des détails ethnographiques qui ont le mérite de la nou- veauté. Nous citerons encore, parmi les travaux dignes d'intérêt : les Remarques sur les phénomènes volcan niques de Vile de Hawaii^ la principale de l'archipel des Sandwich^ par le révérend Titus Goan, mission- naire américain, cette relation qui vous avait été en- voyée en langue anglaise, a été traduite pour votre Bulletin par M. Jules Remy ; le Journal d'un baleinier ^ voyages en Océanicy par M. le docteur Thiercelin ; et enfin la belle Carte de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances^ gravée d'après la carte de M. A. Bouquet delà Grye, sous-ingénieur hydrographe. Cette carte a été donnée dans la Revue maritime et coloniale^ mais elle fait partie du grand ouvrage des Notices sur les colonies françaises, publié cette année au Ministère de la marine, par ordre de Son Excellence M. le mar- quis de Chasseloup-Laubat. £n 1 866 , un nouvel effort scientifique des habi-
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UDts du vaste continent australien appelle tout parti- culièrement Tattention des géographes sur cette partie du monde. De même qu'en Amérique la recherche de Franklin a procuré la connaissance du passage du nord- ouest» en Australie on doit attendre des résultats presque aussi importants des expéditions à la recherche du voyageur Ludwig Leichhardt. Vous savez, messieurs, que ce jeune savant allemand , qui avait déjà exploré le nord-est de la Nouvelle-Hollande, voulait traverser cette partie du monde de Test à Touest. G*est de la baie de Moreton qu'il partit au commencement de 18â8, et depuis ce jour on n'a jamais eu de lui de nouvelles certaines. En 1862, le bruit se répandit qu'il avait été massacré dans l'ouest par les indigènes avec tous ses compagnons. G^est possible, mais il est plus problable encore qu'ils sont tous morts de soif ou de faim dans ces épouvantables déserts, qu'une atroce sécheresse prive de toute végétation, de toute vie organique. En 186/k, cependant, M. Mac-Intyre, autre explorateur distingué, en visitant les contrées voisines du golfe de Carpentarie, reconnut gravées sur l'écorce d'un arbre, non loin de la rivière Flinders, les initiales de Leich- hardt. L'espoir de retrouver sinon Leichhardt, du moins quelques-uns de ses compagnons, détermina M. Mac- Intyre et le docteur allemand Muller à tenter une nou- velle expédition. 11 fallait pour cela une grosse somme. M. Muller eut l'idée de s'adresser aux dames austra- liennes, et il réussit. Les assemblées coloniales votèrent ensuite d'assez fortes subventions, et enfin la Société géographique de Londres envoya 200 livres sterling
(1) Souv^i Ànnàl9i dei voyagw, Juin 1866.
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(5000fr.). Depuis, l'expédition a quitté MelboomB, et jusqu'ici, bien qu'ayant parcouru de grands espaces. ella n'a fait qu'ajouter à tant de morts nne mort de plus, celle de ma chef, M. Mac-Intyre. M. Honnnan, qui a pris la direction desescompagnons, continue les recher- ches ) il n'a encore trouvé aucune trace de Leichliardi. Un célèbre explorateur australien, M. Landsborough, vient de parcourir, dans le but d'étudier le nord-est du continent et les territoires colonisables de la province de Queensland, dont la population et le commerce aug- mentent chaque jour, le pays compris entre les rivières Thompson et Beiyando. Enfin, messieurs, j'ai le pro* fond regret de vous annoncer la mort à Noltingbam- HUl du plus célèbre, peut-être, des déconvrenrs de l'Australie, de celui qui. parti d'Adélaïde, était, après maints efforts st une persévérance inouïe, parvenu à gagner les rivages du golfe de Carpentarie, dans ta mer des Indes, traversant ainsi tout le continent : de Ma&-l)owaU-Stuarl !
La Nouvelle-Zélande, qui, malgré sa nature toute différente, senible pour nous autres Européens être une annexe de rAiislralie. est maintenant une des terres où la géographie a ic plus à glaner. On sait que des mines d'or très-productives ont été récemment découverte», les unes sur la côte orientale, les autres sur la côte occidentale de la grande île de cet archipel, Ue dont le centre est occupé par d'immenses montagnes couvertes de neiges perpétuelles. Quoique tes précé- dents et nombreux voyages des docteurs Hector et J. Haasl aieRt fait connaître nne partie de ce massif moniagneux. il y a de telles dïflicidWs à le parcourir.
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quekfi çoloos en sont encore à eberolier one route qui, traversant cette baqte barriàre^ mette la eôta ooest en communîoation avec la côte e^t* l^e gouvernemeilt colonial vient de conger jt une expédition comiùandée par Mf Vincent Pyke le eoin de résoudre ce problème d'un intérêt vitaU Espérons . qne cette contrée, Tuile des pins tourmentées du globci où des pluies conti- Quellesi up froid très^vif et des rivières toutes torren- tueuses arrêtent si souvent les voyageurs^ n'aura pas d'Qbstaclee infranchissables pour ces bardis explora- teurs.
}l vient de para}lre un livre d'une importance oapi- tide* tant ^ cause du sujet qu'il traite que du nom de son auteur, ç'eat une Étude $ur lea P^Iynésietu et leurs migratiomi par M. de Quatrelages ; o'est un chapitre n^^té pwr l'auteur à uit a^tre de sea ouvrages si jus- tement apprécié : f Unité de l'espèce humaine. 1^ cette nnit^ a existé^ et personnellement je le crois ^ c'est peu à peu et par vf»e de migrations* que le peuple- ment eut lieu« M« de Quatrefagea le démontre en pre- nant pour excNttple les races mêmes dont teaaâYeriairoB du ittoivegépiame se sont toujours servis pour combattre en favifur de leurs théories^ C% tbé«ie demandait de longfiM et de patienles ét!i(dts« sas» festera^^t^il tin moott«Aent aussi bien anthropologique que géogra- phiquet
En Europe, messieurs, nous n'avons plus de décou- vertes à faire, mais il y a placç encore peur bkm des
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études dont les résal tats seront précienx pour la sdence, et nombreux sont cette année les ouvrages publiés sur les différents États de cette partie du monde. Pour suivre dans leur nomenclature un ordre quelconque, je com- mencerai par vous citer ceux qui ont trait aux contrées les plus septentrionales et même aux déserts glacés du pôle. Les Annales des voyages ont publié un travail de M. Charles Grad sur les tles Spitbergen et le pôle Arctique (1). Il est fait avec un soin tout particulier.
M. Cortambert vous a rendu compte du travail de notre collègue, M. Paul Riant, sur les Expéditions et pèlerinages des Scandinaves en Terre sainte au temps des croisades. Je ne crois pas qu'il existe beaucoup d^ou- vrages plus consciencieusement faits. Bien qu'il traite surtout d'histoire, la géographie y a une large part, et il est digne, à ce titre, de figurer dans votre biblio- thèque.
Dans une des séances de la Société de géographie de Saint-Pétersbourg, M. le colonel d'état-major Forsch a donné lecture d'un mémoire sur la mesure du grand arc du parallèle européen sous le 52* degré de latitude. Vous connaissez, messieurs, llmportance de ce grand travail, dont le théâtre s'étend de l'tle Valentia à l'est de l'Irlande à la ville d'Orsk, sur |le fleuve Oural, et vous avez appris avec plai^r, par le rapport de M. Forsch, dont votre Bulletin a reproduit l'analyse, que cette œuvre serait bientôt menée à bonne fin. Dans la même séance de la Société russe, il avait été déposé une Description de la Nouvelle-Zemble^
(I) Janvier, léTrier, mm, tTril et imi i86e«
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publiée ^ux frais de M. Sidorow. La même compagùie, dont les actes ont pour nous tant d'intérêt, a décerné sa médaille dite de Constantin, à l'académicien G. de Helmersen, pour sa carte géologique de la Russie d'Europe.
Messieurs, grâce à une libéralité dont vous devez remercier M. le Ministre des affaires étrangères, vous avez continué la publication de ces excellents mémoi- res, qui vous sont remis parla Direction des consulats. Ces mémoires, faits par des hommes séjournant de longues années dans les pays dont ils traitent, sont plus précieux encore que ceux de simples voyageurs, et ils donnent à nos publications un intérêt que vous êtes les premiers à apprécier. Permettez-moi de vous citer la Notice géographique historique , ethnographie^ que et statistique de M. Rousseau, consul de France à Sérajevo, sur la Bosnie; et les Mémoires de M. Wiet^ consul de France à Scutari, sur le diocèse d'Alessio^ la Mirditie et le pachalik de Prisrend.
Je dois, messieurs, en parlant de ces mémoires en- voyés par les agents français, regretter avec vous que nous n'ayons plus à en attendre de l'un d'entre eux, qui fut notre collègue, et je puis dire l'un des plus dé- voués aux progrès de la science, de M. Hyacinthe Hec- quart, dernièrement consul de France à Damas, na- guère voyageur au Sénégal, et auteur du précieux ouvrage sur TAlbanie que vous connaissez tous. Avant d'embrasser la carrière consulaire, M. Hecquart a servi dans notre armée d'Afrique, oh il était officier de spa- . bis ; appelé depuis à soutenir les intérêts de son pays dans plusieurs contrées de l'Orient, il a partout con«.
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sacr^ i Tétqde lu tepp9 qu'il W donnait paa au devoir.
Im phénomèpea yolcamques qui se produismt enoorc w en nMWOTt dan» rUe graoqot de Stolorin sont lipiHi i notert Ii'augmmtaUw progroatÎTe dm cette petite terre apportera peu de chaogemeiita dans la géographie d^ la partie onwtala du bassin méditor- ran^, maia ^lle a cala df curieul qu'elle est uo e](empl9 palpablf de la formation do certaines lies et qu'elle peut jeter un jour nouyeatt aur des fûts géolo- giques juaqu'ià pw çonnua*
Outre lea comptes reodnat si largement détaillés, des séances de votre ComiBission centrale, tous devei, medsieqr»» à notre collègue« M* C. Ilaunoir, plusieurs rapports, panni lesquels je remarque celui dont le sujet fut la grande carte d'Italie dressée par rÉut-Ma|or italien au 1/60000*, puis réduite au 1/360000; et gfw^ par notre regretté collègue M. Lecooq. La gravure de cette réduction, qui so oonpose de ùx feuilles» est le ffuit de dix annéea de travail; mais ce labeur ne soflRaaii pas an sèle de U. Ueocq i il fut Ton des membres les plus assidus de notre Société, et nous avons de lui plusienrs rapports intéressants. La ^elîos de M, Simonin, sur rÉtrwrie êi tes Éimsfuês^
méite awssî d'fttrf citée dans ce rapport.
Sur TEipagne , las seules publicatîew réoBotn dont on puiesae parler sont : l'Aperçu ^mérul sur le groupedts Ues Baléares e4 letw vegé^ation^ par M« Paul Mares, et la Cesrte figuraUve ei af/Êrommaiive des populaiiem spécifiques des prevmces d'Espagne^ dres« ses par M. Ilinardf suivmH urne mauveUe représemêatian graphique.
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Paps un compta reodii des trayam: g^rikpbiqu^t de rapnée, U est Mupa»3U>l§ 4'<NU)]î^r Im pj^nt^r^U^ de» iQootagDe3 françmsft», q^e teur aiiteiir» M* Bardio» ancien profeetear de des^ia topographique i Ji'Éoalf polytechnique, a mi^ aoqs vos Y^^f ^f ^^ l^squelft Uf MaMnoir you3 a fait un rapport Qp travail, d*^qe exactitude reinarquai>le, est If fruit d'une admirable patience. Ainsi complétée^ laverie d^montêgne^ frw- çaia6$ mériterait les honneurs d'un musée» £9 parant de montagnes, les comidératiom précieuses i (ou* égards de M. William Suider mr k$ Alpes cenfrafe^ et sur le massif du Mont-Blanc trouvent leur vérit^lpte place; c'est avec raison que vous leur avez ùùt ie$ honneurs de votre bulletin. Les cartes et publications de M* ^iegler sw l' hypsométrie de la Suisse et l'oro^ graphie des Alpes^ se font remarquer parmi les ira^ vaux des savants étrangers.
V Aperçu historique sur les embouchures du Mhâne^ que M. Ernest Desjardins vous a communiqué dans les séances de votre Commission centrale^ est une çsuvre des plus intéressantes» tant par les sujets pleins d'ac«- tualité auxquels elle toui^e, que par la profonde érudif tion avec laquelle elle est traitée. lies nombreuses cartes qui l'accompagnent ajoutent encore à sa valeur^ Le volume de M. Jules Duval> intitulé : Nok'e pays% a sa place aussi dans un compte rendu des travaux géo- graphiques de 1866. Les notions sans nombre que renferme ce petit dictionnaire rendent sa possession précieuse pour nous. . .
Les publications de l'Ordnaiice Surrey-Olfice^ en Angleterre, méritent une mention toute spéciale pour
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leur exactitude et leur étendue. « On se fera une idée de rimportance des travaux de TOrduance Sarvey- Office, dit M. Maunoir, quand on saura que cet éta- blissement exécute, outre la carte, à 1/63 360"" (1 pouce pour 1 mille)» une carte à 1/10 560' (6 pouces pour 1 mille) dont il a déjà paru 299A feuilles. » Cet étar* blissement publie aussi une carte de paroisses, dont 13 857 feuilles ont aujourd'hui paru.
Les travaux de géographie générale ou d'érudition spéciale venus à notre connaissance sont, cette année : V Atlas universel d'histoire et de géographie de feu M. Bouillet, dont M. Ernest Desjardins vous a rendu compte ; l'ouvrage de M. Richard Gortambert sur les Femmes voyageuses ^ où, sous une forme aimable, sont comprises des données scientifiques réelles ; ia Géographie physique à l'usage de la jeunesse et des gens du monde, traduite de l'anglais, par MM. Zurcher et Margelle ; la sixième édition du Cours de géographie de M. E. Gortambert; le Désert et le Monde sauvage, de M. A. Mangin ; la cinquième édiUon augmentée par le docteur Georges Willhelm Hopf de l'ouvrage alle- mand du docteur F. H. Ungewitter, intitulé : Nouvelle description de la terre et des États, ou Manuel géogra- phique y statistique et historique ; et enfin Y Atlas alle- mand de géographie illustrée du docteur Henri Lange.
L'Introduction de f histoire de la géographie jusqu*d Humboldt et Cari Ritter^ par M. Oscar Peschel, a été publiée récemment dans les Annales des voyages; ce même recueil a donné un long et précieux travail de M. Élie de la Primaudaie sur les Arabes en Sicile et en
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Italie (1) ; enfin noas y trouvons un article intitulé : Esiuaires et Deltas. Ce dernier est une suite aux con- sidérations si pleines d'intérêt que M. Elisée Reclus publie depuis quelque temps sur la géographie phy- sique.
La géographie savante, si je puis m'exprimer ainsi, a toujours ses adeptes ; il suffit, pour s'en convaincre, de lire les publications suivantes : Notes, causeries et digressions bibliographiques et autres à propos de Martin Eylacomylus Waltzemûller de Freyburg en Brisgau; elles sont signées d'une simple initiale, pre- mière lettre d'un nom qui suit dans votre Bulletin bien des pages, fruit d'une érudition profonde ; Remar- ques sur t ouvrage géographique d'Ibn Khordadbeh et principalement sur le chapitre qui concerne V Em- pire byzantin^ par M. G. Defrémery; et une note de H. E. Gortambert sur trois cartes manuscrites des xm* et XIV* siècles (2).
La géologie compte, en 1866, plusieurs travaux re- marquables dont nous devons tenir compte, car ils touchent de près à la géographie, ce sont : la Carte du globe à l'époque jurassique^ résultat des savantes re- cherches de notre collègue M. J. Marcou ; la belle Carte géologique du département de la Seine, publiée en quatre feuilles et à l'échelle de 1/25 000' par M. De- lesse, ingénieur en chef des mines; et enfin» Réaction de la haute température et des mouvements de la mer
(i) Août et septembre.
(2) Le premier Yolame d*ane tradaction de la Géographie de Siràbon^ par M. Âmédée Tardieu, Tient de paraître, il y a peu de Jours.
xiu. MinriER. 5. 5
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ig}\ée inleme sur la croûte extérieure du giobe. Étuda sur tes mouvements divers ou les marées du sot. Étude sur les dénivellations séculaires des terrains superficiels, par M. J. Bourloi. Il ftiut ajouter, à celte liste, un ouvrage plein d'actualité, et qui a le mérite de placer la science à la portée du public tout entier, il a pour titre : ta Vie souterraine. M. L. Simonin, notre collègue, en est l'auteur.
La géographie des mers et la météorologie forment la dernièœ série des travaux dont nouij avons .'i nous occuper, mais elle n'est pas la moins intéressante ; nous y remarquons l'ouvrage italien du commandeur Cialdi sur le Mouvement des Ondes, dont un extrait a été publié sous le titre de Poris-canaux , et sur lequel un rapport a été fait à l'Académie des Sciences par M. de Tessan; le volume publié par M. le docteur H. Marié Davy, sur les mowements de l' atmosphère etdes mers, considérés au point de vmde la prévision du temps; et enfin, la brochure de M. A, J. Smidtb sur la mer autour du Danemark, sa qualité snlifère et ses courants, traduite dn danois par M. L. S. Boring.
Le dernier devoir qu'il me reste à remplir est de vous rappeler, messieurs, qu'outre M. de Decken et ses compagnons, M. Mac Dowall Stuart, M. Hecquard, M. Lecocq, les géographes doivent déplorer la mort de noire collègue, M, Joly de Bammeville, de M. A. Morel Fatio, qui fut toujours si exact fi nos séances, de H. Bixio, ancien député, et enfin celle du capitaine Magnan, qu'avaient fait connaître ses voyages aux em- bouchures du Dauube et sou projet de voyage au Niger.
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Comme Thistoire, la géographie a sa philosophie. Cette philosophie est, à mon sens, le plus grand charme de la science que nous affectionnons ; seule elle lui ôte son aridité. L'influence que la configura- tion dé la surface du globe a toujours exercée et exer- cera toujours sur les événements est incontestable, voire même incontestée, mais elle est peu connue, et rares sont les hommes qui s'en occupent. Les histo- riens de tous les temps et de tous les pays ont cherché Texplication des événements dans les passions des hommes^ un petit nombre se sdnt reportés à Tétude dès lieux dans lesquels vivaient leurs acteurs. Gepen- dMit c'est dans bien des cas la géographie qui dicte l'histoire ! Chaque peuple a ses Voies qu'on peut nom- mer les voies du Seigneur, les grands traits géographi- ques étant l'écriture de Dieu 1 On ne jette pas, n'im- porte où, les bases d'un grand empire, et le génie d^un fondateur consiste à saisir comme à utiliser les moyens que fournit la natui*e. De puissants États ont existé dans les sables brûlants de la Mésopotamie où tout semblait devoir les repousser. Pourquoi? vous le savez comme moi , vous qui êtes géographes, parce qu'il s'y trouvait deux fleuves mettant presque rOrienl en communication avec l'Occident et que les richesses de l'Inde vinrent s'y accumuler. Dès qu'une route plus courte, passant par l'Egypte, est dé- couverte, entre l'Europe et l'extrême Asie, la fortune de l'Egypte s'accroît, les Seti et les Sésostris prennent une large place dans l'histoire.
Qu'on ne pense pas que cette influence géographi- que ne se soit fait sentir que dans les faits obscurs des
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premières annales, on la retrouve dans tous les temps. Le cap de Bonne-Espérance découvert, les Portugais, par la position géographique qu'ils occupent, anéan- tissent la puissance de Venise sans lui tuer un soldat.
La configuration du sol agit aussi sur le caractère des peuples, il en est qui savent que leur sort est de courber la tète sous l'invasion, 1)ien que très-braves, ils ont de la facilité à s'avouer vaincus; il en est d'au- tres que le besoin de se défendre, et l'espoir de le faire avec succès, ont fait tenaces et braves entre tous. La mer, par ses attaques incessantes, a développé chez leBatave cette patience et laborieuse énergie à laquelle il doit son indépendance, et l'étendue de son com- merce ; les Français ont su conserver le vieux renom de vaillance qu'ils ont hérité des Gaulois, parce qu'ils n'ont pas de frontières assez fortes pour s'endormir derrière.
Qu'on ne prenne pas cette théorie pour du fatalisme : rien n'en est plus éloigné. La configuration du sol in- terdit à l'histoire certaines voies, mais lui en ouvre d'autres ; Dieu s'en est servi pour dire aux folies hu- maines comme aux flots : Vous n'irez pas plus loin, pour dire aux peuples : C'est dans les limites géographi- ques que je vous ai tracées qu'existent pour vous bon- heur, indépendance et civilisation.
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ALLOCUTION
RBLATIYB AU
VOYAGE DE M- LE SAINT
PAR H. BOUROIOL
Président du Comité de soiucriptioD.
Messieurs,
DaDs le discours d'ouverture de cette séance, dis- cours que vous avez si chaleureusement et si justement applaudi y il est un passage que je vous demande la permission de développer.
Un voyage d'exploration, d'une grande hardiesse, va être prochainement entrepris dans l'Afrique équa- toriale, sous le patronage de la Société de géographie.
Un de nos compatriotes, officier de notre armée, nourrit, depuis longtemps, l'ambition de marcher sur les traces de René Gaillié et des grands découvreurs du continent africain. Le projet qui le préoccupe consiste à parcourir l'Afrique en diagonale, de la région du haut Nil à la colonie française du Gabon. Rude et périlleuse traversée, où il ne s'agit rien moins que de cinq cents lieues en pays totalement inconnu I C'est une entreprise assurément bien difficile, mais qu'il est déjà glorieux de tenter.
Or, les tentatives de ce genre exigent toujours des
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dépenses, et M. Le Saint, c'est le nom de notre voya- geur, est plus riche de courage que d'argent. La Société de géographie, frappée de sa volonté énergique, de son inébranlable résolution, a décidé de lui prêter son appui, et a ouvert, en sa faveur, une souscription qui a obtenu un plein succès. Dçs divers points de la France il nous est venu des offrandes; depuis les hauts digni- taires jusqu'aux modestes employés, depuis la haute finance jusqu'au simple ouvrier, chacun a apporté son concours, et beaucoup de dames n'ont point hésité à s'inscrire sur nos listes. Nous recevons tous les jours de nouvelles souscriptions, qui sont le complément utile de celles que nous avons déjà recueillies.
li'anpoQce de ce voyagQ. au 3urplv6, a excité de vives sympathies. Des dem^d^s nous soot parvenues de diverses personnes qui considèrent comme une
faveur d'être admises à se joindre, h leurs propres frais, ire^i^pédiUon qu elles croyaient pr^ de se former sous les auspices de lu Société. Nous n'avons point eu à faire usage de ce zèle : il ne s'agit» en ee moment, que d'une tentative isolée.
Le voyageur est sur le point de nous quitter. Le jour de son départ est faé- Nos meilleurs souhaits le sui* vrput, U n'emporte qu'un bien mmce bagage : mais, dans leâ solitudes de l'Afrique intérieure, au milieu de populations feronches, sous un climat meurtriert le voyageur doit, avant tout, compter sur lui-même. Ce qu'il lui faut d'abord, c'est un corps de fer, une âme fortement trempée, de la vigueur et surtout de Ia persévérance. Il doit, en outre, posséder les éléments scientifiques nécessaires pour rendre son exploration
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fructueuse. Ainsi préparé» M. Le Saint nous quitte, plein de confiance, et nous aimons à espérer que, dans quelques années, il reviendra ici, à cette même plaef , devant ce même auditoire, raconter les péripéties de son laborieux voyage, comme va le faire, dans un instant, un autre explorateur, le lieutenant de vaisseau Mage, que nous sommes tous impatients d'entendre et d'ap- plaudir.
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ÉPISODES
D'UN VOYAGE AU PAYS DE SÉGOU
PAR E. MAGE
Lieutenant de vaisseau.
Messieurs,
Le 12 octobre 1863, je quittais Saint-Louis sur un des petits avisos de la station locale, et quelques jours après j'étais à Médine, le poste français le plus avancé sur le Sénégal.
J'en partis définitivement le 2â novembre, accom- pagné par quelques-uns des officiers et des hommes de la garnison. En me serrant une dernière fois la main, trois jours plus tard, à Gouîna, ils étaient bien con- vaincus qu'ils ne me reverraient pas, et moi-môme, quoique soutenu par la pensée de la grande œuvre que j'allais entreprendre, j'avais bien de la peine à maîtriser un mouvement fébrile qui, dans certaines natures, est plus expressif que bien des paroles. Vous connaissez le but de ce voyage. Il s'agissait de se ren- dre par terre du bassin du Sénégal à celui du Niger en sillonnant une route où depuis Mongo-Park, c'est-à-dire depuis soixante ans, aucun Européen n'avait réussi à poser le pied, et dont les cartes, par suite de la cata- strophe qui termina ce célèbre voyage, étaient à peu près blanches.
Les révolutions dont le pays venait d'être le théâtre
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l'av^dent, du reste, tellement modifié, qu'on ne pouvait se fier à rien, et que lorsque je passai ma dernière nuit à Gouîna, bercé par le grondement d'une des plus belles chutes qu'il soit possible de voir, j'ignorais si, à quelques pas de cette cataracte, je me trouverais au milieu d'amis ou d'ennemis.
Dès le début, j'eus bien des obstacles à vaincre. L'innavigabilité du Sénégal, même en canot, fait que que j'ai constaté le premier, vint me forcer à trans- porter, par terre, mes bagages à travers un désert de cinquante lieues que la guerre a créé entre le Rhasso et le Bambouk.
Dans ces solitudes, la vie avsût pourtant ses char- mes, ses émotions; le soir nous nous endormions autour de feux immenses destinés à écarter les bêtes féroces, et lorsque, épuisés par les fatigues du jour, nous cédions au sommeil, c'était au milieu d'un con- cert tel que les habitants des villes n'en entendent pas. Les lourds hippopotames que notre canot avait, le jour, troublés pour la première fois depuis des siècles, sortaient curieusement, la nuit, leur tète de Teau et faisaient entendre de sourds mugissements qui ve- naient se mêler aux aboiements des singes, aux cris de l'hyène, du chacal, quelquefois aussi aux rugissements du lion et aux mille bruits d'une nature tropicale, au milieu de laquelle l'animal le plus rare, c'est l'homme. Chaque jour j'apprenais à connaître les noirs de l'expédition et j'appréciais davantage mon compagnon de route, M. Quintin. Calme, résolu, toujours prêt à faire face au danger, cachant un grand cœur dans une nature délicate, c'était, pour un voyageur, le compa-
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gDon le plus précieux. Mes dix Doirs, quoique braves et hommes d'élite à tous égards, péchaient par le manque de sang-froid, et je ne tardai pas à en avoir la preuve. C'était à Bafoulabé ; j'avais, pendant la jour- née, abattu lin bœuf pour en faire sécher la viande, car, étant à la veille de me mettre en route, je ne devms plus compter sur les ressources de la chasse qui, jus- qu'alors, nous avait amplement sufli.
La nuit venue, je fis, comme d'habitude, attacher les animaux en dedans de la haie d'épines qui nous entourait dans le campement. Puis quand tout le monde eut cédé au sommeil, je ravivai le feu, je me Foulai dans mon unique couverture et je m'endormis, la main sur mes armes, selon mon habitude.
Tout à coup un mouvement épouvantable se pro-' duit : les chevaux hennissant rompent leurs entraves, les mules sont affolées, les ânes se ruent les uns sur les autres. Au milieu de tout cela s'agitent les hommes surpris dans leur lourd sommeil. Je m'élançai sur un tison pour allumer les herbes, car le feu avait cessé de flamber, mais dans le demi-jour j'avais déjà vu tout mon monde ; alors que les noirs, la tète perdue, cher- chant leurs armes au milieu des animaux effrayés, tombaient, se relevaient pour tomber encore, M. Quin- tîn était debout près de moi, calme, son revolver à la main, prêt à tenir tète au danger. Ce n'était pourtant qu'une de ces alertes si communes dans ces sortes de voyage : une hyène de forte taille, attirée par l'odeur, était venue rôder autour du camp, et sans doute afla- mée, avait enlevé entre les jambes des ânes la peau du bœof qu'on avait mise à sécher.
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Quelques jours plus tard, après bien des obstacles Tafncus, j'étais dans les pays soumis à El-Hadj-Omar ; j'y étais très-bien vu, lorsque arriva la nouvelle que Farmée de Sambala, roi de Médine, allié de la France, avait pillé un village d'El-Hadj, et après avoir massacré les hommes, avait emmené les femmes en esclavage. Pendant quelques jours notre position fut critique, et ce ne fut que par une prudence de tous les instants qnc je parvins à calmer l'émotion qui s'était produite et menaçait de nous être fatale. J'étais alors à Koundian, véritable forteresse bâtie en pierres.
Le 9 janvier, j'en partais sous la conduite d'un guide officiel responsable de notre personne, de notre suite et de DOS bagages, jusqu'à Ségou. Cependant, avant ce départ, j'avais eu la satisfaction de recevoir, par un homme expédié à Médine, une lettre dans laquelle on m'annonçait que 4000 francs m'avaient été alloués en supplément, pour les frais de mon voyage, par le ministre de la marine.
Cette marque de haut intérêt, quoique je ne pusse en profiter, me fiit, je l'avoue, bien précieuse, et c'est le cœur presque joyeux que je me mis en route.
En quittant Koundian, nous eûmes à traverser le Sénégal, puis, pendant trois jours, une espèce de désert: c'était le pays de Bafing; à chaque pas, nous marchions sur des ruines qui attestaient à la fois l'ancienne pros- périté du peuple et le passage du fanatisme musulman. Quelquefois aussi nos chevaux foulaient une herbe plus grasse, un sol plus noir, et d'horribles débris : des crânes blanchis au soleil, des ossements brisés, disper- sés sous la dent des hyènes ou sons le bec des vau-
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tours et des condors, nous révélaient la cause de cette végétation. Ce n'était pas un cimetière, c'était un lieu de massacre.
Ah I c'est une guerre atroce» messieurs, que celle à laquelle j'ai dû prendre part. Je ne vous décrirai point mon voyage pas à pas, le temps nous manquerait; mais laissez-moi vous peindre quelques-uns des épi- sodes dont j'ai été témoin, et vous apprécierez si la substitution de l'islamisme au fétichisme s'est accom- plie d'une manière heureuse pour ce pays.
A travers bien des péripéties, j'étais arrivé à Ségou. £1-Hadj en était absent depuis trois ans, et avait laissé son fils Ahmadou gouverner à sa place. J'en fus bien accueilli matériellement parlant, c'est-à-dire qu'il me fit force compliments, pourvut largement à mes besoins de vivres et ne me demanda rien. Je lui fis quelques ca- deaux légers, aussi simples que le permettaient mes ressources, et tout alla bien, sauf ma mission. Chaque fois que je demandais à aller au Macina, où son père se trouvait, on m'objectait l'état des routes, la révolte des Macinieus qui allait finir. Bref, je ne tardai pas à savoir que non-seulement le Macina, mais le Ségou même, presque en entier, était révolté. A part la route que j'avais suivie par Diangounté, tout le pays avait fermé ses portes aux taeibés d'El-Hadj ou les avait massacrés, et depuis un an, Ahmadou ne se soutenait que par la guerre ; il avait même reçu deux échecs au village de Sansandig où son armée avait fait des pertes nombreuses. Quelle bizarrerie I ce village qui, le pre- mier, s'était rendu à £1-Hadj, et dont la reddition avait entraîné la conquête du pays, avait été Fâme de la
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révolte. C'est que Sansandig n'est pas un village comme on se figure les villages nègres ; c'est une ville de 30 à AO 000 âmes, où, par exception, tout le monde travaille et où les richesses abondent. Là c*est par centaines qu'on peut compter les possesseurs de riches étoffes européennes, de fusils, pierres, thé, sucre, et des mille objets qui composent l'exportation des cara- vanes du Maroc et du Touat à travers le désert. Là c'est par millions qu'il faut compter l'or, et tel chef de Sansandig vous sortirait de son magasin un million pesant d'or, plus facilement que bon nombre de ban- quiers européens; en outre, l'esclave, cette grande richesse africaine, y abonde. Les Gouma (une des fa- milles Soninkés qui composent la population de la ville)» par exemple, comptaient leurs esclaves par mil- liers, ou plutôt ils n'en savaient pas le nombre, et quand nous allâmes, plus tard, assiéger Sansandig, les esclaves de Boubou Gissey, chef du village, lui avaient fourni une armée de plus de deux mille hommes qui se battirent tant et si bien, que les efforts réunis de la ville, en proie à la fauiine, nous forcèrent à lever le siège.
En apprenant la situation du pays, je me hâtai de demander au roi de traiter mes affaires politiques avec lui et de retourner à Saint-Louis, mais il s'y refusa. Il y avait à cela plusieurs raisons. Il espérait toujours avoir des renforts du Kaarta et ne voulait pas qu'en portant la nouvelle de sa situation politique, nous pus- sions influencer les noirs de ses États. Puis il cédait à une certaine défiance plus affectée que réelle, et à la- quelle le poussait son conseiller intime, ennemi déclaré
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des blancs ; enfin, et surtout, il tenait à faire croire qu'il voulait m' envoyer à son père dont on commen- çait à annoncer la mort, malgré tous les efforts qu'il faisait pour démentir cette rumeur.
Mais la raison donnée par le roi fut celle-ci : c Tu » es venu pour voir mon père, il est vivant. Je ne puis > faire ses affaires, il est très-près d'ici. Demidn, si » Dieu ie veut, tu peux avoir une route pour aller le » trouver. Je ne puis savoir ce que Dieu fera, mais je » ne puis consentir à ton départ. »
Et toutes mes obsessions venaient se heurter contre ce fatalisme absurde, ce Ché Allahoy si Dieu le veut, qui m'exaspérait. Supprimer le libre arbitre, faire de Thomme une bète brute qui s'agite, malgré elle, dans un cercle fatal, voilà où l'islamisme conduit des gens qui ne manquent ni d'intelligence, ni d'aucune des facultés des autres races.
A force de prier et même de me fâcher, j'obtins, ce* pendant, que mon courrier partirait pour Saint-Louis^et que si, à son retour, le gouverneur me rappelait^ Ahma« dou me laisserait partir et me fournirait une escofle et des moyens de transport, car mes chevaux étaient morts ou écloppés. Mes ressources étaient presque épui- sées, et dès cet instant j'eus recours à la bourse du roi, qui se conduisit, du reste, plus généreusement que je n'étais en droit de l'espérer.
La monnaie de ce pays est le cauri^ petite coquille univalve des mers de l'Inde ; des chargements de na^ vires en viennent à la côte, particulièrement au Da« home; de là, comme de bien d'autres points, le nu<* méraire arrive à Ségou, à Tombouctou, dans le Haoussa,
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mais il ne franchit pas le Ségou à Touest ni au nord.
Mille de ces petites coquilles équivalent, en moyenne» à 3 francs pour l'usage; mais cette valeur est bien arbitraire, puisque l'argent n'a pas de cours, et que les marchandises éprouvent des fluctuations incroyables.
Du reste, la numération de ces coquilles présente une bizarrerie dont je n'ai pu savoir l'origine» On les compte bien par 10, qui semble être la base du système de numération, mais au lieu de compter 40 fois 10 = 100, on compte : 8 fois 10 = 100; 10 fois 100 = 1000; 10 fois 1000 = 10000; 8 fois 10000 zz 100 000 ; de telle sorte que le 100 n'est que de 80; le 1000 n'est que de 800 ; le 10 000 que de 8 000; le 100 000 que 64 000.
Mais cette monnaie, bien que véritable monnaie du pays, ne s'emploie que pour les dépenses courantes et comme monnaie de comptes. De même que chez nous on compte en centimes, et qu'on paye de fortes som- mes en or ou billets de banque, il existe à Ségou une autre monnaie très-courante, je vous Tassure. C'est une monnaie vivante, c'est l'homme, c'est la femme, surtout c'est l'enfant enlevé à sa mère dès qu'il est sevré ; on plutôt, c'est horrible à dire, à entendre et surtout à voir, c*est l'esclave.
Oui, messieurs, l'esclave n'est pas seulement vendu comme sur les marchés d'Amérique, de la Havane ou de tout autre point du globe, l'esclave ici est une valeur fictive. € Combien c« cheval? trois captifs. Combien ce bœuf? un demi-captif, n Et ne croyez pas que ce soit une pUdsanterie, je l'ai entendu non pas une fois, mais mille. Ce demi, bien entendu, ne se paye pas en nature;
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on s'acquitte avec un mauvais esclave qui n*a pas la valeur courante de 20 000 cauris, ou un enfant en bas âge, ou même avec des cauris, une couverture dampé, ou un beau vêtement désigné sous le nom de lomas.
Le plus bel adolescent du pays, bon à faire un sofa^ c'est-à-dire un esclave guerrier âgé de quinze ans, voilà la plus haute monnaie du pays : elle représente quel- quefois jusqu'à deux captifs ordinaires. Une belle fille d'Eve, en possession de tous ses avantages physiques, propre à faire une tara^ c'est-à-dire une concubine, le dispute quelquefois, pour le prix, à ce que je viens de vous citer.
Mais l'esclave courant, c'est la femme faite, de dix- huit à trente ans, dépourvue de grande beauté, et sur- tout lorsque rien ne trahit en elle une noble origine. Car, messieurs, bien que le noir dans son intérieur, au milieu de ses femmes et de ses concubines vivant souvent en commun, n'ait pas un instant d'expansion, pas un mot de tendresse, que ses relations, en un mot» n'aient pas d'autre caractère que celui de la bestialité, cet homme, par orgueil, par ce sentiment d'une fierté absurde, est heureux de vous dire : J'ai trois femmes, une princesse Massasi, une Djaivara et une Khassonké. Il s'agit presque toujours des femmes esclaves, car autrement, quand il s'agit de mariages légitimes» il est rare à Ségou qu'ils s'accomplissent hors de la famille. Les différentes races qui sont venues se joindre sous l'étendard de ce nouveau conquérant ont gardé, au milieu de leur communauté d'action, le sentiment des rivalités qui les séparent sur les bords du Sénégal, et, en thèse générale, les Toucouleurs ne se marient qu'avec
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des Toacouleurs, les Soninkés qu'avec des Soninkés, et ainsi des autres.
Cette réunion de tous les types du Soudan occidental est une des bizarreries et un des sujets d'études les plus féconds à Ségou ; on y trouve le Peuhl pur (1) et tous les mélanges avec les différentes races Maures, Soninké, Hahuké, Yoloff et Bambara.
Le plus beau type est certainement produit par le mélange des races Peuhl et Maure ; il dépasse peut- être même en beauté le Peuhl pur sang, et quand je dis en beauté, ne croyez pas que ce soit une métaphore. Non, la beauté existe même dans les traits du visage. Ce n'est plus la beauté européenne, mais c'est une beauté indiscutable, et si je pouvais transporter dans cette enceinte certaine gada ou domestique du palais .d'Ahmadou, vous verriez, messieurs, que non-seulement les lignes de son torse, que la légèreté de ses vêtements africains permet d'admirer, ne laissent rien à désirer, mais que les mains sont délicates, petites ; les pieds petits, le col mince, flexible, peut-être à l'excès; que les yeux sont grands, bien fendus, le nez suffisamment osseux, et que la bouche même, quoique grande, ne manque pas d'une certaine grâce. Au total, en dépit d'un front bombé à l'excès et de pommettes saillantes, elle mériterait, je n*en doute pas, vos suffrages.
Comme vous pouvez en juger d'après ce que je viens de vous dire, les femmes ne sont pas voilées, mais les femmes de chefs ne sortent pas, et malgré le désir que j'en aurais eu, il m'a été impossible de voir les
(I) Peahl oa Poul, ane des grandes familles ethnologiqaes de TAfriqne ; raoe blanche. (Noio de Cautew.)
xm. JANVUR. 6. 6
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huit cents femmes que Sa Majesté El-Hadj-Omar avait entassées dans son harem àé Sêgou. Mon compagnon, plus heureux, a pu voir une des femmes d* Ahmadou, en sa présence, mais c'était pour la soignelr et la guérir d une maladie d'yeux, et ce motif seul avait pu faire rompre avec les usages reçus.
tandis que nous nous absorbions dans l*étude dès mœurs du pays et de sa géographie, attendant le re- tour du courrier que ilOus avions expédié au gouver- neur, la situation politique se modifia. Jusqu'alors Ahmadou avait attaqué les révoltés, mais tout à coup ce furent eux qui commencèrent à l'attaquer.
Mari, le dernier des fils de Mansong, seul échappé avec son fils aîné au massacre de sa famille, après avoir été longtemps établi dans un petit village près du Sansandig, venait de rentrer dans le Baninko, province au sud de Ségou, mettant, entre Ahmadou et lui, le Bakhpy, cet Immense affluent du Niger, deux fois traversé par Caillié.
Aux razzias qu'il dirigeait sur le territoire de Ségou- Sikoro, avait succédé un calme parfait, quand tout à coup la nouvelle suivante arriva à Ségou : Mari est à Toghou I A Toghou, c'est-à-dire à huit lieues de Ségou, dans un grand village de Soninkés riches, dans un marché. Aussitôt le tabala résonne en la mosquée; l'armée sort, mais sort à la débandade, se précipite, accourt et, rencontrant sous les murs de Toghou Tar- mée de Mari, s'arrête. Le chef de l'armée, Tierno Alas- sane, homme très-mou, peu populaire, parce qu'il n'est pas généreux, arrive avec leà poudres. Alors malgré lui une escarmouche s'engage ; il est repoussé
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perd ses poudres, son tabala, et la nouvelle en arrive à Ségou. Une émotion indicible se produit. Ahmadou déclare qu'il va partir et se mettre à la tête de l'armée.
U en est temps, car le pays se lève en masse pour aller se ranger sous les ordres de ses anciens maîtres. Dans cette position, la bataille qui va se donner sera décisive, et je me résous à accompagner Ahmadou ; en restant avec lui, je serai toujours plus en sécurité que partout ailleurs; c'est, de plus, un moyen de me ren- dre populaire, de faire taire mes ennemis, et puis, il y a là des études curieuses à faire. Curieuses oui, mais horribles !
Le 28 janvier nous partions de Ségou.
Oytre l'armée d'avant- garde de Tierno Alassane, Abmadoii emmenait tout ce qu'il avait pu ramasser d'hommes; des vieillards, des enfants, tout ce qui pou- vsdt porter une aripe. Des ordres très-précis, envoyés depuis peu, faisaient rallier les compagnies de Sofas, détachées dans l'ouest, à Yamina, les Djavyaras de Re- nepkou, et divers autres contingents. Nous allâmes, en desceodant le long du fleuve, nous établir au grand village de Marpadougouba ; son nom seul désigne un village Soninké (1).
Ahmadou, debout avec l'aube, déploya, pendant trob jours, une activité prodigieuse ; cet homme jeune, babitué à une vi^ molle, semblait infatigable. Réunis- sant les chefs, il leur exposait ses plans de bataille, les laissait discuter, puis comme d'habitude, quand cha-
(1) Marca veut dire, ea Bambara, Soniaké. — Vougou Y^ut dire IMiys« T'Ba têt rarlkk, qoi veut dire aoui, grand . — Marca-dûogou* ta : le pafi Soaioké, f— grand pays Soninké. {Note de VcnUeur.)
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cun avait dit sod mot, il n'en faisait qu'à sa tète. Alors il réunissait les compagnies, faisait compter les fusils, envoyait chercher les retardataires. Puis palabrait, ex- citait leur courage par la lecture des guerres de Ma- homet qu'il leur traduisait en Peuhl sur le texte arabe. Pendant ce temps, à cheval, je parcourais le camp, voyant, étudiant, trouvant partout du désordre.
Cependant avec le dernier jour un peu de régularité s'établit, les compagnies se groupèrent. Deux grands palabres avaient eu lieu pendant la journée, un avec les Talibés, l'autre avec les Sofas. Gomme d'habitude, Âhmadou avait demandé s'ils étaient prêts à mourir pour Dieu. — Oui, s'écriait tout le monde. — Alors, repre- nait Ahmadou, il faut aller vers Dieu les mains vides du bien commun, que chacun rende ce qu'il a pillé dans les combats précédents. — Aussitôt les uns d'avouer qu'ils ont pris un pagne (1), un vêtement, un fusil; un autre avoue un captif qu'il a mangé, suivant l'expres- aion du pays, c'est-à-dire qu'il en a mangé la valeur ; un autre encore avoue un cheval, et cette énuméra- tion est toujours fort longue; on a toujours bien de la peine à se confesser, et surtout en public. Puis, après cela, Ahmadou fait un discours, et quand il a fini, les chefs marquants se lèvent, prennent la parole, et font des réponses dans le genre de celle-ci : — Tu m'as toujours fait du bien, Ahmadou, eh bien, demain, ché AllahOf je montrer^d à tous ceux qui m' écoutent que YougoucouUé n'a jamais reculé. J'ai fait la guerre
(t) Pagne, pièce d*étoffe de 1 '',50oa 2 mètres sur i mètre oa i™,20, neryant de vêtement aai femmes et remplaçant pour elles les japons.
{Note de Vautew.)
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avec tOD père depuis Tamba, MéDien, Farabanna, Hédien, Elmané, Marcoria, Oïtala, partout je me suis bien battu, et celui qui demain me verra reculer, le soir ne verra plus la lune.
Ainsi se passe la dernière joumée, et à trois heures du matin on part pour Toghou.
Un peu avant d'arriver à ce village, Ahmadou s'ar- rêta, passa les compagnies en revue ; je le suivais. U adressa quelques mots à chaque groupe, puis l'armée se remit en route, en ordre de bataille. U y avait là bien près de AOOO chevaux et de 6000 fantassins. A neuf heures, on faisait halte, je me portai à Tavant- garde d'Ahmadou, suivi de M. Quintin et de mes hommes. Nous étions à 600 mètres de l'ennemi.
Mari avsdt fait sortir son armée du village. Rangée en ordre de bataille, à cinquante pas en avant des murs, eux-mêmes couverts de monde, l'infanterie à gauche accroupie, et la cavalerie à droite, elle avait l'air très- imposant. Mais sans s'arrêter à ce spectacle, on se remit en marche. Notre troupe étant arrivée à qua- rante pas de l'ennemi, un homme désigné dans chaque compagnie déchargea son fusil, et ce fut le signal de la bataille.
Les Bambaras avaient attendu de pied ferme, espé- rant après la première décharge prendre leur revan- che et remporter la victoire, mais la violence de l'at- taque ne leur laissa pas le temps de se reconnaître; en voyant les troupes d'Ahmadou menaçantes et si près d'eux, ils se relevèrent, pris d'une peur indicible, dé- chargeant leurs fusils au hasard et presque tous en l'air» et se précipitèrent aux portes du village trop
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petites potif donner accès à cette foule épouvantée. Ils fùtent surpris là. entassés, par les décharges de mous- queterie de Tarnaée qui avait chargé ses armes à raison de 10 centigrammes de poudre et de 10 à 15 balles par fusil. On peut prévoir Teffet de cette mitraille : ceux qui n'étaient que blessés furent achevés à coups de sabres et de couteaux, et l'armée, entrant sans coup férir dans la place, poursuivit le reste sur les toits des maisons. Emportés par une force instinctive, nous nous étions placés au premier rang, et nous fûmes té- moins de ce fait d'armes. Mes hommes, musulmans presque tous, et de plus poussés par l'ardeur guerrière des populations sénégambiennes , mus, enfin, par un sentiment d'amour -propre, avaient disparu dans le village. Us faisaient le siège des maisons, accomplis- sant des prodiges de témérité qui, hélas! devaient être fatals à Tun d'eux, le plus brave peut-être, Alioun- Penda, qui fut tué. Blessé mortellement au crâne, il expira dans nos bras, dix jours après, à Ségou-Sikoro. Les autres en furent quittes pour des contusions.
Quant à Mari, au premier signal de l'arrivée d'Ahmadoii , il avait fui , laissant à ses esclaves le soin de sa cause. La cavalerie, au premier coup de fusil, Tavait rejoint, et de l'infanterie, le soir, 3000 hommes étaient tués; à une seule porte on en compta 500 empilés les uns sur les autres. Dans des maisons où quelques autres s'étaient réfugiés sachant, par l'exemple dupasse, ce qu'ils étaient en droit d'attendre, ils s'étaient défendus avec l'énergie du désespoir, mais attaqués par le feu, ils ne formèrent bientôt plus qu'un immense charnier dont le lendemain Fodeur infecte se
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senUût à plus de 1000 mètres du village. De temps en temps on sortait de dessous les tas de cadavres à demi brûlés un être vivant encore; il était mené près d'Abmadou, et après un interrogatoire, dont le but était de savoir ce qu'était devenu Mari, il était régulière- ment exécuté. Ce fut la première fois que je vis ce spec- tacle bideux, L'bomme était debout les bras liés à la hauteur du coude derrière le dos. On l'avait dépouillé de tout vêtement, il était là, regardant avec un air in- quiet quand Ali, le bourreau, Talibé en grand honneur à Ségou, homme de près de six pieds, à la figure bes- tiale, s'approcha par derrière et d'un seul coup de sabre fit voler la tête. Le corps était tombé en avant; deux jets de sang s'étaient élancés à dix pas. Quelques convulsions encore, et c'était fini.
Mon cœur battait avec violence, je ne voulais pas laisser paraître l'émotion à laquelle j'étais en proie, il me semblait que quelque chose m'étranglât ; mon re- gard fixe ne pouvait se détacher de ce bourreau qui, l'œil brillant, mais la main calme, achevait son œuvre en ouvrant h petits coups les articulations des genoux, des piçds et des bras. Puis quelques Sofas vinrent, qui fendirent le ventre de la victime; je n'y tenais plus, j' savais vu ! je m'éloignai I
Cependant des fuyards s'étaient renfermés dans des broussailles épaisses aux environs du village, ils s'y défendirent avec acharnement; mais le lendemain, extéquéS) manquant de poudre, mourant de soif, ils vinrent se rendre au nombre dé 100; plus du double avaient succombé. Eh bien ! ces 100 prisonniers, quel- ques instants après, bien attachés, tombaient sous la
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main d'un seul bourreau, et en quelques minutes ce massacre était terminé. S. M. Abmadou m'envoya pré- - venir pour que je pusse y assister; je Tavoue, quelque endurci que je fusse à ces spectacles, le cœur me man- qua; mais quand plus tard je voulus me rendre compte du nombre des morts, je passai près d'eux. II n*y avait eu là aucun luxe de cniauté, on s'était contenté de les abattre. Quelques-uns même n'avaient pas la tête sé- parée du tronc, et, chose curieuse, la plupart sou- riaient. Leurs yeux ouverts avaient une indéfinissable expression de douceur. Plus tard, au siège de Sansan- dig, où j'ai assisté à plus de 500 exécutions dn même genre , j'ai souvent fait la même remarque. Peut-être ces victimes du despotisme et de la barbarie, qui ja- mais n'ont été mises en contact avec une religion plus élevée et dont le bon sens repousse l' islamisme , ont-elles eu conscience, au moment de la mort, d'une seconde vie meilleure, peut-être un horizon lumineux leur est- il apparu!
Au milieu de ces impressions d'horreur, nous avions remporté une grande victoire. Après avoir affronté tous les dangers du jour avec son courage ordmaire, le docteur donnait l'exemple du dévouement et de l'hu- manité, soignant les nombreux blessés, extrayant les balles ; je m'efforçai de le seconder dans cette tâche si pénible, en lui apportant le concours de mon calme; et ces services, qui eussent dû nous valoir le respect et l'affection générale, n'obtenaient souvent pas un re- mercîment. Pour ces gens, nous étions des Keffirs(l) : entre eux et nous, il y avait le mépris musulman.
(1) Kefflrs, infidèles à la religîou musalmane.
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Quelques jours après cette bataille deThogou, nous reutrioDS en triomphe à Ségou-Sikoro ; les fantasias les plus désordonnées précédaient Ahmadou de décharges de fnsils chargés jusqu'à la bouche, et qui ressemblaient plus au bruit du canon quà toute autre chose; les chants discordants des ^r2(>^5(l) s'égosiilant à qui mieux mieux pour obtenir un sourire royal, jetant au nez du roi les louanges de son père, de sa mère, de sa famille» jusqu'à la septième géiiération, puis les siennes pro- pres, avec une brutalité qui donnerait des nausées à tout autre qu'un nègre, et par-dessus tout cela, une poussière intense ; sur le toit des maisons de la ville, toutes les esclaves battant des mains, chantant, dan- sant, et les griottes tirant de leur glotte contractée de lamentables cantilënes, aux sons des cymbales de fer et des cloches.
Voilà le tableau de Ségou-Sikoro, où nous rentrons avec 3500 captives, déduction faite de celles qui, trop vieilles pour suivre l'armée, avaient été assassinées en route.
Quant à la ville même, figurez-vous une muraille en terre de 8 mètres de haut sur 2", 50 d'épaisseur, disposée en crémaillère avec des angles saillants. Sept portes y donnent accès. Elle a près de 1000 mè- tres de long sur 500 de large ; la façade qui borde le fleuve et qui, comme son cours en cet endroit, est di- rigée de l'O.-S.-O. àl'E.-N.-E. , est sensiblement droite, et semble la corde de l'arc irrégulier des murailles.
(1) Griots, griottes, hommes et femmes d'une caste à part chez les Nègres. Ils remplissent les fonctions .de bouffons, de mosiciens, de danseurs, etc., etc.
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Chacune des portes en bois est double, c'est-à-dire qu'à l'exemple des portes fortifiées il y a deux portes séparées par une espèce de corps de garde percé de meurtrières et de raâchecoulis. Les portes, pour la plu- partà doubles ventaux, sont en cai/c^rfra, bois incorrup- tible, qui atteint de grandes dimensions, car nous avons vu là des planches droites de 5 mètres de haut sur l'^jôO de large et 18 centimètres d'épaisseur. Telle est la ville fortifiée; à l'est et àl'ouest sont deux grands fau- bourgs qui en triplent la surface. Tout cela est une imi- tation grossière de notre mode de fortification ; c'est l'œuvre d'un Talibé d'El-Hadj, qui a bien profité, ainsi qu'on le voit, d'un long séjour comme otage à Saint- Louis. 11 parlait du reste bien le français et nous avions dûàcelaîafaveurdelogerchezlui. Samba N'diage, ainsi se nommait notre hôte, était un Bakiri de Tuabo; parti du Sénégal à une époque où le Tunka de Tuabo, de même que tous les chefs du haut fleuve, touchait des cou- tumes (1) du gouvernement et du commerce, il ne pouvait facilement se faire àl'idée que les choses eussent changé. Lui qui avait quitté sa famille, lui qui avait même fait la guerre par religion, disait-il, ne pouvait comprendre que les populations du Guoy payassent un impôt aux blancs. Cependant au milieu des révoltes de sa fierté, c'était un homme qui avait gardé bon souve- nir des blancs, il avait même emprunté certaines choses de notre caractère, et c*est peut-être à cela, et aussi à son égoïsme, qu'il devait de n'être pas très- aimé à Ségou. Du reste, il remplissait de hautes fonc-
(1) Ou appelait coutumes les irapôls payés aux chei's iadigèues pour avoir le droit de commercer.
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tîotïs à la cour d'El-Hadj. Tour à tour il avait été in^ génieur, architecte, grand maître de l'artillerie, lorsque El-Hadj-Omar fut en possession ded deux cations avec lesquels il fit la conquête de Ségou ; une fois là, il re- çut un poste de confiance, celui d'ingénieur et de gardien de la maison d'El-Hadj, ce qui comprenait le soin de réparer le taîa^ les magasins, les maisons des femmes chez lesquelles lui seul, avec Ahmadou, avait le droit de pénétrer.
Sa maison était loin toutefois d'être en rapport avec son importance. Elle était sale et nous y étions fort mal logés. Les cases étaient plus hautes, plus spacieuses que celles du village, mais nous n'en avions qu'une ; nos dix hommes logeaient dans un hangar qui y atte- naît, et une petite cour nous servait de cuisine, de salle de bains, etc. Enfin, un magasin noir pour ra- masser nos provisions, tel était ce logement humide à rhivemage, trop chaud pendant Tété, où nous pas- sâmes vîngt-sept mois, sauf les excursions où nous en- traîna la guerre civile.
A peine rentré de cette campagne de Toghou, je fis une démarche pour obtenir une escorte et mon re- tour î\ Saint-Louis, alléguant l'état de ma santé, qui commençait à devenir déplorable. Je souffrais du foie, j'étaiscouvertde douleurs, je devenais anémique, j'avais enfin de sérieuses appréhensions; je n'obtins rien. On me promit d'expédier un courrier, mais il ne partit pas ; les jours, les semaines, les mois se passèrent. Nous fîmes d'autres expéditions de guerre : la première nous conduisit à Gonin sur le Niger, à quatre jours do Ségou, On y prit un village d'assaut, et là encore la
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protection miraculeuse qui nous a couverts pendant ce long voyage, venait à notre aide. Escaladant les mu- railles des premiers, nous passâmes à travers la mi- traille sans autre mal qu^uoe balle que je reçus au bras droit, à moins de 100 mètres de Tennemi, et qui ne me fit qu'une forte contusion.
Un peu plus tard, de juillet en septembre 1865, nous faisions le siège de Sansandig, juste à Tépoque où soixante ans auparavant Mongo Park se préparait à descendre le fleuve en pirogue. 11 est impossible de donner une idée des souffrances d'un siège de soixante- douze jours sous des pluies tropicales, au milieu de l'infection des cadavres, dans un camp qu'on ne net- toie pas, situé à côté du champ des suppliciés, dans une armée en proie à la faim; car, malgré les distribu- tions de vivres, on voyait de ces malheureux manger les peaux de bœuf, et les Bambaras se délectaient avec des chevaux crevés. Ce que nous vîmes là, je ne puis le raconter. Chaque jour de ce siège serait matière à un volume» et cela dura tant et taut, qu'à notre retour à Ségou, j'ai failli en mourir. Pour la première fois, je me sentis faiblir. Ce ne fut qu'un instant, mais je me plais à Tavouer, ne fût-ce que pour qu^on sente bien ce qu'il faut de luttes pour triompher. Peu à peu l'espoir nous revint. Les nouvelles se succédaient de Nioro, annonçant des victoires sur les révoltés. Puis des hommes vinrent, et enfin le courrier tant attendu du gouverneur. Depuis quinze mois il cherchait à passer pour nous rejoindre, et depuis quinze mois la guerre civile avait été un obstacle insurmontable. Notre dé- part fut arrêté, mais remis de jour en jour pendant cinq
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mois» cinq longs mois dans lesquels il nous fallut patienter. Enfin , l'heure sonna , une escorte de AOO hommes, donnée à un cousin d'Ahmadou, auquel celui-ci nous confia, nous permit de franchir la route de Ségou à Nioro, à travers les révoltés, les déserts qu*y a créés la guerre, et sous les coups de fusil de l'ennemi.
Cette dernière épreuve serait suffisante pour arrêter l'homme le plus vigoureux. Manquant d'eau, de vivres souvent, voyant de nos compagnons tomber morts de fatigue et de soif, il nous falhit marcher souvent vingt- deux heures sans quitter la selle de notre cheval et re- partir après quelques heures d'arrêt ; mais en face de nous était Médine, en face de nous était la France, une famille se mourant d'inquiétude, rien ne nous pesait !
Ah, messieurs, le jour où je vis flotter notre glorieux pavillon sur Médine, mon cœur battait à me rompre la poitrine. Ce moment je ne l'oublierai jamais I
Mon ami, mon camarade, mon énergique compagnon, le docteur Quintin, pourrait vous le dire comme moi, un pareil moment marque dans la vie d'un homme, et le temps qui efiace tout ne saurait en altérer l'impression.
Ce jour, en effet, n'était plus seulement la fin de nos souffrances physiques, des privations de toute na- ture, des fatigues écrasantes, c'était la fin de ces souf- frances morales qui tuent. Avec une bonne constitu- tion, on peut à la rigueur supporter la vie africaine, rester trois ans sans boire de vin, ni manger de pain, et coucher sur la dure. On en revient un peu usé, un peu fatigué; mais ce qui creuse les rides, ce qui abrège le cours de l'existence, ce sont ces inquiétudes sans fin, ce tourment de tout instant, quand on est sans
( 94 ) nouvelles.- Pourtant je ne yeux pas me plaindre : sol4at de la science et de mon pays, il m'a été donné de leur rendre des services que je vois apprécier, et ma der- rière parole sera un remerçîment pour les promoteurs de ce voyage, pour le général Faidherbe, qui en ^ eu la première idée, et pour Son Excellence le ministre (Je la marine qui a bien voulu, en Tautorisant, me fournir le moyen de l'exécuter.
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Arêtes de la Seelété.
EliaAlTâ DES PROCàS-VERBAUX DES SÉANCES*
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Séance du 7 décembre 1866.
nSSIDIMCB M M. d'aTUAC
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. S. Ex. le maréchal ministre de la maison de l'Empereur et des beaux-arts fait savoir que Sa Majesté alloue cette année, comme les précédentes, une somme de 1000 francs à la Société de géographie. — Le ministre de l'instruction publique remercie de la com- munication qui lui a été faite de l'extrait du procès- verbal de la séance du 19 octobre dernier, où se trouve consignée l'expression de la reconnaissance de la Société pour les distinctions dont quelques-uns de ses membres, sur la proposition de Son Excellence, ont été l'objet à l'occasion de la fête du 15 août dernier. — Le ministre de l'instruction publique informe, en outre, la Société, que son département souscrit, pour une somme de 500 francs, an projet de voyage dans l'A- frique équatoriale. — Le ministre des affaires étran- gères communique l'extrait d'un journal du cap de Bonne-Espérance, contenant le récit d'une explora- tion de M. Green dans la région du fleuve Cunène dans l'Afrique intertropicale. — Le ministère de la marine envole des notices sur Toulon, Brest, Lorient,
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Java, extraites de la Revue maritime et coloniale. — M. Jules Duval, vice-président, s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. — M. Pescheloche, enseigne de vaisseau, et M. Hubaut, remercient la Société de les avoir admis au nombre de ses membres ; ce dei*nier lui adresse, en outre, une photographie représentant des types de Patagons. -—M. Avril, graveur, transmet, de la part de Figari-Bey, un ouvrage en deux volumes, intitulé : StxidiiscientificiSuir Egittoe sueadiacenze compresa la pe?iisola dell' Arabia Petrea^ et accom- pagné d'une belle carte géographique et géologique de la même contrée. — M. Larochette fait hommage à la Société d'un globe terrestre qu'il vient de publier, et demande que son travail soit l'objet d'un rapport : M. Eugène Gortambert est désigné pour ce soin.
M. Marcou expose dans une lettre, et développe ensuite verbalement, l'idée d'un palais des Sociétés scientifiques, bâtiment dans lequel un certain nombre de Sociétés seraient réunies, et trouveraient les condi- tions de bonne installation qui manquent à la plupart d'entre elles. Des capitalistes, auxquels il a été parlé de ce projet, sont tout disposés à le rendre praticable, en faisant l'avance des fonds nécessaires. Nul doute, d'ailleurs, que les Sociétés ne trouvassent avantage à être concentrées sur un même point, à échanger de fréquentes relations, et à demeurer sous un toit qui leur appartiendrait; au surplus, ajoute M. Marcou, il ne s'agit, en ce moment, que de s'entendre sur la question de principe , et sa lettre a pour but d'obtenir que la Société de géographie délègue un de ses mem- bres pour prendre part aux conférences préalables qui
seront tenues à ce sujet. — M. Malte-Brun fait observer qu'un semblable projet, mis en avant il y a quelques années, et qui était, du reste, moins avantageux que celui de M. Marcou, avait échoué par suite du fait qu'il tendait à retirer aux Sociétés leur autonomie, et qu'en particulier il comportait une fusion des biblio- thèques. M. Maite-Brun pense que la Société de géo- graphie ne doit accepter aucune combinaison qui pour- rait faire courir des risques d'aliénation à ses livres et à ses cartes, qui constituent pour elle un capital déjà fort important. — M. de Quatrefages estime qu'il est prématuré de s'occuper des détails du mode d'exécu- tion; il ne saurait être question, quant à présent, que de reconnaître la valeur de l'idée d'une association entre le plus grand nombre possible de Sociétés, et de se prêter à une étude préliminaire qui puisse la rendre praticable ; une juxtaposition qui laisserait chaque Société entièrement libre, ne peut que donner des ré- sultats excellents pour le développement de la science. — Le Président fait observer que la Commission cen- trale étant un simple conseil d'administration , n'a pas le droit de disposer de ce qui appartient à la Société, et, à ce point de vue, les observations de M. Malte- Brun sont excellentes ; M. d'Avezac y adhère lui-même de la manière la plus formelle, comme à une condition fondamentale ; mais, ainsi que l'a fait observer M. de Quatrefages, il ne s'agit, en ce moment, que d'une étude préalable, et Tidée d'une juxtaposition de local n'implique aucun abandon de propriété ni d'autonomie de la part de la Société de géographie. Il devra être stipulé d'ailleurs toutes les garanties dont elle est en
Zm. JANVIER. 1. 7
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possession depuis son origine. Le Président prppose, en conséquence, queM. Maynoir, design^ p^rM. Marcou, soit délégué par la Commission centrale pour une étude pfélîminaire. Cçtte proposition Ç3t adoptée. — M. Vivien de Saint-Martin pense que, sans aller jusqu'à une fusion des bibliothèques, il y aqrait peut-être avantage à ce que les membres dç chaque 3pciété fu3- sent autorisés h consulter les bibliothèques des î^utres Sociétés : M. d*Avezac est d'avis que cotte question ne saurait être posée, chaque Société devant demeurer maîtresse chez elle, et accorder, suivant qu'elle Ten- tendra, l'usage des collections ^ui lui appartiennent. Par suite à la corespondance, M. Vivien de Saint- Martin donne lecture d'une lettre qu'il a reçue de M. Guérin, ancien agent vice-consul de France àFor- mose, et à laquelle est joint un travail manuscrit sur cette lie et ses habitants. Renvoi à la section de publica- tion.— M.Malte-Brun donne communication : 1° d'une lettre par laquelle M. Henry Lange lui annonce que M. Brenner, l'un des compagnons du baron yon der Decken, vient de repartir pour Zanzibar, dans le but de recueillir des détails sur la mort de ce voyageur; 2® d'une lettre daps laquelle M. Kersten, le géologue qui avait fait partie d'une des précédentes explora- tions, annonce que MM. Brenner et Kinzelbach sont partis pour Zanzibar et pousseront, s'il est possible, jusqu'à Brava, Berdera et Ganané, avec l'intention (Je recueillir des détails sur le sort de M. de Decken et sur celui de M. Link, dont la mort n'a été annoncée que par des rapports d'indigènes. M. Kersten ^oute qu'on travaille, en ce moment, à la publication des
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voyage» de M. de Decken, qui serotat réunis ^a od corps d'ouvrage accompagné d'un grand nombre de deerios exécutés par M. Trenn, et de cArtes dressées par IL Hassenstein*
Lecture est donnée de la liste des ouvrages ofFei*ts, ao nombre desquels M. Malte^Bruû signale, tout par^ ticulièrement, une brochure envoyée par M. Ernest Mouches, capitaine de frégate, et qui a pour titre t Recherches sur la longitude de la côte orientale de t Amérique du Sud. M. d'Avezac fait observer que ce tftiviul est surtout intéressant par les résultats qu'il eonstate, au point de vue du degré d'exactitude des déterminations de longitude obtenues par le transport du temps. — M. le docteur Martin de Moussy fait hommage d'un certain nombre de feuilles do son Atlas de la Confédération argentine^ et donne, à oe sujet, des détails qu*on trouvera résumés en une note dans le Bulletin. — M. Barbie du Bocage dépose un numéro du Courrier de tEure, contenant un article relatif à la souscription publique ouverte par la Société en faveur d'un voyage en Afrique. — M. Maunoir prér sente, de la part des auteurs, MM. Ibaâez, Saavedrâ^ Meneses, Fernando Monet et César Quiroga, un exemi* plaire de chacun des ouvrages intitulés : Expériences faites avec l'appareil à mesurer les bases j appartenant à la Commission de la carte d'Espagne et Base cen^ traie de la triangulation géodésique d'Espagne. M. Maunoir est invité à rédiger, pour le Bulletin, un compte fendu de ces deux ouvrages qui, publiés d'a^ bord en langue espagnole, ont été traduits en français par M. le commandant du génie Latissedat, professeur
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de géodésie à l'École polytechnique. — M. Ghallamel aîné, libraire éditeur, offre, de la part de M. le vice- amiral de La Grandiëre, gouverneur des établissements français en Gochinchine, deux ouvrages publiés dans cette colonie et intitulés : l'un, Notes sur la nation annamite j par le P. Le Grand de la Liraye^ et l'autre: AnnxAoire de la Cochinchine française pour l'année 1866. — M. d'Avezac présente, au nom de l'auteur, M. Amédée Tardieu, sous-bibliothécaire de l'Institut, le premier volume d'une nouvelle édition française de Strabon : travail important, sérieux, destiné à offrir, outre la traduction qui remplira trois volumes, ua conm^entaire historique et géographique qui occupera» à son tour, plusieurs volumes. C'est un ouvrage de longue haleine, entrepris et poursuivi avec un zèle et un scrupule dignes des plus grands éloges ; à ce point que le manuscrit entier de la traduction, déjà remis à l'impression, en a été retiré pour être complètement refadt sur les textes grecs, revisés et améliorés par les travaux des derniers éditeurs. Le Président estime qu'il y alleu d'en faire l'objet d'un examen spécial, et d'un rapport dont il espère que M. Wiesener voudra bien se charger. — M. Simonin fait hommage à la Société d'un exemplaire qu'il vient de publier sous le titre de : La vie souterraine^ ou les mines et les mi-- neurs; M. Marcou accepte la tâche d'en faire un compte rendu pour le Bulletin.
Il est procédé à l'admission des candidats inscrits au tableau de présentation : sont, en conséquence, admis à faire partie de la Société, MM. Léon Mandrot, consul hawaïen au Havre, Charles Edwards, et Oscar Edwards.
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Sont inscrits au tableau de présentation pour être, à ia prochaine séance, statué sur leur admission : MM. HoUie, chancelier du consulat de France à Manille, présenté par BIM. Richard Gortambert et BourdioL
If. Bonrdiol, président du Comité de souscription ponr le voyage en Afrique, informe la Société de l'état ()e cette souscription.
La Commission centrale, consultée par le Président, décide, conformément au vœu exprimé par le Comité de souscription : 1" qu'il sera écrit à M. le Maréchal ministre de la guerre pour appuyer la demande de M. Le Saint, afin d'être autorisé à partir dans les con- ditions les plus favorables au point de vue de sa posi- tion militaire ; 2'' qu'une communication expresse sera faite à l'Assemblée générale, au sujet de la souscrip- tion publique ouverte en faveur d'un voyage dans l'A- frique centrale : le Président pense que nul ne saurait être désigné à plus juste titre que M. Bonrdiol pour cette communication, qui suivra naturellement la lec- ture du rapport annuel sur les travaux de la Société.
La séance est levée à dix heures.
Procès-verbal de la séance du 21 décembre 1866.
PU&SlDKIfCB DE H. D*ÂVBZA&
Lecture est donnée du procès-verbal de la précédente séance. A propos du paragraphe qui traite de la déter- mination prise par le Comité du voyage en Afrique, de laisser le voyageur suivre la voie du Nil, M. Antoine d'Abbadie tient à Taire remarquer qu'ayant été absent
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il q'à pu assister à la séadce du Comité où a été pfise cette détehninatlon : il Teût combattue poilr les m^^. soûà ddnt M. Malte -Brun a donné led prindipàlM à la dernière séance de là Gommisslot) centrale. «^ Mk d'AveiNiG exprime ausëi le regret de n'airt)ir pu assister à oétt^ même réunion du Comité» où il eût exprimé son opiDion invariable, qu'en pareille matière^ quelles que fassent d'ailleurs ses préférences person- nelles pour la voie du Gabon, il croit devoir s'en re^ mettre atâx idées du principal intéressé, le voyageait lui-même. *^ Le procès- verbal est adopté, sôus la rè*» serve de n'être point pilblié en cette partie. Lecture est dontiée de la correspondance : M. Eugène Yung adresse une proposition d'échangé entre le Bulletin et la JRevuè dids cours scientifiqueB èi Ittiéf aires. --^ M^ Jules Duval se prononce en faveur de cette proposition : il est même d'avis qu'on obtienne, si eela ë»t poeèiblë, en donnant des volumes antérienr» du Bulletin, le commencement de la Èevue deê courBi — M. Barbie du Bocage transmet, à cette occasion , l'expression du désir manifesté par M« Eugène Yung, d'être autorisé à publier , avant qu'elle ait paru au Bulletin, la relation faite à la dernière assemblée gêné-* raie, par M. le lieutenant de vaisseau Mage, de son voyage au pays de Ségou. — M. Morin estime qu'il est de l'intérêt de la Société que les communications qui liû sMt adressées paraiÉeeot dans une publication aussi réflaiidoe qne la Bévue éeB cmits. -^ Lé prési'- detti coi^itlte la CoAfnisdion 9ur ce points et ajoute qu'iriitethut, de âemblables publications sont autori-' séesi^ Sània'oppeeer à ce que la question soit résolile
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par Taffirmative» M. Mage fait observer qu'ayant rédigé sa relation expressément pour la Société, il désire qu'elle paraisse, avant tout, au recueil de la Société. On décide que I^ offre d'échange entre le Bulletin et la Revue des cours scientifiques et littéraires sera acceptée avec empressement^ mais que la première publication de la Notice sur le voyage au pays de Ségou restera réservée au Bulletin. M. Jules Duval voudra bien se charger d^inlbrmer M. Eugène Yung de cette doublé décision, et négocier un arrangement qui enrichisse la Bibliothèque des premières années de la Revue des cours. — Sur la proposition de quelques membres, on décide, en outre, que la question de principe demeu- rera réservée, et que la détermination qui vient d*être prise dans ce cas particiulier n'engagera en rien pour l'avenir.
il. d^Avezac transmet à la Société Texpression du désir formulé par M. Léon Renier, bibliothécaire de la Sorbonne, de voir combler certaines lacunes dans la collection des mémoires de la ISociété que possède cette bibliothèque. Cette proposition est adoptée, avec ré- serve expresse que cette concession exceptionnelle ne tirera point à conséquence pour d'autres établissements.
11. t'ramblay, rédacteur du Cosmos^ demande qu'une lettre de recommandation soit remise à MM. Louis et Paul l^guin, fils du respectable Marc Séguin, corres- pondant de l'Institut, pour leur rendre plus facile et plus profitable un voyage quMls vont faire dans le Levant, par TÉgypte, TArabie, la t'alestine, la Syrie, l'Asie Ilinenreja Turquie et les provinces danubiennes. — Le président fait observer, qu'en accédant sans ré-
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serve à des demaDdes de cette nature, la Société assu- merait sur elle une responsabilité, légère certainement dans le cas actuel, à raison des garanties d'honorabi- lité personnelle qu'offrent les deux voyageurs, et de l'estime publique acquise à leur nom ; mais c'est un précédent dangereux, et dont il convient d'user avec une extrême prudence : le président lui-même a fait la déplorable expérience des conséquences les plus graves qu'entraînent parfois des recommandations semblables trop légèrement accordées. En se mon- trant favorablement disposé à satisfaire à la demande actuelle, on peut être embarrassé de la forme en la- quelle devrait être rédigée cette lettre de recomman- dation. — M. Jules Duval estime qu'elle pourrait être formulée comme une sorte de firman^ réclamant pour les voyageurs un accueil bienveillant dont ils sort dignes. Le président annonce l'intention d'y pourvoir pour le mieux, après s'être concerté avec l'auteur de la demande.
M. Malte-Brun écrit pour s'excuser de ne pas assister à la séance, et pour annoncer l'intention où il est de résigner les fonctions de secrétaire général qu'il rem- plit depuis sept ans, après avoir, pendant six autres années , rempli celles de secrétaire-adjoint. Le prési- dent pense qu'il y aura lieu, à la prochaine séance, sinon de demander à M. Malte-Brun de revenir sur cette détermination qui parait bien arrêtée, tout au moins de lui exprimer chaudement le regret qu'éprouve la Société de sa retraite.
L'Académie des sciences de Lisbonne accuse récep- tion du dernier envoi qui lui a été adressé.
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Par suite à la con-espondance, M. d'Avezac donne commanication, par extraits, d'une lettre de M. Évariste de Sainte-Marie, annonçant l'envoi très-prochain de la dernière partie de son voyage dans la Bosnie et l'Her- zégovine, etd'nn second exemplaire de Y Annuaire des Franciscains^ destiné à remplacer celui qui n*est pas parvenu à la Société. — Le même membre lit, en outre, une lettre du contre - amiral vicomte Fleuriot de Langle , commandant en chef la division navale des côtes occidentales d'Afrique, contenant quelques dé- tails sur les divers usages des Pahoïns. L'amiral en- voie, par la même occasion, une notice sur le Dahomé, par M. Béraud, agent vice-consul de France à Wydah; cette notice avait déjà été communiquée à la Société de géographie, par le département des affaires étran- gères. La même lettre relate sommairement la tenta- tive infructueuse de M. Walker pour pénétrer dans Tintérieur de l'Afrique par la côte occidentale, et si- gnale l'insuffisance de Tallocation qu'il a obtenue en Angleterre pour un voyage qui exigerait des ressour- ces beaucoup plus considérables.
M. Simonin donne, de son côté, communication d'une lettre de l'amiral Fleuriot de Langle qui sera insérée par extraits au Bulletin, et il entre, à ce sujet, dans quelques considérations générales sur la rapidité relative du développement de l'industrie minière dans les colonies françaises et dans les colonies anglaises. — A propos d'un passage de cette lettre, M. Mage fait observer que les placers de Kong (Konjia) sont connus depuis les temps les plus anciens : ils contiennent des mines d'or dont les produits arrivent à Grand-Bassam,
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à Aseinie et stir diverft autres poitotd de la COtè d'Or ; qu'en oâtré, il dé trouve, daos TAngola, des ttiitle$ dft ouîTte dont Tune, située àu càp d'Ambriz, le loug dé la rivière Loae^ est libremeut exploitée par une eom^ pagnie aDglo-portugaise* L'exploitation du fer a égA^* lement lieu sur la côte occidentale d'Afrique et jusqu^ftU plus profond deâ fleuves explorés* MalbeUreUsetnëM une entreprise minière au Bambonk n'ayaUt pttê réussi^ quant au rendement, a découragé les tëUttt^ tives de (se genre. ^^ M. Eugène Gortambert serait dôairdux de voir éclairbir la question des montagnes lîé Kong i quelle est leur direction, où commencent^ellëd^ où finiëéent-elleâ ? Les avis sont très-partages^ et naguères encore» un missionnaire, M. F. BorghërO, émettait l'opinion que les montagnes de Kong ue vont paa au delà de S"" de longitude ouest. — Ut Mage avait longtemps cru que le mot Konffj qui signifie môUtagtié en idiome Malinké, s'appliquait excluslvetnent àu lUâseif montagneux de cette contrée \ mais, tandid qu'il étiût ft Ségou 4 il a entmidu parler d'un village ithmense appelé Kong, dont Barth avait pareillement eu Uotion dat)S le Haoussâ : M. Mage s'en est auvent fait indiquer la direction^ et a totijoùrs obtenu les mêmes renseigne-^ mente au sujet de la position du ce village.
M« de Quatrefages fkit part à Tassettibléë des noù^ velles qu'il à reçues de M. Lejean^ lequel ne tardera pas à ôtfe de retour en Europe. II dit avoir décoirVèrt l'existence d'Un patois auquel il attribue une antiquité plus grande que celle du sanscrit littéraire de l'HitUa- laya« — M. d'Avezac fait observer que la question d'antériorité des langues dravidiennes n'est pas UOU-*
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TellQf et qu'il appartient exclusivement Aux adeptes de oetle diffiâle spécialité d'examiner cô qu'a de fondé l'opinion du voyageur sur le dialecte spécial anqdel il fait allusion.
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts. — Par suite à cette liste» M. Jules Duval fait hommage d'un volume dont il est l'autear, intitulé i Noite payât Ce petit livre, dit-il« qui fait partie de la BibUothéqUe populaire publiée par la maison Hachette, ne se re« commande ni par son format (in-18) i ni par le luxe de l'impression, ni par l'élévation de son prix (1 franc); et, cependant, je me permets de l'offrir à la Société, comme étant un nouvel essai tenté dans une direction d'études que mes confrères ont bien voulu encourager: l'union de la géographie et de Téconomie politique* Adoptant ce principe que les formes extérieures d'un pays ont un effet très'^ireot sur son économie maté- rielle et, par contre^coup, sur son économie politique etsociale, j'ai voulu l'appliquer à la France. J'ai donc décrit brièvement le pourtour de notre pay$i ses mon- tagnes, ses fleuves, ses climats, l'ensemble et les détails de ses conditions matérielles, en m'appliquent à mon- trer comment ces fûts géographiqneli et topographi- ques déterminaient son agrioulturoi son industrie, son commerce, sa navigation, ses travaux et ses services publics; en un mot, son organisation économique. Cette loi de corrélation m'a semblé trèd^importante à établir, sans que je méfoonaisse d'ailleurs, l'influence plus grande encore de l'esprit humain et des institu- tions politiques.
M. Maunoir offre les ouvrages intitulés : Histoire
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des Indiens des Etats-Unis, psir Armand Mondot, et Voyage à Madagascar du docteur William Ellies^ par Octave Sachot. — M. Ghallamel offre, de la part de M. A. Haussmann, un exemplaire de l'ouvrage intitulé : Souvenirs du cap de Bonne-Espérance. — M. Richard Cortambert dépose sur le bureau, de la part de M. Logerot, éditeur, une carte des voies navi- gables de la France avec additions de données de géographie physique, par M. Eugène Cortambert.
M. Jules Marcou, en offrant un travail extrait du Bulletin de la Société géologique de France, et intitulé: Le Niagara quinze ans après^ donne un aperçu des changements constatés par lui dans les célèbres chutes. Il les visita une première fois, en 18A8, et prit soin de marquer, d'une façon indélébile, divers points de re- père destinés à lui permettre de mesurer les change- ments qu'un certain nombre d'années amèneraient dans l'état des chutes. Pendant quinze ans il s'abstint d'y retourner, et, en 1863, il put reconnaître que la chute canadienne se retire assez rapidement, sans toutefois que Ton puisse donner de règle annuelle dans sa progression rétrograde, parce que la solution du problème dépend de données variables, et qui ne peu- vent être appréciées annuellement. Ainsi une année, le mouvement rétrograde sera très-sensible, tandis qu'une autre année il sera inappréciable ; depuis 18A2, la chute canadienne, près de la tour Terrapine, a ré- trogradé d'au moins 12 pieds. Toute la première ligne de blocs qui sont dans le plan, sur le bord de l'abîme, a été précipitée dans le gouffre avec les strates sur lesquelles elle se trouvait. — Le volume d'eau de la
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cbote caimilienne augmente par suite de la diminution de celui de la chute américaine ; et, de plus, la masse de l'eau abandonne la rive canadienne pour se porter vers le miliea du fer à cheval et aussi vers l'tle à la Chèvre ; d'où Ton peut conclure : 1* que le mouvement rétrograde de la chute canadienne ira en s*accéléranl de plas en plus ; 2* que la vallée de dénudation de la rivière Niagara va se rapprochant de Ttle à la Chèvre et tournera là à Test, en faisant un coude assez brusque et anguleux, comme un whirlpool; 3* qu'enfm on aura, à l'endroit même od se trouve la chute canadienne aujourd'hui, un autre whirlpool, avec les mêmes phénomènes d'étranglement de la vallée de dénudation au-dessous, et surtout au-dessus, et de tourbillon en forme de trombe au coude du fleuve. La chute amé- ricsûne ne se retire que d'une manière extrêmement lente, et on peut la dire presque stationnaire eu com- paraison de la chute canadienne. L'eau qui s'y préci- pite n'est pas assez forte pour creuser un lit dans les roches, et l'on voit, au pied de cette chute américaine, les blocs qui tombent du sommet et forment déjà une espèce de contrescarpe entre le pied de la chute et le fleuve. Le volume de l'eau de la chute américaine va en diminuant, et ira de plus en plus en dimi* naant, à mesure que la chute canadienne se retirera, et lorsque cette dernière aura atteint les lies des Trois-Sœurs, c'est-à-dire dans huit ou dix siècles, il ne. passera plus d'eau par la chute américaine ; l'Ile à la Chèvre se réunira alors à la terre ferme. — M. Marcou ajoute que ses observations à ce sujet ont été repro- duites par les journaux spéciaux des divers pays.
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En adressant aui divers donateurs les remerclmeiitd d'usage, le Président croit devoir appeler Tattentioii spéciale de ses collègnes sur une série de dons fallu sans bruit et qui se renouvellent de séance en séance; M. Maunoir apporte ainsi, à la bibliothèque de kl Société, nombre d'ouvrages qui viennent remplir àu^ tant de lacunes i c'est une preuve de zèle digne d'être remarquée, et que le Président ne peut laisser passeif inaperçue ; il adresse donc à M. Maunoir un remerd- ment particulier pour les dons successifs qu'il a dé- posés sur le bureau dans plusieurs des dernières séances, et il exprime le vœu que ce bon exemple soit suivi.
Il est procédé à l'admission des candidats inscrits au tableau de présentation : sont, en conséquence, dé-- clarés membres de la Société, MM. MoUie, chanceUer du consulat de France h Manille ; le docteur Bédouin; Gabriel Lemercier, ingénieur des ponts et chaussées ; Paul Lefebvre, juge suppléant au tribunal delà Seine, et Félbc Baiin, professeur à l'école Turgot.
Est inscrit au tableau de présentation, pour être statué sur son admission dans une prochaine séance : M. Pollen^ présenté par MM. de Quatrefages et Martin de Moussy.
M. Eugène Gortambert expose le désir qu'aurait M. Mollie, qui vient d'être admis dans la Société, de recevoir des instructions, à remplir pendant un séjour qu'il va faire à Manille. — M. de Quatrefages saisit cette occasion pour renouveler le vœu qu'il a eu déjà l'occasion d'exprimer, que la Société de géographie rédigeât des instructions générales et applicables à
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Ims les pays. Cest à des iostroctîoDs de çetie mAore que 1» Société d'aotbropologie de fum e du eo pertie les n^iides progrès qa elle a réaUsés. Soui désignés pour rédiger des iostnictiaes spéciales destipées k M. Mollie, en aUeadaot U réalisatioQ de l'idée de M. de Quatrefages, dont la valeur a, dès longtemps, été rçcounne eo priDdpe, MIL le comte de NontUanc, Eugène Cortambert et Gabriel Lafond.
M. Antoine d'Abbadie donne lecture d*un trayail intitulé ; Instructions pour les voyages dC esq^loration. — H. Eugène Cortambert exprime le désir que ce travail soit imprimé le plus promptement possible, afin d'être immédiatement mis à profit par les voya- geurs auxquels il s'adresse.
M. Bourdiol fait observer que l'emploi du baromëU^ anéroïde n'est pas aussi difficile que le pense M. An- toine d'Abbadie : étant auDari6n,.il a fait •un nivelle- ment dans lequel ii a été très-bien servi par cet instru- ment, et n'a pas constaté de très-grandes différences entre les résultats qu'il en a obtenus et ceux que lui ont donnés deux baromètres Gay^Lussac, qu'il avait réussi à conserver* r- M. Simonin confirme l'appré^ ciation de M. Bourdiol, et croit qu'on ne fait pas assez de cas de l'anéroïde : les Américains s*en servent pour leurs études de chemin de fer; ils le portent ^ cheval et le consultent en marchant. Il avait pris, en France, des renseignements au sujet du meilleur baromètre, et on lui avait répondu que la question des anéroïdes était à l'étude ; or, en arrivant aux États-Unis, il a constaté que l'usage de ces instruments était général. Les bons anéroïdes d'observation, du pri;c de 100 à
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150 francs, peuvent rendre d'excellents services; ils révèlent des différences de niveau de 10 à 15 mètres : il a même entendu affirmer que leur sensibilité peut aller jusqu'à être impressionnée par la hauteur d'un cheval. Il a eu l'occasion de comparer, dans des nivel- lements entre des galeries et des puits de mines, les indications de l'anéroïde avec des résultats obtenus à l'aide du niveau d'eau et de la mire Bourdaloue, et il a toujours trouvé des corrélations remarquables. Il ne saurait trop engager un voyageur à se munir de deux anéroïdes : l'emploi de Thypsomètre demande des pré- paratifs parfois difficiles; on peut consulter l'anéroïde sans cesser de marcher.
M. Antoine d'Abbadie considère comme intéres- santes les remarques qui viennent d'être faites, mais il tient à constater que l'usage de l'hypsomètre n'offre pas les difficultés que redoute M. Simonin ; il est très-aisé à transporter, et n'est pas d'une lecture plus difficile que le baromètre à mercure. — M. Bourdiol rappelle, à ce propos, que lors des réunions de la Commission du nivellement général de la ï^rance, M. Bourdaloue, dans une discussion qui a eu lieu sur la valeur des instruments hypsométriques, a dit pouvoir répondre de ses anéroïdes à 15 ou 20 centimètres près. Ce chiffre peut être exagéré; mais, en le portant même à 3 ou 4 mètres, c'est déjà une approximation fort re- marquable,
La séance est levée à dix heures un quart.
Parii. — ImprUoerie de E. Martinet. ru« llignon, S.
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
FÉVRIER 1867.
■■éiiiolres, Motlees, etc.
LES
PUITS ARTÉSIENS DU SAHARA
A l'occasion du
iiPPOBT A I. LE MARÉCHAL GOUVERNEUR GENERAL DE L'ALGÉRIE
SUR LES FORAGES ARTÉSIENS
tXicmiB DANS LA PROVINCE DB CONSTANTINB, DC 4860 A 1864 (i )
BfÉMOnUS m PAR H. julbS duvaL
Vioe-piMeiit de la Commission centrale DANS LA SÉANCE GÉNéRALE DU 14 DÂCEHBRX 1866.
Parmi les œuvres entreprises par la France en Algé- rie, il en est une qui, relevant de la géographie et de la géologie, met en jeu la puissance industrielle sous Tune de ses formes les plus saisissantes, et opère dans Téconomie matérielle, et jusque dans la constitution
(i) Uq Tolume in-folio de 54 pages et 14 planches (dont 2 cartes), offert par M. le Goaveraear général de TAIgérie à la Société, ipif A cbargé Paaieur de la présente notice de lai en rendre compte. Xm. FÉVRIER. 1. 8
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sociale des populations, une rapide et merveilleuse mé- tamorphose ; nous voulons parler des puits artésiens, ces fontaines jaillissantes, aussi admirées des savants que des ignorants, bénies dans les déserts plus encore qu'au seia des pays civilisés.
Le 7 novembre dernier, il y a eu vingt-deux ans que la sonde de forage a pour la première fois creusé le sol algérien (1); depuis dix ans, elle le fouille avec une persévérance couronnée par de nombreux succès. Aussi bien conçue que bien exécutée, cette expérience, qui appartient désormais à Thistoire, mérite d'être ra- contée dans ses phases successives et appréciée dans ses effets économiques et moraux. Tel est l'objet de la présente notice, qui demande à l'auditoire de vouloir bien franchir, par la pensée, la Méditerranée et se trans- porter au sud de la province de Constantine, dans la subdivision de Batna, en plein Sahara algérien : c^est là le théâtre des travaux dont nous allons donner un aperçu.
§ 1. >-«* DlSGBIPTION GÉOGRAPHIQUE.
A cinquante lieues environ du littoral de la Méditer- ranée, entre le 35° et le 36** de latitude N., la province de Constantine est traversée par une suite de chaînons de la grande chaîne atlantique, qui portent, en allant de l'ouest à Test, les noms succeesifs de Ouennougha^
(1) Le 7 Doyembre 1844, an camp du Fignier, dans la plaine d*OraB« •— Gelai d'Arzew, dans la même province, fat commencé le 14 mai 1845, Tun et Taotrefarent abandonnés après quelques eam- pagnes, le premier à 98 mètres, le second à 1 76 mètres 6S de pro» fondeur.
(ii5)
BQU-Tbald>, Aorès : ce dernier inasûf beaucoup plus ëtttdda que les précédents, était déjà célèbre, sous le nom de nums Aurasitâs^ dans les annales de l'occupa- ikui romaine et byzantine, par ses escarpementsinaccesH sibles et la résistance des tribus indigènes (1) « Héritiei* de la romaine Lambèse» qui fut le séjour pendant ti^ois siècles de la troisième légion Auguste, Batna garde rentrée de l'Aurès, à 1000 mètres d'altitude. Le ver- sant septentrional de cette région montagneuse appar- tient à la zone appelée le Tell^ la terre des pâturages permanents et des cultures, des populations séden- taires et des villes; du versant méridional part la zone dite Saharienne^ qui s'étend du Maroc à la Tu- nisie au sud de la chaîne atlantique, parallèlement à la zone tellienne, mais s'en distinguant profondément par Taspect et la constitution du pays, conune par les mœurs et les occupations des habitants.
Des sommets du mont Aurès, en jetant les yeux sur l'espace qui s'étend à ses pieds dans la direction du sud, on a devant soi le Sahara : spectacle étrange et plein de grandeur, qui frappe d'éionnement et d'admi- ration. Aussi loin que la vue peut atteindre se déroule un^ plaine jaunâtre, dont la ligne d'horizon se confond ^vec celle du ciel. Au nord de cette région des sables, dans les Zibau, les oasis et les forêts de dattiers apparaissent des groupes de taches noires » se découpant en relief sur le fond des plaines dont ils rampent la moaotonjie. Cette perspective éblouit, comme le plus
(I) Mali adNs diUeilUMS, nmfDHi amiMt «M in prwsipilî
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Surprenant des mirages, le voyageur qui débouche au pont romain d'El Kantara, au cœur du mont Aurès» et encore mieux au col de Sfa qui est le seuil des Ziban. Elle justifie les antiques comparaisons employées par Jes géographes pour peindre le désert : peau de pan- thère mouchetée de noir sur un fond fauve, archipel d'îles verdoyantes au sein d'un océan de sables, images aussi exactes aujourd'hui qu'il y a deux mille ans.
Ces taches noires, ces îles vertes, ce sont les oasis créées par les eaux d'irrigation, dont les unes pro- viennent de barrages destinés à retenir les eaux super- ficielles, les autres sont fournies par des puits jail- lissants faits de main d'homme. Les premières consti- tuent, dans le Sahara oriental, le groupe des ZiBAN(au singulier Zab), terme extrême de la domination romaine. Biskra en est la capitale, non loin de Zaatcha, célèbre par le siège qu'elle soutint contre les Français en 1849. Les autres oasis, à AO ou 50 lieues au sud, forment le groupe de TOued-Rir, dont Tongourt est le chef-lieu. Ces deux régions sont séparées par le désolé petit dé- sert de Morran, et le lac salé de Melrir, qui commn-* nique vers l'est, par des marécages, avec les lacs tuni- siens de Faraoun et de Fedjedjy qui portaient dans l'antiquité les noms fameux de Palics-ly bique et de lac Triton, ligne de bas-fonds inférieurs au niveau de la mer et très-insalubres, qu'un isthme étroit sépare du golfe de Gabès, la petite Syrte des anciens.
C'est rOuED-RiR, peuplé d'une race croisée de Ber- bères et de noirs, qui est le pays des puits artésiens. A la surface s'étend un vaste manteau de terrain quater- naire sur une couche épaisse de terre végétale, pro-
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pre à tontes les cultures ; à une profondeur variable de ikO à 100 mètres coule, dans les sables du terrain tertiaire, la nappe aquifëre, emprisonnée entre une couche d'argile et une assise de pierre.
Trois autres contrées voisines et analogues sont comprises dans le cadre saharien de la province de Constantine ; au nord-ouest, le Hodna, qui reconnaît Msila et Bouçada pour ses villes principales, et au sud-ouest le Souf, où la grosse bourgade d'Oz/ecf joue le même rôle; enfin Toasis d'OuARGLA, qui limite an sud, par la concordance des caractères géographiques et géologiques, la domination française en Algérie, et marque l'entrée du Grand-Désert, vers le 32° de lati- tude, à 40 lieues au sud de Tougourt.
C'est dans le Zab, TOued-Rir et le Hodna que l'in- dustrie française a installé ses forages ; le Souf a été exploré, mais non encore attaqué; Ouargla n'a été abordé que par nos soldats. Depuis bien des siècles les indigènes, ainsi que nous aurons à le raconter bientôt, avaient imaginé de creuser dans ces localités des puits jaillissants; mais la science moderne pouvait seule donner la raison de ce phénomène, en déterminer les conditions, ety appliquer l'industrie avec des chancesde succès, proportionnées à la sûreté de ses investigations et à la perfection de son outillage. Voici comment les savants et les industriels expliquent la formation du Sahara oriental et son aptitude à fournir des eaux jaillissantes.
D'après eux cette région fut , dans les âges géolo- giques, un fond de mer, un golfe qui probablement commimiquait avec la Méditerranée vers Gabès et la
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petite Syne. Les prennes abondent de Tantiqne ^o^f des eaux de la mer : d'abord, la série întermUtente d&à lacs salés se succédant de Test à l'ouest dans toute la largeur de T Algérie et de la Tunisie {Chotts gharbi et th^guij Zarez gharbi et cher gui ^ Sebkha et ckùtts MelrlTy Faraourij Fec^erf;); ensuite les traces de falàiM et de rivages, la salure excessive des eaux, des teri^s, des plantes; enfin les coquilles marines que Ton recueille dans les couches du sol et dont la distributidn permet de suivre les contours du littoral. Dans le cours des siècles géologiques, la communication fut interrompue entre la Méditerranée et son golfe saha- rien, et le relief du littoral de Gabès qui les sépare aujourd'hui se forma. Quelles causes détefminèi*et!t ces événements ? Tour à tour les géologues citent et invoquent : le soulèvement du mont Aurès, qui put déterminer, par un mouvement de bascule, l'énotnie dépression du lac Melrir; l'élévation du rivage de la petite Syrte, soit par un exhaussement spontané et continu, soit par l'accumulation des limons, des sables et des galets. La désagrégation, sous l'action des forces naturelles, des calcaires secondaires qui composent le massif de F Aurès et des terrains tertiaires déposés à ses pieds, l'évaporation des eaux, l'action des vents entral«- nant les sables, l'érosion des eaux charriant avec les mêmes sables des galets et des cailloux, achevèrent de marquer, en les restreignant, les contours du golfe primitif, ainsi que les étages successifs des dépôts. Bu d'autres temps, des éruptions de gaz rompirent et sou- levèrent les couches sahariennes. Un jour vint où les terres se trouvèrent émergées au-dessus des eaux.
( 119 )
Dq jeu combiné de ces actions cosmogoniques résnl-
tèrcnt la forme générale dw relief et ralternance de ses
couches perméables et imperméables, nécessaires au
snccès du forage jaillissant. Entre un lit d'argile au-
dessoos et une roche plus ou moins dure au-dessus,
s'étendent des couches de sol perméable qui afBeurent
dans les montagnes environnantes et par où s'infiltrent
les eaux de pluie. Le» relèvements supérieurs de Tho-
rizon sont : au nord, la chaîne de FAurès, composée
de terrain secondaire ; à l'ouest, les plateaux ravinés
(le Lagbouât, tournant au sud-ouest vers les Beni-
Mxab ; au sud, les plateaux rocailleux et arides de Ham-
mada, qui se développent au delà d'Ouargla et séparent
le Sahara algérien du Grand-Désert. Comprimée dans
ce vase, l'eau qui a coulé des hauteurs (et que les
ingénieurs pensent venir du nord , contrairement à
l'opinion des indigènes); après avoir pénétré dans les
entrailles du sol, ne peut que jaillir à la surface, dès
qu'on lui ouvre, par des forages, des issues qui en
sont comme les évents.
C'est ce qu'ont fait les Sahariens d'abord, et puis les Français.
§ 2. — FORAGES INDIGÈNES.
Le phénomène d'une eau jaillissante a dû quelque- fois s'accomplir par le seul jeu des forces naturelles, et c'est probablement à un tel fait, observé et imité, que remonte l'initiation des indigènes à cette pratique qui leur fut de tout temps familière.
Voici un aperçu de leurs procédés rudimentaires.
( 120 )
Quelque imparfaits qu'ils soient, ce n'en est pas moins un spectacle plein d'intérêt, à raison même du con- traste entre la grossièreté des moyens et la grandeur des résultats, à raison aussi de l'avance inattendue que, pour cette initiative, la barbarie a prise sur la civilisation, sans autre guide que l'observation et l'expérience. On peut d'ailleurs en déduire des conjec- tures plausibles sur les méthodes employées par les Chinois, les Hébreux, les Arabes, les Égyptiens, que l'histoire montre de bonne heure initiés à cette ingé- nieuse invention.
Le travail se compose de trois opérations : le forage, le boisage et le curage, et demande le concours des puisatiers pour les travaux en terre, d'un maître foreur pour percer la pierre qui retient l'eau captive, de plongeurs pour dégager le puits des sables que les •eaux entraînent sans les rejeter au dehors.
Le forage commence par une grande excavation provisoire, dont le diamètre exagéré est destiné à rece- voir les éboulements des premières couches : ce pre- mier déblai s'exécute par une main-d'œuvre amiable entre voisins qni, à l'occasion, se rendront le même service. Au-dessous des terrains meubles, l'excavation se continue à travers des couches plus consistantes, pour lesquelles le trou est réduit à ses dimensions nor- males, de 70 centimètres à 1 mètre carré.
Toutes les parties sujettes à éboulement sont gar- nies d'un boisage, à l'aide de palmiers refendus longi- tudinalement, et coupés en tronçons assez semblables
(1) Voir note À. sur la Bibliographie.
( 121 )
aux bûches de notre bois de chaniTage. A peine équar- ris et assemblés à mi-bois, ils constituent des cadres grossiers dont la forme carrée détermine celle de tous les puits des oasis. On les superpose en assises hori- zontales. Pour prévenir les infiltrations et consolider les boisages, on remplit les intervalles au moyen d'ar- gile pétrie avec des noyaux de dattes et autres matières ligneuses du palmier, qui, glissées entre le coffrage et les terrains, font un calfatage plus ou moins parfait. Dès que le boisage est en voie d'exécution, on comble les côtés de Texcavation supérieure, de manière à la réduire au même diamètre que le reste et constituer un tube continu* Le boisage cesse dès que la roche, ordinairement im gypse pierreux, présente assez de solidité pour se maintenir seple.
Étrangers aux arts mécaniques, c'est à bras d'hom- mes que les indigènes creusent leurs puits. A cet effet, deux montants de palmier, hauts de deux mètres et liés par une traverse, sont dressés au-dessus de l'ou- verture, et deux cordes y sont attachées. L'une, enrou- lée autour de la traverse, est destinée à monter et descendre un seau en peau de chèvre^ rempli des déblais; Fautre, fixée à l'un des montants, sera passée autour du corps du mineur pour l'aider à se glisser le long du puits, et lui servira aussi pour les signaux. A tour de rôle les ou vriers se succèdent, attaquent le sol au moyen d'une petite pioche à manche court, rem- plissent le seau ; par une secousse imprimée à la corde, ils avertissent qu'il est plein, et les manœuvres du de- hors tirent la charge. Les puisatiers se relaient à peu près d^heure en heure, durée qui paraîtra longue, si
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Ton pense à la fatigne que doivent éprouver des gens travaillant repliés sur une surface de moins d'un mètre carré, à une profondeur qui atteint et quelquefois dépasse 50 mètres, au milieu des suintements de l'eau et des périls des éboulements, par une chaleur de 20 ^à 25 degrés au moins.
Le moment critique arrive quand le mineur atteint une pierre dure et épaisse, au-dessous de laquelle il entend gronder a la mer souterraine ». C'est le maître foreur, ordinairement un personnage renommé pour son habileté, qui doit donner le dernier coup de pioche, coup périlleux, car il peut entraîner l'asphyxie du mi- neur, sous une double pluie d'eau jaillissante et de sable. L'ouvrier n'opère pas avec sûreté s'il ne s'élance vers le jour avec rapidité. Les accidents mortels ne sont pas rares : aussi les maîtres foreurs qui comp- tent de nombreux succès acquièrent-ils dans le désert une réputation lointaine et bien méritée, qui fait re- chercher leur concours et bien payer leurs talents; Ben-Tata était, il y a quelques années, un des héros des puits jaillissants de l'Oued-Rir. Quand ils ont réussi et qu'ils apparaissent au jour, l'admiration publique les entoure; les chants et les cris exaltent leur gloire pendant qu'ils réchauffent leurs membres autour d'an grand feu, bourrant leur pipe de hachich, et avalant quelques gorgées d'eau-de-vie de palmier; fiers de • leurs succès, ils oublient bien vite les dangers qu'ils t^ ont courus.
Cependant l'œuvre est loin d'être achevée. En jail- lissant, la source souterraine entraîne beaucoup de sable qui retient la colonne ascendante et obstrue le
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pAtê. Entever ce sablé est Taffaire des plongeurs^ dotit la besogne est encore pins rnde que celle des mineurs. Au jour convenu, ces plongeurs se rendent triomphale- ment sur le lieu du forage, montés sur des ânes dont le propriétaire du puits paye la location et la nourriture . Avant de commencer leur tâche, ils réchauffent forte- ïnent tous leurs membres autour d'un grand feu, se bouchent les oreilles avec du coton imprégné de graisse de chèvre, se dépouillent de tous leurs habits, sauf un très-étroit caleçon, et se groupent autour de TabUne. « Plus de chants, plus de cris joyeux, la scène est devenue solennelle. L'ouvrier qui doit inaugurer le travail s'approche lentement du puits, dépose des charbons ardents sur la margelle formée par le bord du châssis supérieur, et y jette de l'encens. Quand la fumée commence à s'élever vers le ciel, il frappe quel- ques coups, avec la paume de la main, sur le boisage. C'est un appel adressé aux génies de la mer inférieure, pour qu'ils soient bien informés qu'on vient leur rendre l'hommage qui leur est dû (1). Après ce céré- monial religieux, le plongeur descend et entre dans l'eau jusqu'aux épaules. Assujetti dans cette position au moyen des pieds qu'il fixe aux boisages, il fait ses ablutions, invoque Allah, puis tousse, crache, étemue, m mouche, amène ses lèvres au niveau de l'eau, fait une série d'aspirations et d'expirations, pour bien s'as- surer du jeu libre des poumons, et enfin, après tous ces préparatifs qui durent bien une dizaine de minutes, il se laisseglisaer le long de la corde jusqu'au fond ; là
(1) Bertaigeir^ 6T. -^ Velr nom A,
( 124 )
il remplit d'une main le panier qui Ty a précédé et qui xîontient 10 litres environ de sable. L'opération termi- née» il ressaisit la corde des deux mains et remonte. Son séjour dans l'eau dure deux à six minutes. La jour- née comporte pour chacun d'eux quatre voyages, soit donc AO litres, au maximum, de sable extrait. On voit combien il faut de travailleurs pour désobstruer un puits, pour peu que la colonne liquide charrie de sable, et quelle rude et longue besogne leur est de- mandée.
Exposés à tant de périls, les puisatiers del'Ouad- Rir forment, sous le nom de Rtassin^ une corporation respectée et entourée de sympathie, car ils sont con- damnés à une mort précoce par l'effet des accidents ou de la phthisie. Ils ont vu cependant avec inquiétude arri- ver les machines qui devaient les délivrer de la maladie, mais en menaçant leur travail et leur gain. Par un juste sentiment d'équité, on leur a conservé le privilège de toutes les tâches qu'ils pouvaient encore exécuter.
Dans leurs dangers, ils se secourent avec le même dévouement fraternel que leurs confrères les puisatiers et les mineurs d'Europe, Au moindre signal d'alarme, on se précipite au secours du camarade qui est en péril, et le premier mouvement de ceux qui ont été secourus est d'embrasser le sommet de la tête de leur sauveteur en signe de reconnaissance.
Si hardie que soit une entreprise exécutée par de
pareils procédés, elle ne peut qu'être impuissante contre
une multitude d^obstacles ou d'accidents. Tantôt ce sont
des eaux parasites, ascendantes et non jaillissantes,
qui envahissent la partie supérieure des travaux, sans
(126)
que Ton parvienne à les épuiser. Tantôt la roche .du fonds est trop épaisse pour être percée à bras d*homme« Au delà d'une profondeur de 60 à 80 mètres, les moyens d'action sont vaincus parles dîflScultés. Enfin, plus fréquemment encore, au bout de quinze ou vingt ans, les boisages s'effondrent, les terres s'éboulent, le sable des environs, entraîné par les tourbillons de vent, s^engouffre dans les puits. Contre ces accidents l'homme lutte avec énergie ; mais, devant les forces supérieures de la nature, plus d'une fois il succombe, accablé de fatigue et attristé de sa défaite. Le puits qui vivait est mort, et avec lui morte aussi l'oasis qu'il vivifiait, prêtant plus arrosées, les plantations de palmier péris- sent bientôt ; les cultures que ces arbres protégeaient de leur ombre se dessèchent ; le centre de population s'éteint. Menacés de la misère, les Oasiens tentent de creuser un nouveau puits ; et s'ils n'ont pas la chance heureuse, privés alors de nourriture et de boisson, ils se dispersent : leurs chaumières tombent en ruines que le vent recouvre bientôt d'un morne et mobile linceul de sable. Ainsi ont été ensevelies sous la poussière des déserts, comme des caravanes surprises par le simoun, bien des cités célèbres : Ninivc, Babylone, Palmyre, Balbeck, et autour de leurs débris se sont reformées les hordes vagabondes. En Afrique, plus encore qu'en Asie, tôt ou tard le désert reprend possession du do- maine que le labeur du barbare lui avait enlevé; à moins que le génie bienfaisant de l'Européen, servi par la science et les machines, plus puissant et pi us persé- vérant, ne vienne au secours du Saharien.
(*28)
§ S. --* toBAeSS FmANÇAlS. BiarrOBIQUB.
(kl secours tutélaire, U Fraoce Ta apporté à ses poQveaux sujets du Sahara algériei), dans des cîrcon- i^taaçea et sous des formes que nous rappellerons avec quelques détails» parce qu'elles constatent d'abord uqe belle victoire industrielle, et sont en outre uue leçon donnée à tous les peuples colonisateurs sur la conduite à tenir envers les races inférieures ou vaincues.
Dès Vannée i&kà, à Toccasion de l'expédition du duc ^'Aumale dans les Ziban, qui se termina par l'occu- pation définitive de Biskra, M. Henri Fournel» ingénieur des mines de l'Algérie, — que ]'ai le plaisir de voir en ce moment dans cette enceinte» — avait reconnu le caractère artésien des puits de TOued-Rir, et très- nettement affirmé le parti qu'on pourrait en tirer en en creusant de nouveaux (1) .
« J'appelle de tous mes vœux, disait-il, cette étude (des ter- rains)» dont le résultat sera de fixer les points où devront être forés les puits artésiens, qui engendreront une série d'oasis, destinées à rattacher TAlgérie du nord i FAlgérie du sud, et ) inettre en communication directe les ports de la Médîterranée avec les ports du désert (2). »
Ainsi parlait la théorie, malgré de puissants contra^ dîcteurs ; la pratique, condamnée à la prudence, ne pouvait dépasser les limites de la domination et de
(i) Voir la note A, Bibliographie.
(2) Richesse tninéraUde V Algérie^ tome I^ p. 354.
(«7)
la protection française3 & cette époque : aussi M. HMri Fouroelt voulant sans aucun retard tenter, dans le déserty la fortune d'un puits artésien foré par la main de la France, proposait-il, dès le mois d'avril 1SA4, d'établir un forage à Biskra. Ce fut par nécessité» non par cboix, qu'il commença par un point au pied de l'Aurés, au lieu de se porter plus au sud» où le succès, il le savait bien, était plus facile, mais où l'on n'aurait pu, avec sécurité, installer des appareils et des ou*> vriers. Approuvé en septembi^e 18^5, par le Ministre de la guerre, son projet fut mis à e;(écution dès le mois d*octobre 18A6, confié sur ses indications à l'habileté éprouvée de M. Degousée, et poussé à une profondeur de 80 mètres. Mais on rencontra une couche d'alluvions beaucoup plus épaisse qu'on n'avait prévu ; quelques accidents eurent lieu, et la continuation du travail pa- raissant devoir entraîner une dépense hors de pro- portion avec les ressources et l'utilité immédiate, le forage fut abandonné au printemps de 18A8. La science^ du reste, ne condamnait pas cette initiative qui, poussée plus loin, comme l'ont exigé tant d'autres puits, eût probablement réussi : c'est Topinion de M. VillCy Tun des successeurs les plus compétents de M. Henri Fournel, à la tête du service des mines de l'Algérie (1).
(I) «n est permis de supposer, aiosi que Ta fait M. ringéoieur eo cbef des mines Foarael, qa^an sondage réussirait auprès de Biskra; la température de^ principales sources artésieoiiei patofeilei, indique seulement que le sondage devrait atteindre une profondeur assez con- sidérable, environ 200 à 250 mètres. Le soudage da Bislira n*ajant atteint que 85 mètres» il B*eat pas ét4NUi|Ai qvL*ii a*Ait p$ê donné
( 128 )
M. Dubocq, ingénieur des mines de la province, put bientôt faire dans TOued-Rir un voyage d'exploration, etxiès le mois de mars 18i8 il adressait à ses chefs un rapport qui précisait, avec une autorité que les recher- ches postérieures n'ont fait que confirmer, les princî- cipaux points de la géologie et de la topographie du Sahara oriental, et en dressait la carte au point de vue des sources jaillissantes. 11 visitait les puits de Tou- gourt et des environs, reconnaissait leur parfaite simi- litude avec les puits artésiens, sauf la différence des procédés de forage, et résumait ses recherches dans un mémoire qui a servi de guide pour la reprise des travaux, huit années plus tard, en 1856 (1).
Après les études de M. Henri Fournel et sur les traces de M. Dubocq, M. Berbrugger, bibliothécaire de la ville d'Alger, se transporta à son tour dans TOued-Rir, et ajouta ses informations de philologue et d'ethnogra- phe à celles des ingénieurs (2).
Il était désormais possible, à Taide de cette masse de renseignements concordants, de porter la sonde artésienne sur les lieux où elle était le mieux as- surée du succès, dès que la domination française y aurait planté son drapeau. C'est ce qui fut net- tement compris dès 1854, résolu en 1855 et exécuté en 1856.
A M. le général Desvaux, commandant à cette époque la subdivision de Batna, revient l'honneur d'avoir re-
d'eau jaillissante. » {Voyage dans les bassins du Hodna et du Sahara^ p. 14.)
(i) Voy. note A, Bibliographie,
(2) Vo7« note A, BibHograpMef et B, Histoire*
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pris rinitiative d'une entreprise qui offrait d'énormes difficultés à vaincre, car il fallait porter la sonde, inerte à Biskara, à 60 lieues au sud, à travers d'affreux dé- serts, sans ressources locales de main-d'œuvre et de vivres. Ce progrès fut rendu possible à la (in de 186A, après le brillant combat de Meggarin, qui ouvrit à notre drapeau les portes de Tougourt, et amena la soumis- sion de rOued-Rir et du Souf.
« La lecture des ouvrages de MM. Foumel, Berbrugger et sortontrexcelient mémoire de M. Dubocq, expose M. Desvaux dans son premier rapport, du 20 juin 1856, auraient depuis longtemps attiré mon attention, lors même que par intérêt je n^anrais pas songé à ce que la sonde pouvait produire dans le sod... Mais c'est surtout à Sidi-Racbed, en 1854» que ma résolution a été arrêtée. Le hasard m'avait conduit au sommet d*nn mamelon de sable qui domine Toasis tout entière. Vous dire les impressions que me causa la vue de cette oasis est im- possible : à ma droite, les palmiers verdoyants, les jardins cul- tirés, la vie en un mot; à ma gauche, la stérilité, la désolation, h mortlJe fis appeler les cheikhs et les habitants, et l'on m'ap- prit que les différences tenaient à ce que les puits du nord étaient comblés par le sable, et que les eaux parasites empê- chaient de creuser de nouveaux puits. Encore quelques jours, ^ cette population devait se séparer, abandonner ses foyers, le cimetière où reposent ses pères. Je compris, à ce moment, les féconds résultats que pourraient donner à cette contrée les travaux artésiens et, grâce à vous (1), qui avez bien voulu ac- coeillir mes propositions, leur donner un appui^ la vie sera rendue à plusieurs oasis de l'Oued-Rir, et l'avenir renferme les espérances les plus magnifiques. »
(1) Le maréchal Vaillant, ministre de la guerre.
Xm, FÉTRIEB. 2. 9
^ Çénérîil profita d'un séjour à Paris, daP5 le cour? de J'anuée 1855, pour rouvrir des négociations avec la maison Degousée; dès Tautomne de cette annéç M. Ch, Laurent, associé dç la maison et gendre de spp cbef, partit pour l'Afrique, et jiccompagna le général au mois de novembre et décembre 1855 et en janvier 1856, dans une expédition ^ travers le Souf, quj n'avait pas été exploré, et TOued-Rir (1). AvQC les troupe^, M. Laurent parcourut en outre le petit désert de MogbraUf les terres des Ouled-Sellab et le ZJab du nord. En plusieurs endroits, cet ingénieur constata la possibilité de trouver de Teau jaillissante. A Meggarin et à Tougourt, il employa, sous les yeux des habitants émerveillés, une soupape à boulet pour dégager les puits des sables qui les obstruaient. A Sidi-Racbed-, visité l'année d'auparavant par le général Desvaux, la position était empirée, et l'on avait le regret de ne pouvoir y porter remède tout de suite, cette partie du Sahara devenant inhabitable, pour d'autres que les Sahariens, vers le î 6 mai. Des raisons d'urgence extrôipe firent choisir l'oasis de Tamerna, en avant de Tou- gourtt pour être, dès le printemps, le théâtre de la grande e;xpérience qu'il s'agissait de tenter, et qui de- vait par ses résultats frapper l'imagination des in- digènes.
§ 4. — FORAGES FRANÇAIS. EXÉCUTION ET STATISTIQUE.
Le matériel de sondage avait été débarqué à Philip-
(i) CeUe expédiUon fat Tobjet d'un rapport en date da 20 fé- Trier 1S56.
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pi?i)le en avril 1950 s le transport présenta des diffi- Gultéa incroyables, les charrettes s'enfonçant à chaque paa dans le sable ; il fallut faire des prodiges pour atteindre Tamema.
Sous la direction de M. Jus, habile ingénieur de la maison Degousée et Laurent, le premier coup de sonde fut donné le i^'' mai 1866, par Ali-Bey, notre caïd de Tougourt. Après cinq semaines de travaux, on était parvenu, le 9 juin, à 60 mètres de profondeur : Tespé- rance et Tappréhension, la confiance et le doute se succédaient d*heure en heure, de minute en minute. Enfin, & une heure de Taprès^midi, M. Jus fit remplacer le trépan, dont le tranchant lui parut trop large, par une tige dont le bout était forgé en pointe ; on tra- vailla deux heures sans obtenir un résultat sensible, lorsque tout d'un coup la sonde, après avoir rencontré la même résistance qu'auparavant, s'enfonçasubitement après le coup et fit croire qu'elle était cassée ; mais un moment après on vit aussi couler l'eau avec plus d'abondance dans le petit canal creusé pour recevoir ei ma fessed^ l'eau gâtée, et quelques secondes après da fortes secousses données à la sonde annonçaient que la nappe jaillissante avait été atteinte ; l'eau débordait bientôt du tube extérieur, et le drapeau hissé, ainsi que les cris des assistants, annonçaient à la population riieureux événement. Ce furent des éclats de joie dé- lirante. Bn moins de deux minutes, raconte un témoin oculaire (1) , tout le monde était accouru , on arrachait las branches de palmier qui entouraient l'équipage ;
(I) H. lêlfaolMiaAi R«m, tipréfealSAt de fantorité française.
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chacun voulait voir de ses propres yeux cette eau que les Français avaient su faire venir au bout de cinq se- maines, tandis que les indigènes auraient eu besoin d'autant d'années et de cinq fois plus de monde. Enfin, on vit même les femmes de tout âge accourir, et celles qui ne pouvaient parvenir à la source se faisaient donner de Teau dans les petits bidons de nos soldats et la buvaient avidement. Tout le monde s'embrassait avec transport. Bientôt l'eau se présenta en gerbe, coula en cascades ; à cbaque minute le volume et la rapidité de son jet augmentaient. A peine M. Jus avait-il fait retirer l'instrument que des hommes du pays, se frayant avec force un passage, apportèrent une chèvre qui fut immolée sur le puits même.
Après la première surprise passée, le calme rétabli, un marabout, en présence des notables assemblés, prononça le fatah^ la prière commune, sur l'œuvre des Français, appela sur eux comme sur ses frères les bé- nédictions du ciel ; enfin la prière isolée de chaque as- sistant finit la cérémonie. Une diffa (festin) générale couronna la journée. Dans le cercle formé par les con- vives se placèrent les musiques de Tougourt et de Temacin ; bientôt les jeunes filles accoururent pour danser ; elles ne cédèrent la place qu'au moment où des groupes d'hommes armés firent irruption dans le cercle pour faire une décharge générale de leurs fusils. Aussitôt la salve donnée, les danseuses reparurent, et la fête ne se termina que par l'épuisement des forces des musiciens. La fantasia des goums sô fit le lende- main, brillante et pleine d'enthousiasme. Dès le lendemain aussi, le mystérieux instrument fut
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Tobjet des pèlerinages de tout le pays, et le comman- daDt français fut assailli des demandes des populations, dont chacune sollicitait la faveur prochaine d'un pareil nûracle. Du puits de Tamerna coulait une rivière de iOOO litres à la minute, le double du puits de Grenelle, à Paris (1).
Depuis dix années, ces scènes se renouvellent dans le Sahara algérien, avec moins de surprise peut-être qu'au premier jour, mais non avec moins de joie. Les noms» solennellement donnés, de fontaine de la Paix, de la Résurrection, de la Bénédiction, de la Recon- naissance , de l'Amitié , de la Fertilité , vingt autres aussi significatifs, expriment les sentiments des popu- lations, partout où la steppe brûlante fait place au riant paysage. On dirait réalisée la parole du prophète Isaïe, s'écriant :
c Alors le boiteux sera agile comme le cerf, et la langue du muet sera déliée, car dans le désert jailliront des eaux et dans h solitude couleront des ruisseaux. Le mirage deviendra un vrai étang; l'aridité, des sources d'eau; dans la tanière des chacals s'élèvera l'herbe, roseau et jonc (2). »
C'est dans le Sahara algérien et français que s'ac- complissent ces merveilles, qui, en d'autres âges, auraient valu à leurs auteurs l'auréole des héros et des
(i) Ce puits donne liOO litres k 32 mètres an-dessus du sol;
— 1620 litres à 16 mètres —
— 2200 litres à <